mardi 25 décembre 2007

Paris m’appelle, ma conscience m’interpelle

Il y a deux ans... non trois, j’étais de passage à Paris. Ma chambre d’hôtel, entre Pigalle et le Sacré Cœur, donnait sur la Tour Eiffel. Et chaque matin, à mon réveil, je tirais le store de la baie vitrée et je restais pendant un bon moment, là, assis au bord du lit, à admirer cette merveille. On était au mois de juin et pendant tout mon séjour, le ciel était brumeux, bas, avec parfois une petite pluie matinale qui incite à la paresse. Pourtant il fallait que je sorte, que j’aille à mes rendez-vous avec des amis, que je cavale à droite et à gauche à la recherche de quelques fringues "bon marché" pour les enfants. Ou d’un parfum de marque pour madame. Dans la chambre, il faisait un peu frisquet. Mais après un bain chaud, après rasage et lotion "after shave" sur mon visage, je retrouvais ma forme, mes facultés physiques et j’accourais ensuite au resto de l’hôtel situé au sous-sol. Pas tout nu, évidemment. Les touristes japonais venaient à peine de terminer leur petit déjeuner quand je faisais irruption dans la salle à la décoration pittoresque : murs en pierre ocre et dalle de sol assortie mais paraissant un peu vieillotte ! La tenancière, une jeune fille oranaise qui ne parle que quelques mots de français, m’indiquait la table où je devais me mettre et me servait de petits croissants encore chauds et du café au lait. Et pendant que je dégustais lentement mon petit déjeuner, faisant mine de ne pas être du tout pressé, elle se mettait en face de moi, à une distance respectable, sur un tabouret de comptoir et commençait par me poser des questions sur le pays : s’il pleuvait ou s’il faisait beau, si le terrorisme avait cessé ou pas encore, etc. Ça sautait aux yeux, cette fille-là avait la nostalgie du pays. Ça se voyait aussi, à son air triste, que cette fille-là était coincée entre son désir de rentrer au pays et son devoir de tenir encore bon, de se faire une situation sociale plus ou moins enviable en France. De cette fille-là, maintenant, je n’ai plus de nouvelles. Par conséquent, je ne peux vous dire si elle a régularisé sa situation de "Harraga" en France ou pas encore. Peut-être la trouverai-je encore, au cours de ma prochaine escapade à Paris, dans le même hôtel, au sous-sol, en train de servir les touristes japonais. Mais sera-t-elle ravie de me revoir, moi qui suis parti sans lui dire au revoir ?
En évoquant ce sujet, je veux en fait répondre indirectement aux nombreux lecteurs d’Agoravox qui se sont levés comme un seul homme pour me lancer la pierre, pour me lapider pour avoir osé soulever le problème de l’immigration clandestine au cours de mon précédent article Immigration et intégration. En effet, ce cas qui n’est pas isolé, convenons-en, montre à l’évidence combien les "Harraga" se sentent mal dans leur peau une fois qu’ils sont au pays d’Alice, de Pedro ou de Nino. Ils se sentent mal dans leur peau d’autant plus qu’ils sont limités dans leurs mouvements. Ils sont privés de liberté dans le pays de la liberté, dans le pays où, sur le fronton de chaque institution, s’étale en gros caractères le triptyque "Liberté, égalité, fraternité". Ils sont condamnés à évoluer dans des espaces clos, à ne sortir qu’en cas de stricte nécessité pour ne pas avoir à rendre des comptes aux vigiles et aux policiers qui rôdent partout, en particulier là où il y a une concentration de Maghrébins et de noirs. Ils ne voient pour ainsi dire le jour et la lumière qu’à travers des lucarnes comme celle du restaurant de cet hôtel qui donne sur une rue commerçante et par où je voyais les passants pendant que je prenais mon petit déjeuner. Cette situation de reclus dure parfois des années ! Et elle n’est pas sans incidence négative sur le moral de celui ou de celle qui la subit. Là, incontestablement, c’est le médecin que je suis qui s’exprime. J’en parle en connaissance de cause parce que j’avais longuement écouté la serveuse oranaise de l’hôtel qui s’est, en quelque sorte, confiée à un de ses compatriotes. Sans être psychiatre, je n’avais eu aucun mal à étiqueter le mal dont souffrait cette jeune fille et mon diagnostic était sans appel : indéniablement, cette jeune fille-là donc souffrait d’un délire de persécution. Deux facteurs essentiels avaient permis à ce délire de se constituer et de s’organiser : sa condition de femme dans un pays étranger dont elle n’arrivait pas encore à s’imprégner de la culture et, pire encore, sa condition de "Harraga" avec toutes les conséquences qui en découleraient si elle venait à être découverte. Encore une fois, j’ai évoqué ce cas parce qu’il est, nul doute là-dessus, représentatif de l’état d’esprit des "Harraga" qui se trouvent comme pris dans une sorte de spirale infinie : tournant toujours autour du même axe, leur orbite est très limitée. Du moins jusqu’à ce qu’ils soient régularisés. Entre temps, beaucoup d’entre eux finissent par développer des maladies mentales dues à leur confinement volontaire et à l’absence de toute perspective d’amélioration de leur vécu quotidien. Le sort de ceux qui versent dans la délinquance et le banditisme n’est pas non plus enviable. Mais, il est vrai, ceci est une autre paire de manches ! Je ne prends pas la défense de ceux qui relèvent du droit commun : leur cause est indéfendable. J’en ai pleinement conscience !
Donc, quitte à me brouiller une bonne fois pour toutes avec les lecteurs d’Agoravox, je persiste et signe : les "Harraga" méritent mieux que ça. Je ne dis pas qu’ils devraient être traités avec tous les égards comme s’il s’agissait d’invités de marque dans les pays où ils ont échoués, mais que l’on pense d’abord aux souffrances qu’ils ont endurées avant d’arriver là. En vertu du principe génétique qui dit "que seuls les individus forts sont aptes à la survie", les "Harraga" qui arrivent à bon port dans des embarcations de fortune sont donc forts psychologiquement et physiquement et ils méritent, de ce fait, de vivre dignement. L’Europe ne pourra, de toute façon, qu’en tirer profit. Sur tous les plans.
Ne voyons pas en les "Harraga" des pestiférés et des indésirables. En brûlant les frontières de l’Europe, leur seule motivation est une vie digne et décente. Ils ne constituent pas du tout une menace pour la sécurité de l’Europe et des Européens.

mardi 13 novembre 2007

Immigration et intégration


Vous est-il possible et facile de vous intégrer dans une société qui vous fiche dès que vous foulez le tarmac de ses aéroports ou ses zones portuaires, une société qui ne vous délivre "l’asile territorial" qu’après s’être assurée que vous êtes bardés de diplômes?

