mardi 12 décembre 2017

La déception d'une génération

La visite en Algérie du président français, Emmanuel Macron, est diversement appréciée et commentée. Selon que l’on soit en Algérie ou en France. Selon que l’on soit de gauche ou de droite, en France. En Algérie, politiquement parlant, il n’y a ni gauche ni droite mais une cohorte de partis politiques qui n’ont aucune influence sur le réel puisque c’est le FLN, l’ennemi juré de la France, qui, au nom d’une certaine légitimité, continue à mener le pays. Vers où ? Là est la question.

Toujours est-il que depuis quelques jours, on parle de cette visite et on la prépare comme s’il s’agissait de la venue du roi Jupiter lui-même sur terre. Sauf que ma génération, celle qui est née durant la guerre d’Algérie ou même juste après l’indépendance, est largement déçue.
Je m’en fais volontairement le porte-parole.
déception
Elle est déçue non pas parce qu’elle ne veut pas de cette visite, non pas parce qu’elle a une dent contre Emmanuel Macron (que je trouve personnellement plutôt sympathique) ou contre la France en tant qu’ancien pays colonisateur, mais parce qu’elle se sent, aujourd’hui plus que jamais, flouée par une classe politique algérienne qui ne veut pas abdiquer.
Lorsque le président Macron sera reçu par son homologue Abdelaziz IV, le contraste sera certainement frappant, saisissant et n’échappera à aucun regard, à aucun œil averti ou non. Et nous serons, encore une fois, humiliés, moqués par le monde entier de ne pas avoir osé forcer le destin de l’histoire pour un véritable changement en Algérie.
A. G.

lundi 27 novembre 2017

Le syndrome algérien

A la question « connaissez-vous le syndrome algérien ? », je n’ai pratiquement pas eu de réponse. En effet, si personne ne semble connaître ce diagnostic, c’est parce qu’il n’existe tout simplement pas. Mais, au point où on en est, en Algérie, sur le plan politique évidemment, il est temps d’y songer sérieusement. Alors, sans plus tarder, faisons une petite digression à propos de ce syndrome qui reste, du moins pour l’instant, une simple vue de l’esprit… d’un esprit probablement dérangé comme on pourrait peut-être me le faire remarquer.
La définition que j’en donne est simple : c’est le fait de s’obstiner, de s’entêter à reconduire la même personne au même poste (politique ou autre) alors que l’on sait que cette personne, du fait de sa maladie au long cours et de sa morbidité, est incapable d’assumer une telle fonction.
En tant que médecin, j’ai longuement réfléchi à cette question et j’ai fini par trouver cette définition qui devrait normalement faire consensus au sein de la communauté médicale nationale.
De ce fait, j’invite tous les confrères algériens et en particulier les psychiatres et les psychologues de se pencher sérieusement sur cette question et d’essayer de classer ce diagnostic dans un cadre nosologique précis. 
Mais, n’oubliez pas que la paternité de ce néologisme, de ce diagnostic qui reste à décrire de façon beaucoup plus approfondie, me revient de droit. Je compte d’ailleurs saisir l’ONDA à cet égard.
En fait, tout ce préambule n’est qu’une forme de plaisanterie. Une plaisanterie qui va peut-être provoquer le sourire de certains, ceux qui ont le sens de l’humour, et l’ire d’autres, l’ire de ceux qui ont largement contribué, par leur comportement irréfléchi, à la possibilité qu’un tel syndrome puisse devenir dans un proche avenir une réalité.
Entrons donc dans le vif du sujet.
Savez-vous qu’en Algérie, il y a pratiquement une soixantaine de partis politiques. Ils activent de façon régulière pour les plus grosses pointures (FLN, RND, FFS, RCD, PT, Jil jadid, partis islamistes) et occasionnellement, à l’approche d’échéances électorales, pour les autres, ceux qu’on appelle les petits partis. Théoriquement donc il y a autant de candidats qui sont présidentiables. Or, quand il s’agit d’évoquer le prochain mandat présidentiel qui aura lieu en 2019, tous les regards se tournent vers celui qui occupe actuellement la « chaise » d’El Mouradia. Même les partis qui sont pourtant censés être dans l’opposition trouvent la chose normale. Ou alors, ceux-ci préfèrent pour l’instant garder le silence pour ne pas s’attirer les foudres de guerre des « faiseurs de rois ». Comme si en dehors de cet homme très largement diminué d’ailleurs sur le plan physique et cognitif depuis qu’un AVC l’a fixé sur sa chaise, il n y a point de candidat pouvant assumer la charge présidentielle. On l’a déjà reconduit à cette fonction malgré son handicap. C’était le 4ème mandat pour lequel, nous, en tant que parti politique (Jil jadid), nous avions émis plus que des réserves… Et on compte le reconduire encore et encore pour peu qu’il reste encre en vie. Même végétative.
C’est cette forme d’empathie à un homme qui, du fait de sa longue absence de la scène politique algérienne, n’exerce plus à proprement parler sa fonction présidentielle (admettons cela) qu’on pourrait qualifier de « syndrome algérien ».
C’est cette forme d’aliénation mentale qui semble toucher tous les hommes politiques et tous les partis politiques (à l’exception de quelques uns) que je qualifierai volontiers, personnellement, de « syndrome algérien » même si ce concept n’a pour l’instant aucune existence en tant qu’entité clinique à part entière.

