Sur la page 2 du Quotidien d’Oran du samedi 6 décembre 08, l’article qui a attiré mon attention portait le titre de "Malaise algérien" ; il a attiré mon attention pour deux raisons : D’abord le nom de l’auteur de l’article ne m’était pas inconnu et il m’a rappelé de vieux souvenirs qui remontent au milieu des années 70, années pendant lesquelles nous avions, l’auteur et votre serviteur, fréquenté la même classe au lycée "Thaâlibiya" d’Hussein Dey.
Il m’a rappelé aussi et surtout ces fameuses réflexions politiques auxquelles notre prof de français, une française de la région parisienne si mes souvenirs sont encore bons, nous initiait. Elle nous initiait aux débats politiques parce que tout simplement le contexte de l’époque s’y prêtait bien : en Algérie, on s’apprêtait alors à voter la charte nationale de 1976 et des débats politiques étaient organisés ça et là, pas seulement dans les salons feutrés d’Alger, mais certainement à travers tout le territoire national, même dans les endroits les plus reculés et les plus enclavés des hauts plateaux et de la steppe et cela pour soit disant apporter d’éventuelles modifications à certains articles de cette charte et ainsi l’enrichir avant qu’elle ne soit adoptée par un vote populaire.
Pendant plusieurs jours, la démocratie en Algérie n’était pas un vain mot. Elle régnait en maîtresse des lieux d’Est en Ouest et les gens pouvaient dire tout et n’importe quoi. Tout cela sous l’œil amusé et vigilant de feu Houari Boumedienne qui en tirait une certaine fierté.
La philosophie de notre professeur de français s’insérait justement dans ce cadre-là : il n’était nullement question pour elle de s’immiscer dans le débat politique algéro algérien mais elle tenait plutôt, par ces discussions hors cours si j’ose dire, à ce que les jeunes têtes brunes que nous étions sachent appréhender la chose politique et tenir un langage politique plus ou moins cohérent. Parmi les élèves qui s’intéressaient à ces joutes oratoires si je peux encore m’exprimer ainsi, deux têtes émergeaient particulièrement du lot ; elles émergeaient du lot par leur clairvoyance, leur esprit de synthèse et leur façon de s’exprimer et donc d’exprimer leurs opinions. Il s’agit de l’auteur de l’article dont il est question ici, Soufiane Djilali, et d’un autre élève dont j’ai oublié le nom. Normal, cela remonte à plus de trente ans maintenant.
L’UNIQUE, la télévision algérienne, nous montrait d’ailleurs, chaque soir au journal de 20h, des travailleurs sur le lieu même de leur travail ou des paysans dans les fermes agricoles, les uns fiers d’avoir relevé, dans cette charte, une anomalie concernant notre "socialisme spécifique", par exemple, les autres vantant les mérites ou au contraire dénonçant l’insuffisance de tel ou tel article. Particulièrement ceux relatifs au rapport de l’Etat à la religion, par exemple. Cette question, si on fait un petit effort de se rappeler, avait fait couler beaucoup de salive et d’encre, plus que celle relative aux racines historiques des algériens car, en ces années-là, il était encore tabou d’évoquer de façon officielle la composante Amazighe de la personnalité du peuple algérien. Il était de facto interdit à quiconque d’établir une "archéologie mentale à notre société" ; ce qui, entre parenthèse, expliquerait donc selon Djilali tous nos déboires actuels. En tout cas, je me rappelle encore d’une chose : tout le monde à cette occasion-là, lettré ou illettré, s’autoproclamait politicien, juriste, et que sais-je encore ; A Alger, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il régnait, du moins pendant cette campagne électorale, une certaine effervescence politique et un certain optimisme en un avenir radieux. Le contenu de la charte nationale avait fait naître d’immenses espoirs au sein de la "paysannerie" et de la "classe prolétarienne". Mais, au fil du temps, tout ceci s’avéra être de la poudre aux yeux.
Ni la charte nationale ni la Constitution, la première de l’Algérie indépendante, votée quelques semaines plus tard, ne changèrent la vie de la masse prolétarienne. Celle-ci continuant de trimer comme par le passé sans pouvoir accéder à une "vie meilleure", slogan de celui qui succédera à feu Houari Boumediene. En Algérie, on change de Constitution pratiquement à chaque changement de président mais, au fond, le régime ne change pas : on prend toujours les mêmes et on recommence ; pourtant cette politique qui consiste à vouloir faire du neuf avec du vieux n’a jamais prouvé son efficacité. Et, de ce fait, elle a été maintes fois dénoncée, notamment par les jeunes qui veulent eux aussi accéder à des postes de responsabilité que ce soit au niveau des institutions politiques ou dans d’autres domaines. Malheureusement, ceux qui se réclament de "la famille révolutionnaire", ceux qui pensent détenir "la légitimité historique" ne l’entendent pas de cette oreille et continuent à s’agripper de toutes leurs forces sur leurs sièges ; Niet, nous disent-ils. Et "ce niet" contribue indiscutablement à entretenir "le malaise" dont parle notre ami au sein d’une jeunesse qui ne sait plus à quel saint se vouer ni vers quel procédé se tourner pour pouvoir prendre ses destinées en main.
Deuxièmement, et c’est surtout ce point-là qui m’a vraiment incité à écrire cet article, c’est ce que Soufiane Djilali a écrit d’entrée de jeu, si j’ose dire. Je le reprends ici texto : " En ce début du XXIe siècle, la société algérienne est en proie à un malaise profond, sans cause évidente". Evidemment, ça saute aux yeux, c’est ce "sans cause évidente" que je n’ai pas, personnellement, du tout apprécié. Pour la simple et bonne raison qu’il est loin, très loin même, de refléter la réalité. Il n y a pas de malaise sans cause évidente ; bien au contraire, les causes de ce "malaise algérien" sont si nombreuses et si variées qu’il est impossible de les énumérer toutes. Et la question que je me suis tout de suite posé, bien avant d’avoir terminé la lecture de cet article est la suivante : comment se fait-il qu’un esprit aussi brillant que celui de cet ancien camarade de classe n’arrive-t-il pas à voir ou à cerner la multitude de causes qui ont engendré plus qu’un simple malaise au sein de la société algérienne ?
Il ne faut pas se voiler la face, en Algérie il y a mille et une choses pouvant expliquer ce malaise. Et la responsabilité de ce malaise incombe, nul doute là-dessus, aux hommes politiques qui ont eu, jusqu’au jour d’aujourd’hui, la charge de gouverner ce pays. Pour preuve : les dernières chamailleries par presse interposée entre l’ancien président de la République, Chadli Ben Djedid et l’ex chef de l’état major Khaled Nezar à propos de "qui a fait quoi" pendant la révolution algérienne ne fait que renforcer ce malaise.
vendredi 19 décembre 2008
dimanche 26 octobre 2008
Crise économique conjoncturelle ou faillite du capitalisme ?
Je vous avoue que, malgré les nombreux papiers que j’ai lus, ça et là, sur la question, je n’arrive pas à comprendre cette histoire de faillites en cascade de banques aux Etats-Unis, la première puissance économique de la planète. Et comment pourrais-je comprendre si "L’Amérique n’a toujours pas complètement compris pourquoi le toit de Wall Street lui est tombé sur la tête, comme l’a clairement indiqué George W. Bush dans les entretiens de Camp David" ? (1)
Il y a beaucoup d’écrits concernant cette crise.
Même sur Agoravox, force est de reconnaître qu’il y a eu des papiers d’excellente facture qui ont abordé la question sous tous ses angles. Franchement, on s’y perd ; on ne comprend plus qui a tort et qui a raison, qui procède à une bonne analyse du phénomène et qui se perd dans des conjectures purement spéculatives.
Depuis plus d’un mois maintenant, toute la presse écrite et audiovisuelle lui consacre de larges pans dans ses colonnes ou dans ses tranches horaires de grande écoute ou de grand audimat. Mais tous les avis convergent vers un même point : c’est la faillite du système capitaliste, nous dit-on. Un pan de l’Histoire de l’humanité qui s’écroule ? On n’en est pas encore certain ; seul l’avenir nous le dira. Toujours est-il qu’une certitude s’impose : il n’est dans l’intérêt de personne ni d’aucun pays que ce système s’écroule comme s’est écroulé, dans un vacarme étourdissant provoqué par la chute du mur de Berlin, le système communiste.
Il faut dire que cette crise qui a eu comme point de départ les "subprimes" est le sujet par excellence qui accapare les pensées et les énergies de tout un chacun, du trader à l’économiste et du journaliste à l’homme politique ; c’est le sujet qui a éclipsé les situations de conflits interminables en Irak et en Afghanistan et même, dans une moindre mesure, les élections présidentielles américaines qui auront lieu dans quelques jours. L’Amérique est assommée par ce désastre financier, je n’utilise pas, en ce qui me concerne, le terme "économique", parce que, de mon point de vue, il y a une différence nette entre cette perte, par certaines banques américaines, de sommes faramineuses en dollars sonnants et trébuchants et l’économie de ce pays qui, malgré tout, continue à se porter bien ; Ne faisons donc pas d’amalgame. La faillite de quelques banques même s’il s’agit des plus riches banques des Etats-Unis ne veut pas dire forcément faillite de tout le système. Je doute qu’on soit déjà en pleine récession économique, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, comme ce fut le cas en 1929. Pour rappel, en 1929, les banquiers et les hommes d’affaires à l’origine de la banqueroute d’alors avaient eu, comme l’a déjà fait remarquer quelqu’un sur ce site, la "décence de se jeter par les fenêtres". Car le désastre était si grand qu’il avait jeté des millions d’américains sur les routes à la recherche d’un hypothétique emploi ou d’un toit. Et la moralité des gens (donc des banquiers) était telle qu’il ne leur restait que cette extrême solution pour sauver la face en quelque sorte. Enfin, les choses ne s’étaient certainement pas passées ainsi, mais c’est une façon de parler. Autres temps, autres mœurs ; Aujourd’hui, les banquiers qui ont mis leurs banques en faillite, ont plutôt bénéficié de "parachutes dorés". Ils ne se sont pas jetés par les fenêtres. Tant mieux pour eux, sommes-nous tentés de dire. Et ceux par qui la crise est arrivée, les insolvables qui avaient souscrit aux "subprimes", c’est-à-dire ceux à qui les banques ont prêté de l’argent pour l’acquisition d’un bien immobilier et qui ne peuvent s’acquitter de leurs dettes sont, au pire des cas, sommés d’aller occuper des logements sociaux, de moindre confort cela va de soi, mais sans aucune forme de procès. Ils n’ont de comptes à rendre à personne. Cela fait partie du rêve américain. Et puis, de toute façon, ce sont les autres contribuables qui payeront pour eux. Et d’où croyez-vous qu’Henry Paulson va puiser les 700 milliards de dollars pour appliquer son plan de sauvetage et renflouer donc les banques américaines défaillantes ?
A propos "des parachutes dorés", je tiens à vous faire cette confidence : c’est la seule chose que j’ai vraiment comprise dans tout ce charabia de mots que les banquiers et les économistes savent si bien manipuler pour justifier leurs déboires et se faire pardonner par les épargnants naïfs que nous sommes. Et c’est pratiquement aussi la seule chose qu’il m’est difficile d’admettre ; C’est paradoxal mais c’est comme ça. Je comprends mais je n’admets pas : parce que tout simplement cela va contre le bon sens. Et c’est peut-être ça aussi qui fait qu’on parle de plus en plus de manque d’éthique et de moralité dans le système financier international tel qu’il est actuellement. Pour schématiser, je vous fais cadeau de cette métaphore en rapport avec ma profession de chirurgien : par ma négligence coupable, je tue la malade (la banque) qui m’a été confiée pour une intervention chirurgicale et je réclamerais ensuite au mari (l’Etat) ou aux enfants (les citoyens) de la dite malade plus, mais alors vraiment plus, que mes honoraires habituelles ! Qui pourra admettre ce fait ? Qui n’appellera pas à mon lynchage pur et simple ? Et, pourrais-je, après cela, avoir le culot d’aller passer mes vacances dans un 5 étoiles dans une île du pacifique ?
Un seul homme politique, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, a eu le courage de marteler à plusieurs reprises qu’il fallait sanctionner les coupables. Mais ira-t-il jusqu’à s’impliquer lui-même dans l’application de ces sanctions au cas où des banques bien françaises connaîtraient le sort peu enviable de leurs consœurs américaines, pour rester dans le jargon médical ? Il ne le fera pas. Mais, reconnaissons lui quand même le mérite d’avoir largement contribué par ses réunions incessantes avec le G4, le G8, ou W Bush à la déflation de cette crise. Passé le temps de réflexion (une dizaine de jours selon un auteur d’Agora Vox), il est passé à l’action. Il est vrai qu’on parle déjà de faillite du système capitaliste dans son ensemble et de la nécessité de corriger ses tares pour ne pas dire de le réformer de fond en comble ; mais la question qui, tôt ou tard, va se poser est par quel système faudra t-il le remplacer ? Le plan B n’existe malheureusement pas. Ne devrait-on pas alors se contenter de replâtrages tout en espérant que les choses vont d’elles-mêmes rentrer dans l’ordre ? Je connais au moins une personne, mais beaucoup plus morale que physique, qui doit se réjouir dans sa tombe : Marx !
(1) Le Figaro du 20 octobre 2008. Débat : La victoire de l’Europe.
Il y a beaucoup d’écrits concernant cette crise.
Même sur Agoravox, force est de reconnaître qu’il y a eu des papiers d’excellente facture qui ont abordé la question sous tous ses angles. Franchement, on s’y perd ; on ne comprend plus qui a tort et qui a raison, qui procède à une bonne analyse du phénomène et qui se perd dans des conjectures purement spéculatives.
Depuis plus d’un mois maintenant, toute la presse écrite et audiovisuelle lui consacre de larges pans dans ses colonnes ou dans ses tranches horaires de grande écoute ou de grand audimat. Mais tous les avis convergent vers un même point : c’est la faillite du système capitaliste, nous dit-on. Un pan de l’Histoire de l’humanité qui s’écroule ? On n’en est pas encore certain ; seul l’avenir nous le dira. Toujours est-il qu’une certitude s’impose : il n’est dans l’intérêt de personne ni d’aucun pays que ce système s’écroule comme s’est écroulé, dans un vacarme étourdissant provoqué par la chute du mur de Berlin, le système communiste.
Il faut dire que cette crise qui a eu comme point de départ les "subprimes" est le sujet par excellence qui accapare les pensées et les énergies de tout un chacun, du trader à l’économiste et du journaliste à l’homme politique ; c’est le sujet qui a éclipsé les situations de conflits interminables en Irak et en Afghanistan et même, dans une moindre mesure, les élections présidentielles américaines qui auront lieu dans quelques jours. L’Amérique est assommée par ce désastre financier, je n’utilise pas, en ce qui me concerne, le terme "économique", parce que, de mon point de vue, il y a une différence nette entre cette perte, par certaines banques américaines, de sommes faramineuses en dollars sonnants et trébuchants et l’économie de ce pays qui, malgré tout, continue à se porter bien ; Ne faisons donc pas d’amalgame. La faillite de quelques banques même s’il s’agit des plus riches banques des Etats-Unis ne veut pas dire forcément faillite de tout le système. Je doute qu’on soit déjà en pleine récession économique, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, comme ce fut le cas en 1929. Pour rappel, en 1929, les banquiers et les hommes d’affaires à l’origine de la banqueroute d’alors avaient eu, comme l’a déjà fait remarquer quelqu’un sur ce site, la "décence de se jeter par les fenêtres". Car le désastre était si grand qu’il avait jeté des millions d’américains sur les routes à la recherche d’un hypothétique emploi ou d’un toit. Et la moralité des gens (donc des banquiers) était telle qu’il ne leur restait que cette extrême solution pour sauver la face en quelque sorte. Enfin, les choses ne s’étaient certainement pas passées ainsi, mais c’est une façon de parler. Autres temps, autres mœurs ; Aujourd’hui, les banquiers qui ont mis leurs banques en faillite, ont plutôt bénéficié de "parachutes dorés". Ils ne se sont pas jetés par les fenêtres. Tant mieux pour eux, sommes-nous tentés de dire. Et ceux par qui la crise est arrivée, les insolvables qui avaient souscrit aux "subprimes", c’est-à-dire ceux à qui les banques ont prêté de l’argent pour l’acquisition d’un bien immobilier et qui ne peuvent s’acquitter de leurs dettes sont, au pire des cas, sommés d’aller occuper des logements sociaux, de moindre confort cela va de soi, mais sans aucune forme de procès. Ils n’ont de comptes à rendre à personne. Cela fait partie du rêve américain. Et puis, de toute façon, ce sont les autres contribuables qui payeront pour eux. Et d’où croyez-vous qu’Henry Paulson va puiser les 700 milliards de dollars pour appliquer son plan de sauvetage et renflouer donc les banques américaines défaillantes ?
A propos "des parachutes dorés", je tiens à vous faire cette confidence : c’est la seule chose que j’ai vraiment comprise dans tout ce charabia de mots que les banquiers et les économistes savent si bien manipuler pour justifier leurs déboires et se faire pardonner par les épargnants naïfs que nous sommes. Et c’est pratiquement aussi la seule chose qu’il m’est difficile d’admettre ; C’est paradoxal mais c’est comme ça. Je comprends mais je n’admets pas : parce que tout simplement cela va contre le bon sens. Et c’est peut-être ça aussi qui fait qu’on parle de plus en plus de manque d’éthique et de moralité dans le système financier international tel qu’il est actuellement. Pour schématiser, je vous fais cadeau de cette métaphore en rapport avec ma profession de chirurgien : par ma négligence coupable, je tue la malade (la banque) qui m’a été confiée pour une intervention chirurgicale et je réclamerais ensuite au mari (l’Etat) ou aux enfants (les citoyens) de la dite malade plus, mais alors vraiment plus, que mes honoraires habituelles ! Qui pourra admettre ce fait ? Qui n’appellera pas à mon lynchage pur et simple ? Et, pourrais-je, après cela, avoir le culot d’aller passer mes vacances dans un 5 étoiles dans une île du pacifique ?
Un seul homme politique, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, a eu le courage de marteler à plusieurs reprises qu’il fallait sanctionner les coupables. Mais ira-t-il jusqu’à s’impliquer lui-même dans l’application de ces sanctions au cas où des banques bien françaises connaîtraient le sort peu enviable de leurs consœurs américaines, pour rester dans le jargon médical ? Il ne le fera pas. Mais, reconnaissons lui quand même le mérite d’avoir largement contribué par ses réunions incessantes avec le G4, le G8, ou W Bush à la déflation de cette crise. Passé le temps de réflexion (une dizaine de jours selon un auteur d’Agora Vox), il est passé à l’action. Il est vrai qu’on parle déjà de faillite du système capitaliste dans son ensemble et de la nécessité de corriger ses tares pour ne pas dire de le réformer de fond en comble ; mais la question qui, tôt ou tard, va se poser est par quel système faudra t-il le remplacer ? Le plan B n’existe malheureusement pas. Ne devrait-on pas alors se contenter de replâtrages tout en espérant que les choses vont d’elles-mêmes rentrer dans l’ordre ? Je connais au moins une personne, mais beaucoup plus morale que physique, qui doit se réjouir dans sa tombe : Marx !
(1) Le Figaro du 20 octobre 2008. Débat : La victoire de l’Europe.
vendredi 24 octobre 2008
Nicolas Sarkozy et le "positivisme"
Rassurez-vous, malgré le titre qui peut paraître accrocheur, le contenu de cet article n’a rien à voir avec la philosophie positiviste d’Auguste Comte. C’est ce qui justifie d’ailleurs la mise entre guillemets du mot positivisme. Il ne faut pas que la confusion s’empare des esprits, je ne suis pas, là, en train d’étudier le "positivisme", cette doctrine philosophique du XVIIIe siècle qui est de toute façon largement délaissée de nos jours. Cette idée de faire un parallèle entre cette ancienne doctrine philosophique et les discours politiques de Nicolas Sarkozy où, chaque fois que l’occasion se présente à lui, il use du mot "positive" en l’associant à d’autres mots en rapport avec le contexte politique qui l’a amené à s’exprimer est farfelue, je le reconnais. Mais, je doute fort bien que le livre de chevet de Nicolas Sarkozy ne soit pas "cours de philosophie positive" d’Auguste Comte.