Emigration choisie oblige !Ce concept, cher au président français Nicolas Sarkozy, n’est, d’ailleurs, pas spécifique à la France. Même si la France aime bien se vanter de sa spécificité en tout genre, ce concept, donc, fait aussi des émules dans d’autres pays de l’Europe. Ceux qui étaient eux-mêmes, il n’y a pas si longtemps, pourvoyeurs d’émigration, à l’image de l’Espagne ou du Portugal pour ne citer que ces deux exemples, vont certainement lui emboîter le pas, si ce n’est déjà fait. Il est vrai qu’il y a deux ou trois ans, l’Espagne avait régularisé à tour de bras les sans-papiers : 700 000, avait-on annoncé à l’époque. Pas besoin d’être économiste chevronné pour comprendre que si l’Espagne avait procédé de cette façon-là, c’était bien dans un souci purement économique : tirer des dividendes de ces jeunes Maghrébins et Africains qui occupaient, de toute façon, de petits "boulots" même au noir en les incorporant dans leur système fiscal et de sécurité sociale. C’est de bonne guerre, me direz-vous. Car, effectivement si on s’amusait à faire un petit calcul en prenant comme base imposable un salaire de 500 euros, par exemple, les cotisations de ces nouveaux déclarés s’élèveraient facilement à des dizaines de millions d’euros. Nul ne peut cracher sur une telle manne ! Aucun pays, aussi riche et aussi développé soit-il, ne tournerait le dos à cette ressource fiscale qui provient de la providence divine. A lépoque, certains pays de l’Europe avaient tiré à boulets rouges sur l’Espagne, quand celle-ci avait pris cette décision. Décision courageuse, tout de même. En fait, tout le monde y trouve son compte. Les "Harraga" n’ont plus à se terrer, après leur journée de travail chez M. Gonzalez, dans la bicoque que celui-ci a bien voulu leur concéder, ni à éviter les flics de sa Majesté le roi d’Espagne quand il leur arrive de descendre en ville.
Et c’est cette régularisation-là qui a mis, excusez-moi l’expression, le feu au cul des "Harraga" d’aujourd’hui. Ils espèrent tous qu’une fois arrivés dans l’eldorado européen, tôt ou tard, ils obtiendront le sésame qui leur permettra de circuler librement dans l’espace Schengen et ensuite de s’établir une bonne fois pour toutes dans l’un de ces pays, là où les conditions de travail et de vie leur paraissent meilleures. Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou non, l’Europe est donc en partie responsable de toutes les tragédies humaines qui surviennent en haute mer, pas loin de ses frontières. Entre Européens d’ailleurs, il y a comme une mésentente quant à la façon de gérer ce problème de l’immigration clandestine. Ne serait-ce que sur le plan humanitaire, les avis divergent. Certains disent "non, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde" et d’autres, plus ou moins sensibles à la détresse de ces jeunes, font valoir les traditions, en matière des droits de l’Homme, que les Etats de l’Europe ne devraient pas fouler du pied. Sauf que ces derniers, de par leur position géographique, ne se situent pas directement sur le front, si j’ose dire. C’est le cas de l’Allemagne. C’est ainsi que "l’Institut allemand pour les droits de l’Homme (DIM), un organisme public, accuse dans une étude les Etats membres de l’Union européenne de jouer avec la vie des clandestins qui tentent de rallier leurs côtes par la mer en ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités d’accueil". (1)
Mais, en dehors de toutes ces considérations de géopolitique, est-il logique et raisonnable de refouler vers leurs pays d’origine des jeunes qui ne disposent d’aucun papier d’identité et qui ont pris des risques insensés pour traverser, dans des embarcations de fortune, la Méditerranée ?
Alors qu’elle s’apprête à élargir son espace Schengen par l’inclusion dans cet espace de neuf pays de l’Est, l’Europe se referme de plus en plus sur elle-même. Elle se referme et se barricade car les "damnés de la terre" qui viennent du sud de la Méditerranée, qu’ils soient noirs ou au teint basané, ont le don de foutre la pagaille dans le meilleur des mondes. Mais l’Europe n’est pas à une contradiction près. L’affaire de L’Arche de Zoé en est largement significative..."Pour réussir l’intégration, il faut maîtriser l’immigration", a dit Brice Hortefeux. Ceci n’est, en fait, ni plus ni moins qu’une nouvelle formulation du concept dont on a parlé plus haut : "l’immigration choisie". Ce dernier terme, étant probablement, à son époque, mal choisi, a fait grincer les dents de ce côté-ci de la Méditerrané. Il revient alors sous une autre formulation plus subtile, plus fine, et drapé de bonnes intentions : l’intégration. Voilà le maître mot qui donne encore plus de cohérence au discours de Hortefeux ! OK pour l’immigration mais on vous prend le meilleur de ceux que vous avez formés comme cadres en informatique, en BTP, etc., nous dit le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale du pays des droits de l’Homme. Entre temps, "l’Afrique en appelle au G8 pour la sortir de la pauvreté". On oublie que si la pauvreté en Afrique s’étale au grand jour, ce n’est pas seulement à cause de "la mal gouvernance", de la corruption de ses dirigeants, ou de la mal répartition de ses richesses. C’est aussi, c’est surtout, me semble-t-il, le résultat de ce que l’Afrique a été spoliée de ses richesses, de ses matières premières. Du temps de la colonisation d’abord. Et cette spoliation continue encore sous d’autres formes. L’Afrique est spoliée maintenant de ses cadres compétents, de ses élites ! Comment alors, dans ce cas-là, le continent africain peut-il se développer ? Sans ces ingénieurs, sans ces informaticiens, sans ces médecins dont la formation a coûté les yeux de la tête aux Etats africains, tout plan de développement est voué d’emblée à l’échec. S’il n’ y a pas d’hommes intègres et compétents pour prendre à bras le corps la question du développement socio-économique, l’Afrique restera toujours à la traîne. Le développement ne tombe pas du ciel. Il est l’œuvre de tout un chacun, chacun dans son domaine respectif.

(1) In Le Quotidien d’Oran du 1er novembre 2007

vendredi 9 novembre 2007

Nostalgie


"... si un jour tu te mets à l’ombre d’un arbre majestueux pour fuir la canicule, sache qu’il y a de fortes chances pour qu’il ait été planté par un médecin, une infirmière, une enseignante ou un pompier."
Cette phrase, extraite de la dernière "Chronique d’un terrien" de Maâmar Farah du Soir d’Algérie, m’a littéralement fait sortir de ma léthargie automnale et m’a incité en quelque sorte à apporter mon témoignage, aussi modeste soit-il, sur les années 70 pour lesquelles notre vénérable journaliste semble avoir de la nostalgie sans bornes. Oui, vers la fin des années 70, j’étais un jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant de mon état dans la nouvelle et prestigieuse université des sciences et de la technologie de Bab Ezzouar. Houari Boumediene était encore vivant et sa fameuse "Révolution agraire" battait encore son plein. Je me rappelle donc encore bien de ce fameux slogan "pierre sur pierre, nous construisons mille villages socialistes" ! Que sont devenus actuellement ces villages ? Je n’en sais rien. Ont-ils résisté à l’épreuve du temps ? Là non plus je ne peux répondre par l’affirmative. Mais, le propos de cette contribution, aussi modeste soit-elle, je le répète, n’est pas le devenir de ces villages mais notre participation, dans le cadre du volontariat organisé chaque week-end et chaque jour férié par notre organisation de masse de l’époque, l’UNJA, au reboisement d’une bonne partie de nos forêts détruites par le napalm pendant la guerre d’Algérie.
Pendant que les jeunes du service national trimaient comme des nègres sous une chaleur de plomb à donner vie au fameux "barrage vert", espérant ainsi limiter l’avancée vers le nord du désert, les étudiants, eux, sacrifiaient leurs journées de repos ou de révision et allaient du côté de Cherchell ou de Tigzirt planter des pins et des eucalyptus. Mais, à chaque sortie, l’ambiance était bon enfant et personne ne rechignait à la besogne. La présence d’étudiantes à nos côtés nous encourageait à aller de l’avant et à mettre plus d’ardeur dans l’œuvre. Il faut dire qu’à cette époque-là, la mixité n’était pas du tout un sujet tabou et les barbus parmi nous arboraient fièrement leur barbe à la "Che Guevara" ou... peu importe, toujours est-il que l’islamisme politique ne venait à l’esprit de personne et chacun de nous était libre de faire sa prière ou de picoler avec sa copine à l’ombre d’un cyprès. Pendant la pause déjeuner évidemment !
Le soir, exténués par une rude journée de pelle et de pioche, nous regagnions le campus universitaire, puis chacun son domicile ou sa chambre universitaire avec l’entière satisfaction du devoir accompli. Aujourd’hui, la cinquantaine à peine entamée, je commence, moi aussi, à éprouver de la nostalgie pour ces années-là. Je m’en suis rendu compte il y a à peine quelques jours lorsque j’ai accompagné mon fils à l’université de Bab Ezzouar où il est inscrit en première année. Lorsque mes pieds ont foulé de nouveau la pelouse tout autour des immenses amphithéâtres tout en béton de Babez, des souvenirs vieux de trente ans ont subitement jailli du tréfonds de mon âme : le prof de génétique qui, hiver comme été, portait des sandales en caoutchouc, la "chaîne" interminable devant le resto U, l’attente du train à la gare de l’université et le jour où il y a eu un incendie au niveau du bloc de chimie. Ce jour-là, nous avions constitué une véritable "chaîne humaine" pour pouvoir sauver ce qui pouvait l’être de cet institut de chimie. Des tas de documents et d’instruments de mesure passaient de main en main et ont pu être ainsi sauvés des flammes qui menaçaient de s’étendre vers le rectorat.
Je n’irai pas jusqu’à faire le parallèle suivant mais, mon intrusion dans ce campus universitaire trente ans, jour pour jour, après l’avoir quitté s’apparentait presque au retour du criminel sur le lieu du crime. Car si crime il y a, c’est le fait d’avoir fait de longues études dans un pays où les valeurs sont complètement inversées. A tel point qu’aujourd’hui, l’université, au lieu d’être un temple de savoir et de recherche scientifique, est devenue un lieu de lutte syndicale et de débats politiques interminables. Preuve en est cette grève de trois jours annoncéé par le CNES (Conseil national de l’enseignement supérieur) alors qu’officiellement les étudiants n’ont même pas encore repris le "chemin de l’école".
Cela dit, je suis entièrement d’accord avec cette terrible vérité émise par Maâmar Farah : "ces vieux qui ont bâti un pays dans les moments difficiles, se sacrifiant avec un esprit révolutionnaire qui était encore tenace, vivent aujourd’hui avec de minables retraites, des sommes dérisoires que le parvenu hissé par le trabendisme aux cimes d’une richesse douteuse, bouffe en une matinée" !

mercredi 7 novembre 2007

A quand un Sila à M’sila ?


Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite.
Quant aux livres parascolaires, ils se taillent la part du lion. Cela ne nous étonne guère sachant que les programmes scolaires tels qu’ils sont conçus actuellement par le ministère de l’Education nationale ne répondent pas, mais alors pas du tout, ni à l’attente des enseignants ni à celle des élèves eux-mêmes. Par les temps qui courent, le marché du "livre parascolaire" est devenu d’ailleurs plus que lucratif. Il n’ y a qu’à voir, à chaque rentrée scolaire et même au-delà, les librairies qui sont prises d’assaut par les parents d’élèves pour se rendre compte que ces livres parascolaires sont très appréciés et se vendent, par conséquent, comme des petits pains.
L’école publique étant, quelque part, défaillante, on se rabat comme on peut sur le livre parascolaire pour combler un tant soit peu les lacunes de sa progéniture dans toutes les matières enseignées. Cela quand on ne fait pas appel, carrément, à des cours particuliers ou à l’enseignement privé. Bien sûr que cela grève lourdement le budget familial, en particulier de ceux qui n’ont d’autres ressources que le fruit de leur labeur. Mais peu importe... pourvu que l’enfant ou les enfants arrivent à suivre une scolarité plus ou moins normale.
Cela dit, voilà où je veux en venir en réalité.
Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire. Oui, j’ai bien dit l’IRE et non pas livre. Il se peut, peut-être, que certains internautes, certains lecteurs trouvent mon humour un peu déplacé mais qu’ils sachent que c’est l’ire qui s’est emparé, à cette occasion, de votre serviteur, qui lui fait dire ces choses-là. Qui le fait parler ainsi. N’ai-je pas dit d’emblée qu’en France on attend avec impatience le lauréat du Goncourt 2007 ? Et que fait-on en Algérie ? On interdit aux écrivains d’exposer leurs œuvres sous prétexte que celles-ci portent atteinte ou risqueraient de heurter la sensibilité de ceux qui tiennent les rênes de ce pays. En fait, ce n’est pas tout à fait ce prétexte-là qui a été invoqué mais... on y est presque. Car, par ces écrits sortis directement de ses tripes, Benchicou dérange. Il menace la sécurité de l’Etat, pense-t-on. Il porte atteint à l’ordre établi, croit-on. De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". Mis à part cela, il n’ y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question. Mais, je crois que dans ce pays, le mieux que l’on puisse faire est de faire sienne la formule de M’smar Djeha dont la photo orne justement l’en-tête du "Matin" : si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs ; alors parle et meurs. Si tout le monde osait, si tout le monde écrivait, le pouvoir ne pourrait absolument rien faire. Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on ?
En tout cas la presse algérienne de ce matin est unanime dans la condamnation de cette interdiction.

mardi 16 octobre 2007

Patate et...patati et patata.


