vendredi 18 mai 2007

La Turquie à la croisée des chemins


Ce matin, en prenant livraison de mon canard préféré, "Le Soir d’Algérie", j’ai été ravi de découvrir que le titre étalé en gros caractères sur la "Une" ressemblait à s’y méprendre au mien, celui de mon dernier article sur agora vox: Marche turque et le terrorisme islamiste.

En effet, le titre de cet article du "Soir d’Algérie" est "marche géante à Istanbul. Autrement dit une "Marche turque" sur fond d’islamisme qui veut s’imposer par...les urnes. Sur la page intérieure du "Soir d’Algérie" l’on apprend que "plus d’un million de personnes ont manifesté hier à Istanbul en faveur de la laïcité..." Cela ne vous rappelle-t-il rien ? A moi, si. Et c’est pour cette raison-là d’ailleurs que j’ai donné libre cours à mon écholalie. Il y a une similitude frappante entre ce qui s’est passé, au début des années 90, en Algérie et ce qui se passe actuellement en Turquie. A dire que les pays musulmans sont frappés de malédictions. Rappelez-vous des années 90 et des fameux rassemblements dans les places publiques d’Alger des sympathisants du FIS. A la différence que ceux-ci voulaient s’emparer du pouvoir et établir un état théocratique. La laïcité, la démocratie, la séparation du spirituel du temporel tout cela n’était que des concepts occidentaux et donc par définition "Kofr". (1) Dans mon article, je parlais du terrorisme islamiste algérien qui ne veut pas abdiquer malgré la réconciliation nationale qui ne proposait ni plus ni moins que de passer l’éponge sur tous les crimes commis par ces sanguinaires sans foi ni loi. Là, par contre, il s’agit apparemment d’un bras de fer entre l’état major de l’armée turque et le "gouvernement islamo conservateur" qui refuse de retirer la candidature à la présidentielle de "son ancien chef de la diplomatie Abdullah Gǔl". Ce dernier l’a fait savoir d’ailleurs d’une façon claire et nette. « Il est hors de question que je retire ma candidature d’une façon ou d’une autre », a-t-il dit. C’est ce qui s’apparente, dans notre jargon algérois, à la formule « dezzou mâahoum », poussez avec eux ! En sortant manifester massivement, les turcs entendent montrer à l’Europe et au reste du monde qu’ils tiennent à la laïcité comme ils tiennent à la prunelle de leurs yeux. Ils ont raison de le faire car l’intrusion de la religion dans le domaine politique... on sait ce que ça donne. Du labo algérien, aucune formule magique n’est encore sortie ! Et l’Algérie est encore loin de sortir de l’auberge. Preuve en est les derniers attentats Kamikazes contre le Palais du gouvernement, une citadelle que l’on pensait pourtant imprenable. Le hic dans toute cette affaire, c’est que la Turquie qui fait des mains et des pieds, depuis de nombreuses années, pour entrer dans l’Union Européenne sait pertinemment qu’il y a vingt sept paires d’yeux braqués en permanence sur elle. Les turcs savent aussi que le moindre de leur faux pas en matière des droits de l’homme et de démocratie les disqualifie à tout jamais aux yeux de ces "paires d’yeux". Alors, pourquoi s’entêtent- t-ils à créer des problèmes là où il ne devrait pas y en avoir ? Les hommes politiques turcs, ne se rendent-ils pas compte que cette crise au sommet du pouvoir risque de leur coûter cher ? En agissant ainsi, ne donnent-ils pas, en fait, un argument sérieux à Bruxelles, contre l’adhésion de leur pays à l’Union ? Il est vrai que pour Bruxelles l’armée ne devrait en aucun cas intervenir dans ce problème qui est d’essence purement politique. Mais, d’un autre côté, un gouvernement d’essence purement islamo conservatrice sera (ou en tout cas risquera fort bien de constituer) un obstacle majeur à l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union européenne. En effet, il n’est pas exagéré de dire que l’opinion publique européenne, qui a déjà, à maintes reprises, manifesté son hostilité à cette perspective, aura plus d’influence sur le cours des évènements cette fois-ci. Ainsi donc la Turquie se trouve actuellement à la croisée des chemins pour ne pas dire devant un dilemme : si proche de la source mais, apparemment, quelqu’un de malintentionné a dû empoisonner l’eau. Comme en Algérie, en 1992, l’armée turque va peut-être intervenir pour arrêter un processus électoral dont personne, du moins sous sa forme actuelle c’est-à-dire avec le candidat que l’on sait, ne semble en vouloir.
(1) Kofr = incroyance.

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