Jugez-en.
Discrimination, il y a quelques années, laïcité récemment lors de la visite, en France, du pape Benoît XVI. Mais ce dernier concept c’est-à-dire la laïcité à laquelle le président Nicolas Sarkozy a pris le soin d’ajouter le mot, tant répété ici, "positive", a été largement critiqué aussi bien par les hommes politiques que par les profanes et ceci démontre une chose : les Français dans leur ensemble sont encore intimement attachés à la loi de 1905 qui avait séparé le religieux du politique et ils n’entendent pas revenir là-dessus. C’est une bonne chose car l’irruption de la religion dans le champ politique, on sait ce que ça donne. Nous en parlons en connaissance de cause car, ici, en Algérie, on en a fait l’expérience amère et rien ne dit que le bout du tunnel est à quelques mètres seulement. Mais ceci est une autre histoire et nous comptons lui réserver un article un de ces jours.
Laïcité positive.
Je n’ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus si ce n’est que je suis entièrement d’accord avec la remarque de François Hollande à savoir "qu"il n’y a pas de laïcité positive ou de laïcité négative ; il y a une laïcité tout court".
Discrimination positive.
Bien que cette expression remonte à bien longtemps maintenant, elle est réapparue dans le discours politique français lors de la révolte de la banlieue parisienne de 2005. Souvenons-nous en, à cette époque-là Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur et il en avait usé et abusé jusqu’à la corde. Mais que désigne-t-elle au juste cette expression ? Selon Wikipédia, "c’est un ensemble de mesures visant à favoriser certaines personnes appartenant à des catégories dont des membres subiraient ou auraient subi des discriminations systématiques". Or, en France, terre d’asile et d’accueil jusqu’à une date relativement récente où il ne fait plus bon d’être immigré au teint basané, surtout au teint basané, les catégories dont il est fait mention ici ne manquent pas. Elles ont pignon sur rue, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire au sens propre et au sens figuré à tel point que parfois certains représentants de ces catégories, les sans-papiers pour les désigner nommément, n’hésitent pas, pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leur sort, à occuper des espaces publics tel le restaurant "La Tour d’Argent" à Paris, par exemple.
La France, toutes couches sociales et toutes tendances politiques confondues, devrait, à mon avis, s’enorgueillir d’avoir un président qui ne relativise pas et encore moins qui ne "négativise" pas, ou si vous préférez qui ne "moinsse" pas pour utiliser un néologisme en vogue en ce moment sur Agoravox, un président, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, qui ne voit que du positif en toute chose. C’est une chance inouïe pour la France que d’avoir un tel président et elle devrait par conséquent (et encore à mon humble avis) la saisir, cette chance je veux dire, au lieu de s’insurger contre les propos qu’il tient et contre les concepts qu’il crée. Puis-je encore ajouter ceci pour compléter ce tableau ? La France ne devrait pas non plus se comporter comme ce fameux paysan qui, lors du dernier salon de l’agriculture de Paris, toute honte bue, a carrément refusé de serrer la main à Nicolas Sarkozy le poussant ainsi à réagir agressivement par cette formule lapidaire : casse-toi pauvre con ! Or, ce que l’on constate sur les différents blogs par exemple, notamment sur certains écrits d’Agoravox, n’est guère positif. En effet, c’est plus qu’à une critique de la politique de Nicolas Sarkozy que les auteurs s’adonnent, mais parfois à une atteinte en règle à sa personne même, et cela sous le prétexte de la liberté d’expression. Chose qui devrait en principe être inadmissible pour ne pas dire carrément condamnable. Je sais que le culte de la personnalité est incompatible avec la démocratie, il n’existe encore que dans certains pays du tiers-monde ou dans certains pays totalitaires. Et que dire du "baisemain", cette pratique encore répandue dans certains royaumes ?
Dans les sociétés traditionnellement démocratiques, tout ceci ne vient à l’esprit de personne et tant mieux qu’il en soit ainsi, mais de là à traîner dans la boue le premier magistrat du pays c’est purement de l’inconscience, de la folie furieuse même. Que ceux qui se sentent visés et qui pensent que je suis en train de leur donner des conseils à la noix de coco veuillent bien excuser mon audace. Oui, je dis bien mon audace car il fallait oser ! Et "l’immigration choisie" ne peut-elle pas être assimilée, elle aussi, à une "immigration positive" ? Laissons le soin aux lecteurs de répondre à cette question.
Jugez-en.
Discrimination, il y a quelques années, laïcité récemment lors de la visite, en France, du pape Benoît XVI. Mais ce dernier concept c’est-à-dire la laïcité à laquelle le président Nicolas Sarkozy a pris le soin d’ajouter le mot, tant répété ici, "positive", a été largement critiqué aussi bien par les hommes politiques que par les profanes et ceci démontre une chose : les Français dans leur ensemble sont encore intimement attachés à la loi de 1905 qui avait séparé le religieux du politique et ils n’entendent pas revenir là-dessus. C’est une bonne chose car l’irruption de la religion dans le champ politique, on sait ce que ça donne. Nous en parlons en connaissance de cause car, ici, en Algérie, on en a fait l’expérience amère et rien ne dit que le bout du tunnel est à quelques mètres seulement. Mais ceci est une autre histoire et nous comptons lui réserver un article un de ces jours.
Laïcité positive.
Je n’ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus si ce n’est que je suis entièrement d’accord avec la remarque de François Hollande à savoir "qu"il n’y a pas de laïcité positive ou de laïcité négative ; il y a une laïcité tout court".
Discrimination positive.
Bien que cette expression remonte à bien longtemps maintenant, elle est réapparue dans le discours politique français lors de la révolte de la banlieue parisienne de 2005. Souvenons-nous en, à cette époque-là Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur et il en avait usé et abusé jusqu’à la corde. Mais que désigne-t-elle au juste cette expression ? Selon Wikipédia, "c’est un ensemble de mesures visant à favoriser certaines personnes appartenant à des catégories dont des membres subiraient ou auraient subi des discriminations systématiques". Or, en France, terre d’asile et d’accueil jusqu’à une date relativement récente où il ne fait plus bon d’être immigré au teint basané, surtout au teint basané, les catégories dont il est fait mention ici ne manquent pas. Elles ont pignon sur rue, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire au sens propre et au sens figuré à tel point que parfois certains représentants de ces catégories, les sans-papiers pour les désigner nommément, n’hésitent pas, pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leur sort, à occuper des espaces publics tel le restaurant "La Tour d’Argent" à Paris, par exemple.
La France, toutes couches sociales et toutes tendances politiques confondues, devrait, à mon avis, s’enorgueillir d’avoir un président qui ne relativise pas et encore moins qui ne "négativise" pas, ou si vous préférez qui ne "moinsse" pas pour utiliser un néologisme en vogue en ce moment sur Agoravox, un président, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, qui ne voit que du positif en toute chose. C’est une chance inouïe pour la France que d’avoir un tel président et elle devrait par conséquent (et encore à mon humble avis) la saisir, cette chance je veux dire, au lieu de s’insurger contre les propos qu’il tient et contre les concepts qu’il crée. Puis-je encore ajouter ceci pour compléter ce tableau ? La France ne devrait pas non plus se comporter comme ce fameux paysan qui, lors du dernier salon de l’agriculture de Paris, toute honte bue, a carrément refusé de serrer la main à Nicolas Sarkozy le poussant ainsi à réagir agressivement par cette formule lapidaire : casse-toi pauvre con ! Or, ce que l’on constate sur les différents blogs par exemple, notamment sur certains écrits d’Agoravox, n’est guère positif. En effet, c’est plus qu’à une critique de la politique de Nicolas Sarkozy que les auteurs s’adonnent, mais parfois à une atteinte en règle à sa personne même, et cela sous le prétexte de la liberté d’expression. Chose qui devrait en principe être inadmissible pour ne pas dire carrément condamnable. Je sais que le culte de la personnalité est incompatible avec la démocratie, il n’existe encore que dans certains pays du tiers-monde ou dans certains pays totalitaires. Et que dire du "baisemain", cette pratique encore répandue dans certains royaumes ?
Dans les sociétés traditionnellement démocratiques, tout ceci ne vient à l’esprit de personne et tant mieux qu’il en soit ainsi, mais de là à traîner dans la boue le premier magistrat du pays c’est purement de l’inconscience, de la folie furieuse même. Que ceux qui se sentent visés et qui pensent que je suis en train de leur donner des conseils à la noix de coco veuillent bien excuser mon audace. Oui, je dis bien mon audace car il fallait oser ! Et "l’immigration choisie" ne peut-elle pas être assimilée, elle aussi, à une "immigration positive" ? Laissons le soin aux lecteurs de répondre à cette question.
jeudi 28 août 2008
Guerre et vassalité

Nul n'ignore que pendant que se déroulait à Pékin l'inauguration des jeux olympiques, pendant donc que les yeux du monde entier étaient écarquillés et braqués sur l'immense œuvre architecturale qu'est le stade en nid d'hirondelle de la capitale chinoise, la guerre faisait rage dans le caucase. La Russie, en voulant, officiellement, porter secours aux séparatistes de l'Ossétie du Sud n'a pas fait, si j'ose dire, dans la dentelle: en quelques heures de combats, sans qu'il y ait vraiment d'opposition de l'autre côté, son armée a réduit en cendres les infrastructures portuaires et militaires de la Géorgie.
Sans l'intervention du président français, Nicolas Sarkozy, qui, en sa qualité de président de l'U E, s'est très vite dépêché sur les lieux pour mettre fin aux hostilités, la Géorgie aurait été rayée de la carte géographique. Après une hibernation de plusieurs années, l'ours Russe s'est brutalement réveillé et a repris du poil de la bête !
Comme toute guerre, comme, hier, celle de l'Irak, comme, aujourd'hui, celle de l'Afghanistan où dix soldats français ont été abattus par les Talibans, celle-ci a été largement couverte et commentée par les médias occidentaux; elle ne s'est pas déroulée uniquement sur le terrain des opérations, avec des chars et des canons. Elle est aussi médiatique. En période de guerre, la propagande ne peut que battre son plein. Pour remonter le moral de ses propres troupes ou pour porter un coup sévère à la psychologie de l'ennemi. Et sur ce plan-là, la palme d'or revient assurément aux médias français qui, contrairement à leur opinion publique, ont, presque à l'unanimité, condamné l'intervention russe. En fait, ils ont usé de la propagande en défaveur de la Russie qui est présentée de façon caricaturale comme étant l'impérialiste du nouveau siècle. Sinon comment expliquer la comparaison suivante que j'ai relevée dans un éditorial de l'Express "… d'un côté, le glacis contrôlé par les Russes et leurs vassaux et, de l'autre, la zone d'influence des Américains et de leurs alliés" ? N'étant pas, personnellement (en tant que simple lecteur), d'accord avec l'auteur de cette comparaison (le rédacteur en chef de "l'Express", Christophe Barbier), j'ai dû laissé au bas de son article un commentaire qui, forcément, ne sera pas de son goût. En effet, à ma connaissance, le terme "vassal" est habituellement utilisé pour désigner tout pays soumis et inféodé à la toute puissante Amérique de l'oncle Bush. Ces pays ne se trouvent pas uniquement au Moyen orient ou en Afrique; l'Europe aussi en recèle. Et pas seulement au sein de la "vieille Europe".
Rappelez-vous de la fameuse remarque qu'a faite Jacques Chirac aux pays de "la jeune Europe" qui étaient si enthousiastes à soutenir Bush dans sa guerre contre l'Irak : "vous avez perdu une belle occasion de vous taire", leur avait-il dit. Eh bien, osons le dire, ces pays représentent aujourd'hui le gros de la troupe de la vassalité dans le sens où l'entend Ignacio Ramonet. L'Amérique en est consciente. Elle sait que la "jeune Europe" lui est entièrement acquise. Et sous prétextes de "défendre la démocratie" dans le monde et de lutter contre le terrorisme, elle tire les ficelles partout où il y a l'odeur du pétrole, partout où ses intérêts risqueraient d'être menacés. Et c'est bien le cas aussi dans cette partie du monde qu'est le Caucase. L'intérêt géostratégique de cette région a été d'ailleurs largement mis en évidence par les différents intervenants (qu'ils soient journalistes, hommes politiques ou historiens) qui s'intéressent à cette question : c'est, nous dit-on, une région par laquelle transite l'un des plus importants "pipe line" de gaz qui alimente l'Europe Occidentale. De ce fait, elle ne doit pas tomber dans les mains des Russes. Celle-ci, en cas de refroidissement de ses relations politiques avec la "vieille Europe" risquerait de fermer les vannes comme ça a failli se produire il n'y a pas longtemps. C'est aussi simple que ça. Mais il n y'a pas que ça. D'autres considérations géostratégiques entrent également en ligne de compte notamment le désir de certains pays de l'Occident d'intégrer ce pays à l'OTAN pour que la Russie soit entièrement isolée et encerclée. Pour que l'Amérique puisse installer sans encombre ses batteries de missiles. Les Russes ne sont pas assez dupes pour croire que ces missiles seront orientés vers l'Iran et non pas vers leur pays. Donc cette guerre, pour les Russes, est, d'un point de vue géostratégique, largement justifiée : elle leur permet de desserrer l'étau en quelque sorte et ainsi de préserver leur "espace vital" qui ne doit pas s'arrêter juste à leurs frontières comme je n'ai pas manqué de le souligner dans mon commentaire sus cité. Dans cet éditorial de l'Express, le rédacteur a sciemment, nul doute là-dessus, inversé les rôles : pour lui donc les américains n'ont que des zones d'influence et des alliés ! Malheur aux pays qui, pour des raisons pas spécialement idéologiques, se rapprochent de la Russie: ils seront traités sans ménagement de "vassaux" !
En fait, la mort, il y a quelques jours seulement, de l'écrivain Russe, Alexandre Soljenitsyne, a été une occasion pour le monde dit libre, le monde Occidental, d'exhumer le passé, peu glorieux il est vrai, de la Russie du temps de la révolution bolchevique et bien après, disons jusqu'à la chute du mur de Berlin, et d'évoquer dramatiquement les méfaits de l'empire russe, particulièrement sous Staline. Le battage médiatique autour de la question de l'antinomie qui a pu, effectivement, exister entre le communisme et la démocratie a été tel que l'opinion publique occidentale est maintenant conditionnée et prête à avaler toutes les couleuvres; on dirait que l'Histoire de la Russie s'est arrêtée à la période sombre de "l'archipel du Goulag". Or, tout le monde le sait, la Russie n'est plus ce qu'elle était au temps de l'URSS : communiste au sens large du terme. Ne craignant ni l'Homme ni Dieu. Elle ne pratique plus l'idéologie marxiste pure et dure, et la jeune génération Russe aspire bien, elle aussi, à être libre et démocratique comme le sont la plupart des Européens.
Sans l'intervention du président français, Nicolas Sarkozy, qui, en sa qualité de président de l'U E, s'est très vite dépêché sur les lieux pour mettre fin aux hostilités, la Géorgie aurait été rayée de la carte géographique. Après une hibernation de plusieurs années, l'ours Russe s'est brutalement réveillé et a repris du poil de la bête !
Comme toute guerre, comme, hier, celle de l'Irak, comme, aujourd'hui, celle de l'Afghanistan où dix soldats français ont été abattus par les Talibans, celle-ci a été largement couverte et commentée par les médias occidentaux; elle ne s'est pas déroulée uniquement sur le terrain des opérations, avec des chars et des canons. Elle est aussi médiatique. En période de guerre, la propagande ne peut que battre son plein. Pour remonter le moral de ses propres troupes ou pour porter un coup sévère à la psychologie de l'ennemi. Et sur ce plan-là, la palme d'or revient assurément aux médias français qui, contrairement à leur opinion publique, ont, presque à l'unanimité, condamné l'intervention russe. En fait, ils ont usé de la propagande en défaveur de la Russie qui est présentée de façon caricaturale comme étant l'impérialiste du nouveau siècle. Sinon comment expliquer la comparaison suivante que j'ai relevée dans un éditorial de l'Express "… d'un côté, le glacis contrôlé par les Russes et leurs vassaux et, de l'autre, la zone d'influence des Américains et de leurs alliés" ? N'étant pas, personnellement (en tant que simple lecteur), d'accord avec l'auteur de cette comparaison (le rédacteur en chef de "l'Express", Christophe Barbier), j'ai dû laissé au bas de son article un commentaire qui, forcément, ne sera pas de son goût. En effet, à ma connaissance, le terme "vassal" est habituellement utilisé pour désigner tout pays soumis et inféodé à la toute puissante Amérique de l'oncle Bush. Ces pays ne se trouvent pas uniquement au Moyen orient ou en Afrique; l'Europe aussi en recèle. Et pas seulement au sein de la "vieille Europe".
Rappelez-vous de la fameuse remarque qu'a faite Jacques Chirac aux pays de "la jeune Europe" qui étaient si enthousiastes à soutenir Bush dans sa guerre contre l'Irak : "vous avez perdu une belle occasion de vous taire", leur avait-il dit. Eh bien, osons le dire, ces pays représentent aujourd'hui le gros de la troupe de la vassalité dans le sens où l'entend Ignacio Ramonet. L'Amérique en est consciente. Elle sait que la "jeune Europe" lui est entièrement acquise. Et sous prétextes de "défendre la démocratie" dans le monde et de lutter contre le terrorisme, elle tire les ficelles partout où il y a l'odeur du pétrole, partout où ses intérêts risqueraient d'être menacés. Et c'est bien le cas aussi dans cette partie du monde qu'est le Caucase. L'intérêt géostratégique de cette région a été d'ailleurs largement mis en évidence par les différents intervenants (qu'ils soient journalistes, hommes politiques ou historiens) qui s'intéressent à cette question : c'est, nous dit-on, une région par laquelle transite l'un des plus importants "pipe line" de gaz qui alimente l'Europe Occidentale. De ce fait, elle ne doit pas tomber dans les mains des Russes. Celle-ci, en cas de refroidissement de ses relations politiques avec la "vieille Europe" risquerait de fermer les vannes comme ça a failli se produire il n'y a pas longtemps. C'est aussi simple que ça. Mais il n y'a pas que ça. D'autres considérations géostratégiques entrent également en ligne de compte notamment le désir de certains pays de l'Occident d'intégrer ce pays à l'OTAN pour que la Russie soit entièrement isolée et encerclée. Pour que l'Amérique puisse installer sans encombre ses batteries de missiles. Les Russes ne sont pas assez dupes pour croire que ces missiles seront orientés vers l'Iran et non pas vers leur pays. Donc cette guerre, pour les Russes, est, d'un point de vue géostratégique, largement justifiée : elle leur permet de desserrer l'étau en quelque sorte et ainsi de préserver leur "espace vital" qui ne doit pas s'arrêter juste à leurs frontières comme je n'ai pas manqué de le souligner dans mon commentaire sus cité. Dans cet éditorial de l'Express, le rédacteur a sciemment, nul doute là-dessus, inversé les rôles : pour lui donc les américains n'ont que des zones d'influence et des alliés ! Malheur aux pays qui, pour des raisons pas spécialement idéologiques, se rapprochent de la Russie: ils seront traités sans ménagement de "vassaux" !
En fait, la mort, il y a quelques jours seulement, de l'écrivain Russe, Alexandre Soljenitsyne, a été une occasion pour le monde dit libre, le monde Occidental, d'exhumer le passé, peu glorieux il est vrai, de la Russie du temps de la révolution bolchevique et bien après, disons jusqu'à la chute du mur de Berlin, et d'évoquer dramatiquement les méfaits de l'empire russe, particulièrement sous Staline. Le battage médiatique autour de la question de l'antinomie qui a pu, effectivement, exister entre le communisme et la démocratie a été tel que l'opinion publique occidentale est maintenant conditionnée et prête à avaler toutes les couleuvres; on dirait que l'Histoire de la Russie s'est arrêtée à la période sombre de "l'archipel du Goulag". Or, tout le monde le sait, la Russie n'est plus ce qu'elle était au temps de l'URSS : communiste au sens large du terme. Ne craignant ni l'Homme ni Dieu. Elle ne pratique plus l'idéologie marxiste pure et dure, et la jeune génération Russe aspire bien, elle aussi, à être libre et démocratique comme le sont la plupart des Européens.
jeudi 7 août 2008
Le serveur du Sauveur m’a sauvé
Le fait est banal.
