jeudi 27 août 2009

Guerre Russie-Géorgie : un an après (deuxième partie)



Par « étranger proche », les Russes entendent en fait l’ensemble des pays du Caucase qui faisaient jadis partie de l’URSS et qui, après des « révolutions colorées » le plus souvent encouragées par l’Occident, se sont, les uns après les autres, affranchis de la tutelle du grand frère soviétique. Passé le temps d’euphorie liée à un semblant de vent démocratique, ces pays (n’est ce pas que c’est le cas de l’Ukraine ?) se rendent maintenant compte que, tout compte fait, leur avenir reste toujours lié à celui de la Russie : en ces temps de crise économique mondiale et d’incertitude, ils ne peuvent rien espérer ni des Etats-Unis ni de l’Europe qui leur avaient pourtant fait miroiter tant de belles choses et de bonheur.
En ne s’en tenant qu’à la Géorgie par exemple, de quelle aide matérielle et financière ce pays peut-il se targuer d’avoir bénéficié de la part de l’Occident ? Peut-on dire Niet, comme disent les Russes ? Non, pas tout à fait. Lors de mes recherches sur Internet, j’ai trouvé un papier de l’Institut français de géostratégie qui est relativement récent puisqu’il date du 29 août 2008 où il est clairement indiqué que l’aide américaine à la Géorgie s’élevait à un milliard de dollars et ce depuis 1992. Ce qui, il faut le reconnaître, n’est pas rien ! En fait, les américains ne donnent rien pour rien. C’est parce que la Géorgie est située dans une région, le sud du Caucase, à potentiel énergétique assez important que les américains s’intéressent à ce pays. Ils pensent le plus logiquement du monde d’ailleurs qu’en y mettant un pied, ils réussiront à s’assurer du contrôle de cette région où les Russes ont nettement perdu de leur influence depuis l’éclatement de l’URSS. Sauf que les Russes, qui ne sont pas dupes, ne se laisseront pas faire facilement. Là, on chasse dans leur pré carré ! Il est donc tout à fait normal qu’ils réagissent de la façon la plus brutale qui soit comme ils l’ont fait lors de la guerre de cinq jours qui les a opposés à la Géorgie.

Par ailleurs, la Géorgie a bénéficié ces dernières années d’une aide en matériel militaire plus ou moins sophistiqué (3) dont des drones provenant pour une grande partie de l’Etat d’Israël. Israël a même envoyé des instructeurs militaires pour former la toute jeune armée de la Géorgie. En fait, c’est pour se rapprocher géographiquement de l’Iran qu’Israël s’implique corps et âme si je puis dire dans les affaires militaires de ce pays qui aspire par ailleurs à intégrer l’OTAN le plutôt possible ; il paraît même que les Israéliens ont établi des bases militaires sur le territoire de la Géorgie qui leur permettraient, le cas échéant, d’intervenir rapidement contre l’Iran sans avoir donc à faire de longues distances et sans avoir à demander l’autorisation de survol par leur aviation de pays qui leur sont plus ou moins hostiles (Syrie, Irak, par exemple). La Géorgie ne se rend peut-être pas compte ou en tous les cas ne semble pas savoir où elle met les pieds, mais cette politique risque de l’impliquer dans un conflit beaucoup plus grave que celui du mois d’août de l’année dernière. Un conflit à dimension plus que régionale où il lui sera beaucoup plus difficile de tirer son épingle du jeu ! L’Iran sait très bien qu’il est dans l’œil du cyclone de l’Occident et que tôt ou tard il sera attaqué. Les avertissements des pays de l’Occident à l’Iran pour que celui-ci mette un terme à son programme nucléaire se font insistants ces derniers temps d’ailleurs ; Rien que cette semaine, lors de leur rencontre à Londres, le premier ministre britannique Gordon Brown et son homologue israélien Benjamin Netanyahu ont réitéré cet avertissement. Et la main tendue de Barack Obama ne le restera pas pour longtemps encore. Les américains se sont donné un délai de six mois avant de pouvoir prendre des décisions et d’agir. L’Iran sait qu’il est actuellement en sursis et que le jour où il devra rendre des comptes à "la communauté internationale" approche à grands pas ; mais il s’entête et continue à produire de l’uranium. De part et d’autre donc, la course contre la montre est engagée. A ce train-là, dans quelques semaines l’on saura quelle alternative a finalement pris le dessus : "le bombardement de l’Iran ou la bombe iranienne".