Après un été caniculaire à cause, particulièrement, des feux de forêts qui se sont déclenchés spontanément ou, pour certains d’autres, provoqués carrément par l’homme (les militaires, paraît-il, pour obliger les derniers "tango" à sortir de leurs tanières) un peu partout à travers le territoire national, l’on assiste à un début de mois de d’octobre plus ou moins clément, sur le plan des températures cela s’entend. A l’intérieur du pays notamment sur les hauts plateaux de l’Est, le moins que l’on puisse dire c’est que les nuits sont carrément fraîches!
Le mois de Ramadan est bien terminé, il est loin derrière nous et pourtant le moral de beaucoup d’entre nous n’est pas encore prêt à affronter les dures journées de labeur qui attendent chacun de nous. En fait, en Algérie, hormis quelques exceptions, personne ne songe à " travailler plus pour gagner plus". Ce concept n’est pas le notre. La devise de nous autres Algériens est simple et elle se résume en une phrase. Celle-ci : "tout doucement le matin pas trop vite le soir". A quelques exceptions près, nous sommes tous partisans du moindre effort. Le pétrole a fait de nous des bras cassés. Et l’on se demande pourquoi notre économie n’arrive pas à décoller ! Pourquoi nos terres pourtant jadis très fertiles ne produisent pas assez de patate à tel point qu’on aille importer celle-ci du lointain Canada ! Et le hic c’est que avant que cette dernière ne soit dans nos assiettes, en purée ou en frites, elle a déjà subi les affres du temps : ratatinée, peau ridée et ses bourgeons commencent à poindre du fait d’un long séjour dans les calles des bateaux et du retard dans sa distribution aux consommateurs avides que nous sommes. La patate canadienne est arrivée il y a bien longtemps maintenant. Je l’ai vu par camions entiers qui sortaient d’un bateau accosté au quai sud du port d’Alger. Le 24 août dernier. Autrement dit près de deux mois maintenant. Et si elle n’était pas encore disponible sur les étals de nos marchés et nos Souk en plein mois de Ramadan c’est qu’elle a dû emprunter un autre chemin, celui de la contre bande, pour se retrouver en...Tunisie. Mais, gageons qu’elle va nous revenir sous forme de...chips ! Les spéculateurs ont plus d’un tour dans leur sac ! Les chips ça ne pèse pas lourd et ça coûte de l’or ! Plus ça "cracotte" et plus ça coûte !

On a beaucoup glosé sur la qualité de cette patate à tel point que l’ambassade du Canada a dû, par deux fois, faire une mise au point dans la presse quotidienne. Les mauvaises langues, sans ciller, avaient même affirmé que cette patate était destinée initialement aux cochons du pays de l’érable. La dernière mise au point se trouve justement sur le "Soir d’Algérie" de ce jour. Voilà ce qu’elle dit : " La pomme de terre de table, destinée à la consommation des ménages, arrivée en Algérie cet été a été cultivée, récoltée et entreposée en respectant rigoureusement toutes les procédures". Elle a été soumise à une inspection avant d’être chargée sur les bateaux et a été ré inspectée par les autorités algériennes une fois parvenue au port". Il n’ y a donc pas de quoi faire tout un plat...de purée !
Drôle d’époque que l’on vit ! On en est réduit à parler de... la patate. Pas seulement dans la rue, les cafés et les chaumières mais même au niveau du... conseil des ministres ! Cette information a été rapportée par le quotidien "Le Soir d’Algérie" dans sa livraison du 2 septembre dernier. N’est-ce pas que c’est dramatique pour un pays qui se veut être le leader de l’Afrique dans tous les domaines de ne pas pouvoir assurer l’autosuffisance alimentaire à sa population ? Il est vrai que, à l’ère de la mondialisation et de l’ouverture des pays au commerce international, la circulation des biens finis, semi finis ou tout simplement des biens de consommation se fait dans tous les sens, du Nord au Sud et vice versa. Mais là où le bat blesse c’est ceci : s’il s’agissait de l’importation de la banane ou du kiwi nous n’aurions rien trouvé à dire et à redire, ces deux fruits exotiques ne pouvant pas pousser dans un pays dont les trois quarts de la surface sont désertiques. Mais... la patate ! Il y a de quoi noircir des tas (que dis-je ?) des piles de papiers XEROX et verser des litres de salive sur l’imprévoyance de nos gouvernants. Car n’oublions pas que "gouverner c’est prévoir". Et voilà que la patate, de par sa rareté sur nos marchés, vient de nous mettre devant une amère réalité : nos gouvernants ont, une fois de plus, failli à ce principe. Souvenons-nous qu’en 1988, ils n’avaient pas anticipé "les émeutes de la semoule" et l’on sait ce qui est advenu par la suite : la spontanéité et l’ampleur du mouvement de contestation avaient d’abord laissé les pouvoirs publics ans voix, hébétés et ne sachant pas quoi faire. Cela s’est passé justement un certain mois ...d’octobre. Comme si le mois d’octobre charriait toutes les vicissitudes de l’histoire.
Pourquoi ai-je évoqué, ce jour précisément, ce problème de la patate alors que celle-ci fait parler d’elle depuis deux longs mois maintenant ? Eh bien parce que je viens de rentrer du marché, le couffin dramatiquement vide : sur les étals il n’ y a plus de patate ni la « locale » ni celle du Canada.
Et, sur ce fond de querelle byzantine entre d’une part la presse algérienne et d’autre part la représentation diplomatique du Canada l’on nous annonce des élections municipales en Algérie pour la fin novembre...

dimanche 9 septembre 2007

Les "Harraga"


Dans un de mes précédents articles sur Agoravox, j’avais évoqué le phénomène des "Harraga", cette forme d’émigration clandestine qui prend de plus en plus d’ampleur en Algérie. A l’époque, je m’étais contenté de relater les faits tels qu’ils étaient rapportés par la presse. Mais cette fois-ci, c’est une autre histoire. Et elle mérite d’être racontée. Car, le phénomène de l’émigration clandestine, de par les nombreuses victimes qu’il entraîne quotidiennement, doit nous interpeller tous. En parler, c’est déjà un début de prise de conscience.
Vous ne me croirez peut-être pas mais j’ai rencontré des "Harraga". De vrais "Harraga" ! Ceux dont on parle tous les jours dans la presse, ceux dont les marins pêcheurs en trouvent, parfois, des bouts de bras ou de jambes dans leurs filets et j’étais très ravi de les voir de près. En chair et en os ! Et bien vivants. Nonobstant le fait que leur moral fût à plat. Et surtout, j’étais ravi de leur parler, de tenir un brin de causette avec eux alors qu’ils étaient enfermés dans une cellule du bateau Riviera qui nous ramenait d’Alicante en ce vendredi 24 août. Vous imaginez ? Je leur ai même parlé ! Ils étaient quatre. Trois jeunes hommes dans la force de l’âge et... un vieux aux cheveux tout blancs qui m’a juré sur tous les saints qu’il retenterait le coup une fois libéré des mains de la justice algérienne.
"Ecoutez, vieux, lui dis je. Ces trois garçons, je les comprends parfaitement. Ils sont jeunes et forts comme des rocs et ils veulent refaire leur vie en Europe. Ils ont pris des risques. D’énormes risques, ça, tout le monde le sait. Ils ont traversé la mer au péril de leur vie. Mais, malheureusement, ils se sont fait attraper au premier village de l’Andalousie et expulser d’Espagne, mais vous..., oui, vous ya cheikh, j’avoue que je ne comprends rien du tout. Vous ne pouvez pas me convaincre que c’est la mal-vie en Algérie qui vous a poussé à braver les dangers de la mer, la faim et la soif, la peur au ventre de se faire dévorer par les gros poissons et à traverser le détroit de Gibraltar sur une barque de trois mètres de long à la coque trouée de toutes parts."
Le vieux ne semblait pas apprécier mon discours moralisateur. Il s’en alla lui aussi dans des explications d’ordre socio-économique pour justifier son acte déraisonnable : "El harga", l’émigration clandestine vers l’Europe. "Je n’avais rien en Algérie, me dit-il, ni maison ni boulot. Ma femme est décédée, mes enfants sont partis chacun de leur côté. Il n’y a donc rien qui puisse me retenir dans ce pays où je ne mangeais même pas à ma faim. Je ne suis pas du genre à faire la manche chaque vendredi devant la mosquée Sidi Abderrahman ou Sidi Flène. En Europe au moins il y a la Croix Rouge qui prend en charge les pauvres et les nécessiteux."
Alors que le bateau Riviera tanguait au large d’Alicante, un jeune passager, pris de pitié pour ces prisonniers pourtant à la chance inouïe (retour au pays aux frais de la princesse après avoir échappé aux dents de la mer), leur offrit des pommes et une... plaisanterie qui n’a pas été du goût du vieux : "Ne bougez pas d’ici, leur dit-il, je vais revenir avec une barre de fer pour fracasser les cadenas et vous libérer d’ici." Mais, un des trois jeunes lui rétorqua immédiatement : "Ah, si tu pouvais faire ça, je regagnerais la côte espagnole à la nage !"
L’attroupement des curieux devant la cellule coupa court à notre discussion et c’est l’âme en peine que j’ai regagné ma cabine. Pris de mal de mer, mes enfants dormaient et moi, l’œil rivé sur le hublot, j’admirais, dans le noir, les énormes vagues qui venaient se fracasser contre la coque du Riviera et, essayant de comprendre si une promesse de vie meilleure en Europe valait la peine qu’on brave les éléments de la nature quand ils sont déchaînés, je ne m’étais même pas rendu compte de l’heure qu’il était : minuit passé. Le restaurant étant certainement fermé à cette heure-ci, je me suis étendu sur mon lit, le ventre creux. Morphée s’empara vite de moi et, dans mon rêve, le vieux continuait à me jurer qu’il recommencerait la traversée, en sens inverse, de la Méditerranée. "Même sur un tronc d’arbre, un tronc d’arbre, un tronc d’arbre..." Cet écho me hanta toute la nuit comme si le vent qui soufflait dehors et les vagues qui ballottaient le bateau l’empêchaient de sortir de ma tête.
La mer était houleuse, déchaînée et le bateau avançait péniblement. La traversée de la Méditerranée n’a pas été une simple croisière où les gens s’amusaient comme des fous. Obligé de longer la côte espagnole puis algérienne, le Riviera a mis du retard pour arriver à destination (avec tous les passagers sains et saufs) : Alger. En descendant du bateau, j’ai revu pour la dernière fois les "Harraga" menottés et escortés par des policiers. Ironie de l’histoire, une chaîne stéréo inondait de ces décibels la salle de débarquement de cette vieille chanson de Dahmane El Harrachi : "Ya erraih ouine t’rouh taâya oua’touali..."