"Mais alors, pourquoi tenez-vous à le rapporter ici", entends-je déjà les spécialistes es commentaires tel Lerma and Co qui n’attendent que ça pour me descendre en flamme. Mais à bien y réfléchir, ce "fait banal" mérite un large développement, un développement en long et en large comme on disait lorsqu’on était étudiant ; il y a bien longtemps maintenant. Ah ! que le temps passe vite ! A l’époque d’ailleurs notre modeste bourse ne nous permettait même pas de nous offrir des sardines grillées ou de se régaler d’un calamar au riz de temps à autre.
Pas dans les grands restaurants, bien entendu, mais juste dans ces gargotes, à l’hygiène très douteuse et pourtant très fréquentées, qui se trouvaient à l’intérieur même du marché Meissonnier, pas loin de la sortie ouest de l’hôpital Mustapha Pacha. Alors, v
ous y êtes ? Vous avez compris où je veux en venir ? Pour vous aider à comprendre, permettez-moi de vous poser une question à deux sous. Rien qu’une question. Que fait on le soir lorsqu’on est en vacances sur la côte ouest d’Alger ? Ou dans une autre ville côtière de la Méditerranée ?
Evidemment, c’est très facile à deviner ! On sort dîner ! En couple ou en famille. Ben voyons ! Étais-je vraiment obligé de vous souffler la réponse ? Elle était à la portée de tout le monde, la réponse. Même à celle d’un simple d’esprit. Mais, ne comprenez pas de travers, je ne traite personne de simple d’esprit. C’était juste pour vous dire que la réponse était tellement évidente du moins pour ceux qui, tel votre serviteur, aiment bien "la bonne cher pas chère" comme l’avare de Molière
Tout compte fait, les us et les coutumes ne diffèrent pas vraiment d’une région à l’autre de cette mer intérieure dont on veut faire un lac de paix maintenant. Pour tout vous dire, j’en ai fait l’expérience dernièrement, il y a tout juste quelques jours, à Marseille. Sur le vieux port. J’ai eu la même impression que lorsque j’emmenais mes enfants, le soir, au petit port de la Madrague : les gens qui étaient attablés aux terrasses des restaurants, depuis une bonne demi-heure déjà au moins pour certains d’entre eux, attendaient avec impatience qu’on vienne prendre leur commande, et les serveurs courraient littéralement entre les tables, les bras chargés d’assiettes de crevettes en sauce ou des tranches d’espadon grillées.
En ce qui me concerne, aujourd’hui, pour épater ma seconde moitié et mes enfants, mon choix s’est porté sur "le sauveur" : un restaurant qui se trouve sur le port de la Madrague et où la crevette royale à l’ail est succulente même non accompagnée d’un Mascara datant de l’époque d’avant la révolution agraire et qui a donc eu largement le temps de mûrir et "d’avoir du caractère", comme dirait un goutteur de vins du Beaujolais.
Mes enfants sont comme moi : ils aiment bien les sorties nocturnes et les repas au bord de la piscine, chose que je ne peux, malheureusement, leur assurer que quelques jours par an : lors des vacances. Le reste de l’année, je vous avoue que je trime comme un nègre et ceci sans connotation péjorative de ma part ni pensée xénophobe. Je disais donc que mes enfants, dès le moteur de la voiture arrêté, se sont empressés d’envahir la terrasse d’un des restaurants de ce pittoresque port où l’odeur du poisson se mêle à celle de l’eau de mer, mazoutée par les embarcations vétustes qui s’y agglutinent dans un désordre indescriptible, pour aiguiser encore plus votre odorat et vous invite à prendre part au festin.
Sur cette terrasse, il n’y avait qu’une seule famille, déjà au dessert : dans leurs assiettes il ne restait que des têtes et des arêtes de merlan et des corps vertébraux de quelque chien de mer ou autre espadon. Comment le sais-je ? Curiosité oblige, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil furtif sur leur table encombrée d’assiettes et de verres à pieds dont l’usage a été dévié de sa première vocation : ici on ne sert pas de boissons alcoolisées. Un peu plus loin, à l’autre extrémité de cette terrasse qui paraissait si grande, un jeune couple coulant certainement des jours heureux, ça se voyait à leur façon de se tenir l’un en face de l’autre, attendait qu’on daigne s’occuper de lui. Ils auraient peut-être aimé que le temps s’arrêtât pour eux, que rien ne vienne troubler leur posture de confidence, leur échange de mots doux, toujours les yeux dans les yeux et que... le serveur et le poisson aillent au diable !
Sitôt installés, le serveur nous ramena, en guise d’amuse-gueule, une petite assiette de H’mis et un petit panier de Matloue encore chaud. Comme des rapaces affamés, les enfants se sont emparés de ce petit plat d’entrée alors que le serveur n’avait pas encore tourné le dos. Ils avaient vraiment faim après une journée de plage et de… pédalo ! En moins de cinq, aucune miette n’est restée dans l’assiette. L’assiette a été méthodiquement essuyée si j’ose dire. La mer ne fait pas que "manger les Harraga", elle fait manger aussi. N’est ce pas que c’est pour cette raison que les "restos resto " et autres payotte pullulent aux abords des plages ? Mais au moment de lui demander le menu, le serveur s’approcha de moi et me chuchota dans l’oreille : il ne me conseilla pas moins que de déguerpir et d’aller voir ailleurs, le restaurant d’à côté où la "bouffe est meilleure et moins chère" selon ses propres termes. Je n’en croyais pas mes oreilles ! Madame n’avait rien compris au manège et n’arrêtait pas de me demander des explications mais j’étais gêné de les lui fournir tant que ne nous n’avions avions pas encore mis les pieds dehors. Le gars risquerait de se faire virer illico presto par son patron si ce dernier pouvait savoir la raison de notre départ précipité sans avoir réglé la note de ce qu’on avait déjà commencé à avaler. Vous trouverez peut-être que l’histoire est un peu tirée par les cheveux mais c’est la vérité, c’est ce qui s’est passé ce jour-là. Et l’honnêteté de ce serveur est tellement chose rare de nos jours que j’ai tenu à lui consacrer cette chronique. Et puis, il faut dire aussi que le temps des vacances n’est pas propice aux sujets d’ordre politique et qu’il faut de temps en temps savoir sortir des sentiers battus. Il y a tant de choses simples dans la vie dont il faut rendre compte de temps à autre quitte à être assailli par des commentaires indésirables.
Et effectivement, dans le restaurant d’à côté, toutes les tables étaient occupées et les derniers arrivés ne sont pas forcément les moins bien servis. Ils savaient cela et c’est pour cela qu’ils attendaient donc dehors, gentiment, sans perdre patience outre mesure, guettant le moindre mouvement de ceux qui s’apprêtaient à quitter les lieux après un dîner copieux. Ils savaient aussi qu’en fin de compte leur attente ne sera pas vaine et que leur patience sera récompensée par des plats du jour bien mijotés et à la portée de leur bourse. Sans se ruiner.
"Mais alors, pourquoi tenez-vous à le rapporter ici", entends-je déjà les spécialistes es commentaires tel Lerma and Co qui n’attendent que ça pour me descendre en flamme. Mais à bien y réfléchir, ce "fait banal" mérite un large développement, un développement en long et en large comme on disait lorsqu’on était étudiant ; il y a bien longtemps maintenant. Ah ! que le temps passe vite ! A l’époque d’ailleurs notre modeste bourse ne nous permettait même pas de nous offrir des sardines grillées ou de se régaler d’un calamar au riz de temps à autre.
Pas dans les grands restaurants, bien entendu, mais juste dans ces gargotes, à l’hygiène très douteuse et pourtant très fréquentées, qui se trouvaient à l’intérieur même du marché Meissonnier, pas loin de la sortie ouest de l’hôpital Mustapha Pacha. Alors, v
ous y êtes ? Vous avez compris où je veux en venir ? Pour vous aider à comprendre, permettez-moi de vous poser une question à deux sous. Rien qu’une question. Que fait on le soir lorsqu’on est en vacances sur la côte ouest d’Alger ? Ou dans une autre ville côtière de la Méditerranée ?Evidemment, c’est très facile à deviner ! On sort dîner ! En couple ou en famille. Ben voyons ! Étais-je vraiment obligé de vous souffler la réponse ? Elle était à la portée de tout le monde, la réponse. Même à celle d’un simple d’esprit. Mais, ne comprenez pas de travers, je ne traite personne de simple d’esprit. C’était juste pour vous dire que la réponse était tellement évidente du moins pour ceux qui, tel votre serviteur, aiment bien "la bonne cher pas chère" comme l’avare de Molière
Tout compte fait, les us et les coutumes ne diffèrent pas vraiment d’une région à l’autre de cette mer intérieure dont on veut faire un lac de paix maintenant. Pour tout vous dire, j’en ai fait l’expérience dernièrement, il y a tout juste quelques jours, à Marseille. Sur le vieux port. J’ai eu la même impression que lorsque j’emmenais mes enfants, le soir, au petit port de la Madrague : les gens qui étaient attablés aux terrasses des restaurants, depuis une bonne demi-heure déjà au moins pour certains d’entre eux, attendaient avec impatience qu’on vienne prendre leur commande, et les serveurs courraient littéralement entre les tables, les bras chargés d’assiettes de crevettes en sauce ou des tranches d’espadon grillées.
En ce qui me concerne, aujourd’hui, pour épater ma seconde moitié et mes enfants, mon choix s’est porté sur "le sauveur" : un restaurant qui se trouve sur le port de la Madrague et où la crevette royale à l’ail est succulente même non accompagnée d’un Mascara datant de l’époque d’avant la révolution agraire et qui a donc eu largement le temps de mûrir et "d’avoir du caractère", comme dirait un goutteur de vins du Beaujolais.
Mes enfants sont comme moi : ils aiment bien les sorties nocturnes et les repas au bord de la piscine, chose que je ne peux, malheureusement, leur assurer que quelques jours par an : lors des vacances. Le reste de l’année, je vous avoue que je trime comme un nègre et ceci sans connotation péjorative de ma part ni pensée xénophobe. Je disais donc que mes enfants, dès le moteur de la voiture arrêté, se sont empressés d’envahir la terrasse d’un des restaurants de ce pittoresque port où l’odeur du poisson se mêle à celle de l’eau de mer, mazoutée par les embarcations vétustes qui s’y agglutinent dans un désordre indescriptible, pour aiguiser encore plus votre odorat et vous invite à prendre part au festin.
Sur cette terrasse, il n’y avait qu’une seule famille, déjà au dessert : dans leurs assiettes il ne restait que des têtes et des arêtes de merlan et des corps vertébraux de quelque chien de mer ou autre espadon. Comment le sais-je ? Curiosité oblige, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil furtif sur leur table encombrée d’assiettes et de verres à pieds dont l’usage a été dévié de sa première vocation : ici on ne sert pas de boissons alcoolisées. Un peu plus loin, à l’autre extrémité de cette terrasse qui paraissait si grande, un jeune couple coulant certainement des jours heureux, ça se voyait à leur façon de se tenir l’un en face de l’autre, attendait qu’on daigne s’occuper de lui. Ils auraient peut-être aimé que le temps s’arrêtât pour eux, que rien ne vienne troubler leur posture de confidence, leur échange de mots doux, toujours les yeux dans les yeux et que... le serveur et le poisson aillent au diable !
Sitôt installés, le serveur nous ramena, en guise d’amuse-gueule, une petite assiette de H’mis et un petit panier de Matloue encore chaud. Comme des rapaces affamés, les enfants se sont emparés de ce petit plat d’entrée alors que le serveur n’avait pas encore tourné le dos. Ils avaient vraiment faim après une journée de plage et de… pédalo ! En moins de cinq, aucune miette n’est restée dans l’assiette. L’assiette a été méthodiquement essuyée si j’ose dire. La mer ne fait pas que "manger les Harraga", elle fait manger aussi. N’est ce pas que c’est pour cette raison que les "restos resto " et autres payotte pullulent aux abords des plages ? Mais au moment de lui demander le menu, le serveur s’approcha de moi et me chuchota dans l’oreille : il ne me conseilla pas moins que de déguerpir et d’aller voir ailleurs, le restaurant d’à côté où la "bouffe est meilleure et moins chère" selon ses propres termes. Je n’en croyais pas mes oreilles ! Madame n’avait rien compris au manège et n’arrêtait pas de me demander des explications mais j’étais gêné de les lui fournir tant que ne nous n’avions avions pas encore mis les pieds dehors. Le gars risquerait de se faire virer illico presto par son patron si ce dernier pouvait savoir la raison de notre départ précipité sans avoir réglé la note de ce qu’on avait déjà commencé à avaler. Vous trouverez peut-être que l’histoire est un peu tirée par les cheveux mais c’est la vérité, c’est ce qui s’est passé ce jour-là. Et l’honnêteté de ce serveur est tellement chose rare de nos jours que j’ai tenu à lui consacrer cette chronique. Et puis, il faut dire aussi que le temps des vacances n’est pas propice aux sujets d’ordre politique et qu’il faut de temps en temps savoir sortir des sentiers battus. Il y a tant de choses simples dans la vie dont il faut rendre compte de temps à autre quitte à être assailli par des commentaires indésirables.
Et effectivement, dans le restaurant d’à côté, toutes les tables étaient occupées et les derniers arrivés ne sont pas forcément les moins bien servis. Ils savaient cela et c’est pour cela qu’ils attendaient donc dehors, gentiment, sans perdre patience outre mesure, guettant le moindre mouvement de ceux qui s’apprêtaient à quitter les lieux après un dîner copieux. Ils savaient aussi qu’en fin de compte leur attente ne sera pas vaine et que leur patience sera récompensée par des plats du jour bien mijotés et à la portée de leur bourse. Sans se ruiner.
lundi 30 juin 2008
De l’UMP à l’UPM (2)
Article publie le 21 juin sur le site Agoravox.fr
A moins d’un mois de "la rencontre à Paris des chefs d’Etats européens et ceux de la rive sud de la Méditerranée", l’UPM continue de susciter des débats passionnés et passionnants en même temps de part et d’autre de la grande bleue. Passionnés parce que jamais auparavant il n’y a eu un projet politique de cette envergure qui tente de lier le sort des Nord-africains à celui des européens. C’est la mondialisation qui veut ça, pourrait-on peut-être me rétorquer. En effet, la mondialisation rime avec globalisation et il est donc important que cette zone de la Méditerranée se constitue en un bloc régional uni capable de rivaliser avec les autres entités géopolitiques que sont les Etats-Unis et leur Sud et l’Asie du Sud-est et ses dragons, et ce sur les plans économique et politique. Passionnants parce que depuis que ce projet a été révélé par Nicolas Sarkozy, une polémique s’est installée, ici et là-bas, d’abord sur le contenu du projet lui-même et ensuite sur ce qui est susceptible d’être proposé aux uns et aux autres. Mais rien de tout cela n’est encore défini ; Il va falloir attendre le jour "J" pour savoir qui va faire quoi et à partir de quand. A supposer bien sûr que tous les pays riverains de la Méditerranée veuillent bien s’intégrer à cet ensemble régional. Or, jusqu’à maintenant, les hésitations des pays du Sud semblent l’emporter sur la realpolitik et le pragmatisme. Cela a commencé d’abord par la Conférence ministérielle du Forum méditerranéen qui s’est tenue la semaine dernière à Alger au cours de laquelle le chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci a demandé plus d’éclaircissements concernant ce projet et surtout, dans un langage diplomatique subtil, à savoir qu’elles seraient les conséquences de l’intégration d’
Israël à ce processus.
Le Président Libyen Mouammar Kadhafi quant à lui, très connu pour ses sorties médiatiques imprévisibles, sans s’accommoder de précautions comme il est pourtant d’usage en diplomatie, a enfoncé le clou en assenant une vérité, pas très bonne à dire il est vrai, à la face de l’Europe. Sa phrase, que l’on pourrait qualifier d’assassine, a fait le tour des rédactions sitôt prononcée : "Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os", avait-il déclaré lors du mini sommet qu’il avait organisé chez lui, à Tripoli. Tout cela donc n’est pas fait pour arranger les choses et lancer l’UPM sur des bases saines et solides.
L’on comprend donc que ce qui semble poser problème aux sudistes ce n’est pas tant le projet en lui-même mais le fait de se retrouver sur la même tribune que la délégation israélienne le lendemain du 13 juillet c’est-à-dire lors du défilé de commémoration du 14 juillet. L’on sait par ailleurs que cette date symbolise, pour la France, la défaite du nazisme et la liberté reconquise du peuple français. Mais, aux indigènes que nous étions, cela rappelle aussi et surtout autre chose. Mais ne remuons pas le couteau dans la plaie. Laissons cette "chose " dans le placard de l’Histoire. La repentance qui tient tant à cœur à notre Rais n’est pas pour demain ! Et, évidemment on le sait, elle ne sera pas à l’ordre du jour lors de cette rencontre. Devrions-nous dire dommage ? Non : en politique, il ne devrait pas y avoir de place pour les sentiments. Comme le dit l’adage populaire " travail travail, camarade après". Et c’est ce qui est attendu de l’Europe : qu’elle ne fasse pas jouer la fibre sentimentale quand il s’agira de mettre l’Etat d’Israël devant ses responsabilités historiques. Car la réussite de cette rencontre et par conséquent l’entrée en vigueur ou si vous voulez la concrétisation de ce projet de l’UPM dépend principalement de cette question-là. On ne doit pas faire " Comme si le conflit israélo-palestinien n’existait plus". Est-ce la Méditerranée à boire que les pays du Sud demande à l’Europe ?
A moins d’un mois de "la rencontre à Paris des chefs d’Etats européens et ceux de la rive sud de la Méditerranée", l’UPM continue de susciter des débats passionnés et passionnants en même temps de part et d’autre de la grande bleue. Passionnés parce que jamais auparavant il n’y a eu un projet politique de cette envergure qui tente de lier le sort des Nord-africains à celui des européens. C’est la mondialisation qui veut ça, pourrait-on peut-être me rétorquer. En effet, la mondialisation rime avec globalisation et il est donc important que cette zone de la Méditerranée se constitue en un bloc régional uni capable de rivaliser avec les autres entités géopolitiques que sont les Etats-Unis et leur Sud et l’Asie du Sud-est et ses dragons, et ce sur les plans économique et politique. Passionnants parce que depuis que ce projet a été révélé par Nicolas Sarkozy, une polémique s’est installée, ici et là-bas, d’abord sur le contenu du projet lui-même et ensuite sur ce qui est susceptible d’être proposé aux uns et aux autres. Mais rien de tout cela n’est encore défini ; Il va falloir attendre le jour "J" pour savoir qui va faire quoi et à partir de quand. A supposer bien sûr que tous les pays riverains de la Méditerranée veuillent bien s’intégrer à cet ensemble régional. Or, jusqu’à maintenant, les hésitations des pays du Sud semblent l’emporter sur la realpolitik et le pragmatisme. Cela a commencé d’abord par la Conférence ministérielle du Forum méditerranéen qui s’est tenue la semaine dernière à Alger au cours de laquelle le chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci a demandé plus d’éclaircissements concernant ce projet et surtout, dans un langage diplomatique subtil, à savoir qu’elles seraient les conséquences de l’intégration d’
Israël à ce processus.Le Président Libyen Mouammar Kadhafi quant à lui, très connu pour ses sorties médiatiques imprévisibles, sans s’accommoder de précautions comme il est pourtant d’usage en diplomatie, a enfoncé le clou en assenant une vérité, pas très bonne à dire il est vrai, à la face de l’Europe. Sa phrase, que l’on pourrait qualifier d’assassine, a fait le tour des rédactions sitôt prononcée : "Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os", avait-il déclaré lors du mini sommet qu’il avait organisé chez lui, à Tripoli. Tout cela donc n’est pas fait pour arranger les choses et lancer l’UPM sur des bases saines et solides.
