
Vous est-il possible et facile de vous intégrer dans une société qui vous fiche dès que vous foulez le tarmac de ses aéroports ou ses zones portuaires, une société qui ne vous délivre "l’asile territorial" qu’après s’être assurée que vous êtes bardés de diplômes?
Emigration choisie oblige !Ce concept, cher au président français Nicolas Sarkozy, n’est, d’ailleurs, pas spécifique à la France. Même si la France aime bien se vanter de sa spécificité en tout genre, ce concept, donc, fait aussi des émules dans d’autres pays de l’Europe. Ceux qui étaient eux-mêmes, il n’y a pas si longtemps, pourvoyeurs d’émigration, à l’image de l’Espagne ou du Portugal pour ne citer que ces deux exemples, vont certainement lui emboîter le pas, si ce n’est déjà fait. Il est vrai qu’il y a deux ou trois ans, l’Espagne avait régularisé à tour de bras les sans-papiers : 700 000, avait-on annoncé à l’époque. Pas besoin d’être économiste chevronné pour comprendre que si l’Espagne avait procédé de cette façon-là, c’était bien dans un souci purement économique : tirer des dividendes de ces jeunes Maghrébins et Africains qui occupaient, de toute façon, de petits "boulots" même au noir en les incorporant dans leur système fiscal et de sécurité sociale. C’est de bonne guerre, me direz-vous. Car, effectivement si on s’amusait à faire un petit calcul en prenant comme base imposable un salaire de 500 euros, par exemple, les cotisations de ces nouveaux déclarés s’élèveraient facilement à des dizaines de millions d’euros. Nul ne peut cracher sur une telle manne ! Aucun pays, aussi riche et aussi développé soit-il, ne tournerait le dos à cette ressource fiscale qui provient de la providence divine. A lépoque, certains pays de l’Europe avaient tiré à boulets rouges sur l’Espagne, quand celle-ci avait pris cette décision. Décision courageuse, tout de même. En fait, tout le monde y trouve son compte. Les "Harraga" n’ont plus à se terrer, après leur journée de travail chez M. Gonzalez, dans la bicoque que celui-ci a bien voulu leur concéder, ni à éviter les flics de sa Majesté le roi d’Espagne quand il leur arrive de descendre en ville.
Et c’est cette régularisation-là qui a mis, excusez-moi l’expression, le feu au cul des "Harraga" d’aujourd’hui. Ils espèrent tous qu’une fois arrivés dans l’eldorado européen, tôt ou tard, ils obtiendront le sésame qui leur permettra de circuler librement dans l’espace Schengen et ensuite de s’établir une bonne fois pour toutes dans l’un de ces pays, là où les conditions de travail et de vie leur paraissent meilleures. Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou non, l’Europe est donc en partie responsable de toutes les tragédies humaines qui surviennent en haute mer, pas loin de ses frontières. Entre Européens d’ailleurs, il y a comme une mésentente quant à la façon de gérer ce problème de l’immigration clandestine. Ne serait-ce que sur le plan humanitaire, les avis divergent. Certains disent "non, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde" et d’autres, plus ou moins sensibles à la détresse de ces jeunes, font valoir les traditions, en matière des droits de l’Homme, que les Etats de l’Europe ne devraient pas fouler du pied. Sauf que ces derniers, de par leur position géographique, ne se situent pas directement sur le front, si j’ose dire. C’est le cas de l’Allemagne. C’est ainsi que "l’Institut allemand pour les droits de l’Homme (DIM), un organisme public, accuse dans une étude les Etats membres de l’Union européenne de jouer avec la vie des clandestins qui tentent de rallier leurs côtes par la mer en ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités d’accueil". (1)
Mais, en dehors de toutes ces considérations de géopolitique, est-il logique et raisonnable de refouler vers leurs pays d’origine des jeunes qui ne disposent d’aucun papier d’identité et qui ont pris des risques insensés pour traverser, dans des embarcations de fortune, la Méditerranée ?
Alors qu’elle s’apprête à élargir son espace Schengen par l’inclusion dans cet espace de neuf pays de l’Est, l’Europe se referme de plus en plus sur elle-même. Elle se referme et se barricade car les "damnés de la terre" qui viennent du sud de la Méditerranée, qu’ils soient noirs ou au teint basané, ont le don de foutre la pagaille dans le meilleur des mondes. Mais l’Europe n’est pas à une contradiction près. L’affaire de L’Arche de Zoé en est largement significative..."Pour réussir l’intégration, il faut maîtriser l’immigration", a dit Brice Hortefeux. Ceci n’est, en fait, ni plus ni moins qu’une nouvelle formulation du concept dont on a parlé plus haut : "l’immigration choisie". Ce dernier terme, étant probablement, à son époque, mal choisi, a fait grincer les dents de ce côté-ci de la Méditerrané. Il revient alors sous une autre formulation plus subtile, plus fine, et drapé de bonnes intentions : l’intégration. Voilà le maître mot qui donne encore plus de cohérence au discours de Hortefeux ! OK pour l’immigration mais on vous prend le meilleur de ceux que vous avez formés comme cadres en informatique, en BTP, etc., nous dit le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale du pays des droits de l’Homme. Entre temps, "l’Afrique en appelle au G8 pour la sortir de la pauvreté". On oublie que si la pauvreté en Afrique s’étale au grand jour, ce n’est pas seulement à cause de "la mal gouvernance", de la corruption de ses dirigeants, ou de la mal répartition de ses richesses. C’est aussi, c’est surtout, me semble-t-il, le résultat de ce que l’Afrique a été spoliée de ses richesses, de ses matières premières. Du temps de la colonisation d’abord. Et cette spoliation continue encore sous d’autres formes. L’Afrique est spoliée maintenant de ses cadres compétents, de ses élites ! Comment alors, dans ce cas-là, le continent africain peut-il se développer ? Sans ces ingénieurs, sans ces informaticiens, sans ces médecins dont la formation a coûté les yeux de la tête aux Etats africains, tout plan de développement est voué d’emblée à l’échec. S’il n’ y a pas d’hommes intègres et compétents pour prendre à bras le corps la question du développement socio-économique, l’Afrique restera toujours à la traîne. Le développement ne tombe pas du ciel. Il est l’œuvre de tout un chacun, chacun dans son domaine respectif.