vendredi 22 juin 2007

Le Bac et la philo


Il n’y a pas à dire, la philosophie est une discipline indémodable. Elle continuera d’alimenter, pendant longtemps encore pour ne pas dire pour toujours, non seulement les conférences et les symposiums des universités, les discussions de "salonards", mais aussi les esprits encore jeunes des élèves de classe de terminale toutes filières confondues. Pour avoir été la mère de toutes les sciences, logiquement, elle aurait dû et pu disparaître il y a bien longtemps.
Mais, non !
Même si elle se fait vieille, trop vieille même, elle semble ne souffrir d’aucune pathologie de la sénescence, d’aucune tare liée à son âge extrêmement avancé. Bien au contraire, ces dernières années, elle a, du moins dans le monde occidental (1), retrouvé une seconde jeunesse. Partout, on lui voue encore, plus que jamais même, une certaine reconnaissance à tel point qu’à l’examen du baccalauréat de cette année, des philosophes d’une renommée internationale certaine ont été conviés à composer avec les candidats dans cette épreuve : la philosophie.
C’est ainsi que Jean d’Ormesson et d’autres philosophes français, non moins connus d’ailleurs, nous ont régalés, sur le Figaro littéraire de ce 14 juin, de leurs belles plumes, de leurs analyses percutantes sur des sujets aussi variés que "Toute prise de conscience est-elle libératrice ?" ou " Le désir peut-il se satisfaire de la réalité ?", par exemple. Si les notes ont été honorables, excellentes même pour les uns, la copie de Jean d’Ormesson, elle, n’a pas été corrigée. Qui oserait, en effet, noter ce monument, cet "Immortel" de la philosophie ? En fait, la participation de ces philosophes à cette épreuve est purement symbolique et renseigne en quelque sorte sur l’état d’esprit des Français qui restent intimement attachés à une discipline littéraire qui a enfanté "le siècle des Lumières" et la Révolution française.
Je vous avoue ici que, la veille de cet examen, j’avais eu un pressentiment, une intuition et je n’avais pas manqué de mettre en garde mon fils qui, lui aussi, a présenté cette année son bac, de l’éventualité, de la probabilité plus que certaine que l’un de ces sujets soit à l’ordre du jour. Au bac algérien, série sciences, bien évidemment ! Et effectivement, il est tombé. Mais comme il y avait le choix entre trois sujets, mon fils a préféré discourir sur le "Comment se constitue la Nation ?". Heureusement pour lui, il n’a pas bâclé son sujet. Il a su prendre le taureau par les cornes et, sans être personnellement philosophe, je crois qu’il mérite au moins un 10/20. Ce qui est déjà pas mal !
Fermons cette parenthèse pour ne pas donner l’impression que, par ce papier, je suis entrain de louer les capacités intellectuelles d’un élève de terminale, qui plus est mon fils.
Il est vrai que pour un scientifique, la philosophie est considérée comme une matière secondaire. Et, une fois le bac obtenu, elle est pratiquement jetée aux oubliettes à tel point que nos connaissances en cette matière se limitent à la définition, très éculée maintenant, du mot "philosophie" : l’amour de la sagesse, selon les anciens Grecs. Pas plus. Par honnêteté intellectuelle, je suis, en ce qui me concerne, forcé de ne pas nier, de reconnaître cette évidence même : je ne dispose ni de l’un ni de l’autre, ni amour ni sagesse et encore moins des deux à la fois, l’amour de la sagesse. Dire le contraire serait trop prétentieux de ma part.
Cela fait maintenant trente ans que j’ai eu mon bac. Depuis, je n’ai lu pratiquement aucune œuvre philosophique : ni Kant ni Hegel ni "Amar Bouzoir". Attention ! Ne tombez pas dans le piège. Le dernier nom cité n’est ni philosophe ni quoi que ce soit, c’est une expression purement algérienne qui veut dire tout simplement... personne !
Quant à Marx, il y a bien longtemps maintenant qu’il a perdu son "capital" sympathie, son aura d’estime auprès de nous, et le nouvelle génération est beaucoup plus attirée par les "Mac Do" et le modèle américain que par les grandes idées du marxisme d’établir une société sans classes. Et, de toute façon, les marxistes eux-mêmes se sont progressivement détournés du marxisme. Et ceci bien avant la chute du mur de Berlin, me semble-t-il. Car, je me rappelle que, déjà, dans les années 1980, années pendant lesquelles j’ai eu l’occasion à maintes reprises de visiter un certain nombre de pays qui faisaient partie de ce qu’on appelait alors le" bloc de l’Est", il y avait quelque chose de difficile à définir dans l’air. Que ce soit en Hongrie ou en Tchécoslovaquie, il apparaissait au visiteur attentif, au visiteur averti, même à un jeune homme de mon âge d’alors qui n’était attiré que par les belles filles et les sorties nocturnes dans des boîtes de nuit huppées, que quelque chose se tramait. On avait l’impression que les gens avaient hâte de se débarrasser de cette idéologie qui exerçait une chape de plomb sur eux. Vous imaginez ? Les jeunes ne pouvaient même pas sortir à l’étranger et ils nous enviaient, nous jeunes Algériens, Français, Italiens ou autres auxquels aucune frontière de l’Europe n’était hermétiquement fermée.
Avec la chute du mur de Berlin, en 1989, c’est tout un pan de l’Histoire qui est tombé. Pas dans les oubliettes, certes. Mais, le moins que l’on puisse dire, c’est que le monde n’est plus comme avant. Il est dominé par une seule puissance qui fait le beau et le mauvais temps où bon lui semble.
Ainsi donc, Marx est tombé de son piédestal et le coup qui lui a été fatal est venu de son fief même, de la grande URSS de Gorbatchev et de son concept de Glasnost et de perestroïka.
Depuis, bon nombre de ces pays de l’Est ont rejoint la communauté européenne. Mais est-ce suffisant pour construire une nation européenne ? Les peuples d’Europe sont-ils vraiment liés par une Histoire commune ? Aspirent-ils vraiment à un devenir commun quand, par exemple, les Français accusent les plombiers polonais de venir manger leur pain ?
A mon fils, il a été demandé, en philosophie "comment se construit la nation ?". Il a dit et écrit ce qu’il a pu dire et écrire. Peut-être bien. Peut-être moins bien que ce que je pense. En ce qui me concerne, j’ai préféré emprunter le chemin inverse et parler plutôt de la déconstruction d’une nation, l’URSS pour ne pas la nommer, sous les effets conjugués de la bêtise humaine interne et du travail de sape des "Think tanks" des néoconservateurs américains. L’ours est mort. On peut vendre sa peau maintenant, pense-t-on. Mais, si l’ours n’est que blessé ? Ne court-on pas le risque de le voir réagir avec plus de détermination, plus de hardiesse ? C’est, au fond, ce que tout le monde, du moins ceux qui ont une dent contre l’Amérique arrogante de Bush, attend(ent) avec impatience notamment avec cette histoire de "boucliers antimissiles" que l’oncle Sam veut implanter à quelques lieues du Kremlin.
En effet, la Russie se sent de plus en plus isolée, de plus en plus menacée par l’installation pratiquement à ses frontières d’ogives nucléaires. Pourtant, l’on nous dit bien que la "guerre froide est bien finie" (2), que ces missiles sont orientés vers un autre ennemi : l’Iran. Pourtant tout le monde sait que ce pays, même gouverné par des Mollahs qui ne craignent que Dieu, est incapable, matériellement, de s’attaquer à l’Europe et encore moins aux Etats-Unis. Qu’il est encore loin d’avoir l’arme de dissuasion par excellence, la capacité nucléaire suffisante pour se lancer dans une aventure aux lendemains incertains pour l’humanité entière.
(1) Personnellement, je crois dur comme fer que si le monde musulman se débat depuis plusieurs décennies maintenant dans des problèmes inextricables, c’est parce qu’il n’a pas accordé à la philosophie l’importance qu’elle mérite.
(2) De la bouche même de Bush lors du dernier G 8 .