L’on comprend donc que ce qui semble poser problème aux sudistes ce n’est pas tant le projet en lui-même mais le fait de se retrouver sur la même tribune que la délégation israélienne le lendemain du 13 juillet c’est-à-dire lors du défilé de commémoration du 14 juillet. L’on sait par ailleurs que cette date symbolise, pour la France, la défaite du nazisme et la liberté reconquise du peuple français. Mais, aux indigènes que nous étions, cela rappelle aussi et surtout autre chose. Mais ne remuons pas le couteau dans la plaie. Laissons cette "chose " dans le placard de l’Histoire. La repentance qui tient tant à cœur à notre Rais n’est pas pour demain ! Et, évidemment on le sait, elle ne sera pas à l’ordre du jour lors de cette rencontre. Devrions-nous dire dommage ? Non : en politique, il ne devrait pas y avoir de place pour les sentiments. Comme le dit l’adage populaire " travail travail, camarade après". Et c’est ce qui est attendu de l’Europe : qu’elle ne fasse pas jouer la fibre sentimentale quand il s’agira de mettre l’Etat d’Israël devant ses responsabilités historiques. Car la réussite de cette rencontre et par conséquent l’entrée en vigueur ou si vous voulez la concrétisation de ce projet de l’UPM dépend principalement de cette question-là. On ne doit pas faire " Comme si le conflit israélo-palestinien n’existait plus". Est-ce la Méditerranée à boire que les pays du Sud demande à l’Europe ?
vendredi 20 juin 2008
Un nul sur toute la ligne ?
S’il y a une chose dont on parle énormément ces jours-ci dans la presse d’outre-mer, notamment française, c’est bien ce référendum irlandais qui s’est soldé par un non massif au Traité de Lisbonne. Ainsi donc, les Irlandais qui avaient pourtant si bien tiré profit des subventions communautaires ne veulent pas de cette Europe qui n’en finit pas de s’agrandir, de s’étendre vers l’Est et, qui sait, peut-être plus tard vers le Sud-Est avec probablement l’adhésion de la Turquie à cette union. Mais gageons que les hommes politiques européens sauront surmonter cette pénible épreuve en imaginant une solution politique de rechange.
Un plan B ou C, à vous de choisir.
"Ils vont essayer de trouver une formule pour faire revoter les citoyens irlandais, en espérant cette fois que la consultation populaire se solde par un « oui », et qu’enfin le traité simplifié soit adopté’’. Cet optimisme béat est cependant plus ou moins tempéré par un autre homme politique et non des moindres qui, lui, est catégorique. Pour Jean-Pierre Chevènement donc, puisque c’est de lui qu’il s’agit ici, "Juridiquement, le Traité de Lisbonne est mort avec le non irlandais". Pour que l’Europe se ressaisisse et retrouve sa cohésion et sa sérénité d’antan, il va falloir cravacher dur. Les eurosceptiques d’ailleurs tablent sur une dizaine d’années d’âpres négociations au sein des différentes commissions à Bruxelles et ailleurs pour pouvoir remettre le train Europe sur les rails. D’autres par contre, ceux que l’on désigne communément par "élites" ne suggèrent pas moins que de passer outre le "non" irlandais et d’imprimer une marche forcée au train Europe quitte à se faire passer à leur tour pour des ennemis mortels de la démocratie. Enfin, le mot est prononcé. N’est-ce pas que c’est ce qui est reproché à l’Europe ? L’absence de démocratie au niveau de ses structures. Alors que pour nous, les peuples de la rive sud de la Méditerranée, l’Europe, quoi qu’on en dise, reste un modèle presque parfait de démocratie, les populations européennes elles-mêmes ne voient pas les choses de la même façon. Question de culture peut-être ? Evidemment cette différence d’appréciation et de perception trouve sa justification pleine et entière dans l’absence totale de démocratie dans nos contrées. En fait, ce problème qui agite actuellement les responsables européens a quelque niveau que ce soit, à Bruxelles ou au Luxembourg, ne nous concerne pas et nous n’avons nullement l’intention de nous immiscer dans ce débat euro-européen. Seulement, on voudrait bien savoir si ce vote négatif des Irlandais n’aurait pas de conséquences fâcheuses sur une autre union qui se profile à l’horizon : l’UPM.
Il faut dire que jusqu’ici personne, parmi les analystes politiques de France et de Navarre, n’a abordé la question sous cet angle. On semble avoir carrément, du moins momentanément, mis aux oubliettes ce projet et cela à quelques jours seulement des assises constitutives de l’UPM qui auront lieu le 13 juillet à Paris. La presse algérienne, par contre, vient tout juste, timidement, il faut l’avouer, d’aborder cette question. Elle commence à se poser des questions et ce au moment même où la présence de l’Algérie à ces assises n’est plus un secret pour personne.
Ce rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais ne pouvait pas si mal tomber : à la veille de deux rendez- vous politiques importants pour Nicolas Sarkozy.
Premièrement, celui-ci s’apprête à assurer la présidence de l’Union européenne et il est mal venu pour lui de prendre la relève dans de telles conditions, c’est plus que décourageant, c’est le moins qu’on puisse dire. Deuxièmement, les nouvelles qui lui parviennent de la rive sud de la Méditerranée ne sont pas non plus rassurantes quant à la suite des événements. Nicolas Sarkozy et son staff politique ont bien du pain sur la planche pour essayer de convaincre les uns et les autres de l’intérêt qu’il y a à maintenir le cap bien droit des réformes politiques qui s’imposent à l’Europe d’une part et d’amarrer les pays de la rive sud de la mare Nostrum à l’Europe d’autre part. Vaste chantier ! A la place de Nicolas Sarkozy, je n’essayerais pas de courir derrière deux lièvres à la fois. A moins d’être un marathonien médaillé ! Et en or. Nicolas Sarkozy devrait revoir ses ambitions à la baisse. Du moins dans l’un ou l’autre dossier. C’est ce que, en bon conseiller, Henri Guaino devrait lui suggérer.
Les peuples sont ingrats, avait dit Churchill, paraît-il. Il avait bien raison. Cela s’est confirmé cette semaine même. Les Irlandais qui disent NON à l’Europe alors que leur économie n’a pris véritablement son envol que grâce aux subventions et aux aides financières provenant justement de cette Europe, ne peut qu’être enregistrée dans ce registre : l’ingratitude. Mais, je m’en lave les mains, cette sentence n’est pas mienne, j’ai dû la lire quelque part sur l’un des nombreux papiers consacrés à cette crise institutionnelle de l’Europe. Le choix éclairé du peuple Irlandais de dire "Non" au Traité de Lisbonne a laissé perplexes, effondrés même, plus d’un. C’est un coup dur pour l’Europe. C’est un coup de massue sur la tête des "élites" européennes qui ne savent plus maintenant à quelle ruse politique se référer pour contourner cet obstacle, pour que le "non" irlandais ne soit pas un frein qui bloquerait l’Europe pour quelque temps.
Un plan B ou C, à vous de choisir.
"Ils vont essayer de trouver une formule pour faire revoter les citoyens irlandais, en espérant cette fois que la consultation populaire se solde par un « oui », et qu’enfin le traité simplifié soit adopté’’. Cet optimisme béat est cependant plus ou moins tempéré par un autre homme politique et non des moindres qui, lui, est catégorique. Pour Jean-Pierre Chevènement donc, puisque c’est de lui qu’il s’agit ici, "Juridiquement, le Traité de Lisbonne est mort avec le non irlandais". Pour que l’Europe se ressaisisse et retrouve sa cohésion et sa sérénité d’antan, il va falloir cravacher dur. Les eurosceptiques d’ailleurs tablent sur une dizaine d’années d’âpres négociations au sein des différentes commissions à Bruxelles et ailleurs pour pouvoir remettre le train Europe sur les rails. D’autres par contre, ceux que l’on désigne communément par "élites" ne suggèrent pas moins que de passer outre le "non" irlandais et d’imprimer une marche forcée au train Europe quitte à se faire passer à leur tour pour des ennemis mortels de la démocratie. Enfin, le mot est prononcé. N’est-ce pas que c’est ce qui est reproché à l’Europe ? L’absence de démocratie au niveau de ses structures. Alors que pour nous, les peuples de la rive sud de la Méditerranée, l’Europe, quoi qu’on en dise, reste un modèle presque parfait de démocratie, les populations européennes elles-mêmes ne voient pas les choses de la même façon. Question de culture peut-être ? Evidemment cette différence d’appréciation et de perception trouve sa justification pleine et entière dans l’absence totale de démocratie dans nos contrées. En fait, ce problème qui agite actuellement les responsables européens a quelque niveau que ce soit, à Bruxelles ou au Luxembourg, ne nous concerne pas et nous n’avons nullement l’intention de nous immiscer dans ce débat euro-européen. Seulement, on voudrait bien savoir si ce vote négatif des Irlandais n’aurait pas de conséquences fâcheuses sur une autre union qui se profile à l’horizon : l’UPM.
Il faut dire que jusqu’ici personne, parmi les analystes politiques de France et de Navarre, n’a abordé la question sous cet angle. On semble avoir carrément, du moins momentanément, mis aux oubliettes ce projet et cela à quelques jours seulement des assises constitutives de l’UPM qui auront lieu le 13 juillet à Paris. La presse algérienne, par contre, vient tout juste, timidement, il faut l’avouer, d’aborder cette question. Elle commence à se poser des questions et ce au moment même où la présence de l’Algérie à ces assises n’est plus un secret pour personne.
Ce rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais ne pouvait pas si mal tomber : à la veille de deux rendez- vous politiques importants pour Nicolas Sarkozy.
Premièrement, celui-ci s’apprête à assurer la présidence de l’Union européenne et il est mal venu pour lui de prendre la relève dans de telles conditions, c’est plus que décourageant, c’est le moins qu’on puisse dire. Deuxièmement, les nouvelles qui lui parviennent de la rive sud de la Méditerranée ne sont pas non plus rassurantes quant à la suite des événements. Nicolas Sarkozy et son staff politique ont bien du pain sur la planche pour essayer de convaincre les uns et les autres de l’intérêt qu’il y a à maintenir le cap bien droit des réformes politiques qui s’imposent à l’Europe d’une part et d’amarrer les pays de la rive sud de la mare Nostrum à l’Europe d’autre part. Vaste chantier ! A la place de Nicolas Sarkozy, je n’essayerais pas de courir derrière deux lièvres à la fois. A moins d’être un marathonien médaillé ! Et en or. Nicolas Sarkozy devrait revoir ses ambitions à la baisse. Du moins dans l’un ou l’autre dossier. C’est ce que, en bon conseiller, Henri Guaino devrait lui suggérer.
Les peuples sont ingrats, avait dit Churchill, paraît-il. Il avait bien raison. Cela s’est confirmé cette semaine même. Les Irlandais qui disent NON à l’Europe alors que leur économie n’a pris véritablement son envol que grâce aux subventions et aux aides financières provenant justement de cette Europe, ne peut qu’être enregistrée dans ce registre : l’ingratitude. Mais, je m’en lave les mains, cette sentence n’est pas mienne, j’ai dû la lire quelque part sur l’un des nombreux papiers consacrés à cette crise institutionnelle de l’Europe. Le choix éclairé du peuple Irlandais de dire "Non" au Traité de Lisbonne a laissé perplexes, effondrés même, plus d’un. C’est un coup dur pour l’Europe. C’est un coup de massue sur la tête des "élites" européennes qui ne savent plus maintenant à quelle ruse politique se référer pour contourner cet obstacle, pour que le "non" irlandais ne soit pas un frein qui bloquerait l’Europe pour quelque temps.
dimanche 8 juin 2008
De l'UMP à l'UPM

Avec le temps, c’est-à-dire à l’approche du 13 juillet, il devient de plus en plus évident qu’en annonçant son projet de l’Union pour la Méditerranée lors d’un discours de campagne électorale, celui qui n’était alors qu’un candidat de l’UMP à la présidentielle française, Nicolas Sarkozy, avait en fait "mis la charrue avant les bœufs". Ce qui n’est pourtant pas dans la tradition des hommes politiques français. Habituellement, ceux-ci ne prononcent pas de discours démagogiques, mais font plutôt dans le pragmatisme. Dans la realpolitik, pour user d’un terme des temps modernes, ils n’usent pas de la langue de bois comme il est de coutume chez leurs homologues du Sud et ainsi donc ils n’avancent des choses que lorsqu’ils sont certains d’être écoutés et leurs conseils suivis à la lettre. Il faut dire que ça n’a pas été le cas de Nicolas Sarkozy qui s’est empressé d’annoncer un projet qui, même s’il est très louable dans ses intentions, n’a pas été d’emblée accepté à l’unanimité par ses partenaires de l’Union européenne. S’il a peut-être été très facile à Nicolas Sarkozy de convaincre Espagnols et Italiens de l’utilité et de l’intérêt qu’il y a à fédérer tous les pays riverains de la Méditerranée autour de cette noble idée, parions qu’il a dû éprouver toutes les peines du monde à vendre sous cet emballage le produit de sa réflexion politique à l’Allemagne d’Angel Merkel.
Preuve en est le changement de l’appellation de ce projet qui, de "l’Union méditerranéenne", s’est transformé en un tour de main en une "Union pour la Méditerranée" et cela juste après une réunion à Hanovre, en Allemagne, de Nicolas Sarkozy avec la chancelière allemande. Sans être linguiste chevronné, il est aisé de comprendre que l’adjonction de la préposition "pour" à l’intitulé initial du projet change du tout au tout la donne. En effet, dans ce projet, il est beaucoup plus question des problèmes de l’environnement qui se posent à la Méditerranée elle-même et des embarcations de fortune qui y naviguent à l’assaut de la citadelle Europe que d’une réelle volonté des Européens de s’unir avec le Maghreb ou d’aider les pays du Sud à se développer. Proposer une coopération dans la lutte des incendies de forêts à un pays aussi désertique que l’Egypte ou la Libye n’a aucun sens à mon avis. Ceci est un exemple parmi tant d’autres. Ça fait peut-être sourire, mais c’est ce que j’ai lu quelque part dans une chronique d’un grand hebdomadaire français ! Car de l’avis des hommes politiques et des spécialistes des relations internationales qui s’expriment un peu partout dans les médias tant français qu’autres, le projet de cette fameuse union tel qu’il se présente actuellement, c’est-à-dire axé en grande partie sur les problèmes d’ordre écologique, est d’un flou total : personne ne sait exactement en quoi il consiste réellement sur le plan politique. Sauf peut-être son promoteur, Nicolas Sarkozy, et son "porte-plume", Henri Guaino. Au départ d’ailleurs, certains analystes politiques ont vu, dans ce projet, une ruse politique de Nicolas Sarkozy qui voulait en quelque sorte faire d’une pierre deux coups : proposer une alternative à la Turquie [il est contre l’adhésion de ce pays à l’Union européenne] et obliger les pays arabes à normaliser leurs relations avec l’Etat d’Israël sans que celui-ci ne soit à son tour tenu par l’obligation de permettre la création d’un Etat palestinien viable.
Alors que certains pays du Sud ont vécu dernièrement des émeutes de la faim conséquemment à la cherté des produits de première nécessité sur le marché international, l’on nous convie, en quelque sorte, et ce n’est pas exagéré de le dire, à un débat sur la pollution marine et l’écologie d’une façon générale. Alors que les pays du Sud attendent une coopération dans les domaines scientifiques et technologiques, l’on nous propose que des thèmes en rapport avec l’environnement. Je ne dis pas par-là que l’environnement ne doit pas attirer notre attention, mais force est de reconnaître qu’il y a mille et une priorités pour les pays du Sud. Pour des populations démunies de tout ou presque, pour des populations au ventre creux, il n’est pas facile de leur faire avaler la pilule amère de l’environnement en leur disant qu’on va s’unir avec l’Europe pour colmater la brèche de l’ozone au-dessus de l’Antarctique. Ils n’en ont rien à cirer.
Ainsi, le projet est vidé de toute sa substance bien avant d’avoir vu le jour et on se retrouve au bout du compte avec un "processus de Barcelone bis", processus qui, il faut en convenir, n’a pas donné les résultats escomptés. Et c’est ce qui d’ailleurs laisse les pays de la rive Sud de la Méditerranée sceptiques quant à l’aboutissement de ce second projet. Et c’est pour cela aussi qu’ils sont loin d’accueillir avec "enthousiasme", comme le dit un professeur de sociologie, "l’idée avancée par Nicolas Sarkozy". Du moins l’accueil qu’ils lui ont réservé, par politesse et non par calcul politicien comme on a tendance à le faire croire, reste mitigé. De l’Egypte à l’Algérie en passant par la Tunisie, c’est toujours le "wait and see" même si lors de chaque escale dans l’un ou l’autre de ces pays Nicolas Sarkozy ou ses émissaires promettent monts et merveilles, coprésidence à Hosni Moubarak et secrétariat à Zine El Abidine Ben Ali. Il faut bien reconnaître que ceux-ci ne sont pas assez dupes pour croire au père Noël, ils savent bien que, même si le père de ce projet est bien Nicolas Sarkozy, la tâche de distribuer les rôles dans cette future union ne lui incombe pas à lui tout seul et que Bruxelles veille au grain c’est-à-dire sur tout au sein de l’Union européenne. Rien ne se fait sans son accord. Bruxelles l’a déjà fait savoir : elle n’entend pas laisser le champ libre à Sarkozy de manœuvrer à sa guise. Tous les pays de l’Union se sentent concernés par cette affaire même s’ils ne sont pas tous riverains de la Méditerranée et même si le regard de certains d’entre eux est plutôt tourné vers l’Est : c’est le cas de l’Allemagne. Ainsi donc faire adhérer à ce processus un pays qui, comme la Norvège par exemple, n’a rien à voir ni de près ni de loin avec la Méditerranée est une bien belle façon de torpiller ce processus. C’est une belle façon de noyer le poisson dans l’eau de la grande bleue !
Preuve en est le changement de l’appellation de ce projet qui, de "l’Union méditerranéenne", s’est transformé en un tour de main en une "Union pour la Méditerranée" et cela juste après une réunion à Hanovre, en Allemagne, de Nicolas Sarkozy avec la chancelière allemande. Sans être linguiste chevronné, il est aisé de comprendre que l’adjonction de la préposition "pour" à l’intitulé initial du projet change du tout au tout la donne. En effet, dans ce projet, il est beaucoup plus question des problèmes de l’environnement qui se posent à la Méditerranée elle-même et des embarcations de fortune qui y naviguent à l’assaut de la citadelle Europe que d’une réelle volonté des Européens de s’unir avec le Maghreb ou d’aider les pays du Sud à se développer. Proposer une coopération dans la lutte des incendies de forêts à un pays aussi désertique que l’Egypte ou la Libye n’a aucun sens à mon avis. Ceci est un exemple parmi tant d’autres. Ça fait peut-être sourire, mais c’est ce que j’ai lu quelque part dans une chronique d’un grand hebdomadaire français ! Car de l’avis des hommes politiques et des spécialistes des relations internationales qui s’expriment un peu partout dans les médias tant français qu’autres, le projet de cette fameuse union tel qu’il se présente actuellement, c’est-à-dire axé en grande partie sur les problèmes d’ordre écologique, est d’un flou total : personne ne sait exactement en quoi il consiste réellement sur le plan politique. Sauf peut-être son promoteur, Nicolas Sarkozy, et son "porte-plume", Henri Guaino. Au départ d’ailleurs, certains analystes politiques ont vu, dans ce projet, une ruse politique de Nicolas Sarkozy qui voulait en quelque sorte faire d’une pierre deux coups : proposer une alternative à la Turquie [il est contre l’adhésion de ce pays à l’Union européenne] et obliger les pays arabes à normaliser leurs relations avec l’Etat d’Israël sans que celui-ci ne soit à son tour tenu par l’obligation de permettre la création d’un Etat palestinien viable.