Une attaque qui proviendrait de la Géorgie servirait plus l’Iran qu’elle ne le desservirait puisque de toute évidence la Russie se trouverait de facto impliquée dans ce conflit qui aurait pris naissance à son "étranger proche".

Guerre Russie-Géorgie : un an après



Rappelez-vous, il y a un an, presque jour pour jour, j’avais écrit un papier sur la guerre Russie-Géorgie. Celui-ci s’intitulait « Guerre et vassalité » et, contre toute attente, a eu un large écho auprès des lecteurs d’Agoravox. En fait, pour être exact, c’était à une analyse géopolitique de ce conflit entre deux pays de l’ex URSS que je m’étais livré sans avoir néanmoins le moindre doute que mon article allait être repris sur « Yahoo actualités ».
J’avoue que, ce jour-là, de joie je jubilais ! Oui, de joie j’exultais. Non pas parce qu’il y a eu cette guerre. Non. La guerre ne me réjouit pas ; quel que soit l’endroit ou elle a lieu, quels que soient les belligérants qui y sont impliqués ou que l’on a délibérément monté les uns contre les autres, la guerre ne m’emballe pas. Pour dire vrai, la guerre, je la déteste et si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas de guerre du tout. Le monde en serait débarrassé. Définitivement débarrassé.

Je disais donc que, ce jour-là, je jubilais. Je jubilais de cette joie certes difficile à décrire, difficile à définir, mais qui envahit certainement tout "agoravoxien" qui se respecte et qui se découvre subitement une âme d’analyste politique alors que sa formation de scientifique, par exemple, ne le prédestinait guère à cette vocation.

Cela dit, revenons maintenant à l’ordre du jour si je puis dire.
Il est utile de rappeler que c’est, en grande partie, grâce au tonitruant président français, Nicolas Sarkozy, qu’un cessez-le-feu a pu être signé entre les deux parties, et que les dommages, de part et d’autre, liés au conflit armé, ont pu être minimisés. La guerre n’a pas duré longtemps (cinq jours) car les forces en présences étaient largement disproportionnées. Le président de la Géorgie, en s’engageant dans ce conflit, comptait certainement sur l’aide des pays occidentaux notamment des américains dont des conseillers militaires étaient, depuis longtemps déjà, sur place ; mais ni l’Europe ni les Etats–Unis n’ont bougé le petit doigt car, en face, on avait affaire non pas à un pays du tiers monde mais à la Russie de Vladimir Poutine ... autrement dit à un ours blessé et qui vient tout juste de sortir d’une longue hibernation.

Ne serait-il pas intéressant, une année après, de revenir sur ce conflit et de voir ce qui a pu changer dans les relations de la Russie avec l’Europe et les Etats-Unis ?
Lors du cette guerre qui, faut-il le rappeler encore ( ?), n’a duré que quelques jours, l’on se rappelle qu’aux Etats-Unis on était en pleine campagne électorale. Il était alors difficile d’avancer un quelconque pronostic quant à l’issue de ces élections tellement la bataille entre les deux camps (Démocrates Républicains) était rude.
Pendant ces quelques jours de conflit, l’administration de Georges W Bush, qui était encore en place, avait d’ailleurs tenu un profil bas ; elle ne pouvait intervenir de manière directe dans ce conflit d’autant plus que, du côté de l’Irak et surtout de l’Afghanistan, l’armée américaine éprouvait des difficultés sérieuses liées principalement au manque de logistique. La guerre dans ces deux pays leur coûte cher et a contribué, indubitablement, à la crise économique et financière qui les a sérieusement secoués ces derniers temps.