mardi 5 juin 2007

La presse algérienne et les législatives


Il n’ y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit l’adage. Et cet adage s’applique à merveille à nos partis politiques, particulièrement au FLN et au RND, qui, lors d’un débat postélectoral télévisé, ont accusé la presse de n’avoir pas joué son jeu. Pire encore: d’avoir fomenté ce "coup bas" qui s’est exprimé, fatalement, par un taux extrêmement bas de participation lors des législatives du 17 mai dernier!
La presse, selon certains responsables de ces deux partis, a eu le pouvoir de dissuasion, le pouvoir d’influence auprès de l’électorat en commentant négativement le déroulement de la campagne électorale. Mais en quoi la presse a-t-elle eu tort ? Elle n’a rapporté que les faits et rien que les faits. Si la campagne électorale a été d’une morosité et d’une monotonie telles qu’elle n’a pas drainé les foules le jour « J », ce n’est tout de même pas la faute de la presse ! Ou alors, on lui cherche des noises parce que, ces derniers temps, celle-ci a tendance à révéler certaines choses qui ne plaisent pas à tout le monde, telle, par exemple, cette information parue sur le journal « Liberté » d’hier : « Des recettes de plus de 50 milliards de dollars attendues en 2007 », recettes tirées des exportations des hydrocarbures. Effectivement, quand les Algériens voient de tels chiffres, de telles sommes entrer dans les caisses de l’Etat sans qu’ils puissent eux-mêmes en profiter directement, il y a de quoi bouder les urnes !
Ainsi donc, toutes les raisons objectives qui ont fait que les électeurs ne se sont pas déplacés en masse aux bureaux de vote, viennent d’être rejetées d’un revers de la main. Et pourtant, ces raisons-là sont connues de tous. Je ne vais pas les énumérer toutes sous forme d’une liste exhaustive, mais, pour ne donner qu’un seul exemple, sachez qu’en Algérie, le chômage est une réalité que nul ne peut cacher. Celui-ci est à deux chiffres pour parler le langage des économistes et concerne même les milliers de diplômés que nos universités mettent chaque année sur le marché du travail. A tel point que pour parer à ce désastre, les pouvoirs publics ont imaginé un concept qui n’existe nulle part ailleurs : "Tachghil echabab", l’emploi des jeunes qui consiste à recruter, pour le compte de certains hôpitaux de l’intérieur du pays, par exemple, des médecins pour une poignée de dinars ! J’en connais quelques-uns. Ils sont payés l’équivalent de 70 euros par mois ! A côté d’un député qui, lui, va toucher à peu près 3 000 euros en plus du "LNB"(logé, nourri, blanchi) par l’Etat, je crois sérieusement, et vous en convenez avec moi, qu’il "y a pas photo" pour reprendre l’intitulé de cette émission de... TF1. Enfin, je crois.
Le phénomène des "Harraga" dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours n’est pas, non plus, une vue de l’esprit. Ou une histoire fictive d’un auteur en mal d’imagination. Je m’arrête là parce que ça ne sert à rien de répéter toujours les mêmes rengaines, toujours les mêmes refrains.
Ainsi donc, les partis politiques qui nous gouvernent, au lieu de tirer des leçons pratiques, pragmatiques de ce qui s’est passé ce jeudi 17 mai, se perdent dans des considérations philosophiques consistant à rejeter la balle et sur la presse et, la meilleure encore et la dernière en date, sur la loi électorale qu’eux-mêmes ont, pourtant, confectionnée ! La loi électorale est mauvaise ? Elle est dépassée, démodée, inadaptée à la société algérienne de 2007 ? Qu’à cela ne tienne ! Changeons-la. Changeons même la Constitution s’il le faut. Celle-ci n’est ni la Bible ni le Coran. C’est une œuvre humaine qui comporte certainement pas mal de malfaçons, pas mal de carences et d’insuffisances. De ce fait, elle peut être rediscutée, remodelée à tout moment. Mais, cela pourrait-il garantir que lors des prochaines échéances électorales, les citoyens iraient faire la queue à 8 heures du matin devant les bureaux de vote ? Cela m’étonnerait beaucoup ! Il faut être lucide : ce n’est ni un problème de texte ni un problème de loi. Le taux record de l’abstention (64%) lors de ces législatives est directement lié à la condition sociale des Algériens. Tant que les conditions sociales des citoyens empirent de jour en jour alors que, paradoxalement, les réserves en dollars de l’Algérie augmentent de plus en plus, ceci ne peut être que prévisible.
Si les Algériens se sont détournés de la chose politique (et donc des dernières législatives) c’est parce qu’ils ne font plus confiance aux hommes politiques qui leur promettent monts et merveilles, mais qui, une fois arrivés au pouvoir, les ignorent complètement. A-t-on déjà vu un député revenir à son douar d’origine et rendre des comptes à ses électeurs ? Pas que je sache !
Pour conclure disons que, de facto, on reconnaît à la presse algérienne et en particulier à celle dite francophone son rôle non négligeable, quand celle-ci s’y met vraiment, sur l’opinion publique. Implicitement, ces deux partis viennent donc de reconnaître à la presse le fait d’avoir, enfin, acquis ses lettres de noblesse et de constituer ainsi ce qu’on a appelle le 4e pouvoir

jeudi 24 mai 2007

Algérie : validation des résultats des législatives par le Conseil constitutionnel

Sous le titre de "Tous les chemins mènent à l’APN...", le "Soir d’Algérie" vient de nous donner une information des plus marrantes. A sa lecture, je n’ai pas pu me retenir de rigoler un bon coup. Mais, à bien y réfléchir, ça ne fait pas rire du tout. Plutôt ça laisse penser au fait que, tout compte fait, les citoyens ont eu tort d’avoir tourné le dos à ces élections. Car ce qui devait arriver arriva.
Qu’une chose pareille arrive en politique, dans des élections législatives dont dépend en grande partie l’avenir de tout un peuple, c’est grave. Trop grave même. Il y va de la crédibilité de l’APN. En effet, celle-ci est doublement pénalisée : au manque de légitimité dont elle est déjà créditée par un taux incroyablement élevé d’abstention (voir mon article précédent), elle vient de se caractériser aussi, aux yeux de la majorité des citoyens, par l’élection d’un certain nombre "d’affairistes" sans projet politique sérieux ni ancrage réel au sein de la population. Pire encore, avec maintenant "un clown qui fait son entrée à l’APN", c’est à une assemblée de... (Non, je n’oserai pas le dire, et ceci par respect pour les membres de certains partis politiques qui vont y siéger) que l’on va avoir affaire.
Soyons sérieux : Cheikh Aâtallah, le Coluche algérien, a-t-il vraiment sa place à l’APN ? Que va-t-il y faire ? Il est vrai qu’il a été élu démocratiquement ! Mais par qui ? Par de vieux bougres et certainement aussi par de jeunes "Hittistes", d’un trou perdu de Djelfa qui, par ce geste-là, viennent de nous démontrer qu’ils sont à mille lieues de la chose politique ! Que ces élections étaient, pour eux, une façon de se défouler en permettant, du même coup, à l’un des leurs de fouler le sol tout en marbre italien de l’APN. Voilà pourquoi, me semble-t-il, il est permis de dire que, de la même façon que ce qu’on a l’habitude de dire à propos des impôts, "trop de démocratie tue la démocratie". On a joué à fond la carte de la démocratie en permettant à tout citoyen majeur et n’ayant pas d’antécédents judiciaires d’être éligible et de pouvoir donc se présenter aux élections locales ou nationales et voilà le résultat ! Nous allons avoir une APN multicolore, mosaïque diront certains, où, en plus des partis politiques traditionnels (FLN, RND, HMS, RCD, PT) ce qui est quand même bien, reconnaissons-le, il y aura aussi des FNIC et des fennecs, ce qui est mauvais, à mon avis, pour la démocratie naissante en Algérie. Car, pour ceux qui ne connaissent pas ce Coluche algérien, sachez seulement qu’effectivement celui-ci est rusé comme un renard du désert d’où il est originaire. Il n’a pas été par mille chemins pour faire sa "campagne électorale". Il n’a pas arpenté chemins poussiéreux et collines verdoyantes en ce printemps 2007 ; il n’a pas non plus traversé rivières et déserts pour aller prêcher la bonne parole et faire des tas de promesses. Il n’a pas chauffé à blanc les foules en délire lors de meetings dans de grandes salles climatisées ni ailleurs. Non. Rien de tout cela. Il n’a usé que de son humour. Auprès des villageois de son Douar d’origine. Et ça été suffisant. Son humour a été plus que payant puisque, aujourd’hui, l’humoriste d’El F’hama est projeté au devant de la scène politique. Son rêve est devenu réalité. Il a été largement plébiscité, parait-il. En tout cas, il s’apprête à faire une entrée fracassante à l’Hémicycle du Bd Zighout Youcef.
Mais, le rêve de tous les Algériens de voir une APN vraiment représentative des différents courants politiques qui traversent la société, une APN formée de l’élite du pays et qui s’investit pleinement dans la vie politique du pays, qu’en fera-t-on ? N’aurait-il pas fallu exiger un minimum de formation universitaire (Bac + 4, par exemple) aux candidats à ces élections en plus de la compétence avérée dans leurs domaines respectifs ? N’aurait-il pas fallu autoriser uniquement les candidats qui activent au sein des partis politiques ? De cette façon-là, on aurait pu, peut-être, limiter les dégâts et éviter que de tels personnages, même hauts en couleur par ailleurs, viennent jouer les trouble-fête. Nous aurions eu une APN avec quelques partis de représentés, certes, mais une APN dont tous les Algériens seraient fiers. Une APN qui ne soit pas comme une auberge espagnole où entre qui veut.
Il est vrai qu’il faut un peu de tout pour faire un monde. Mais, pour faire une APN, a-t-on vraiment besoin de tout le monde ? Une APN c’est quand même quelque chose de sérieux ! Alors de là à élire "des personnes qui n’ont rien à voir avec la politique", c’est une atteinte pure et simple, une insulte, une gifle, à l’intelligence de tous les Algériens. Que puis-je dire encore ? On peut ne pas être d’accord avec mon raisonnement, mais c’est comme ça que je vois la chose personnellement.
Espérons seulement, pour terminer, que tout ce beau monde, tous ces gens-là ne vont pas "lustrer leur culs"sur les strapontins de l’hémicycle Zighout Youcef pour reprendre une expression chère à notre écrivain Yasmina Khadra, ni faire la méridienne pendant les séances plénières...