Alors que certains pays du Sud ont vécu dernièrement des émeutes de la faim conséquemment à la cherté des produits de première nécessité sur le marché international, l’on nous convie, en quelque sorte, et ce n’est pas exagéré de le dire, à un débat sur la pollution marine et l’écologie d’une façon générale. Alors que les pays du Sud attendent une coopération dans les domaines scientifiques et technologiques, l’on nous propose que des thèmes en rapport avec l’environnement. Je ne dis pas par-là que l’environnement ne doit pas attirer notre attention, mais force est de reconnaître qu’il y a mille et une priorités pour les pays du Sud. Pour des populations démunies de tout ou presque, pour des populations au ventre creux, il n’est pas facile de leur faire avaler la pilule amère de l’environnement en leur disant qu’on va s’unir avec l’Europe pour colmater la brèche de l’ozone au-dessus de l’Antarctique. Ils n’en ont rien à cirer.
Ainsi, le projet est vidé de toute sa substance bien avant d’avoir vu le jour et on se retrouve au bout du compte avec un "processus de Barcelone bis", processus qui, il faut en convenir, n’a pas donné les résultats escomptés. Et c’est ce qui d’ailleurs laisse les pays de la rive Sud de la Méditerranée sceptiques quant à l’aboutissement de ce second projet. Et c’est pour cela aussi qu’ils sont loin d’accueillir avec "enthousiasme", comme le dit un professeur de sociologie, "l’idée avancée par Nicolas Sarkozy". Du moins l’accueil qu’ils lui ont réservé, par politesse et non par calcul politicien comme on a tendance à le faire croire, reste mitigé. De l’Egypte à l’Algérie en passant par la Tunisie, c’est toujours le "wait and see" même si lors de chaque escale dans l’un ou l’autre de ces pays Nicolas Sarkozy ou ses émissaires promettent monts et merveilles, coprésidence à Hosni Moubarak et secrétariat à Zine El Abidine Ben Ali. Il faut bien reconnaître que ceux-ci ne sont pas assez dupes pour croire au père Noël, ils savent bien que, même si le père de ce projet est bien Nicolas Sarkozy, la tâche de distribuer les rôles dans cette future union ne lui incombe pas à lui tout seul et que Bruxelles veille au grain c’est-à-dire sur tout au sein de l’Union européenne. Rien ne se fait sans son accord. Bruxelles l’a déjà fait savoir : elle n’entend pas laisser le champ libre à Sarkozy de manœuvrer à sa guise. Tous les pays de l’Union se sentent concernés par cette affaire même s’ils ne sont pas tous riverains de la Méditerranée et même si le regard de certains d’entre eux est plutôt tourné vers l’Est : c’est le cas de l’Allemagne. Ainsi donc faire adhérer à ce processus un pays qui, comme la Norvège par exemple, n’a rien à voir ni de près ni de loin avec la Méditerranée est une bien belle façon de torpiller ce processus. C’est une belle façon de noyer le poisson dans l’eau de la grande bleue !
vendredi 14 mars 2008
De Guernica à Gaza

Aujourd’hui, en faisant les mots croisés du "Soir d’Algérie", je suis tombé sur deux mots qui n’ont aucun rapport l’un avec l’autre. Et ça m’a donné l’envie de donner libre cours à mon imagination. A mon verbiage. Ça m’a donné l’envie de tapoter sur mon clavier, entre deux interventions chirurgicales comme précisé sur mon CV, conscient cependant du fait que n’est pas chroniqueur qui veut ! Mais, comme le jeu en valait la chandelle, je me suis alors laissé emporté, bercé par le bruit des touches de mon clavier.
Le premier mot est anglo-saxon et n’est autre que le fameux "Watergate", scandale pour lequel le président américain Richard Nixon a été contraint de démissionner. Mais, je ne compte pas m’étendre là-dessus, car en matière de scandales, l’Amérique en a connu ! Avec les "quelque chose+ gate", il est aisé, à un journaliste d’investigation tel que Bob Woodward par exemple, de remplir des pages et des pages. Mais rien ne dit que, comme par le passé, ça se termine forcément par l’accusation, le jugement et la démission de leur poste de responsabilité ou carrément la mise aux arrêts de leurs auteurs. Les temps ont changé. L’Amérique aussi. "La loi et l’ordre", ce concept des années Nixon n’est plus de mise dans le pays de l’oncle Sam ! Ou plutôt de l’oncle Bush. Le 11-Septembre a tout chamboulé. L’Amérique est aujourd’hui fière de pratiquer "la baignoire". Sur les bougnoules.
Quant au second mot de ma grille géante du Soir d’Algérie, il a une origine ibérique autrement dit beaucoup plus près de nous, dans l’espace je veux dire, et a rapport avec la guerre d’Espagne de 1936.
En fait, il s’agissait de trouver le nom d’une toile célèbre du non moins célèbre peintre espagnol Pablo Picasso. Bien que je ne sois pas un cruciverbiste confirmé, il ne pas fallu beaucoup de temps pour trouver : Guernica ! Reconnaissez que ça rime avec... eurêka ! Sauf que votre chroniqueur n’était pas dans une baignoire et ça ne risquait donc pas de déborder ! Votre chroniqueur ne risquait pas de s’étouffer non plus !
Guernica c’est l’atrocité absurde de la guerre. Guernica c’est la destruction sous les bombes de l’aviation allemande de tout un village du pays basque. Mais avec l’aval de Franco. Guernica c’est la folie meurtrière des hommes. Guernica présageait déjà les drames qui attendaient l’Europe et qui allaient aboutir à la Shoah. Picasso en a été très ému, très choqué à tel point qu’il lui a consacré toute son énergie et tout son génie. Et, il l’immortalisa sur un bout de toile.
On a dit que Guernica est le premier village bombardé par l’aviation dans toute l’histoire des guerres que l’homme inflige à l’homme c’est-à-dire à son espèce. Mais, l’industrie aéronautique et la technologie aidant, il y a eu d’autres Guernica par la suite. Et pas seulement en Europe.
Sakiet sidi youcef, ce village situé sur la frontière algéro-tunisienne a, lui aussi, connu les affres des bombardements aériens. Par l’armée française lors de la guerre d’Algérie. Sauf que ce village est resté longtemps dans l’ombre. Il n’a pas eu la chance d’être immortalisé ni par une toile ni par autre chose. Et pour cause : nous n’avions pas de Picasso ni d’écrivains de la trempe d’Ernest Hemingway. Ça n’existait pas non plus chez nos voisins tunisiens.
Je ne saurais vous dire pour quelle raison chaque fois que j’évoque cette guerre, la guerre d’Espagne, il me vient à l’esprit Ernest Hemingway et son fameux Pour qui sonne le glas. Est-ce parce que lui aussi avait participé à cette guerre ? En tant que reporter, bien sûr. Mais, honnêtement, à part Le Vieil Homme et la Mer, je n’ai lu ni le livre que je viens de citer ni d’autres œuvres de cet auteur ô combien prolifique !
Watergate. Guernica. Monicagate. Il ne manque qu’un autre scandale pour aboutir à un Picasso ! Un tableau et non pas l’homme. A accrocher dans une vaste salle d’un musée dédié à la mémoire des enfants de Palestine : Gazagate.
Gazagate est, pour ceux qui ne connaissent pas encore ce terme, la dernière trouvaille d’un journaliste du Soir d’Algérie (1) pour rendre compte de la dernière visite de Condoleezza Rice en Israël : alors que les enfants de Gaza, cette immense prison à ciel ouvert, périssaient sous les bombes israéliennes, comme jadis les enfants de Guernica sous les bombes allemandes, celle-ci n’a pas trouvé mieux que de faire endosser la responsabilité, toute la responsabilité, aux seuls Palestiniens. Et, j’aimerais bien lui répondre poliment et diplomatiquement que les enfants, qu’ils soient de Guernica, de Tel Aviv ou de Gaza ne méritent pas de périr atrocement mutilés, atrocement brûlés sous un déluge de bombes ou... de pétards. Quelle qu’en soit la cause. En effet, dans ce cas précis, force est d’admettre que les forces sont disproportionnées. La communauté internationale l’a reconnu. Comparées à la technologie de l’armement de l’Etat hébreu, les roquettes tirées par les Palestiniens ne sont rien d’autre que des "pétards mouillés". On l’a dit et répété à maintes reprises : il n’ y a aucune commune mesure entre les pierres lancées par des enfants et la riposte par armes lourdes à visée chirurgicale des soldats du Tsahal.
Malheureusement, les Etats-Unis, avec leur politique de "deux poids deux mesures" ne le voient pas ainsi et ne l’entendent pas de cette façon-là.
Hillary Clinton est à deux doigts de se faire désigner comme candidate des démocrates à la présidentielle américaine du mois de novembre prochain. Elle commence à ravir la vedette à Barack Obama. L’obamamania s’essouffle ; elle peine ; elle ne semble pas résister au temps et aux critiques qui fusent de toutes parts dans la presse américaine sur les origines soi-disant musulmanes de ce candidat ni vraiment noir ni tout à fait blanc. Ni chocolat ni vanille pour reprendre l’humour de Molly et de ses petits copains Noirs dans le film Corinna, Corinna passé récemment sur la chaîne franco-allemande Arte.
Une femme à la tête de la première puissance mondiale est tout le mal qu’on souhaite à l’Amérique. Peut-être changera-t-elle de cap et de politique vis-à-vis du monde arabe. Peut-être sera-t-elle plus encline à entendre les cris de douleur des enfants palestiniens.
Mais sachant que la société américaine est misogyne dans son ensemble, même si par ailleurs elle s’en défend, ce n’est pas demain la veille qu’une chose pareille puisse se produire.
(1) enfin, c’est ce que je suppose car je n’ai lu nulle part ailleurs cette expression.
Le premier mot est anglo-saxon et n’est autre que le fameux "Watergate", scandale pour lequel le président américain Richard Nixon a été contraint de démissionner. Mais, je ne compte pas m’étendre là-dessus, car en matière de scandales, l’Amérique en a connu ! Avec les "quelque chose+ gate", il est aisé, à un journaliste d’investigation tel que Bob Woodward par exemple, de remplir des pages et des pages. Mais rien ne dit que, comme par le passé, ça se termine forcément par l’accusation, le jugement et la démission de leur poste de responsabilité ou carrément la mise aux arrêts de leurs auteurs. Les temps ont changé. L’Amérique aussi. "La loi et l’ordre", ce concept des années Nixon n’est plus de mise dans le pays de l’oncle Sam ! Ou plutôt de l’oncle Bush. Le 11-Septembre a tout chamboulé. L’Amérique est aujourd’hui fière de pratiquer "la baignoire". Sur les bougnoules.
Quant au second mot de ma grille géante du Soir d’Algérie, il a une origine ibérique autrement dit beaucoup plus près de nous, dans l’espace je veux dire, et a rapport avec la guerre d’Espagne de 1936.
En fait, il s’agissait de trouver le nom d’une toile célèbre du non moins célèbre peintre espagnol Pablo Picasso. Bien que je ne sois pas un cruciverbiste confirmé, il ne pas fallu beaucoup de temps pour trouver : Guernica ! Reconnaissez que ça rime avec... eurêka ! Sauf que votre chroniqueur n’était pas dans une baignoire et ça ne risquait donc pas de déborder ! Votre chroniqueur ne risquait pas de s’étouffer non plus !
Guernica c’est l’atrocité absurde de la guerre. Guernica c’est la destruction sous les bombes de l’aviation allemande de tout un village du pays basque. Mais avec l’aval de Franco. Guernica c’est la folie meurtrière des hommes. Guernica présageait déjà les drames qui attendaient l’Europe et qui allaient aboutir à la Shoah. Picasso en a été très ému, très choqué à tel point qu’il lui a consacré toute son énergie et tout son génie. Et, il l’immortalisa sur un bout de toile.
On a dit que Guernica est le premier village bombardé par l’aviation dans toute l’histoire des guerres que l’homme inflige à l’homme c’est-à-dire à son espèce. Mais, l’industrie aéronautique et la technologie aidant, il y a eu d’autres Guernica par la suite. Et pas seulement en Europe.
Sakiet sidi youcef, ce village situé sur la frontière algéro-tunisienne a, lui aussi, connu les affres des bombardements aériens. Par l’armée française lors de la guerre d’Algérie. Sauf que ce village est resté longtemps dans l’ombre. Il n’a pas eu la chance d’être immortalisé ni par une toile ni par autre chose. Et pour cause : nous n’avions pas de Picasso ni d’écrivains de la trempe d’Ernest Hemingway. Ça n’existait pas non plus chez nos voisins tunisiens.
Je ne saurais vous dire pour quelle raison chaque fois que j’évoque cette guerre, la guerre d’Espagne, il me vient à l’esprit Ernest Hemingway et son fameux Pour qui sonne le glas. Est-ce parce que lui aussi avait participé à cette guerre ? En tant que reporter, bien sûr. Mais, honnêtement, à part Le Vieil Homme et la Mer, je n’ai lu ni le livre que je viens de citer ni d’autres œuvres de cet auteur ô combien prolifique !
Watergate. Guernica. Monicagate. Il ne manque qu’un autre scandale pour aboutir à un Picasso ! Un tableau et non pas l’homme. A accrocher dans une vaste salle d’un musée dédié à la mémoire des enfants de Palestine : Gazagate.
Gazagate est, pour ceux qui ne connaissent pas encore ce terme, la dernière trouvaille d’un journaliste du Soir d’Algérie (1) pour rendre compte de la dernière visite de Condoleezza Rice en Israël : alors que les enfants de Gaza, cette immense prison à ciel ouvert, périssaient sous les bombes israéliennes, comme jadis les enfants de Guernica sous les bombes allemandes, celle-ci n’a pas trouvé mieux que de faire endosser la responsabilité, toute la responsabilité, aux seuls Palestiniens. Et, j’aimerais bien lui répondre poliment et diplomatiquement que les enfants, qu’ils soient de Guernica, de Tel Aviv ou de Gaza ne méritent pas de périr atrocement mutilés, atrocement brûlés sous un déluge de bombes ou... de pétards. Quelle qu’en soit la cause. En effet, dans ce cas précis, force est d’admettre que les forces sont disproportionnées. La communauté internationale l’a reconnu. Comparées à la technologie de l’armement de l’Etat hébreu, les roquettes tirées par les Palestiniens ne sont rien d’autre que des "pétards mouillés". On l’a dit et répété à maintes reprises : il n’ y a aucune commune mesure entre les pierres lancées par des enfants et la riposte par armes lourdes à visée chirurgicale des soldats du Tsahal.
Malheureusement, les Etats-Unis, avec leur politique de "deux poids deux mesures" ne le voient pas ainsi et ne l’entendent pas de cette façon-là.
Hillary Clinton est à deux doigts de se faire désigner comme candidate des démocrates à la présidentielle américaine du mois de novembre prochain. Elle commence à ravir la vedette à Barack Obama. L’obamamania s’essouffle ; elle peine ; elle ne semble pas résister au temps et aux critiques qui fusent de toutes parts dans la presse américaine sur les origines soi-disant musulmanes de ce candidat ni vraiment noir ni tout à fait blanc. Ni chocolat ni vanille pour reprendre l’humour de Molly et de ses petits copains Noirs dans le film Corinna, Corinna passé récemment sur la chaîne franco-allemande Arte.
Une femme à la tête de la première puissance mondiale est tout le mal qu’on souhaite à l’Amérique. Peut-être changera-t-elle de cap et de politique vis-à-vis du monde arabe. Peut-être sera-t-elle plus encline à entendre les cris de douleur des enfants palestiniens.
Mais sachant que la société américaine est misogyne dans son ensemble, même si par ailleurs elle s’en défend, ce n’est pas demain la veille qu’une chose pareille puisse se produire.
(1) enfin, c’est ce que je suppose car je n’ai lu nulle part ailleurs cette expression.
samedi 1 mars 2008
De Gaulle avait-il vraiment compris les Algériens ? (2)

En 1962, donc, alors que soldats français et colons, les uns chargés de leur paquetage les autres traînant leurs valises, embarquaient sur des navires à destination de Marseille ou de Brest, les Algériens sortaient dans une sorte de liesse populaire festoyer. Les gorges déployées, les drapeaux vert et rouge ornés d’une étoile et d’un croissant au milieu portés par des milliers de bras, les Algérois convergeaient vers la place des Martyrs dans une cohue indescriptible. Les cris de joie, les youyous et les "tahia el djazair" résonnent encore dans ma tête. Il faut dire qu’à cette époque-là je n’étais qu’un bambin, pas plus haut que trois pommes, mais j’ai gardé des souvenirs intacts, je dirais même impérissables de cette journée mémorable du 5 juillet.Et des journées suivantes. Car la fête avait duré plusieurs jours. Et il devait en être pareil dans toutes les villes algériennes. Même en plein désert, à des milliers de km de Dunkerque, à Tamanrasset et ailleurs dans les vastes contrées désertiques, les Touareg avaient dû certainement fêter cet événement. A leur manière. L’idée, tant rêvée par de Gaulle, d’une France qui s’étendrait de Dunkerque à Tamanrasset, n’a pu résister à la déferlante guerrière qui a pris naissance dans les Aurès sept ans auparavant.
Mais, paradoxalement, en haut lieu, les choses n’allaient pas. Entre les militaires, particulièrement l’armée dite des frontières, et les politiques, ceux qui ont signé, pour la partie algérienne, les accords d’Evian (pour ne pas les nommer), une guerre de succession commençait à poindre du nez. Les règlements de compte pour une histoire de leadership d’un pays pourtant exsangue par sept ans de guerre et de misère avaient commencé. Pour la plupart des politologues d’ailleurs c’est à cette époque que remonte notre malheur actuel : dès l’indépendance acquise, l’Algérie avait pris une mauvaise direction. Grisés par l’indépendance, ceux qui, quelques mois auparavant, étaient unis comme les doigts de la main, s’étaient lancés dans des guerres intestines pour le pouvoir. Il faut dire que le pouvoir rend les hommes aveugles et sourds. Le slogan, "le seul héros, le peuple" peint sur toutes les façades des immeubles d’Alger, ne leur disait rien. Ne leur rappelait rien. On avait vite oublié que le peuple avait, d’une manière ou d’une autre, participé, lui aussi, à la libération du pays. Ainsi donc, le peuple est écarté de toute décision ; il est considéré comme non mature. Ni pour la démocratie ni pour une autre forme de gouvernance à laquelle il pourrait être associé.
La formation d’une assemblée constituante à laquelle le FFS appelait de tous ses vœux n’a pas véritablement eu lieu. C’était au FLN qui tirait sa légitimité historique de l’ALN qu’incombait la tâche de conduire le peuple vers d’autres victoires : l’édification d’une nouvelle société juste et équitable, démocratique et socialiste.
Dans sa résidence de "Colombey-les-Deux-Eglises", le général de Gaulle à qui, n’en doutons pas, des rapports sur la situation en Algérie étaient dressés quotidiennement, devait certainement savourer cette "paix des braves" : il venait de se dessaisir d’un fardeau ; il venait de se débarrasser d’une "fiole contenant de l’huile et du vinaigre". Non pas que le mélange de ces deux liquides soit détonant, mais comme il l’avait expliqué lui-même, dès que cesse l’agitation de la fiole qui les contient, ils se séparent, chacun occupant un espace propre à lui. Et, effectivement, le général avait raison : en plus d’un siècle de colonisation, Français et Algériens de souche n’avaient jamais pu se mélanger, ni su s’intégrer intelligemment les uns aux autres. Chacun des deux peuples était sur ses gardes, chacun des deux peuples campait sur ses positions : les uns par complexe de supériorité, les autres par peur de perdre leur âme. Pourtant, du métissage de ces deux peuples, du rapprochement de ces deux cultures, aurait pu naître une société telle qu’aujourd’hui les nations de la terre entière l’envieraient. Mais, l’Histoire est ainsi faite. Et elle ne se répète pas. Il ne sert donc à rien de se lamenter sur ce qu’on aurait dû faire ou ne pas faire. Le fait est là. L’Algérie a recouvert son indépendance, sa liberté, après plus de sept ans de guerre et des milliers de morts (les chiffres avancés par les uns sont cependant contestés par les autres), et, malheureusement, par la faute de ses gouvernants successifs, n’a su que faire...
