jeudi 28 août 2008

Guerre et vassalité


Nul n'ignore que pendant que se déroulait à Pékin l'inauguration des jeux olympiques, pendant donc que les yeux du monde entier étaient écarquillés et braqués sur l'immense œuvre architecturale qu'est le stade en nid d'hirondelle de la capitale chinoise, la guerre faisait rage dans le caucase. La Russie, en voulant, officiellement, porter secours aux séparatistes de l'Ossétie du Sud n'a pas fait, si j'ose dire, dans la dentelle: en quelques heures de combats, sans qu'il y ait vraiment d'opposition de l'autre côté, son armée a réduit en cendres les infrastructures portuaires et militaires de la Géorgie.
Sans l'intervention du président français, Nicolas Sarkozy, qui, en sa qualité de président de l'U E, s'est très vite dépêché sur les lieux pour mettre fin aux hostilités, la Géorgie aurait été rayée de la carte géographique. Après une hibernation de plusieurs années, l'ours Russe s'est brutalement réveillé et a repris du poil de la bête !
Comme toute guerre, comme, hier, celle de l'Irak, comme, aujourd'hui, celle de l'Afghanistan où dix soldats français ont été abattus par les Talibans, celle-ci a été largement couverte et commentée par les médias occidentaux; elle ne s'est pas déroulée uniquement sur le terrain des opérations, avec des chars et des canons. Elle est aussi médiatique. En période de guerre, la propagande ne peut que battre son plein. Pour remonter le moral de ses propres troupes ou pour porter un coup sévère à la psychologie de l'ennemi. Et sur ce plan-là, la palme d'or revient assurément aux médias français qui, contrairement à leur opinion publique, ont, presque à l'unanimité, condamné l'intervention russe. En fait, ils ont usé de la propagande en défaveur de la Russie qui est présentée de façon caricaturale comme étant l'impérialiste du nouveau siècle. Sinon comment expliquer la comparaison suivante que j'ai relevée dans un éditorial de l'Express "… d'un côté, le glacis contrôlé par les Russes et leurs vassaux et, de l'autre, la zone d'influence des Américains et de leurs alliés" ? N'étant pas, personnellement (en tant que simple lecteur), d'accord avec l'auteur de cette comparaison (le rédacteur en chef de "l'Express", Christophe Barbier), j'ai dû laissé au bas de son article un commentaire qui, forcément, ne sera pas de son goût. En effet, à ma connaissance, le terme "vassal" est habituellement utilisé pour désigner tout pays soumis et inféodé à la toute puissante Amérique de l'oncle Bush. Ces pays ne se trouvent pas uniquement au Moyen orient ou en Afrique; l'Europe aussi en recèle. Et pas seulement au sein de la "vieille Europe".
Rappelez-vous de la fameuse remarque qu'a faite Jacques Chirac aux pays de "la jeune Europe" qui étaient si enthousiastes à soutenir Bush dans sa guerre contre l'Irak : "vous avez perdu une belle occasion de vous taire", leur avait-il dit. Eh bien, osons le dire, ces pays représentent aujourd'hui le gros de la troupe de la vassalité dans le sens où l'entend Ignacio Ramonet. L'Amérique en est consciente. Elle sait que la "jeune Europe" lui est entièrement acquise. Et sous prétextes de "défendre la démocratie" dans le monde et de lutter contre le terrorisme, elle tire les ficelles partout où il y a l'odeur du pétrole, partout où ses intérêts risqueraient d'être menacés. Et c'est bien le cas aussi dans cette partie du monde qu'est le Caucase. L'intérêt géostratégique de cette région a été d'ailleurs largement mis en évidence par les différents intervenants (qu'ils soient journalistes, hommes politiques ou historiens) qui s'intéressent à cette question : c'est, nous dit-on, une région par laquelle transite l'un des plus importants "pipe line" de gaz qui alimente l'Europe Occidentale. De ce fait, elle ne doit pas tomber dans les mains des Russes. Celle-ci, en cas de refroidissement de ses relations politiques avec la "vieille Europe" risquerait de fermer les vannes comme ça a failli se produire il n'y a pas longtemps. C'est aussi simple que ça. Mais il n y'a pas que ça. D'autres considérations géostratégiques entrent également en ligne de compte notamment le désir de certains pays de l'Occident d'intégrer ce pays à l'OTAN pour que la Russie soit entièrement isolée et encerclée. Pour que l'Amérique puisse installer sans encombre ses batteries de missiles. Les Russes ne sont pas assez dupes pour croire que ces missiles seront orientés vers l'Iran et non pas vers leur pays. Donc cette guerre, pour les Russes, est, d'un point de vue géostratégique, largement justifiée : elle leur permet de desserrer l'étau en quelque sorte et ainsi de préserver leur "espace vital" qui ne doit pas s'arrêter juste à leurs frontières comme je n'ai pas manqué de le souligner dans mon commentaire sus cité. Dans cet éditorial de l'Express, le rédacteur a sciemment, nul doute là-dessus, inversé les rôles : pour lui donc les américains n'ont que des zones d'influence et des alliés ! Malheur aux pays qui, pour des raisons pas spécialement idéologiques, se rapprochent de la Russie: ils seront traités sans ménagement de "vassaux" !
En fait, la mort, il y a quelques jours seulement, de l'écrivain Russe, Alexandre Soljenitsyne, a été une occasion pour le monde dit libre, le monde Occidental, d'exhumer le passé, peu glorieux il est vrai, de la Russie du temps de la révolution bolchevique et bien après, disons jusqu'à la chute du mur de Berlin, et d'évoquer dramatiquement les méfaits de l'empire russe, particulièrement sous Staline. Le battage médiatique autour de la question de l'antinomie qui a pu, effectivement, exister entre le communisme et la démocratie a été tel que l'opinion publique occidentale est maintenant conditionnée et prête à avaler toutes les couleuvres; on dirait que l'Histoire de la Russie s'est arrêtée à la période sombre de "l'archipel du Goulag". Or, tout le monde le sait, la Russie n'est plus ce qu'elle était au temps de l'URSS : communiste au sens large du terme. Ne craignant ni l'Homme ni Dieu. Elle ne pratique plus l'idéologie marxiste pure et dure, et la jeune génération Russe aspire bien, elle aussi, à être libre et démocratique comme le sont la plupart des Européens.