mardi 22 mai 2007

Algérie : législatives.

Donnons une suite à l’article précédent où j’avais évoqué, brièvement, le déroulement monotone de la campagne électorale des législatives en Algérie. Il est vrai que nos législatives "n’intéressent pas grand monde" ici, c’est-à-dire de l’autre côté de Méditerranée, comme vient de me le faire remarquer, non sans ironie, un internaute d’Agoravox du nom de Calmos. J’en suis conscient. N’empêche, il y a des lecteurs dans d’autres contrées de la terre qui n’ont pas encore perdu leur "algérianité" et qui ne demandent qu’à être informés de ce qui se passe ici. Et, cette fois-ci, par "ici" j’entends ce vaste territoire qui s’étend de la rive sud de la méditerranée jusqu’au fin fond du Sahara et qu’on appelle ALGERIE.
En Algérie donc, après presque deux semaines de somnolence et de monotonie, la campagne électorale commence à sérieusement battre son plein. Les élections présidentielles françaises y sont peut-être pour quelque chose. Comment ? Eh bien l’explication réside, à mon avis, tout simplement, dans le fait que, lors des débats franco-français, tous les regards algériens, aussi bien des candidats que des électeurs, étaient braqués vers l’Hexagone. Mais, à partir du moment où le verdict des urnes est tombé, tel un couperet, faut-il le préciser, et le nouveau président français connu, nous autres algériens nous nous sommes rappelés de nos législatives. Et là, ça va de soi, nous nous sommes rendu compte qu’il nous faut rattraper le retard, combler le vide, occuper le terrain, et ne rien laisser à l’adversaire. La course contre la montre est donc engagée ! Nous l’avons, cependant, si bien engagé qu’il nous arrive parfois de confondre vitesse et précipitation à tel point que les candidats passent, en coup de vent, d’une région à l’autre, ne consacrant que quelques minutes pour expliquer un programme qui comporte, pour certains partis politiques, plus de 140 points. (1) Il ne reste plus que quelques jours avant le jour J. Et, après un démarrage qu’on ne peut pas, malheureusement, qualifier de démarrage sur les chapeaux de roue, la campagne électorale semble avoir atteint sa vitesse de croisière. On redouble de férocité. Les uns envers les autres. C’est ainsi que "Ouyahia critique les ministres du FLN qui usent et abusent des moyens de l’état pour la campagne électorale" et que Saïd Saadi du RCD " prévoit la fin du régime que sa formation compte accompagner en offrant une alternative". Malheureusement, pour ce dernier, on a, pour le décrédibiliser aux yeux de la majorité des algériens, affublé son parti, le RCD, d’un sobriquet qui ne tient pas du tout la route, à savoir "parti régionaliste". (2) On l’a enfermé dans une espèce de ghetto kabyle dont les frontières ne s’étendent que des "Babor" (3) jusqu’aux Issers, autrement dit une portion insignifiante de l’Algérie. Mais, sachez quand même que son parti est ouvert à tous les Algériens et Algériennes qui se reconnaissent dans sa "ligne éditoriale", malgré cette étiquette qui lui colle à la peau comme un tatouage indélébile. Et, c’est ce qui explique peut-être que l’un de ses dauphins, Ait Hamouda pour ne pas le nommer, s’est adressé aux citoyens venus nombreux l’écouter, en des termes très virulents, lors d’un meeting à Bouzeguène en Kabylie : " Autant je suis profondément algérien, autant je refuse à ce qu’on me refuse ma kabylité". Plus loin encore, il ajoute, à l’encontre de Ouyahia, patron du RND (qui, lui aussi, ne fait pas dans la dentelle lorsqu’il s’agit de défendre son parti et ses idées), ceci "...qui n’a pas trouvé mieux que de ramener la loi sur la généralisation de la langue arabe". Ainsi donc les débats ne concernent pas uniquement ce qu’il y a lieu de faire sur le plan économique pour sortir l’Algérie de son sous-développement chronique, comme on a tendance à le faire croire, mais ça concerne aussi l’une des composantes principales de notre personnalité à savoir l’utilisation, dans nos rapports quotidiens de travail et de communication et dans l’enseignement de nos enfants, de la langue Amazigh. A moins que je n’aie pas bien saisi le sens de cette intervention de Ait Hamoud ou que la presse l’ait mal rapportée. En tout cas, personnellement, je crois que ces élections législatives sont une occasion pour mettre "la question" sur la table et d’en débattre sereinement. La Kabylie a assez souffert des incohérences des uns et des autres et des interventions intempestives (pour ne pas dire autre chose) de nos pouvoirs publics. Avouez qu’avec de tels propos, les débats ne peuvent être que passionnants et on aimerait bien que ça se prolonge. Malheureusement que, comme chaque chose a une fin, c’est presque la fin de cette campagne électorale et si pour les uns les carottes sont déjà cuites c’est aussi, à coups sûrs, la fin des haricots pour tant d’autres : les micro partis et les "indépendants".(1) Programme du RND.(2) Ce qui arrange et le pouvoir et certains partis politiques dits démocratiques. A commencer par son frère ennemi, le FFS qui a, lui aussi, pignon sur rue dans cette région de Kabylie. Mais, ce dernier, du fait de sa politique systématique de boycott, a déjà perdu pas mal de sympathisants et même ses responsables doutent sérieusement de la capacité de leur parti à remobiliser les foules au cas où son leader reviendrait à de meilleurs sentiments et accepterait de participer à d’autres échéances électorales. La politique de la chaise vide toujours prônée par le leader charismatique du FFS a sérieusement ébranlé les convictions des uns et des autres au sein de cette formation politique. On n’en est pas loin de la dissidence d’ailleurs !(3) Chaîne de montagnes de la petite Kabylie.

Algérie : les députés et les dépités.