(1) In Le Quotidien d’Oran du 1er novembre 2007
Et c’est cette régularisation-là qui a mis, excusez-moi l’expression, le feu au cul des "Harraga" d’aujourd’hui. Ils espèrent tous qu’une fois arrivés dans l’eldorado européen, tôt ou tard, ils obtiendront le sésame qui leur permettra de circuler librement dans l’espace Schengen et ensuite de s’établir une bonne fois pour toutes dans l’un de ces pays, là où les conditions de travail et de vie leur paraissent meilleures. Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou non, l’Europe est donc en partie responsable de toutes les tragédies humaines qui surviennent en haute mer, pas loin de ses frontières. Entre Européens d’ailleurs, il y a comme une mésentente quant à la façon de gérer ce problème de l’immigration clandestine. Ne serait-ce que sur le plan humanitaire, les avis divergent. Certains disent "non, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde" et d’autres, plus ou moins sensibles à la détresse de ces jeunes, font valoir les traditions, en matière des droits de l’Homme, que les Etats de l’Europe ne devraient pas fouler du pied. Sauf que ces derniers, de par leur position géographique, ne se situent pas directement sur le front, si j’ose dire. C’est le cas de l’Allemagne. C’est ainsi que "l’Institut allemand pour les droits de l’Homme (DIM), un organisme public, accuse dans une étude les Etats membres de l’Union européenne de jouer avec la vie des clandestins qui tentent de rallier leurs côtes par la mer en ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités d’accueil". (1)
Mais, en dehors de toutes ces considérations de géopolitique, est-il logique et raisonnable de refouler vers leurs pays d’origine des jeunes qui ne disposent d’aucun papier d’identité et qui ont pris des risques insensés pour traverser, dans des embarcations de fortune, la Méditerranée ?
Alors qu’elle s’apprête à élargir son espace Schengen par l’inclusion dans cet espace de neuf pays de l’Est, l’Europe se referme de plus en plus sur elle-même. Elle se referme et se barricade car les "damnés de la terre" qui viennent du sud de la Méditerranée, qu’ils soient noirs ou au teint basané, ont le don de foutre la pagaille dans le meilleur des mondes. Mais l’Europe n’est pas à une contradiction près. L’affaire de L’Arche de Zoé en est largement significative..."Pour réussir l’intégration, il faut maîtriser l’immigration", a dit Brice Hortefeux. Ceci n’est, en fait, ni plus ni moins qu’une nouvelle formulation du concept dont on a parlé plus haut : "l’immigration choisie". Ce dernier terme, étant probablement, à son époque, mal choisi, a fait grincer les dents de ce côté-ci de la Méditerrané. Il revient alors sous une autre formulation plus subtile, plus fine, et drapé de bonnes intentions : l’intégration. Voilà le maître mot qui donne encore plus de cohérence au discours de Hortefeux ! OK pour l’immigration mais on vous prend le meilleur de ceux que vous avez formés comme cadres en informatique, en BTP, etc., nous dit le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale du pays des droits de l’Homme. Entre temps, "l’Afrique en appelle au G8 pour la sortir de la pauvreté". On oublie que si la pauvreté en Afrique s’étale au grand jour, ce n’est pas seulement à cause de "la mal gouvernance", de la corruption de ses dirigeants, ou de la mal répartition de ses richesses. C’est aussi, c’est surtout, me semble-t-il, le résultat de ce que l’Afrique a été spoliée de ses richesses, de ses matières premières. Du temps de la colonisation d’abord. Et cette spoliation continue encore sous d’autres formes. L’Afrique est spoliée maintenant de ses cadres compétents, de ses élites ! Comment alors, dans ce cas-là, le continent africain peut-il se développer ? Sans ces ingénieurs, sans ces informaticiens, sans ces médecins dont la formation a coûté les yeux de la tête aux Etats africains, tout plan de développement est voué d’emblée à l’échec. S’il n’ y a pas d’hommes intègres et compétents pour prendre à bras le corps la question du développement socio-économique, l’Afrique restera toujours à la traîne. Le développement ne tombe pas du ciel. Il est l’œuvre de tout un chacun, chacun dans son domaine respectif.
(1) In Le Quotidien d’Oran du 1er novembre 2007