En Afghanistan, les Talibans avaient repris du poil de la bête et dressaient de temps en temps des embuscades aux boys toutes aussi meurtrières les unes que les autres. Par ailleurs, l’Iran, qui tenait tant à son "nucléaire" posait un sérieux dilemme aux stratèges américains : les sanctions internationales n’ont pas eu d’effet escompté sur la politique de Téhéran, l’on commençait alors à sérieusement envisager le bombardement de l’Iran pour ne pas avoir à craindre la bombe iranienne. (1) Or, pour obliger l’Iran à renoncer à son programme nucléaire, les sanctions internationales d’ordre économique et commercial ne suffisent pas et les Etats-Unis ont besoin des Russes qui, malgré tout, entretiennent toujours des relations diplomatiques et autres avec ce pays. Ils ne pouvaient donc se permettre ne serait ce que de se fâcher avec les Russes en soutenant la Géorgie dans une entreprise vouée d’emblée à l’échec.

Est-il possible dans ces conditions, même à l’armée la plus puissante du monde, d’être sur plusieurs fronts en même temps ? Il est évident que la réponse est non. Les Russes ont donc profité de cette "fenêtre politique" pour s’engouffrer dans le Caucase et rétablir l’équilibre géostratégique en leur faveur. Qui peut leur reprocher le fait d’avoir agi ainsi ? En réalité, la Russie, même du temps de l’URSS, n’a jamais été un pays à vocation impérialiste comme il est sous entendu ça et là, particulièrement dans certains écrits de la presse française (2). Son intervention militaire contre les troupes de la Géorgie n’avait pour but que de venir en aide aux populations de l’Ossétie du Sud soumises à une répression de la part de Saakachvili pour leurs velléités séparatistes. Cette intervention leur a permis également de montrer au monde occidental que l’armée russe n’était pas du tout "obsolète" et qu’elle pouvait être mobilisée en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Pierre Rousselin (du Figaro) résume bien, dans son blog, la situation actuelle de la Russie "Le Kremlin a étendu sa zone d’influence, infligé une sévère leçon à l’imprudent président Mikhaïl Saakachvili - dont le pays est amputé de 20 % de son territoire -, adressé une mise en garde aux autres États de son «  étranger proche  », dit-il .
A suivre

(1) En fait, il est fait, ici, allusion à la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy : "la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran".
(2) J’ai encore en tête la fameuse phrase du rédacteur en chef de l’express, Christophe Barbier, pour qui tout pays qui se rapproche de la Russie est traité de vassal et tout pays qui se met sous la botte des Etats-Unis n’est qu’ami de l’oncle Sam.

samedi 8 août 2009

L’opinion publique en Algérie : mythe ou réalité



Dans deux contributions au journal « El Watan », parues respectivement le 25 et le 26 juillet, un certain Dr Ahmed Rouadjia a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle de dire tout haut ce que la majorité d’entre nous pense tout bas du système politico judiciaire algérien. Il n’est pas dans notre intention de faire une étude critique de ses écrits mais il est certain qu’un certain nombre de points et d’interrogations soulevés par cet enseignant de l’université de M’sila méritent un large débat au sein de la société civile algérienne ; en tout cas, c’est notre avis.


Des contributions de ce genre-là, on en redemande. Notre fierté et notre ego d’algériens trop longtemps interdits de liberté d’expression, ne peuvent qu’être rehaussés dès lors que du fin fond du pays nous viennent des écrits et des idées fluides et claires comme l’eau de roche. Mais il ne faut pas que ça reste… comment dirais-je, euh… Comme une hirondelle qui, seule, ne peut, malheureusement, pas faire le printemps. Ce que je veux dire par là, c’est que des écrits de ce genre-là devraient normalement stimuler la curiosité de tout un chacun, particulièrement de l’élite intellectuelle et amener celle dernière à réagir et à s’impliquer encore plus dans le débat. Car c’est à un large débat que cet universitaire (qui a eu certainement à souffrir de l’incohérence du système judiciaire algérien) nous convie en quelque sorte.