jeudi 7 août 2008

Le serveur du Sauveur m’a sauvé

Le fait est banal.
"Mais alors, pourquoi tenez-vous à le rapporter ici", entends-je déjà les spécialistes es commentaires tel Lerma and Co qui n’attendent que ça pour me descendre en flamme. Mais à bien y réfléchir, ce "fait banal" mérite un large développement, un développement en long et en large comme on disait lorsqu’on était étudiant ; il y a bien longtemps maintenant. Ah ! que le temps passe vite ! A l’époque d’ailleurs notre modeste bourse ne nous permettait même pas de nous offrir des sardines grillées ou de se régaler d’un calamar au riz de temps à autre.
Pas dans les grands restaurants, bien entendu, mais juste dans ces gargotes, à l’hygiène très douteuse et pourtant très fréquentées, qui se trouvaient à l’intérieur même du marché Meissonnier, pas loin de la sortie ouest de l’hôpital Mustapha Pacha. Alors, vous y êtes ? Vous avez compris où je veux en venir ? Pour vous aider à comprendre, permettez-moi de vous poser une question à deux sous. Rien qu’une question. Que fait on le soir lorsqu’on est en vacances sur la côte ouest d’Alger ? Ou dans une autre ville côtière de la Méditerranée ?
Evidemment, c’est très facile à deviner ! On sort dîner ! En couple ou en famille. Ben voyons ! Étais-je vraiment obligé de vous souffler la réponse ? Elle était à la portée de tout le monde, la réponse. Même à celle d’un simple d’esprit. Mais, ne comprenez pas de travers, je ne traite personne de simple d’esprit. C’était juste pour vous dire que la réponse était tellement évidente du moins pour ceux qui, tel votre serviteur, aiment bien "la bonne cher pas chère" comme l’avare de Molière
Tout compte fait, les us et les coutumes ne diffèrent pas vraiment d’une région à l’autre de cette mer intérieure dont on veut faire un lac de paix maintenant. Pour tout vous dire, j’en ai fait l’expérience dernièrement, il y a tout juste quelques jours, à Marseille. Sur le vieux port. J’ai eu la même impression que lorsque j’emmenais mes enfants, le soir, au petit port de la Madrague : les gens qui étaient attablés aux terrasses des restaurants, depuis une bonne demi-heure déjà au moins pour certains d’entre eux, attendaient avec impatience qu’on vienne prendre leur commande, et les serveurs courraient littéralement entre les tables, les bras chargés d’assiettes de crevettes en sauce ou des tranches d’espadon grillées.
En ce qui me concerne, aujourd’hui, pour épater ma seconde moitié et mes enfants, mon choix s’est porté sur "le sauveur" : un restaurant qui se trouve sur le port de la Madrague et où la crevette royale à l’ail est succulente même non accompagnée d’un Mascara datant de l’époque d’avant la révolution agraire et qui a donc eu largement le temps de mûrir et "d’avoir du caractère", comme dirait un goutteur de vins du Beaujolais.
Mes enfants sont comme moi : ils aiment bien les sorties nocturnes et les repas au bord de la piscine, chose que je ne peux, malheureusement, leur assurer que quelques jours par an : lors des vacances. Le reste de l’année, je vous avoue que je trime comme un nègre et ceci sans connotation péjorative de ma part ni pensée xénophobe. Je disais donc que mes enfants, dès le moteur de la voiture arrêté, se sont empressés d’envahir la terrasse d’un des restaurants de ce pittoresque port où l’odeur du poisson se mêle à celle de l’eau de mer, mazoutée par les embarcations vétustes qui s’y agglutinent dans un désordre indescriptible, pour aiguiser encore plus votre odorat et vous invite à prendre part au festin.
