mardi 13 novembre 2007

Immigration et intégration


Vous est-il possible et facile de vous intégrer dans une société qui vous fiche dès que vous foulez le tarmac de ses aéroports ou ses zones portuaires, une société qui ne vous délivre "l’asile territorial" qu’après s’être assurée que vous êtes bardés de diplômes?

Emigration choisie oblige !Ce concept, cher au président français Nicolas Sarkozy, n’est, d’ailleurs, pas spécifique à la France. Même si la France aime bien se vanter de sa spécificité en tout genre, ce concept, donc, fait aussi des émules dans d’autres pays de l’Europe. Ceux qui étaient eux-mêmes, il n’y a pas si longtemps, pourvoyeurs d’émigration, à l’image de l’Espagne ou du Portugal pour ne citer que ces deux exemples, vont certainement lui emboîter le pas, si ce n’est déjà fait. Il est vrai qu’il y a deux ou trois ans, l’Espagne avait régularisé à tour de bras les sans-papiers : 700 000, avait-on annoncé à l’époque. Pas besoin d’être économiste chevronné pour comprendre que si l’Espagne avait procédé de cette façon-là, c’était bien dans un souci purement économique : tirer des dividendes de ces jeunes Maghrébins et Africains qui occupaient, de toute façon, de petits "boulots" même au noir en les incorporant dans leur système fiscal et de sécurité sociale. C’est de bonne guerre, me direz-vous. Car, effectivement si on s’amusait à faire un petit calcul en prenant comme base imposable un salaire de 500 euros, par exemple, les cotisations de ces nouveaux déclarés s’élèveraient facilement à des dizaines de millions d’euros. Nul ne peut cracher sur une telle manne ! Aucun pays, aussi riche et aussi développé soit-il, ne tournerait le dos à cette ressource fiscale qui provient de la providence divine. A lépoque, certains pays de l’Europe avaient tiré à boulets rouges sur l’Espagne, quand celle-ci avait pris cette décision. Décision courageuse, tout de même. En fait, tout le monde y trouve son compte. Les "Harraga" n’ont plus à se terrer, après leur journée de travail chez M. Gonzalez, dans la bicoque que celui-ci a bien voulu leur concéder, ni à éviter les flics de sa Majesté le roi d’Espagne quand il leur arrive de descendre en ville.
Et c’est cette régularisation-là qui a mis, excusez-moi l’expression, le feu au cul des "Harraga" d’aujourd’hui. Ils espèrent tous qu’une fois arrivés dans l’eldorado européen, tôt ou tard, ils obtiendront le sésame qui leur permettra de circuler librement dans l’espace Schengen et ensuite de s’établir une bonne fois pour toutes dans l’un de ces pays, là où les conditions de travail et de vie leur paraissent meilleures. Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou non, l’Europe est donc en partie responsable de toutes les tragédies humaines qui surviennent en haute mer, pas loin de ses frontières. Entre Européens d’ailleurs, il y a comme une mésentente quant à la façon de gérer ce problème de l’immigration clandestine. Ne serait-ce que sur le plan humanitaire, les avis divergent. Certains disent "non, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde" et d’autres, plus ou moins sensibles à la détresse de ces jeunes, font valoir les traditions, en matière des droits de l’Homme, que les Etats de l’Europe ne devraient pas fouler du pied. Sauf que ces derniers, de par leur position géographique, ne se situent pas directement sur le front, si j’ose dire. C’est le cas de l’Allemagne. C’est ainsi que "l’Institut allemand pour les droits de l’Homme (DIM), un organisme public, accuse dans une étude les Etats membres de l’Union européenne de jouer avec la vie des clandestins qui tentent de rallier leurs côtes par la mer en ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités d’accueil". (1)
Mais, en dehors de toutes ces considérations de géopolitique, est-il logique et raisonnable de refouler vers leurs pays d’origine des jeunes qui ne disposent d’aucun papier d’identité et qui ont pris des risques insensés pour traverser, dans des embarcations de fortune, la Méditerranée ?
Alors qu’elle s’apprête à élargir son espace Schengen par l’inclusion dans cet espace de neuf pays de l’Est, l’Europe se referme de plus en plus sur elle-même. Elle se referme et se barricade car les "damnés de la terre" qui viennent du sud de la Méditerranée, qu’ils soient noirs ou au teint basané, ont le don de foutre la pagaille dans le meilleur des mondes. Mais l’Europe n’est pas à une contradiction près. L’affaire de L’Arche de Zoé en est largement significative..."Pour réussir l’intégration, il faut maîtriser l’immigration", a dit Brice Hortefeux. Ceci n’est, en fait, ni plus ni moins qu’une nouvelle formulation du concept dont on a parlé plus haut : "l’immigration choisie". Ce dernier terme, étant probablement, à son époque, mal choisi, a fait grincer les dents de ce côté-ci de la Méditerrané. Il revient alors sous une autre formulation plus subtile, plus fine, et drapé de bonnes intentions : l’intégration. Voilà le maître mot qui donne encore plus de cohérence au discours de Hortefeux ! OK pour l’immigration mais on vous prend le meilleur de ceux que vous avez formés comme cadres en informatique, en BTP, etc., nous dit le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale du pays des droits de l’Homme. Entre temps, "l’Afrique en appelle au G8 pour la sortir de la pauvreté". On oublie que si la pauvreté en Afrique s’étale au grand jour, ce n’est pas seulement à cause de "la mal gouvernance", de la corruption de ses dirigeants, ou de la mal répartition de ses richesses. C’est aussi, c’est surtout, me semble-t-il, le résultat de ce que l’Afrique a été spoliée de ses richesses, de ses matières premières. Du temps de la colonisation d’abord. Et cette spoliation continue encore sous d’autres formes. L’Afrique est spoliée maintenant de ses cadres compétents, de ses élites ! Comment alors, dans ce cas-là, le continent africain peut-il se développer ? Sans ces ingénieurs, sans ces informaticiens, sans ces médecins dont la formation a coûté les yeux de la tête aux Etats africains, tout plan de développement est voué d’emblée à l’échec. S’il n’ y a pas d’hommes intègres et compétents pour prendre à bras le corps la question du développement socio-économique, l’Afrique restera toujours à la traîne. Le développement ne tombe pas du ciel. Il est l’œuvre de tout un chacun, chacun dans son domaine respectif.