Le règne de A. Benbella n’a pas duré longtemps. Les rumeurs disaient qu’il a été arrêté pendant qu’il assistait à un match de football de coupe d’Algérie. Mis sous résidence surveillée, on n’entendra plus parler de lui pendant de longues années. Le putschiste n’était autre que Houari Boumediene qui était vice-président du Conseil de la révolution algérienne. Après la destitution, le 19 juin 1965, sans effusion de sang, il faut le reconnaître, du premier Zaїm de l’Algérie indépendante, Houari Boumediene est devenu le nouveau président de l’Algérie. Ambitieux, il s’attellera vite à redonner espoir à la population, particulièrement à la paysannerie qu’il chérissait tant. La révolution agraire est vite lancée. Son objectif : la terre à ceux qui la travaillent. Et puis, c’était aussi une façon d’arrêter l’exode rural qui commençait à poser problème, à dénaturer l’environnement immédiat des villes par l’érection de bidonvilles à perte de vue. Sur le plan social, la gratuité des soins est garantie à toute la population, riche ou pauvre. Malheureusement, celle-ci a beaucoup plus profité aux riches qu’aux pauvres et cela par la faute d’une bureaucratie encline à favoriser les uns par rapport aux autres et de l’esprit "ben âmiste" encore ancré dans les mentalités. Pour des soins dentaires, par exemple, les "pistonnés" bénéficiaient de prise en charge à l’étranger, notamment en France, aux frais de la princesse : la Sécurité sociale.
"On tourne la page (de l’Histoire) mais on ne la déchire pas", disait feu Houari Boumediene chaque fois qu’il évoquait la guerre d’Algérie et les relations tumultueuses, les relations en dents de scie, les relations de "je t’aime moi non plus" entre l’Algérie indépendante et la France de la Ve République. Malheureusement en 1978 celui-ci rendra l’âme. Presque subitement et mystérieusement. Et comme nous avons une dent contre l’Histoire, la génération actuelle ne connaît rien ou presque de cet homme qui a, pourtant, jeté les premiers jalons d’une nation qui devait être grande. Il a parachevé la constitution des "institutions de l’Etat qui ne devraient pas s’éteindre avec la disparition des hommes", selon ses propres mots. Il a surtout nationalisé les hydrocarbures qui font remplir les caisses de l’Etat maintenant. Un 24 février 1971.
Encore une fois, la France a mal digéré ce fait accompli. Sa presse commence alors à jouer les trouble-fête allant jusqu’à inventer des caractéristiques physico-chimiques de piètre qualité à notre pétrole. Mais, lors d’un discours historique, Boumediene réplique sous forme de boutade : si notre pétrole est rouge c’est parce que notre sous-sol est abreuvé du sang des martyrs, avait-il dit en substance. Dans la salle où il tenait son discours, on se mit debout et on applaudit longuement. Chaudement. La phrase est répétée plusieurs fois, accompagnée de petites chiquenaudes sur le pupitre comme lui seul savait le faire ! D’émotion, l’assistance n’a pu retenir ses larmes. Des larmes de joie sans doute pour cette courageuse prise de décision. Des larmes de joie sans doute pour cette deuxième indépendance d’une tutelle devenue trop encombrante. La nationalisation des hydrocarbures en Algérie a eu un effet de douche froide sur les capitales européennes d’autant plus qu’elle a été suivie quelques mois après par d’autres pays exportateurs de pétrole tels l’Indonésie, l’Angola... Ce qui augurait du premier choc pétrolier de 1973. Mais malgré un prix de 100 dollars le baril, peu d’Algériens profitent réellement, actuellement, de cette manne.
A suivre...
Mais, paradoxalement, en haut lieu, les choses n’allaient pas. Entre les militaires, particulièrement l’armée dite des frontières, et les politiques, ceux qui ont signé, pour la partie algérienne, les accords d’Evian (pour ne pas les nommer), une guerre de succession commençait à poindre du nez. Les règlements de compte pour une histoire de leadership d’un pays pourtant exsangue par sept ans de guerre et de misère avaient commencé. Pour la plupart des politologues d’ailleurs c’est à cette époque que remonte notre malheur actuel : dès l’indépendance acquise, l’Algérie avait pris une mauvaise direction. Grisés par l’indépendance, ceux qui, quelques mois auparavant, étaient unis comme les doigts de la main, s’étaient lancés dans des guerres intestines pour le pouvoir. Il faut dire que le pouvoir rend les hommes aveugles et sourds. Le slogan, "le seul héros, le peuple" peint sur toutes les façades des immeubles d’Alger, ne leur disait rien. Ne leur rappelait rien. On avait vite oublié que le peuple avait, d’une manière ou d’une autre, participé, lui aussi, à la libération du pays. Ainsi donc, le peuple est écarté de toute décision ; il est considéré comme non mature. Ni pour la démocratie ni pour une autre forme de gouvernance à laquelle il pourrait être associé.
La formation d’une assemblée constituante à laquelle le FFS appelait de tous ses vœux n’a pas véritablement eu lieu. C’était au FLN qui tirait sa légitimité historique de l’ALN qu’incombait la tâche de conduire le peuple vers d’autres victoires : l’édification d’une nouvelle société juste et équitable, démocratique et socialiste.
Dans sa résidence de "Colombey-les-Deux-Eglises", le général de Gaulle à qui, n’en doutons pas, des rapports sur la situation en Algérie étaient dressés quotidiennement, devait certainement savourer cette "paix des braves" : il venait de se dessaisir d’un fardeau ; il venait de se débarrasser d’une "fiole contenant de l’huile et du vinaigre". Non pas que le mélange de ces deux liquides soit détonant, mais comme il l’avait expliqué lui-même, dès que cesse l’agitation de la fiole qui les contient, ils se séparent, chacun occupant un espace propre à lui. Et, effectivement, le général avait raison : en plus d’un siècle de colonisation, Français et Algériens de souche n’avaient jamais pu se mélanger, ni su s’intégrer intelligemment les uns aux autres. Chacun des deux peuples était sur ses gardes, chacun des deux peuples campait sur ses positions : les uns par complexe de supériorité, les autres par peur de perdre leur âme. Pourtant, du métissage de ces deux peuples, du rapprochement de ces deux cultures, aurait pu naître une société telle qu’aujourd’hui les nations de la terre entière l’envieraient. Mais, l’Histoire est ainsi faite. Et elle ne se répète pas. Il ne sert donc à rien de se lamenter sur ce qu’on aurait dû faire ou ne pas faire. Le fait est là. L’Algérie a recouvert son indépendance, sa liberté, après plus de sept ans de guerre et des milliers de morts (les chiffres avancés par les uns sont cependant contestés par les autres), et, malheureusement, par la faute de ses gouvernants successifs, n’a su que faire...
Le règne de A. Benbella n’a pas duré longtemps. Les rumeurs disaient qu’il a été arrêté pendant qu’il assistait à un match de football de coupe d’Algérie. Mis sous résidence surveillée, on n’entendra plus parler de lui pendant de longues années. Le putschiste n’était autre que Houari Boumediene qui était vice-président du Conseil de la révolution algérienne. Après la destitution, le 19 juin 1965, sans effusion de sang, il faut le reconnaître, du premier Zaїm de l’Algérie indépendante, Houari Boumediene est devenu le nouveau président de l’Algérie. Ambitieux, il s’attellera vite à redonner espoir à la population, particulièrement à la paysannerie qu’il chérissait tant. La révolution agraire est vite lancée. Son objectif : la terre à ceux qui la travaillent. Et puis, c’était aussi une façon d’arrêter l’exode rural qui commençait à poser problème, à dénaturer l’environnement immédiat des villes par l’érection de bidonvilles à perte de vue. Sur le plan social, la gratuité des soins est garantie à toute la population, riche ou pauvre. Malheureusement, celle-ci a beaucoup plus profité aux riches qu’aux pauvres et cela par la faute d’une bureaucratie encline à favoriser les uns par rapport aux autres et de l’esprit "ben âmiste" encore ancré dans les mentalités. Pour des soins dentaires, par exemple, les "pistonnés" bénéficiaient de prise en charge à l’étranger, notamment en France, aux frais de la princesse : la Sécurité sociale.
"On tourne la page (de l’Histoire) mais on ne la déchire pas", disait feu Houari Boumediene chaque fois qu’il évoquait la guerre d’Algérie et les relations tumultueuses, les relations en dents de scie, les relations de "je t’aime moi non plus" entre l’Algérie indépendante et la France de la Ve République. Malheureusement en 1978 celui-ci rendra l’âme. Presque subitement et mystérieusement. Et comme nous avons une dent contre l’Histoire, la génération actuelle ne connaît rien ou presque de cet homme qui a, pourtant, jeté les premiers jalons d’une nation qui devait être grande. Il a parachevé la constitution des "institutions de l’Etat qui ne devraient pas s’éteindre avec la disparition des hommes", selon ses propres mots. Il a surtout nationalisé les hydrocarbures qui font remplir les caisses de l’Etat maintenant. Un 24 février 1971.
Encore une fois, la France a mal digéré ce fait accompli. Sa presse commence alors à jouer les trouble-fête allant jusqu’à inventer des caractéristiques physico-chimiques de piètre qualité à notre pétrole. Mais, lors d’un discours historique, Boumediene réplique sous forme de boutade : si notre pétrole est rouge c’est parce que notre sous-sol est abreuvé du sang des martyrs, avait-il dit en substance. Dans la salle où il tenait son discours, on se mit debout et on applaudit longuement. Chaudement. La phrase est répétée plusieurs fois, accompagnée de petites chiquenaudes sur le pupitre comme lui seul savait le faire ! D’émotion, l’assistance n’a pu retenir ses larmes. Des larmes de joie sans doute pour cette courageuse prise de décision. Des larmes de joie sans doute pour cette deuxième indépendance d’une tutelle devenue trop encombrante. La nationalisation des hydrocarbures en Algérie a eu un effet de douche froide sur les capitales européennes d’autant plus qu’elle a été suivie quelques mois après par d’autres pays exportateurs de pétrole tels l’Indonésie, l’Angola... Ce qui augurait du premier choc pétrolier de 1973. Mais malgré un prix de 100 dollars le baril, peu d’Algériens profitent réellement, actuellement, de cette manne.
A suivre...
samedi 23 février 2008
De Gaulle avait-il vraiment compris les Algériens ?

Le temps pluvieux et maussade de la veille du Réveillon s’est dissipé progressivement pour laisser place à un soleil radieux en ce 2 janvier de l’an 2008. Il faisait beau, mais frais quand même. Et cette fraîcheur matinale était une aubaine. Un don du ciel. Elle m’a revigoré la mémoire. Sur le sommet d’une montagne avoisinante, à quelques encablures à vol d’oiseau de l’endroit où je me trouvais, la neige persistait encore. Elle était d’une blancheur immaculée ! Les coulées de neige de part et d’autre de ce pic abrupt formaient un V inversé, clairement visible car, au-dessus, le ciel de ce matin-là était d’un bel azur ; il était éclatant de lumière. Par ailleurs, aucun nuage ne venait perturber cette image idyllique. On aimerait bien que tous les matins soient ainsi. Des matins calmes et paisibles, et inondés de soleil. Des matins sans mauvaises nouvelles diffusées par la presse ni colportées par le "bouche-à-oreille". Des matins sans tirs de "Heb Heb"(1) sur les campements militaires ni de faux barrages dressés sur les chemins secondaires. De la Kabylie ou d’ailleurs.
Etait-ce un signe prémonitoire nous annonçant la victoire contre le terrorisme et la misère qui accablent notre Algérie depuis plusieurs années ? N’étant pas cependant, par nature, superstitieux, je ne voulais pas me laisser obséder par cette image ni lui donner une quelconque signification. C’était une bizarrerie de la nature, point c’est tout. "Allez, circulez, rien à voir", finis-je par lâcher à l’intention de... moi-même. "Je ne vais tout de même pas essayer de donner une explication rationnelle, logique, cartésienne à tout phénomène naturel qui se manifesterait sous mes yeux", ajoutai-je tout en fermant les persiennes de mon bureau pour ne pas continuer à fixer de mon regard cette curiosité de la nature.
Sur l’autre versant de cette montagne se trouve un petit village du nom de Medjana dont les maisons de style colonial entourées de haies fleuries et les ruelles tracées au cordeau rappellent au touriste égaré qu’ici, il y a quelques décennies, vécurent, heureux sans doute, des colons. Mais ce village n’avait pas connu que ça. Il avait connu bien d’autres événements historiques telle "l’insurrection d’El Mokrani", par exemple. Rappelons seulement que celui-ci avait été, avec quelques-uns de ses compagnons d’armes, exilé en Nouvelle-Calédonie. Cela remonte à loin maintenant. Seuls les manuels scolaires de nos enfants évoquent cette tragédie. La tendance à occulter les événements lointains pour ne retenir que ceux qui se sont passés il y a à peine une cinquantaine d’années est une caractéristique de nous autres Algériens. On dirait que nous avons une dent contre l’Histoire. Celle qui s’écrit avec H. Ou alors l’Histoire a été déviée de son cours naturel par les "tenants du pouvoir" qui ne voulaient retenir d’elle que ce qui les arrangeait. C’est ce qui se dit çà et là d’ailleurs. Mais bon... Ceci est une autre histoire. Alors passons.
Plus au nord et plus à l’est aussi de ce village, se trouve un autre village niché sur le flanc de la montagne, Bordj Zemmoura où, en 1958, en pleine guerre d’Algérie, le général de Gaulle, venu s’enquérir de la situation où se trouvait alors "l’Algérie française", avait, paraît-il, passé une nuit. Une nuit qui avait suffi à sortir ce village de son anonymat. Une nuit dont se souviennent encore les vieux Zemmouris. Cinquante ans après, ils en parlent avec fierté. Et comment ? Le général avait passé une nuit dans une chaumière de leur village ! En fait, je n’ai pas pu vérifier cette information que je détiens de bouche-à-oreille depuis longtemps maintenant, mais en tout cas tous les Bordjiens jurent sur tous les saints que c’est vrai.
On prétend que de Gaulle (qui, comme la majorité des Français de l’époque, avait mal digéré l’indépendance de l’Algérie) avait dit un jour ceci : "l’Algérie, on en reparlera dans trente ans" ! Et, effectivement, trente ans après son indépendance, l’Algérie a connu l’une des crises humanitaires les plus dramatiques du siècle dernier. Et, le plus dramatique dans l’histoire, c’est qu’elle n’entrevoit pas encore le bout du tunnel. Le terrorisme bat toujours son plein et les politiques n’ont, pour le moment, d’yeux que pour le palais d’El Mouradia qui n’arrive pas encore à prendre la décision quant à l’éventualité ou non d’un troisième mandat présidentiel. Alors, ma question est celle-là : ce dicton prononcé dans une conjoncture particulière était-ce une prémonition comme le V que je viens de voir de ma fenêtre ou bien alors de Gaulle était-il un visionnaire hors pair ? Dans le cas où c’est la deuxième suggestion qui est la plus plausible, il serait, à mon avis, très instructif, pour nous les Algériens en particulier, de lire les mémoires du général et de s’en inspirer afin d’éviter toute surprise, toute fausse manoeuvre non pas de l’histoire du passé, mais de l’histoire à venir. Le général avait dit beaucoup de choses. Concernant l’Algérie, bien sûr. Tel, par exemple, son fameux "je vous ai compris" qui, quelques années après, avait, fatalement, débouché sur l’indépendance de l’Algérie. On me rétorquera peut-être que ce "je vous ai compris" était destiné aux Français d’Algérie qui étaient si inquiets de la tournure prise par les événements de la guerre d’Algérie. On pourra aussi me contredire et me dire qu’il était plutôt destiné aux colons qui n’admettaient pas le fait de tout laisser tomber, du jour au lendemain, et rentrer en métropole. Leur avenir et celui de leurs enfants ne pouvaient se faire qu’en Algérie, pensaient-ils. Ils ne pouvaient pas concevoir d’autre avenir que celui qu’ils s’étaient eux-mêmes tracé depuis plusieurs générations. Ils ne pouvaient pas non plus, pour rien au monde, laisser tomber aux mains des indigènes leurs fermes de la Mitidja si fertiles et les grandes exploitations céréalières des hauts plateaux, eux qui avaient trimé pendant près d’un siècle pour faire de l’Algérie ce qu’elle était.
Mais ce "je vous ai compris" avait en fait un double tranchant. Une double signification. S’il avait été compris tel que je l’ai dit plus haut par les uns, c’est-à-dire dans le sens où la France était prête à y mettre tout son poids et à déployer tous ses moyens pour régler définitivement cette atteinte à l’ordre public par des "hors-la-loi" et qu’il fallait juste une opération de police pour en venir à bout, il avait été compris autrement par les indigènes que nous étions : inéluctablement, nous allions avoir notre indépendance. Dans les djebels, la guerre faisait rage. Depuis quatre longues années déjà ! Des deux côtés, les hommes tombaient comme des mouches. Des deux côtés que de souffrance, de larmes et de sang. Même l’utilisation des armes pourtant prohibées par les conventions de Genève (Napalm) n’arrivait pas à mettre fin à ces "troubles de l’ordre public" ni à entamer la détermination des moudjahiddines, les combattants de l’ALN. Même la torture pratiquée à grande échelle par les aussaresse et compagnie n’avait pas permis de mettre fin à un mouvement de révolte, à une révolution qui allait tout chambouler sur son passage. Sur le plan diplomatique, "la question algérienne" était, si mes souvenirs sont encore bons, inscrite à l’ordre du jour des Nations unis. La guerre avait sonné le glas de la colonisation. Et pas seulement en Algérie d’ailleurs. Partout en Afrique, les peuples se révoltaient contre l’ordre colonial. Il fallait faire preuve de pragmatisme et voir la réalité en face. On ne peut continuer éternellement à asservir tout un peuple sous le prétexte que la "colonisation est un bienfait" pour lui, pour ce peuple je veux dire. De ces "bienfaits", les colonisés n’en voulaient plus. Voilà, peut-être, pourquoi, en s’adressant aux Français d’Algérie, le général avait, en fait, fait un clin d’œil aux Algériens d’Algérie. Il avait compris que le divorce entre les Français d’Algérie et les autochtones était déjà bel et bien prononcé. Un premier novembre. De l’année 1954. Il ne restait alors qu’à s’entendre sur les modalités pratiques pour que ce divorce soit enfin effectif. Il le sera un certain juillet 1962.
A suivre
Etait-ce un signe prémonitoire nous annonçant la victoire contre le terrorisme et la misère qui accablent notre Algérie depuis plusieurs années ? N’étant pas cependant, par nature, superstitieux, je ne voulais pas me laisser obséder par cette image ni lui donner une quelconque signification. C’était une bizarrerie de la nature, point c’est tout. "Allez, circulez, rien à voir", finis-je par lâcher à l’intention de... moi-même. "Je ne vais tout de même pas essayer de donner une explication rationnelle, logique, cartésienne à tout phénomène naturel qui se manifesterait sous mes yeux", ajoutai-je tout en fermant les persiennes de mon bureau pour ne pas continuer à fixer de mon regard cette curiosité de la nature.
Sur l’autre versant de cette montagne se trouve un petit village du nom de Medjana dont les maisons de style colonial entourées de haies fleuries et les ruelles tracées au cordeau rappellent au touriste égaré qu’ici, il y a quelques décennies, vécurent, heureux sans doute, des colons. Mais ce village n’avait pas connu que ça. Il avait connu bien d’autres événements historiques telle "l’insurrection d’El Mokrani", par exemple. Rappelons seulement que celui-ci avait été, avec quelques-uns de ses compagnons d’armes, exilé en Nouvelle-Calédonie. Cela remonte à loin maintenant. Seuls les manuels scolaires de nos enfants évoquent cette tragédie. La tendance à occulter les événements lointains pour ne retenir que ceux qui se sont passés il y a à peine une cinquantaine d’années est une caractéristique de nous autres Algériens. On dirait que nous avons une dent contre l’Histoire. Celle qui s’écrit avec H. Ou alors l’Histoire a été déviée de son cours naturel par les "tenants du pouvoir" qui ne voulaient retenir d’elle que ce qui les arrangeait. C’est ce qui se dit çà et là d’ailleurs. Mais bon... Ceci est une autre histoire. Alors passons.