dimanche 15 octobre 2017

Et la parole fut !

Mon dernier message sur Facebook était le suivant : «Quand on n’a rien à dire, le mieux qu’on puisse faire est de se taire.» Certains pensent que le silence en pareille situation vaut de l’or. Car, dans ce post, il est bien évident que l’idée exprimée entre les lignes est en rapport direct avec ce qui se passe actuellement sur la scène politique nationale. Et, le moins qu’on puisse dire, est que la scène politique nationale connaît, ces derniers jours, une certaine effervescence. Il y a comme une sorte de forcing de ceux qui, prenant subitement conscience de la dérive quasi totalitaire du pouvoir qui veut imposer encore le président Abdelaziz Bouteflika en 2019 pour un cinquième mandat, malgré sa condition physique, se mettent à écrire dans les journaux et leurs pages Facebook pour sensibiliser le peuple sur le danger si une telle éventualité venait à se produire.
Le premier homme politique qui s’est jeté dans le bain ou plutôt dans l’arène politique et qui mérite, de ce fait, tous nos respects n’est autre que le chef de file de Jil Jadid, Soufiane Djilali, qui a appelé à maintes reprises à ce que l’article 102 soit appliqué par le Conseil constitutionnel. Il est suivi ensuite (mais avec un style différent) par un autre homme politique, Noureddine Boukrouh. Ce dernier est connu d’ailleurs pour ses écrits très virulents à l’égard du système et pleins d’anecdotes en même temps. Le hic que certains observateurs ou commentateurs de la scène politique nationale n’ont pas manqué de relever d’emblée, c’est que celui-ci a déjà fait partie du système qu’il condamne aujourd’hui avec force. Sans pitié même. La question que d’aucuns se posent déjà est : «Peut-on lui faire confiance et prendre ses conseils pour de l’argent comptant ? Ne représente-t-il pas la tête pensante d’un autre clan qui veut s’emparer du pouvoir ? Et qui prouve qu’une fois au pouvoir, celui-ci, ce clan, ne se comportera pas comme ceux qu’il essaye, aujourd’hui, de forcer à partir ?»
Ainsi donc, comme on le voit, il y a de nombreuses questions qui triturent les méninges et hantent l’esprit des Algériens et des Algériennes, surtout de ceux et de celles ayant vécu les années noires du terrorisme. On a peur de bouger. On a peur de se révolter contre l’ordre établi… On a toujours à l’esprit qu’une révolte même pacifique peut facilement dégénérer et aboutir à une révolution dont le cours sera difficile à maîtriser. Le pouvoir n’ignore pas cela. En plus, il fait sciemment entretenir la confusion entre peur et stabilité. Il y a stabilité parce que les gens ont peur. Ils sont tétanisés. Ni plus ni moins.
La peur des lendemains incertains fait que les Algériens s’accommodent de ce système même si tout un chacun le condamne en privé. «Le roi est mort, vive le roi» n’est pas dans nos traditions et ne semble pas du tout inquiéter ce système qui a encore de beaux jours devant lui. A moins d’une prise de conscience collective de dernière minute sous les coups de boutoir des Boukrouh, Soufiane Djilali et le trio de vieux routiers de la politique dont la dernière sortie médiatique a été une surprise pour beaucoup d’Algériens.
Ces évènements ont fait que je rompe le silence. Que je dise ce que j’avais à dire. Et la parole fut.
A. G.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...