Charmés, subjugués par la campagne électorale de la présidentielle française, nous avons oublié que, sous notre ciel, dans quelques jours, se tiendront également nos propres élections législatives. En fait, si notre campagne électorale n’emballe personne, c’est certainement à cause du manque de punch, de dynamisme et du savoir communicationnel, toutes choses qui caractérisent la plupart de nos partis politiques en lice.
Et ils sont nombreux. Pas moins de vingt-quatre partis politiques ! Une précision de taille s’impose cependant : la plupart d’entre eux étaient en hibernation depuis... Euh... non, je ne vous le dis pas parce que rien que le fait d’évoquer ça, je ressens une chaleur et une rougeur sur mon visage. De honte. De honte de dire que ces partis "boulitiques" et boulimiques se sont brusquement réveillés parce que terrassées par la faim et ils ont senti l’odeur de la bouffe qui provient des cuisines de la République pétrolière.
A cela, il faut ajouter aussi les innombrables candidats indépendants qui semblent, et c’est le moins que l’on puisse dire, donner des coups de bâtons sur une eau stagnante et saumâtre : ça ne crée pas de vagues et ça soulève des odeurs de fric que ceux-ci pensent engranger une fois élus. Il est clair et net que les candidats, qui se présentent aux élections en rang dispersé, en "indépendants" comme ils aiment bien à se définir, c’est-à-dire sans qu’ils soient affiliés à un quelconque parti politique ni soutenu par une "famille révolutionnaire" ou un truc de ce genre, ne le font que par "affairisme". De ces candidats, c’est clair aussi, la plèbe n’attend et n’espère rien de particulier et il est donc compréhensible que celle-ci les ignore complètement, ne faisant même pas mine d’écouter leurs discours ronronnants. A la radio, à la télévision ou dans des meetings improvisés à la hâte et qui n’attirent pas grand monde (à l’exception de quelques badauds emmenés par bus entiers des villages environnants et dont le seul souci est de faire une virée en ville aux frais du prince d’un jour) personne ne semble s’y intéresser. Et il n’est pas rare de surprendre des gens, dans la rue ou dans les cafés, discutant à bâtons rompus du dernier duel télévisé de... Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Ainsi donc, ce qui se passe ailleurs, en France précisément, est-il plus captivant que ce qui se passe dans le Douar d’à côté nonobstant la venue d’une grosse pointure de la politique tel Saïd Saadi du RCD ou Louiza Hanoune du PT (parti des travailleurs), par exemple.
En fait, j’ai cité ces deux personnalités, tous deux chefs de partis politiques, car ce sont les seuls qui émergent du lot et qui proposent des choses intéressantes sans démagogie ni forfanterie. Hormis ces deux lascars de la politique, le reste, tout le reste des candidats ne fait que répéter à satiété, parfois jusqu’à la nausée même, des promesses, toujours des promesses, qui seront impossibles à tenir ultérieurement. Au cas où..., évidemment.
Même la presse, ces derniers temps, n’évoque ces élections que pour signaler la morosité et la monotonie de la campagne et le manque d’intéressement de la part des citoyens c’est-à-dire des électeurs.
Quant aux partis politiques qui sont bien structurés, bien ancrés dans la société aussi et qui font partie déjà de la coalition gouvernementale (FLN, RND et HMS), ils sont déjà certains de rafler la mise dans un ordre chronologique et à des pourcentages tels qu’ils n’est pas exagéré de dire que les dés sont déjà jetés et les jeux faits. Le gâteau est déjà partagé en tranches inégales, certes, selon l’appétit des uns et des autres, et la question qui reste à régler est : qui va s’emparer de la cerise qui orne le gâteau ? En d’autres termes, qui aura la majorité parlementaire ? Le parti FLN, qui continue, plus de quarante ans après l’indépendance, de jouer sur la fibre révolutionnaire des Algériens, le "bébé moustachu" (c’est comme ça qu’on appelait le RND au moment de sa création, en 1995) ou le frère ennemi du défunt FIS ? Ceci pour l’humour.
Trêve de plaisanterie car la situation n’est pas si cocasse qu’on pourrait l’imaginer et mérite d’être analysée avec rigueur et sérieux.
Je disais donc que mis à part les deux candidats cités ci-dessus et les partis de l’alliance gouvernementale, les autres, tous les autres, micropartis et candidats "indépendants", ne sont là que pour amuser la galerie. Mais, ce qui est quand même étonnant c’est qu’ils se prennent eux-mêmes au sérieux à tel point qu’ils promettent monts et merveilles sans ciller. Et, à force de promettre, ils perdent, forcément, toute crédibilité aux yeux des citoyens pas du tout cons que nous sommes. De cela, ils ne se rendent peut-être pas compte ou, en hommes avisés tout de même, feignent tout simplement de l’ignorer. Dans une campagne électorale, tous les coups sont permis, doivent-ils se dire probablement, la fin justifiant les moyens c’est-à-dire les discours démagogiques ..

dimanche 20 mai 2007

Algérie : pourquoi les algériens n’ont-ils pas voté massivement ?

Par quel bout devrais-je prendre la question pour pouvoir vous donner une réponse, un éclairage, disons un semblant d’analyse politique sur ce qui s’est passé, en Algérie, ce 17 mai ? En effet la question est plus que pertinente. De ce fait, elle mérite une réponse tout aussi pertinente. Chose à laquelle, j’essaierais de m’atteler avec plus ou moins d’audace et plus ou moins de bonheur. Bonheur que l’Algérie s’achemine vaille que vaille vers la démocratie véritable.
Pour commencer, disons que j’ai beau lire et relire les comptes rendus de la presse d’aujourd’hui mais, c’est le même constat qui revient sur toutes les "Unes". Dans leur grande majorité, les algériennes et les algériens ont boudé, cette fois-ci, les urnes. De mémoire d’homme jamais des élections législatives ou autres n’ont connu un aussi fort taux d’abstention. Ce qui fait dire au "Soir d’Algérie" que "l’abstention l’emporte" et j’ajouterais personnellement... de fort belle manière puisque le taux d’abstention est, tenez-vous bien, de 64%. A vrai dire ce chiffre record, jamais vu même dans les pays les plus démocratiques, était quelque peu attendu par tous ceux qui avaient suivi les débats plus que stériles, j’ose encore le dire, de la classe politique toutes tendances confondues (à l’exception du RCD et du PT) lors de la campagne électorale. Et, rassurez-vous, ceci n’a rien à voir avec les appels au boycott de certains partis politiques ni du GSPC. Ce n’est pas non plus la peur des attentats kamikazes qui auraient pu avoir lieu au niveau des bureaux de vote qui les a fait renoncer à aller exercer leur devoir de citoyens. Bien au contraire, sur le plan sécuritaire, jamais Alger (et ses environs) pour ne citer que cette ville n’a bénéficié d’autant de renfort en policiers et autres services de sécurité. A tel point qu’Alger la blanche était devenue bleue ! Les policiers, dès la veille des élections, étaient postés un peu partout aux alentours des écoles où devaient avoir lieu le vote et même devant chaque institution de l’état, enfin devant tout symbole qui risquerait d’être la cible d’éventuelles attaques terroristes.
En fait, la raison de ce manque d’engouement, d’enthousiasme à ces élections est simple. Tous les Algériens ou presque, en particulier les jeunes, ont estimé, en leurs âmes et consciences, que, ne pas voter du tout est aussi un droit. Et ils se sont arrangés à appliquer pleinement ce droit. De leur propre chef. Qui pourra le leur dénier, ce droit, ou leur reprocher quoi que ce soit ?
Les algériens n’ont pas été aux urnes pour des raisons claires et nettes : ils n’ont pas voté parce qu’ils pensent ni plus ni moins que le changement de l’APN (assemblée populaire nationale) n’induit pas automatiquement un changement dans leur vie de tous les jours. C’est aussi simple que cela. Les abstentionnistes ont donc fait un tabac ! Et ça ne surprend personne.
Sauf peut-être le pouvoir en place qui trouve, comme toujours d’ailleurs, une parade, une échappatoire pour expliquer à sa manière le pourquoi de la chose : "la forte abstention est une preuve de maturité politique" a dit le ministre de l’intérieur et des collectivités locales. Effectivement, le ministre Yazid Zerhouni a tout à fait raison de dire cela. Les algériens sont maintenant mûrs. Pour la démocratie. Pour la liberté d’expression. Pour la liberté de ne pas voter. Pour la liberté de mettre un bulletin blanc donc nul dans l’enveloppe avant de foutre cette dernière dans l’urne. Fini le temps des "béni oui oui". Fini le temps où la pilule, même d’un goût très amer, est avalée quand même. Sans discussion aucune. Le "Non" fait désormais partie de notre vocabulaire et nous nous en réjouissons qu’il soit ainsi. Nous nous en réjouissons jusqu’à l’extase ! Jusqu’au nirvana. Car en démocratie, la vraie et non pas celle de façade à laquelle on nous a habitué, le "Non" doit pouvoir faire bon ménage avec le "Oui".
Les algériens savent maintenant faire la différence entre le bon grain et l’ivraie. Entre le "Oui" et le "Non". Ils savent aussi être indifférents. Vis-à-vis des urnes. Vis-à-vis des hommes politiques. Et c’est ce qu’ils ont fait ce jeudi 17 mai. Ils ont été indifférents. Tout simplement et tout bêtement. Les urnes n’étaient même pas le cadet de leur souci et s’ils sont sortis, le soir de ce jeudi 17 mai, dans une sorte de liesse populaire c’était pour fêter la coupe arabe emportée par l’aigle noir et blanc des hauts plateaux.
Mais, n’oublions pas aussi le 1/3 des algériens qui ont voté. Pour les partis ou les listes électorales de leur choix. Ils étaient, eux aussi, libres. Personne n’a entravé leur action. Personne ne s’est mis au travers de leur chemin vers les urnes. Il n’ y a pas eu de fraude massive tant redoutée. Pour une fois, les urnes n’ont pas été bourrées. Et ceci est à l’honneur du pouvoir qui a organisé ces élections. Pour une fois donc, on peut dire que nos élections ont été "honnêtes, transparentes et libres" même s’il y a eu quelques ratés ici et là.
Au diable alors les "64% d’abstention". L’Algérie est sortie grandie de ces élections et c’est ce qui compte le plus !

vendredi 18 mai 2007

La Turquie à la croisée des chemins


Ce matin, en prenant livraison de mon canard préféré, "Le Soir d’Algérie", j’ai été ravi de découvrir que le titre étalé en gros caractères sur la "Une" ressemblait à s’y méprendre au mien, celui de mon dernier article sur agora vox: Marche turque et le terrorisme islamiste.