Dans le premier article, il est question de l’opinion publique en Algérie et de son soi-disant influence sur "les décisions du gouvernement".

En Algérie, existe-t-il ou non une "opinion publique" ?, s’interrogeait-il dès le premier paragraphe de son premier article. Oui, dit-il quelques lignes plus loin. Cette affirmation est corroborée par le fait que sans cette "opinion publique", il serait à l’heure actuelle certainement entrain de purger une (lourde ?) peine (1) dans les "geôles d’Alger", pour reprendre le titre d’un livre de l’ex directeur du journal "Le matin", Mohamed Benchicou, qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Pour rappel, ce journaliste a déjà purgé une peine de deux ans à la prison d’El Harrach pour son "Bouteflika, une imposture algérienne". Pourtant, l’on se rappelle bien, à l’époque, "l’opinion publique" représentée essentiellement par les hommes de la presse a remué ciel et terre pour lui éviter le pire, mais le pouvoir est resté de marbre, imperturbable, et, in fine, a eu le dernier mot : l’intrépide journaliste devait payer pour son crime de lèse-majesté. Il le paya. Deux longues années de privation de liberté et au cours desquelles sa santé s’était considérablement dégradée à cause des conditions inhumaines de sa détention. Fermons cette parenthèse.

En fait, cet universitaire n’évoque pas directement son cas personnel mais il cite un certain nombre de journalistes et d’intellectuels algériens qui ont, plusieurs fois, eu maille avec la justice pour des écrits soi-disant diffamants alors que selon l’article 39 de la Constitution " les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garantis au citoyen". Si l’opinion publique, en Algérie, existe, il ne faut cependant pas oublier que le pouvoir politique algérien sait aussi se donner les moyens de sa politique : rendre cette opinion quasiment sans véritable influence sur le cours des évènements. Il peut à tout moment invoquer le délit d’opinion afin de pouvoir sévir en toute légalité. Le risque de tomber sous le coup de la loi du délit d’opinion influe donc de façon négative sur la façon de communiquer et des journalistes et des intellectuels. La plupart du temps, pour ne citer que cet exemple, les articles de presse ne concernent que des informations d’ordre général ou alors ils sont carrément bâclés et n’incitent guère à la réflexion. On a l’impression que le journaliste s’est acquitté de son devoir sans faire l’effort nécessaire pour expliquer au lecteur le pourquoi ou le comment de la "chose" ; l’information est livrée telle qu’elle sans commentaire ni analyse sérieuse et, souvent, c’est au lecteur d’essayer de lire entre les lignes pour en saisir la signification. Mais combien de lecteurs sont-ils capables de lire entre les lignes ? Combien de lecteurs sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire pour pouvoir démêler le vrai du faux, la rumeur de l’information officielle, les banalités de l’essentiel ? Alors dans ce cas, comment l’opinion publique puisse-t-elle se faire une idée, une opinion sur "les prises de décision du gouvernement", par exemple ? Nous ne sommes pas vraiment libres. Je dirais même que c’est consciemment que nous mettons parfois un frein, si j’ose dire, à notre action critique vis-à-vis des institutions étatiques lorsque celles-ci sont défaillantes (et elles le sont presque toujours), car nul ne veut faire face à la machine judiciaire algérienne quand celle-ci se met en branle. C’est volontairement que l’on s’auto censure pour ne pas avoir à faire les frais de Dame justice. L’évocation du mot "justice"’ devrait, en principe, nous amener à parler du second article du Dr Ahmed Rouadjia qui a pour titre "La réforme judiciaire en butte à l’inertie du système politique". Mais, l’article en question étant trop long, nous comptons lui consacrer une critique à part.

A suivre

(1) C’est la confidence même de l’auteur qui nous fait dire cela : " je reviendrai sous peu sur la conduite de nos juges, en particulier à M’sila, que j’ai vu à l’œuvre, et qui ont une étrange lecture des textes de loi, …"

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...