(1) In Le Quotidien d’Oran du 1er novembre 2007

vendredi 9 novembre 2007

Nostalgie


"... si un jour tu te mets à l’ombre d’un arbre majestueux pour fuir la canicule, sache qu’il y a de fortes chances pour qu’il ait été planté par un médecin, une infirmière, une enseignante ou un pompier."
Cette phrase, extraite de la dernière "Chronique d’un terrien" de Maâmar Farah du Soir d’Algérie, m’a littéralement fait sortir de ma léthargie automnale et m’a incité en quelque sorte à apporter mon témoignage, aussi modeste soit-il, sur les années 70 pour lesquelles notre vénérable journaliste semble avoir de la nostalgie sans bornes. Oui, vers la fin des années 70, j’étais un jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant de mon état dans la nouvelle et prestigieuse université des sciences et de la technologie de Bab Ezzouar. Houari Boumediene était encore vivant et sa fameuse "Révolution agraire" battait encore son plein. Je me rappelle donc encore bien de ce fameux slogan "pierre sur pierre, nous construisons mille villages socialistes" ! Que sont devenus actuellement ces villages ? Je n’en sais rien. Ont-ils résisté à l’épreuve du temps ? Là non plus je ne peux répondre par l’affirmative. Mais, le propos de cette contribution, aussi modeste soit-elle, je le répète, n’est pas le devenir de ces villages mais notre participation, dans le cadre du volontariat organisé chaque week-end et chaque jour férié par notre organisation de masse de l’époque, l’UNJA, au reboisement d’une bonne partie de nos forêts détruites par le napalm pendant la guerre d’Algérie.
Pendant que les jeunes du service national trimaient comme des nègres sous une chaleur de plomb à donner vie au fameux "barrage vert", espérant ainsi limiter l’avancée vers le nord du désert, les étudiants, eux, sacrifiaient leurs journées de repos ou de révision et allaient du côté de Cherchell ou de Tigzirt planter des pins et des eucalyptus. Mais, à chaque sortie, l’ambiance était bon enfant et personne ne rechignait à la besogne. La présence d’étudiantes à nos côtés nous encourageait à aller de l’avant et à mettre plus d’ardeur dans l’œuvre. Il faut dire qu’à cette époque-là, la mixité n’était pas du tout un sujet tabou et les barbus parmi nous arboraient fièrement leur barbe à la "Che Guevara" ou... peu importe, toujours est-il que l’islamisme politique ne venait à l’esprit de personne et chacun de nous était libre de faire sa prière ou de picoler avec sa copine à l’ombre d’un cyprès. Pendant la pause déjeuner évidemment !
Le soir, exténués par une rude journée de pelle et de pioche, nous regagnions le campus universitaire, puis chacun son domicile ou sa chambre universitaire avec l’entière satisfaction du devoir accompli. Aujourd’hui, la cinquantaine à peine entamée, je commence, moi aussi, à éprouver de la nostalgie pour ces années-là. Je m’en suis rendu compte il y a à peine quelques jours lorsque j’ai accompagné mon fils à l’université de Bab Ezzouar où il est inscrit en première année. Lorsque mes pieds ont foulé de nouveau la pelouse tout autour des immenses amphithéâtres tout en béton de Babez, des souvenirs vieux de trente ans ont subitement jailli du tréfonds de mon âme : le prof de génétique qui, hiver comme été, portait des sandales en caoutchouc, la "chaîne" interminable devant le resto U, l’attente du train à la gare de l’université et le jour où il y a eu un incendie au niveau du bloc de chimie. Ce jour-là, nous avions constitué une véritable "chaîne humaine" pour pouvoir sauver ce qui pouvait l’être de cet institut de chimie. Des tas de documents et d’instruments de mesure passaient de main en main et ont pu être ainsi sauvés des flammes qui menaçaient de s’étendre vers le rectorat.
Je n’irai pas jusqu’à faire le parallèle suivant mais, mon intrusion dans ce campus universitaire trente ans, jour pour jour, après l’avoir quitté s’apparentait presque au retour du criminel sur le lieu du crime. Car si crime il y a, c’est le fait d’avoir fait de longues études dans un pays où les valeurs sont complètement inversées. A tel point qu’aujourd’hui, l’université, au lieu d’être un temple de savoir et de recherche scientifique, est devenue un lieu de lutte syndicale et de débats politiques interminables. Preuve en est cette grève de trois jours annoncéé par le CNES (Conseil national de l’enseignement supérieur) alors qu’officiellement les étudiants n’ont même pas encore repris le "chemin de l’école".
Cela dit, je suis entièrement d’accord avec cette terrible vérité émise par Maâmar Farah : "ces vieux qui ont bâti un pays dans les moments difficiles, se sacrifiant avec un esprit révolutionnaire qui était encore tenace, vivent aujourd’hui avec de minables retraites, des sommes dérisoires que le parvenu hissé par le trabendisme aux cimes d’une richesse douteuse, bouffe en une matinée" !

