dimanche 28 avril 2019

Algérie, du Hirak (2)

La « révolution du sourire » venait de naître. D’emblée, on lança le mot « silmiya », qui veut dire, en français, « pacifique ». On prôna la non-violence, comme le fit jadis le Mahatma Gandhi (dans les années 40 du siècle dernier) pour mettre fin à la présence de la Grande-Bretagne aux Indes. On conseilla aux manifestants de ne pas répondre aux provocations d’où qu’elles viennent ; car l’on savait bien que le pouvoir était capable du pire. Il était capable de réprimer par les forces de l’ordre ou, le cas échéant, en ayant recours à des voyous qu’il enverrait, le moment venu, à la casse et au pillage au niveau de la ville, choses qu’il mettra ensuite sur le compte des manifestants pour disqualifier le mouvement populaire.

 C’est ce qui s’était produit d’ailleurs durant deux ou trois vendredis de suite mais sans grandes conséquences sur le mouvement citoyen ni sur la suite des évènements. Les services de sécurité avaient eux-mêmes reconnus que ces casseurs, qui agissaient à visages couverts et pratiquement à la fin des marches, étaient manipulés par des forces occultes, forces occultes représentées par des personnes qui n’avaient pas intérêt à ce qu’il y ait un véritable changement politique en Algérie.
Toujours est-il que, vu l’ampleur de ces manifestations qui drainaient chaque vendredi des millions d’Algériennes et d’Algériens dans toutes les villes d’Algérie, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, le vice Président de la Défense Nationale, Ahmed Gaïd Salah, était, en quelque sorte, mis au pied du mur. Obligé de réagir aux cris de la « rue » contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika et de montrer qu’il était au côté du peuple, il ordonna probablement au Président du Conseil Constitutionnel d’appliquer l’article 102 de la Constitution. Or celui-ci, le Président du Conseil Constitutionnel, a été désigné par le Président Abdelaziz Bouteflika. C était l’un de ses proches et homme de confiance de surcroit. Comment, dans ces conditions, pouvait-il, ce Taib Belaiz puisque c’est de lui qu’il s’agit, répondre à l’injonction de Gaid Salah fut-il vice Président de la Défense, et destituer celui par la grâce duquel il se retrouve à la tête d’une institution étatique de grande importance alors que réglementairement et constitutionnellement il n’en avait aucun droit ? Encore un non respect de la Constitution algérienne qui a été taillée sur mesure, par nos parlementaires indignes, au Président Abdelaziz Bouteflika.
Mais que dit l’article 102 de cette Constitution tant triturée et tant violée par ceux-là même qui l’ont écrit ? Il dit ceci :
« Lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. » « Le président du Conseil de la nation assume la charge de chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées. »
Or, il était de notoriété publique que le Président Abdelaziz Bouteflika souffrait d’un handicap majeur tant physique que cognitif depuis son AVC de 2013 et que c’est à cette époque-là qu’on aurait dû appliquer cet article 102.
Le Président Abdelaziz Bouteflika était dans un état presque comateux dans un HUG à Genève et ignorait certainement tout ce qui se passait en Algérie. Son rapatriement s’était fait dans des conditions rocambolesques dignes d’une grande réalisation hollywoodienne. Et cela après que les urgences de cet hôpital Genevois furent assaillies d’appels téléphoniques de jeunes algériens à l’humour drolastique.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid. 

Algérie, du Hirak.

Cela fait deux mois, jour pour jour, que le mouvement citoyen, appelé en arabe classique « Hirak » a commencé. La goutte qui avait fait déborder le vase et qui avait fait sortir des millions d’algériens dans la rue c’était la présentation, au niveau du Conseil Constitutionnel, de la candidature de l’ex Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour un 5e mandat présidentiel, par celui qui avait été choisi pour être son directeur de campagne électorale, alors que ce premier était dans un état clinique grave dans une clinique de Genève, en Suisse.

Déjà, là, il y avait un manque de respect à la Loi fondamentale du pays par ceux-là même qui nous disent aujourd’hui qu’il faut rester dans le cadre de la Constitution pour dépasser cette crise politique. Les textes de la Constitution explicitent bien le fait que c’est le candidat à la candidature présidentielle et personne d’autre qui doit remettre son dossier au Conseil constitutionnel. Mais, puisqu’il s’agissait de « Fakhamatouhou », tout le monde avait fermé les yeux, tout le monde s’était fait très petit devant l’ombre d’une candidature fantomatique. Et personne n’avait pensé (à) ni anticipé la réponse populaire qui, telle une rivière en crue, a emporté tout sur son passage. Ceci sans parler de ce convoi de véhicules flambant neuf qui devaient déposer les 5 ou 6 millions de parrainages au profit de ce candidat à sa propre succession, parrainages obtenus en quelques heures par la fraude, évidemment. Mais, nous l’apprendrons quelque jours plus tard, au fait des parrainages, il n’en était rien : la plupart des formulaires étaient vierges ou remplis à la va vite par des personnes fictives… Autrement dit, les soit disant responsables de la campagne électorale de « Fakhamatouhou » et à leur tête l’ex Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, prenaient les algériens et algériennes pour des oies.
Le dernier jour avant la fin du délai du dépôt des candidatures au niveau du Conseil Constitutionnel, on assista à un véritable cirque. Aucun pays au monde n’a eu à vivre, dans son Histoire ancienne ou contemporaine, de tels évènements politiques ; des candidats sulfureux, haut en couleurs, faits de bric et de broc, si je puis utiliser cette expression, se bousculaient au portillon du siège du Conseil Constitutionnel, évènements qui avaient donné de l’Algérie une image de République bananière. Pour celui qui avait un sens aigu de la chose politique, il ne faisait aucun doute que tout cela allait, inévitablement, fatalement, capoter et donner naissance à une sorte de conscience politique populaire que les choses ne devraient plus être comme cela. Il fallait que cette comédie de mauvais goût cessât.
Un appel anonyme via les réseaux sociaux est tombé à pic. Il demandait aux Algérienness et aux Algériens de sortir en masse, le 22 février, pour dire « barakat », ça suffit. Mieux que ça, le mot d’ordre, sur les pages Facebook, était clair et net et ne souffrait d’aucune équivoque : non au 5e mandat de la honte.
Pourtant des hommes intègres et honnêtes avaient déjà, par le passé, appelé à cela. En fait lorsque le Président avait fait son premier épisode d’AVC (accident vasculaire cérébral), des hommes politiques de l’opposition (parmi lesquels votre serviteur) avaient fait savoir, dans les quotidiens nationaux et sur différents canaux de communication, leur rejet du… 4e mandat.
Comme prévu donc, le 22 février 2019, les rues d’Alger et d’autres villes du pays étaient noires de monde. Juste après la prière du vendredi, de partout, les rues déversaient leur flot d’hommes et de femmes drapés de l’emblème national vers les grandes places publiques, place du 1er Mai, la Grande-Poste et Place Maurice Audin, à Alger. Dépassés par ces flots ininterrompus d’Algériens et d’Algériennes épris de liberté, les services de sécurité ne pouvaient que regarder de loin ce spectacle inhabituel, bariolé et bon vivant.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.

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