En effet, le titre de cet article du "Soir d’Algérie" est "marche géante à Istanbul. Autrement dit une "Marche turque" sur fond d’islamisme qui veut s’imposer par...les urnes. Sur la page intérieure du "Soir d’Algérie" l’on apprend que "plus d’un million de personnes ont manifesté hier à Istanbul en faveur de la laïcité..." Cela ne vous rappelle-t-il rien ? A moi, si. Et c’est pour cette raison-là d’ailleurs que j’ai donné libre cours à mon écholalie. Il y a une similitude frappante entre ce qui s’est passé, au début des années 90, en Algérie et ce qui se passe actuellement en Turquie. A dire que les pays musulmans sont frappés de malédictions. Rappelez-vous des années 90 et des fameux rassemblements dans les places publiques d’Alger des sympathisants du FIS. A la différence que ceux-ci voulaient s’emparer du pouvoir et établir un état théocratique. La laïcité, la démocratie, la séparation du spirituel du temporel tout cela n’était que des concepts occidentaux et donc par définition "Kofr". (1) Dans mon article, je parlais du terrorisme islamiste algérien qui ne veut pas abdiquer malgré la réconciliation nationale qui ne proposait ni plus ni moins que de passer l’éponge sur tous les crimes commis par ces sanguinaires sans foi ni loi. Là, par contre, il s’agit apparemment d’un bras de fer entre l’état major de l’armée turque et le "gouvernement islamo conservateur" qui refuse de retirer la candidature à la présidentielle de "son ancien chef de la diplomatie Abdullah Gǔl". Ce dernier l’a fait savoir d’ailleurs d’une façon claire et nette. « Il est hors de question que je retire ma candidature d’une façon ou d’une autre », a-t-il dit. C’est ce qui s’apparente, dans notre jargon algérois, à la formule « dezzou mâahoum », poussez avec eux ! En sortant manifester massivement, les turcs entendent montrer à l’Europe et au reste du monde qu’ils tiennent à la laïcité comme ils tiennent à la prunelle de leurs yeux. Ils ont raison de le faire car l’intrusion de la religion dans le domaine politique... on sait ce que ça donne. Du labo algérien, aucune formule magique n’est encore sortie ! Et l’Algérie est encore loin de sortir de l’auberge. Preuve en est les derniers attentats Kamikazes contre le Palais du gouvernement, une citadelle que l’on pensait pourtant imprenable. Le hic dans toute cette affaire, c’est que la Turquie qui fait des mains et des pieds, depuis de nombreuses années, pour entrer dans l’Union Européenne sait pertinemment qu’il y a vingt sept paires d’yeux braqués en permanence sur elle. Les turcs savent aussi que le moindre de leur faux pas en matière des droits de l’homme et de démocratie les disqualifie à tout jamais aux yeux de ces "paires d’yeux". Alors, pourquoi s’entêtent- t-ils à créer des problèmes là où il ne devrait pas y en avoir ? Les hommes politiques turcs, ne se rendent-ils pas compte que cette crise au sommet du pouvoir risque de leur coûter cher ? En agissant ainsi, ne donnent-ils pas, en fait, un argument sérieux à Bruxelles, contre l’adhésion de leur pays à l’Union ? Il est vrai que pour Bruxelles l’armée ne devrait en aucun cas intervenir dans ce problème qui est d’essence purement politique. Mais, d’un autre côté, un gouvernement d’essence purement islamo conservatrice sera (ou en tout cas risquera fort bien de constituer) un obstacle majeur à l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union européenne. En effet, il n’est pas exagéré de dire que l’opinion publique européenne, qui a déjà, à maintes reprises, manifesté son hostilité à cette perspective, aura plus d’influence sur le cours des évènements cette fois-ci. Ainsi donc la Turquie se trouve actuellement à la croisée des chemins pour ne pas dire devant un dilemme : si proche de la source mais, apparemment, quelqu’un de malintentionné a dû empoisonner l’eau. Comme en Algérie, en 1992, l’armée turque va peut-être intervenir pour arrêter un processus électoral dont personne, du moins sous sa forme actuelle c’est-à-dire avec le candidat que l’on sait, ne semble en vouloir.
(1) Kofr = incroyance.

lundi 14 mai 2007

Les "Harraga" et le Radeau de la Méduse

Il y a des mots d’origine algérienne qui, à force d’être galvaudés, à force d’être utilisés par les uns et les autres, finissent par s’imposer dans les écrits journalistiques (1) et littéraires (2) .Tels les mots "hittiste" et "harraga", par exemple.
Le premier mot décrit, d’une façon on ne peut plus claire, les jeunes chômeurs des pays du Maghreb qui, à longueur de jour et d’année, tiennent les murs. Pas par oisiveté ni par fainéantise non plus, mais par manque de travail et de débouchés pour les jeunes diplômés dans des pays où pourtant tout reste à faire ! Le second terme, lui, désigne toujours ces mêmes jeunes qui, un beau jour, décident de laisser tomber les murs et, prenant leurs balluchons, vont, non pas par des routes sinueuses et poussiéreuses mais en surfant sur les vagues le cap droit vers le nord, brûler les frontières de l’Europe. Retenez donc bien ces deux mots. Je donne ma langue au chat que, tôt ou tard, ces mots auront leur place dans le petit Robert. Si ce n’est pas déjà fait. Et nous serons ainsi fiers, nous autres Algériens, d’avoir contribué à l’enrichissement sémantique de la langue française. Un "butin de guerre" se doit d’être entretenu et enrichi, n’est-ce pas ?
Aujourd’hui donc, j’ai envie de vous parler de cette race d’Algériens qui ne craint rien.
En effet, ces derniers temps, en Algérie, le nombre de "harraga" qui ratent leur coup est en augmentation. Chaque jour que Dieu fait, la presse en rapporte des cas. Et ça concerne des Algériens de plus en plus jeunes. De plus, avec l’arrestation, la semaine dernière, par les services de la gendarmerie d’Annaba, d’une jeune fille parmi les candidats malheureux à l’émigration clandestine, on aura tout vu. Mais, ce phénomène ne semble pas inquiéter outre mesure nos pouvoirs publics. Bien sûr que les services de la PAF font tout pour les arrêter. Ils sont tout le temps aux aguets. Et d’une extrême vigilance. Et, rares sont les "harraga" qui arrivent à tromper cette vigilance et qui réussissent à dépasser les eaux territoriales algériennes et à atteindre leur but, les côtes espagnoles du côté de l’ouest, la Sicile ou la Sardaigne du côté de l’est. Pour plusieurs raisons. A commencer d’abord par la vétusté des embarcations utilisées qui tombent souvent en panne, à quelques kilomètres de la côte. Ce qui, évidemment, ne peut qu’entraîner la panique générale. En tout cas, c’est ce que tout un chacun pourrait aisément imaginer. Une panne de moteur en pleine mer ! Les "harraga", ne pouvant plus compter que sur leurs bras, deviennent alors des galériens au sens propre du mot. Ils rament jusqu’à l’épuisement total sans savoir où le destin les conduira. Avec un peu de chance et un peu de clémence de la grande bleue, ils seront peut-être récupérés par un paquebot de passage. Ou par les gardes-côtes. Et alors là, leur rêve d’atteindre l’Eldorado occidental s’évapore comme l’eau de mer par 40° de température, et ils auront largement le temps de méditer longtemps, dans une cellule d’à peine 3m2, les raisons de l’échec de leur tentative. D’autres, moins chanceux, seront rejetés par la mer dans un état de décomposition avancé ou serviront de nourriture aux "dents de la mer". De ce danger, n’en doutons pas, les "Harraga" en sont conscients. Ils savent que les chances, leurs chances d’atteindre la rive nord, occidentale, de la Méditerranée sont pratiquement réduites à zéro, mais ils tentent le coup quand même. Par courage ? Par témérité ? Non, plutôt par désespoir ! Puisque de toute façon, ces jeunes-là, devant le chômage, la misère, le manque de perspective, enfin en un mot devant la mal vie dans une Algérie que l’on dit pourtant prospère, estiment bien qu’ils sont déjà morts. Et un mort, économiquement et socialement parlant, ne craint pas la mort. Voilà pourquoi, certains d’entre eux n’hésitent pas récidiver dans cette aventure périlleuse et à retenter le coup dès que les conditions le leur permettent.
Et, par condition, je n’entends pas uniquement " les conditions météorologiques", que la mer soit d’un calme plat pour que les "Harraga" remettent à flot leurs embarcations. Non, les "Harraga" qui se jettent à l’eau, au sens propre et au sens figuré, ont d’autres jugements de valeur quant à ces conditions. Et les conditions actuelles, nul ne peut le nier, sont plus que jamais favorables à une émigration clandestine. L’arrivée au pouvoir, quasi certaine maintenant, de la droite, en France, n’augure rien de bon pour nous autres Maghrébins. Les visas d’entrée dans l’espace Schengen, qui ne sont déjà distribués qu’avec parcimonie, risquent, dans un proche avenir, de ne plus l’être du tout.
Alors, comment ne pas comprendre, dans ces conditions-là, le défi lancé par nos jeunes à la face du monde de traverser la Méditerranée sur un radeau ?
On dit que "l’Histoire ne se répète pas". C’est peut-être vrai. L’Histoire suit son bonhomme de chemin sans s’arrêter. Pourtant, elle n’ignore pas les grandes dates historiques qui s’ancrent de façon définitive dans la mémoire collective d’un peuple. Le 2 mai 2007 en sera certainement une dans l’histoire de la France. De ce fait, la France, qu’elle soit de gauche ou de droite ne devrait pas oublier ses engagements d’avec les pays de la rive sud de la méditerranée. Faute de quoi gageons que la rive nord de la Méditerranée se réveillera, un de ces quatre, au vacarme des radeaux qui viendront se briser sur les rochers de Sète et de Marseille.
(1) Le "Soir d’Algérie" rapporte dans son édition du 22 04 07 le cas de deux "Harraga" dont l’un est mort, " noyé au niveau d’un des quais du port de Annaba". L’autre, par contre, a été secouru par la protection civile et ce après avoir fait une chute en essayant de monter à bord d’un céréalier russe.
(2) L’écrivain algérien Boualem Sansal a déjà écrit un livre portant le titre de Harraga.

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...