mercredi 7 novembre 2007

A quand un Sila à M’sila ?


Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite.
Quant aux livres parascolaires, ils se taillent la part du lion. Cela ne nous étonne guère sachant que les programmes scolaires tels qu’ils sont conçus actuellement par le ministère de l’Education nationale ne répondent pas, mais alors pas du tout, ni à l’attente des enseignants ni à celle des élèves eux-mêmes. Par les temps qui courent, le marché du "livre parascolaire" est devenu d’ailleurs plus que lucratif. Il n’ y a qu’à voir, à chaque rentrée scolaire et même au-delà, les librairies qui sont prises d’assaut par les parents d’élèves pour se rendre compte que ces livres parascolaires sont très appréciés et se vendent, par conséquent, comme des petits pains.
L’école publique étant, quelque part, défaillante, on se rabat comme on peut sur le livre parascolaire pour combler un tant soit peu les lacunes de sa progéniture dans toutes les matières enseignées. Cela quand on ne fait pas appel, carrément, à des cours particuliers ou à l’enseignement privé. Bien sûr que cela grève lourdement le budget familial, en particulier de ceux qui n’ont d’autres ressources que le fruit de leur labeur. Mais peu importe... pourvu que l’enfant ou les enfants arrivent à suivre une scolarité plus ou moins normale.
Cela dit, voilà où je veux en venir en réalité.
Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire. Oui, j’ai bien dit l’IRE et non pas livre. Il se peut, peut-être, que certains internautes, certains lecteurs trouvent mon humour un peu déplacé mais qu’ils sachent que c’est l’ire qui s’est emparé, à cette occasion, de votre serviteur, qui lui fait dire ces choses-là. Qui le fait parler ainsi. N’ai-je pas dit d’emblée qu’en France on attend avec impatience le lauréat du Goncourt 2007 ? Et que fait-on en Algérie ? On interdit aux écrivains d’exposer leurs œuvres sous prétexte que celles-ci portent atteinte ou risqueraient de heurter la sensibilité de ceux qui tiennent les rênes de ce pays. En fait, ce n’est pas tout à fait ce prétexte-là qui a été invoqué mais... on y est presque. Car, par ces écrits sortis directement de ses tripes, Benchicou dérange. Il menace la sécurité de l’Etat, pense-t-on. Il porte atteint à l’ordre établi, croit-on. De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". Mis à part cela, il n’ y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question. Mais, je crois que dans ce pays, le mieux que l’on puisse faire est de faire sienne la formule de M’smar Djeha dont la photo orne justement l’en-tête du "Matin" : si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs ; alors parle et meurs. Si tout le monde osait, si tout le monde écrivait, le pouvoir ne pourrait absolument rien faire. Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on ?
En tout cas la presse algérienne de ce matin est unanime dans la condamnation de cette interdiction.

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...