Plus au nord et plus à l’est aussi de ce village, se trouve un autre village niché sur le flanc de la montagne, Bordj Zemmoura où, en 1958, en pleine guerre d’Algérie, le général de Gaulle, venu s’enquérir de la situation où se trouvait alors "l’Algérie française", avait, paraît-il, passé une nuit. Une nuit qui avait suffi à sortir ce village de son anonymat. Une nuit dont se souviennent encore les vieux Zemmouris. Cinquante ans après, ils en parlent avec fierté. Et comment ? Le général avait passé une nuit dans une chaumière de leur village ! En fait, je n’ai pas pu vérifier cette information que je détiens de bouche-à-oreille depuis longtemps maintenant, mais en tout cas tous les Bordjiens jurent sur tous les saints que c’est vrai.
On prétend que de Gaulle (qui, comme la majorité des Français de l’époque, avait mal digéré l’indépendance de l’Algérie) avait dit un jour ceci : "l’Algérie, on en reparlera dans trente ans" ! Et, effectivement, trente ans après son indépendance, l’Algérie a connu l’une des crises humanitaires les plus dramatiques du siècle dernier. Et, le plus dramatique dans l’histoire, c’est qu’elle n’entrevoit pas encore le bout du tunnel. Le terrorisme bat toujours son plein et les politiques n’ont, pour le moment, d’yeux que pour le palais d’El Mouradia qui n’arrive pas encore à prendre la décision quant à l’éventualité ou non d’un troisième mandat présidentiel. Alors, ma question est celle-là : ce dicton prononcé dans une conjoncture particulière était-ce une prémonition comme le V que je viens de voir de ma fenêtre ou bien alors de Gaulle était-il un visionnaire hors pair ? Dans le cas où c’est la deuxième suggestion qui est la plus plausible, il serait, à mon avis, très instructif, pour nous les Algériens en particulier, de lire les mémoires du général et de s’en inspirer afin d’éviter toute surprise, toute fausse manoeuvre non pas de l’histoire du passé, mais de l’histoire à venir. Le général avait dit beaucoup de choses. Concernant l’Algérie, bien sûr. Tel, par exemple, son fameux "je vous ai compris" qui, quelques années après, avait, fatalement, débouché sur l’indépendance de l’Algérie. On me rétorquera peut-être que ce "je vous ai compris" était destiné aux Français d’Algérie qui étaient si inquiets de la tournure prise par les événements de la guerre d’Algérie. On pourra aussi me contredire et me dire qu’il était plutôt destiné aux colons qui n’admettaient pas le fait de tout laisser tomber, du jour au lendemain, et rentrer en métropole. Leur avenir et celui de leurs enfants ne pouvaient se faire qu’en Algérie, pensaient-ils. Ils ne pouvaient pas concevoir d’autre avenir que celui qu’ils s’étaient eux-mêmes tracé depuis plusieurs générations. Ils ne pouvaient pas non plus, pour rien au monde, laisser tomber aux mains des indigènes leurs fermes de la Mitidja si fertiles et les grandes exploitations céréalières des hauts plateaux, eux qui avaient trimé pendant près d’un siècle pour faire de l’Algérie ce qu’elle était.
Mais ce "je vous ai compris" avait en fait un double tranchant. Une double signification. S’il avait été compris tel que je l’ai dit plus haut par les uns, c’est-à-dire dans le sens où la France était prête à y mettre tout son poids et à déployer tous ses moyens pour régler définitivement cette atteinte à l’ordre public par des "hors-la-loi" et qu’il fallait juste une opération de police pour en venir à bout, il avait été compris autrement par les indigènes que nous étions : inéluctablement, nous allions avoir notre indépendance. Dans les djebels, la guerre faisait rage. Depuis quatre longues années déjà ! Des deux côtés, les hommes tombaient comme des mouches. Des deux côtés que de souffrance, de larmes et de sang. Même l’utilisation des armes pourtant prohibées par les conventions de Genève (Napalm) n’arrivait pas à mettre fin à ces "troubles de l’ordre public" ni à entamer la détermination des moudjahiddines, les combattants de l’ALN. Même la torture pratiquée à grande échelle par les aussaresse et compagnie n’avait pas permis de mettre fin à un mouvement de révolte, à une révolution qui allait tout chambouler sur son passage. Sur le plan diplomatique, "la question algérienne" était, si mes souvenirs sont encore bons, inscrite à l’ordre du jour des Nations unis. La guerre avait sonné le glas de la colonisation. Et pas seulement en Algérie d’ailleurs. Partout en Afrique, les peuples se révoltaient contre l’ordre colonial. Il fallait faire preuve de pragmatisme et voir la réalité en face. On ne peut continuer éternellement à asservir tout un peuple sous le prétexte que la "colonisation est un bienfait" pour lui, pour ce peuple je veux dire. De ces "bienfaits", les colonisés n’en voulaient plus. Voilà, peut-être, pourquoi, en s’adressant aux Français d’Algérie, le général avait, en fait, fait un clin d’œil aux Algériens d’Algérie. Il avait compris que le divorce entre les Français d’Algérie et les autochtones était déjà bel et bien prononcé. Un premier novembre. De l’année 1954. Il ne restait alors qu’à s’entendre sur les modalités pratiques pour que ce divorce soit enfin effectif. Il le sera un certain juillet 1962.
A suivre
mercredi 6 février 2008
Algérie : à propos du "3e mandat"
La politique n’étant pas mon domaine de prédilection, j’ai juré plus d’une fois de ne pas évoquer des sujets de cet ordre. En peu de mots, de ne pas me mouiller. Mais peut-on rester neutre quand toute la nation est en effervescence? Peut-on ne pas en parler quand la question fait, tous les jours depuis quelques jours, la une des journaux et le sujet de discussion à tous les coins de rue?
Pas plus tard que ce matin d’ailleurs, alors que j’étais attablé dans un café, en train de siroter tranquillement un Vichy menthe et à feuilleter mon canard préféré, en face de moi, deux hommes (un jeune et un vieux) ont failli en venir aux mains à cause de ce "3e mandat" : chacun essayant de convaincre l’autre de la justesse de ses propos et de la force de ses arguments. Puis, ce qui était au départ une banale discussion, entre deux amis de longue date probablement, a failli tourner au drame. Sans l’intervention d’un vieillard qui ne survit que grâce à la vente des cigarettes à l’intérieur même de ce café maure (1), la discussion aurait dégénéré et, n’en doutons pas, le jeune homme aurait pris le dessus sur son rival courbé par le poids de l’âge. La sagesse du vieillard a porté finalement ses fruits. Lessivés, les deux hommes se sont séparés en se tapant mutuellement sur les épaules, mais chacun campant cependant sur ses positions. Mais que leur avait-il dit donc le vieillard, me direz-vous, pour qu’ils reviennent à la raison ? Que leur avait-il dit pour qu’ils cessent de se chamailler pour une question... euh... j’allais dire futile mais, en réalité, elle est loin de l’être. Elle est loin de l’être car d’elle, de cette question-là, je le répète pour que vous me compreniez, dépend l’avenir de toute la nation. Le vieillard, qui assistait médusé au début, comme tout le monde, à cette discussion, a dû faire des efforts surhumains pour se remémorer, pour remonter à la surface ce vieil adage algérien qui dit en substance ceci "le berger et le serf se sont chamaillés à cause des biens de leur maître". Et il le balança en pleine gueule des deux énergumènes.
Là est donc le secret de la sagesse de notre terroir. Le vieillard a visé juste et frappé de plein fouet. Si les deux hommes ont mis fin à leur "fitna" si j’ose dire pour reprendre un terme qui, il n’y a pas si longtemps encore, était à la mode, c’est parce que ni l’un ni l’autre ne voudrait être comparé à un serf ou à un berger. Question de dignité. Les Algériens sont comme ça. Ils réagissent au quart de tour quand on vient à toucher à leur "nif", à leur dignité. Le sang chaud, qui ne fait qu’un tour dans leurs veines lorsqu’ils sont devant une situation délicate, est vite refroidi à l’idée de se faire traiter d’un nom d’oiseau de mauvais augure. Qu’en est-il donc du fait de se faire rabaisser au rang de berger ou d’esclave ? Mieux vaut en mourir que d’accepter un tel sobriquet.
En fait, j’ai longuement réfléchi pour vous restituer intégralement la traduction la plus fidèle possible de cet adage, mais l’outil linguistique m’a faussé compagnie ce matin : à force de tourner et retourner la phrase, je me suis vite rendu compte que celle-ci risquerait de perdre complètement son sens si je m’entêtais à jouer un rôle qui n’est pas mien. La traduction d’une langue à une autre n’est pas si évidente que ça ; c’est une affaire de spécialistes. Alors j’ai opté en définitive pour cette traduction moins poétique, certes, mais largement significative. Significative de l’état d’esprit qui règne actuellement dans toutes les sphères de la politique algérienne.
Au Sénat, à l’APN, dans les rédactions de la presse quotidienne, c’est ce sujet-là qui préoccupe actuellement l’esprit des gens. Il accapare toute leur attention et aspire toute leur énergie. Mais sans chamailleries. Ce qui est déjà pas mal, je dirais même une avancée démocratique sans précédent. On semble avoir retenu la leçon de 1991 lorsqu’il y a eu, rappelez-vous, l’interruption du processus électoral qui allait certainement permettre au FIS de faire un tabac. Alors, 3e mandat ou pas ? A dire que tous les autres problèmes de l’Algérie ne trouveront leurs solutions que dans un "3e mandat" présidentiel.
Les uns après les autres, donc, nos partis politiques se positionnent. Du moins, il s’agit-là de ceux qu’on a l’habitude de qualifier de "grosses cylindrées". Autrement dit, les partis politiques qui font partie de la coalition gouvernementale. Ceux qui, en fait, contrairement à ce qui était attendu d’eux, n’ont jamais fait de l’opposition leur credo. En Algérie, c’est malheureux de le dire, la vocation des partis politiques n’est pas de faire de ou dans l’opposition. Est-ce parce que notre démocratie spécifique ne le permet pas ? Ou alors est-ce parce que le fait de s’opposer à un pouvoir incarné par l’un de "ses enfants prodiges" fait peser le risque de perte de tous les privilèges à ces partis dits de l’opposition ? En fait, j’ai une petite idée quant au comportement de nos partis politiques. Elle me trotte dans la tête depuis tout à l’heure. J’ai envie de vous l’exposer, mais je vous préviens à l’avance que je ne suis pas un analyste politique et il se peut donc que je me trompe. M’enfin ! Ça reste une hypothèse. C’est juste une petite supputation de ma part, mais je crois que la situation "à cheval" entre être dans l’opposition et faire en même temps partie du pouvoir convient mieux à ces partis. Ainsi ceux-ci pourront-ils tenir deux discours diamétralement opposés selon l’évolution de la situation : l’un pour leurs ouailles et l’autre destiné aux tenants du véritable pouvoir. C’est une politique qui consiste à contenter le loup sans faire de ravage dans la bergerie. Il fallait y penser. Et ils sont trois, ces partis politiques qui siègent aussi bien à l’APN qu’au Sénat et qui détiennent des portefeuilles ministériels. Pas besoin d’étaler leurs sigles ici puisqu’ils sont connus de toutes et de tous. Ils se positionnent et s’alignent sur un même mot d’ordre : oui pour un troisième mandat présidentiel pour l’actuel président de la République. Mais, pour cela, il faudra d’abord que la Constitution soit modifiée. Pas de fond en comble, certes, mais du moins sur l’un de ses aspects qui porte justement sur la limitation à deux mandats de la plus haute charge au niveau de l’Etat : la présidence.
Mais, contrairement aux deux amis dont j’ai parlé plus haut, nos partis politiques n’ont pas l’intention, du moins pour l’instant, de se chamailler et c’est mieux ainsi : ils s’alignent. Ils soutiennent. Ils sont tous ou presque pour un 3e mandat quitte à "mettre la charrue avant les bœufs"(2) pour paraphraser le chef du MSP autrement dit un de ces trois partis qui, lui, n’a pas encore tranché sur la question. Pour être encore plus explicite, ce dernier a même donné l’article de la constitution dans lequel il est clairement stipulé qu’avant de songer à briguer un 3e mandat, le chef de l’Etat doit au préalable soumettre le projet de modification de la constitution au Parlement et ensuite au peuple sous forme de référendum. En, dernier ressort donc, il revient au peuple SOUVERAIN de se prononcer. De ce côté-là donc, A Bouteflika n’a pas de souci à se faire : ses désirs sont des ordres !
Alors pourquoi tout ce tapage médiatique autour d’une question qui, de prime abord, paraît réglée à l’avance ?
(1) L’interdiction de la cigarette dans les lieux publics n’est pas encore entrée en vigueur chez nous. Sur ce point donc les Algériens sont plus libres que les Français.
(2) Des marchands de tapis aux perchoirs. Le"Soir d’Algérie"
Pas plus tard que ce matin d’ailleurs, alors que j’étais attablé dans un café, en train de siroter tranquillement un Vichy menthe et à feuilleter mon canard préféré, en face de moi, deux hommes (un jeune et un vieux) ont failli en venir aux mains à cause de ce "3e mandat" : chacun essayant de convaincre l’autre de la justesse de ses propos et de la force de ses arguments. Puis, ce qui était au départ une banale discussion, entre deux amis de longue date probablement, a failli tourner au drame. Sans l’intervention d’un vieillard qui ne survit que grâce à la vente des cigarettes à l’intérieur même de ce café maure (1), la discussion aurait dégénéré et, n’en doutons pas, le jeune homme aurait pris le dessus sur son rival courbé par le poids de l’âge. La sagesse du vieillard a porté finalement ses fruits. Lessivés, les deux hommes se sont séparés en se tapant mutuellement sur les épaules, mais chacun campant cependant sur ses positions. Mais que leur avait-il dit donc le vieillard, me direz-vous, pour qu’ils reviennent à la raison ? Que leur avait-il dit pour qu’ils cessent de se chamailler pour une question... euh... j’allais dire futile mais, en réalité, elle est loin de l’être. Elle est loin de l’être car d’elle, de cette question-là, je le répète pour que vous me compreniez, dépend l’avenir de toute la nation. Le vieillard, qui assistait médusé au début, comme tout le monde, à cette discussion, a dû faire des efforts surhumains pour se remémorer, pour remonter à la surface ce vieil adage algérien qui dit en substance ceci "le berger et le serf se sont chamaillés à cause des biens de leur maître". Et il le balança en pleine gueule des deux énergumènes.
Là est donc le secret de la sagesse de notre terroir. Le vieillard a visé juste et frappé de plein fouet. Si les deux hommes ont mis fin à leur "fitna" si j’ose dire pour reprendre un terme qui, il n’y a pas si longtemps encore, était à la mode, c’est parce que ni l’un ni l’autre ne voudrait être comparé à un serf ou à un berger. Question de dignité. Les Algériens sont comme ça. Ils réagissent au quart de tour quand on vient à toucher à leur "nif", à leur dignité. Le sang chaud, qui ne fait qu’un tour dans leurs veines lorsqu’ils sont devant une situation délicate, est vite refroidi à l’idée de se faire traiter d’un nom d’oiseau de mauvais augure. Qu’en est-il donc du fait de se faire rabaisser au rang de berger ou d’esclave ? Mieux vaut en mourir que d’accepter un tel sobriquet.
En fait, j’ai longuement réfléchi pour vous restituer intégralement la traduction la plus fidèle possible de cet adage, mais l’outil linguistique m’a faussé compagnie ce matin : à force de tourner et retourner la phrase, je me suis vite rendu compte que celle-ci risquerait de perdre complètement son sens si je m’entêtais à jouer un rôle qui n’est pas mien. La traduction d’une langue à une autre n’est pas si évidente que ça ; c’est une affaire de spécialistes. Alors j’ai opté en définitive pour cette traduction moins poétique, certes, mais largement significative. Significative de l’état d’esprit qui règne actuellement dans toutes les sphères de la politique algérienne.
Au Sénat, à l’APN, dans les rédactions de la presse quotidienne, c’est ce sujet-là qui préoccupe actuellement l’esprit des gens. Il accapare toute leur attention et aspire toute leur énergie. Mais sans chamailleries. Ce qui est déjà pas mal, je dirais même une avancée démocratique sans précédent. On semble avoir retenu la leçon de 1991 lorsqu’il y a eu, rappelez-vous, l’interruption du processus électoral qui allait certainement permettre au FIS de faire un tabac. Alors, 3e mandat ou pas ? A dire que tous les autres problèmes de l’Algérie ne trouveront leurs solutions que dans un "3e mandat" présidentiel.
Les uns après les autres, donc, nos partis politiques se positionnent. Du moins, il s’agit-là de ceux qu’on a l’habitude de qualifier de "grosses cylindrées". Autrement dit, les partis politiques qui font partie de la coalition gouvernementale. Ceux qui, en fait, contrairement à ce qui était attendu d’eux, n’ont jamais fait de l’opposition leur credo. En Algérie, c’est malheureux de le dire, la vocation des partis politiques n’est pas de faire de ou dans l’opposition. Est-ce parce que notre démocratie spécifique ne le permet pas ? Ou alors est-ce parce que le fait de s’opposer à un pouvoir incarné par l’un de "ses enfants prodiges" fait peser le risque de perte de tous les privilèges à ces partis dits de l’opposition ? En fait, j’ai une petite idée quant au comportement de nos partis politiques. Elle me trotte dans la tête depuis tout à l’heure. J’ai envie de vous l’exposer, mais je vous préviens à l’avance que je ne suis pas un analyste politique et il se peut donc que je me trompe. M’enfin ! Ça reste une hypothèse. C’est juste une petite supputation de ma part, mais je crois que la situation "à cheval" entre être dans l’opposition et faire en même temps partie du pouvoir convient mieux à ces partis. Ainsi ceux-ci pourront-ils tenir deux discours diamétralement opposés selon l’évolution de la situation : l’un pour leurs ouailles et l’autre destiné aux tenants du véritable pouvoir. C’est une politique qui consiste à contenter le loup sans faire de ravage dans la bergerie. Il fallait y penser. Et ils sont trois, ces partis politiques qui siègent aussi bien à l’APN qu’au Sénat et qui détiennent des portefeuilles ministériels. Pas besoin d’étaler leurs sigles ici puisqu’ils sont connus de toutes et de tous. Ils se positionnent et s’alignent sur un même mot d’ordre : oui pour un troisième mandat présidentiel pour l’actuel président de la République. Mais, pour cela, il faudra d’abord que la Constitution soit modifiée. Pas de fond en comble, certes, mais du moins sur l’un de ses aspects qui porte justement sur la limitation à deux mandats de la plus haute charge au niveau de l’Etat : la présidence.
Mais, contrairement aux deux amis dont j’ai parlé plus haut, nos partis politiques n’ont pas l’intention, du moins pour l’instant, de se chamailler et c’est mieux ainsi : ils s’alignent. Ils soutiennent. Ils sont tous ou presque pour un 3e mandat quitte à "mettre la charrue avant les bœufs"(2) pour paraphraser le chef du MSP autrement dit un de ces trois partis qui, lui, n’a pas encore tranché sur la question. Pour être encore plus explicite, ce dernier a même donné l’article de la constitution dans lequel il est clairement stipulé qu’avant de songer à briguer un 3e mandat, le chef de l’Etat doit au préalable soumettre le projet de modification de la constitution au Parlement et ensuite au peuple sous forme de référendum. En, dernier ressort donc, il revient au peuple SOUVERAIN de se prononcer. De ce côté-là donc, A Bouteflika n’a pas de souci à se faire : ses désirs sont des ordres !