Sur cette terrasse, il n’y avait qu’une seule famille, déjà au dessert : dans leurs assiettes il ne restait que des têtes et des arêtes de merlan et des corps vertébraux de quelque chien de mer ou autre espadon. Comment le sais-je ? Curiosité oblige, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil furtif sur leur table encombrée d’assiettes et de verres à pieds dont l’usage a été dévié de sa première vocation : ici on ne sert pas de boissons alcoolisées. Un peu plus loin, à l’autre extrémité de cette terrasse qui paraissait si grande, un jeune couple coulant certainement des jours heureux, ça se voyait à leur façon de se tenir l’un en face de l’autre, attendait qu’on daigne s’occuper de lui. Ils auraient peut-être aimé que le temps s’arrêtât pour eux, que rien ne vienne troubler leur posture de confidence, leur échange de mots doux, toujours les yeux dans les yeux et que... le serveur et le poisson aillent au diable !
Sitôt installés, le serveur nous ramena, en guise d’amuse-gueule, une petite assiette de H’mis et un petit panier de Matloue encore chaud. Comme des rapaces affamés, les enfants se sont emparés de ce petit plat d’entrée alors que le serveur n’avait pas encore tourné le dos. Ils avaient vraiment faim après une journée de plage et de… pédalo ! En moins de cinq, aucune miette n’est restée dans l’assiette. L’assiette a été méthodiquement essuyée si j’ose dire. La mer ne fait pas que "manger les Harraga", elle fait manger aussi. N’est ce pas que c’est pour cette raison que les "restos resto " et autres payotte pullulent aux abords des plages ? Mais au moment de lui demander le menu, le serveur s’approcha de moi et me chuchota dans l’oreille : il ne me conseilla pas moins que de déguerpir et d’aller voir ailleurs, le restaurant d’à côté où la "bouffe est meilleure et moins chère" selon ses propres termes. Je n’en croyais pas mes oreilles ! Madame n’avait rien compris au manège et n’arrêtait pas de me demander des explications mais j’étais gêné de les lui fournir tant que ne nous n’avions avions pas encore mis les pieds dehors. Le gars risquerait de se faire virer illico presto par son patron si ce dernier pouvait savoir la raison de notre départ précipité sans avoir réglé la note de ce qu’on avait déjà commencé à avaler. Vous trouverez peut-être que l’histoire est un peu tirée par les cheveux mais c’est la vérité, c’est ce qui s’est passé ce jour-là. Et l’honnêteté de ce serveur est tellement chose rare de nos jours que j’ai tenu à lui consacrer cette chronique. Et puis, il faut dire aussi que le temps des vacances n’est pas propice aux sujets d’ordre politique et qu’il faut de temps en temps savoir sortir des sentiers battus. Il y a tant de choses simples dans la vie dont il faut rendre compte de temps à autre quitte à être assailli par des commentaires indésirables.
Et effectivement, dans le restaurant d’à côté, toutes les tables étaient occupées et les derniers arrivés ne sont pas forcément les moins bien servis. Ils savaient cela et c’est pour cela qu’ils attendaient donc dehors, gentiment, sans perdre patience outre mesure, guettant le moindre mouvement de ceux qui s’apprêtaient à quitter les lieux après un dîner copieux. Ils savaient aussi qu’en fin de compte leur attente ne sera pas vaine et que leur patience sera récompensée par des plats du jour bien mijotés et à la portée de leur bourse. Sans se ruiner.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Une petite digression avant de revenir au Sila. Il faut dire qu’en Algérie, le livre est considéré comme le parent pauvre de la culture....