Alors pourquoi tout ce tapage médiatique autour d’une question qui, de prime abord, paraît réglée à l’avance ?
(1) L’interdiction de la cigarette dans les lieux publics n’est pas encore entrée en vigueur chez nous. Sur ce point donc les Algériens sont plus libres que les Français.
(2) Des marchands de tapis aux perchoirs. Le"Soir d’Algérie"
lundi 4 février 2008
Escapade parisienne (2)

Pendant que je longeais la grande avenue parisienne, celle qui s’étend de la place Charles-de-Gaulle-Etoile jusqu’à la Concorde, celle que l’on dit être la plus belle avenue du monde et effectivement elle l’est, l’avenue des Champs-Elysées pour, enfin, cracher le mot, mon esprit divaguait et je m’étais improvisé poète. Décrivant, avec des mots simples, sans recherche lexicale ni grammaticale mon état d’esprit et humeur d’alors, j’ai pu accoucher, dans la joie et non dans la douleur, de ces quelques vers.
"En ce début du mois de janvier, à Paris, on s’amuse et on rie.
Pourtant, le temps est vachement gris.
Par le froid, je suis transi
Mais je ne regrette pas d’être à Paris.
Savez-vous qu’à l’appel de Paris
Toutes activités cessantes, j’ai répondu,
Laissant femme et enfants en Algérie ?
Prenant le risque d’être éconduit
Même si, sur moi, j’avais un sauf-conduit,
J’ai pris l’Aigle bleu et, de mon pays, je me suis enfui
Mais pas comme un Harraga qui, en haute mer, périt."
C’est ainsi que pendant que je flânais sur les Champs-Elysées, sans faire attention aux passants, je pondais machinalement mes mots. Les uns après les autres. Spontanément ou parfois accompagnés de mouvements du corps, d’étirements des bras, de claquements des doigts, de mimiques et de gestuelles qui frisaient parfois le ridicule, les mots sortaient sans faire de bruit, sans faire de vagues et allaient se répandre, comme la brume de ce matin-là, sur tout Paris. Mais, j’en étais pleinement conscient, Paris était sourd à ma poésie naissante, à mes vers ridicules. Il s’en foutait royalement de mes jérémiades.
Tel un chorégraphe, je m’exprimais avec mon corps. Et chaque fois qu’un vers me semblait convenir, j’opinais de la tête et le répétais plusieurs fois de suite pour le mémoriser définitivement. C’était comme un jeu d’enfant. Mais à défaut de billes ou de quilles dont, enfant, j’avais usé et abusé, je jouais avec les mots d’une langue qui n’est pas mienne. Mais une langue que nous avons, de ce côté-ci de la Méditerranée, gardé comme un "butin de guerre". Et que, malgré tout, nous essayons d’enrichir aussi. Sémantiquement parlant. Ne risquerais-je pas le lynchage pur et simple si on apprenait que j’étais en train de dénaturer la langue de Molière, me suis-je demandé à hauteur de la FNAC à la vue d’un livre de Simone de Beauvoir dont on venait de célébrer le centenaire de la naissance ? On parlait beaucoup d’elle et, excusez-moi cette petite digression, de son cul qui a fait la une du Nouvel Observateur. Chose que j’ai, cependant, ratée ! J’aurais tant aimé voir le corps nu, même de dos, même retouché numériquement, de cette dame qui a tant donné à la littérature française et qui s’est tant engagée dans le mouvement féministe. Dans l’émancipation des femmes. Non pas pour cultiver le côté voyeuriste qui se cache certainement en chacun de nous, il faut l’avouer, mais par simple curiosité. Et parce que aussi, comme l’a dit quelqu’un "le cul de Simone... c’est beau à voir". La nature humaine est ainsi faite. Pas moyen de la changer. Mais, hélas, sa photo qui n’avait pas, semble-t-il, fait l’unanimité au sein même de la rédaction du Nouvel obs, a disparu de la circulation aussi vite qu’elle était apparue. J’ai beau chercher de vieux journaux dans les poubelles, mais en vain. Aucune trace d’elle. "Tant pis", finis-je par lâcher alors que je m’éloignais à grandes enjambées de la FNAC pour aller griller une cigarette au pied de la statue de Charles de Gaulle.
Simone de Beauvoir, si elle était encore vivante, aurait-elle accepté qu’on étale à la une d’un magazine à fort tirage son corps tout nu ? Ses fesses relookées ? Pendant une bonne partie de la matinée, ces questions-là ne voulaient pas me quitter. Elles me poursuivaient. Elles me collaient aux fesses. Même lorsque j’ai voulu acheter un parfum pour ma femme chez Sephora, pendant que l’hôtesse d’accueil me présentait les dernières nouveautés de leur gamme, je ne voyais ni "J’adore" ni le flacon en forme de pomme de Nina Ricci : mon esprit n’avait d’yeux que pour l’image du corps dénudé de Simone de Beauvoir. Que j’imaginais, évidemment.
Mais, comment, bonté divine, me suis-je demandé, une société qui ne jure que par les Droits de l’homme en est arrivée là ? A bafouer, à fouler du pied les droits les plus élémentaires d’une femme morte depuis belle lurette maintenant ? Une femme dont il ne reste plus ni les fesses ni les os ? Serait-elle, cette femme, en train de se retourner dans sa tombe à l’heure actuelle parce que, dans le but de tirer plus de bénéfices de leur papier, des esprits mercantiles ont exhumé, sans autorisation de qui de droit, une vieille photo de sa jeunesse ? Belle façon de marquer son centenaire ! A qui sera le tour l’an prochain ? "Mais qui suis-je pour parler comme ça ? Qui suis-je pour donner des leçons de morale à une société sortie tout droit du siècles des Lumières ? Les gens qui ont pris la décision de publier cette photo ne sont pas débiles tout de même. Ils ne sont pas non plus animés par le désir de porter atteinte à une des leurs, qui plus était une dame bien pensante ! C’est peut-être leur façon, une façon bien à eux en tout cas, une façon spécifique à eux et à eux seulement comme l’est le Camembert à la Normandie, de marquer ce centenaire et de montrer ainsi leur affection toujours intacte, malgré le temps écoulé depuis sa mort, à cette dame au grand coeur. Ce n’est pas si grave que ça ! Les gens, toutes catégories sociales confondues, ont dû, certainement, prendre cela du bon côté. Personne n’a émis de fatwa condamnant les journalistes de ce magazine au bûcher ou à la damnation éternelle dans les feux de la Géhenne ! Il y eut, peut-être, une discussion à bâtons rompus, avant le bouclage du journal, entre les partisans de la publication de cette photo et ceux qui n’en voulaient pas et puis... rien. Tout le monde a donné son OK. On était certainement curieux de voir aussi la réaction des lecteurs. C’est comme ça que ça se passe en démocratie. La majorité finit toujours par l’emporter. Et la minorité, même si elle n’est pas du même avis, joue le jeu ; elle accepte de fait sa défaite. Ni le rédacteur en chef ni le directeur du magazine n’ont été inquiétés par les pouvoirs publics et encore moins par la justice. La liberté de la presse n’est pas, ici, une simple vue de l’esprit mais elle est réelle. Elle existe bien. De cela, qu’ai-je à dire ? On en est encore loin, nous. L’esprit de "Taghenanet" qui consiste à dire et à affirmer que ’ça ne peut être qu’une chèvre même si elle vole’ n’existe pas chez eux. Ah ! oui, ça c’est une de nos spécialités . Une de nos spécifités."
Absorbé dans mes pensées, j’ai failli être renversé par une moto qui roulait à vive allure et qui a mal négocié son virage du côté du musée du Louvre. C’était ma faute. Sans m’en rendre compte, j’étais pratiquement au milieu de la chaussée alors que le feu pour piéton était au rouge. Cet incident m’a rendu fou de rage. Contre moi-même. Contre ma façon de marcher dans la rue sans faire attention ni aux voitures ni aux piétons, empêtré comme j’étais dans mes pensées à un sou. J’avais envi de griller encore une cigarette pour reprendre mes esprits et retrouver ma sérénité ; mais mon paquet Marlboro était vide. Furieusement je l’ai froissé et jeté par-dessus la balustrade d’un des ponts qui traversent la Seine.
Une loi, interdisant la cigarette dans les lieux publics, venait d’être promulguée. Et appliquée dans toute sa rigueur. Le contrevenant s’expose purement et simplement à une amende de plusieurs dizaines d’euros. Mais, les cafetiers et autres tenanciers de débits de boissons, par crainte de perdre leur clientèle habituée jusque-là à passer des soirées dans une atmosphère enfumée, ont vite trouvé la parade : sur les terrasses, chauffées avec des moyens du bord, les tables, sur lesquelles trônent encore des cendriers incitant ainsi les gens à ne pas renoncer à leurs anciennes habitudes, sont prises d’assaut. Là, on peut griller tranquillement sa clope sans se faire tirer les oreilles ni taper sur les doigts comme un enfant que l’on surprend en pleine bêtise.
Simone de Beauvoir, pour revenir encore à elle, aurait-elle accepté, sans rechigner, cette loi ? N’aurait-elle pas vu en cette loi une régression dramatique du champ des libertés individuelles ? Gageons qu’elle aurait, hargneusement, défait son chignon et arraché ses cheveux pour protester contre cette loi que d’aucuns considèrent déjà comme n’allant pas faire long feu. Pour sûr, elle ne durera pas longtemps. Elle finira par s’éteindre d’elle-même, petit à petit, comme une cigarette mal éteinte que l’on a abandonnée, à la hâte, au fond d’un cendrier, pour ne pas rater son train. Mais en attendant, il faut apprendre à faire avec. Prendre son mal en patience et griller sa clope ailleurs que dans un bar ou autre lieu convivial. Et puis de toute façon "fumer tue". C’est ce que, obéissant à cette nouvelle loi, les fumeurs de mon acabit finissent pas se dire. On se console comme on peut.
A la sortie du métro, à Barbès-Rochechouart, j’ai été approché par des jeunes qui vendaient clandestinement des cigarettes de marque Marlboro. Bien que le prix de ces cigarettes défie toute concurrence, je n’ai pas succombé à la tentation et j’ai préféré m’approvisionner chez le buraliste ou plutôt dans un "bar-tabac" situé à la place Clichy, pas loin de mon hôtel.
"En ce début du mois de janvier, à Paris, on s’amuse et on rie.
Pourtant, le temps est vachement gris.
Par le froid, je suis transi
Mais je ne regrette pas d’être à Paris.
Savez-vous qu’à l’appel de Paris
Toutes activités cessantes, j’ai répondu,
Laissant femme et enfants en Algérie ?
Prenant le risque d’être éconduit
Même si, sur moi, j’avais un sauf-conduit,
J’ai pris l’Aigle bleu et, de mon pays, je me suis enfui
Mais pas comme un Harraga qui, en haute mer, périt."
C’est ainsi que pendant que je flânais sur les Champs-Elysées, sans faire attention aux passants, je pondais machinalement mes mots. Les uns après les autres. Spontanément ou parfois accompagnés de mouvements du corps, d’étirements des bras, de claquements des doigts, de mimiques et de gestuelles qui frisaient parfois le ridicule, les mots sortaient sans faire de bruit, sans faire de vagues et allaient se répandre, comme la brume de ce matin-là, sur tout Paris. Mais, j’en étais pleinement conscient, Paris était sourd à ma poésie naissante, à mes vers ridicules. Il s’en foutait royalement de mes jérémiades.
Tel un chorégraphe, je m’exprimais avec mon corps. Et chaque fois qu’un vers me semblait convenir, j’opinais de la tête et le répétais plusieurs fois de suite pour le mémoriser définitivement. C’était comme un jeu d’enfant. Mais à défaut de billes ou de quilles dont, enfant, j’avais usé et abusé, je jouais avec les mots d’une langue qui n’est pas mienne. Mais une langue que nous avons, de ce côté-ci de la Méditerranée, gardé comme un "butin de guerre". Et que, malgré tout, nous essayons d’enrichir aussi. Sémantiquement parlant. Ne risquerais-je pas le lynchage pur et simple si on apprenait que j’étais en train de dénaturer la langue de Molière, me suis-je demandé à hauteur de la FNAC à la vue d’un livre de Simone de Beauvoir dont on venait de célébrer le centenaire de la naissance ? On parlait beaucoup d’elle et, excusez-moi cette petite digression, de son cul qui a fait la une du Nouvel Observateur. Chose que j’ai, cependant, ratée ! J’aurais tant aimé voir le corps nu, même de dos, même retouché numériquement, de cette dame qui a tant donné à la littérature française et qui s’est tant engagée dans le mouvement féministe. Dans l’émancipation des femmes. Non pas pour cultiver le côté voyeuriste qui se cache certainement en chacun de nous, il faut l’avouer, mais par simple curiosité. Et parce que aussi, comme l’a dit quelqu’un "le cul de Simone... c’est beau à voir". La nature humaine est ainsi faite. Pas moyen de la changer. Mais, hélas, sa photo qui n’avait pas, semble-t-il, fait l’unanimité au sein même de la rédaction du Nouvel obs, a disparu de la circulation aussi vite qu’elle était apparue. J’ai beau chercher de vieux journaux dans les poubelles, mais en vain. Aucune trace d’elle. "Tant pis", finis-je par lâcher alors que je m’éloignais à grandes enjambées de la FNAC pour aller griller une cigarette au pied de la statue de Charles de Gaulle.
Simone de Beauvoir, si elle était encore vivante, aurait-elle accepté qu’on étale à la une d’un magazine à fort tirage son corps tout nu ? Ses fesses relookées ? Pendant une bonne partie de la matinée, ces questions-là ne voulaient pas me quitter. Elles me poursuivaient. Elles me collaient aux fesses. Même lorsque j’ai voulu acheter un parfum pour ma femme chez Sephora, pendant que l’hôtesse d’accueil me présentait les dernières nouveautés de leur gamme, je ne voyais ni "J’adore" ni le flacon en forme de pomme de Nina Ricci : mon esprit n’avait d’yeux que pour l’image du corps dénudé de Simone de Beauvoir. Que j’imaginais, évidemment.
Mais, comment, bonté divine, me suis-je demandé, une société qui ne jure que par les Droits de l’homme en est arrivée là ? A bafouer, à fouler du pied les droits les plus élémentaires d’une femme morte depuis belle lurette maintenant ? Une femme dont il ne reste plus ni les fesses ni les os ? Serait-elle, cette femme, en train de se retourner dans sa tombe à l’heure actuelle parce que, dans le but de tirer plus de bénéfices de leur papier, des esprits mercantiles ont exhumé, sans autorisation de qui de droit, une vieille photo de sa jeunesse ? Belle façon de marquer son centenaire ! A qui sera le tour l’an prochain ? "Mais qui suis-je pour parler comme ça ? Qui suis-je pour donner des leçons de morale à une société sortie tout droit du siècles des Lumières ? Les gens qui ont pris la décision de publier cette photo ne sont pas débiles tout de même. Ils ne sont pas non plus animés par le désir de porter atteinte à une des leurs, qui plus était une dame bien pensante ! C’est peut-être leur façon, une façon bien à eux en tout cas, une façon spécifique à eux et à eux seulement comme l’est le Camembert à la Normandie, de marquer ce centenaire et de montrer ainsi leur affection toujours intacte, malgré le temps écoulé depuis sa mort, à cette dame au grand coeur. Ce n’est pas si grave que ça ! Les gens, toutes catégories sociales confondues, ont dû, certainement, prendre cela du bon côté. Personne n’a émis de fatwa condamnant les journalistes de ce magazine au bûcher ou à la damnation éternelle dans les feux de la Géhenne ! Il y eut, peut-être, une discussion à bâtons rompus, avant le bouclage du journal, entre les partisans de la publication de cette photo et ceux qui n’en voulaient pas et puis... rien. Tout le monde a donné son OK. On était certainement curieux de voir aussi la réaction des lecteurs. C’est comme ça que ça se passe en démocratie. La majorité finit toujours par l’emporter. Et la minorité, même si elle n’est pas du même avis, joue le jeu ; elle accepte de fait sa défaite. Ni le rédacteur en chef ni le directeur du magazine n’ont été inquiétés par les pouvoirs publics et encore moins par la justice. La liberté de la presse n’est pas, ici, une simple vue de l’esprit mais elle est réelle. Elle existe bien. De cela, qu’ai-je à dire ? On en est encore loin, nous. L’esprit de "Taghenanet" qui consiste à dire et à affirmer que ’ça ne peut être qu’une chèvre même si elle vole’ n’existe pas chez eux. Ah ! oui, ça c’est une de nos spécialités . Une de nos spécifités."
Absorbé dans mes pensées, j’ai failli être renversé par une moto qui roulait à vive allure et qui a mal négocié son virage du côté du musée du Louvre. C’était ma faute. Sans m’en rendre compte, j’étais pratiquement au milieu de la chaussée alors que le feu pour piéton était au rouge. Cet incident m’a rendu fou de rage. Contre moi-même. Contre ma façon de marcher dans la rue sans faire attention ni aux voitures ni aux piétons, empêtré comme j’étais dans mes pensées à un sou. J’avais envi de griller encore une cigarette pour reprendre mes esprits et retrouver ma sérénité ; mais mon paquet Marlboro était vide. Furieusement je l’ai froissé et jeté par-dessus la balustrade d’un des ponts qui traversent la Seine.
Une loi, interdisant la cigarette dans les lieux publics, venait d’être promulguée. Et appliquée dans toute sa rigueur. Le contrevenant s’expose purement et simplement à une amende de plusieurs dizaines d’euros. Mais, les cafetiers et autres tenanciers de débits de boissons, par crainte de perdre leur clientèle habituée jusque-là à passer des soirées dans une atmosphère enfumée, ont vite trouvé la parade : sur les terrasses, chauffées avec des moyens du bord, les tables, sur lesquelles trônent encore des cendriers incitant ainsi les gens à ne pas renoncer à leurs anciennes habitudes, sont prises d’assaut. Là, on peut griller tranquillement sa clope sans se faire tirer les oreilles ni taper sur les doigts comme un enfant que l’on surprend en pleine bêtise.
Simone de Beauvoir, pour revenir encore à elle, aurait-elle accepté, sans rechigner, cette loi ? N’aurait-elle pas vu en cette loi une régression dramatique du champ des libertés individuelles ? Gageons qu’elle aurait, hargneusement, défait son chignon et arraché ses cheveux pour protester contre cette loi que d’aucuns considèrent déjà comme n’allant pas faire long feu. Pour sûr, elle ne durera pas longtemps. Elle finira par s’éteindre d’elle-même, petit à petit, comme une cigarette mal éteinte que l’on a abandonnée, à la hâte, au fond d’un cendrier, pour ne pas rater son train. Mais en attendant, il faut apprendre à faire avec. Prendre son mal en patience et griller sa clope ailleurs que dans un bar ou autre lieu convivial. Et puis de toute façon "fumer tue". C’est ce que, obéissant à cette nouvelle loi, les fumeurs de mon acabit finissent pas se dire. On se console comme on peut.
A la sortie du métro, à Barbès-Rochechouart, j’ai été approché par des jeunes qui vendaient clandestinement des cigarettes de marque Marlboro. Bien que le prix de ces cigarettes défie toute concurrence, je n’ai pas succombé à la tentation et j’ai préféré m’approvisionner chez le buraliste ou plutôt dans un "bar-tabac" situé à la place Clichy, pas loin de mon hôtel.
Escapade parisienne

Lorsque l’avion d’Aigle Azur atterrit avec douceur sur le tarmac de l’aéroport d’Orly Sud, mon cœur s’est mis à battre la chamade. Le trac s’est subitement emparé de moi comme si on m’emmenait à la guillotine. J’avais la gorge sèche, le visage certainement pâle et je sentais mes genoux fléchir à tel point qu’il m’était presque impossible, du moins difficile, d’avancer dans l’étroit couloir de l’appareil... euh... Boeing ou Airbus, je m’en souviens plus. D’autant plus que je m’étais encombré d’un sac assez lourd (et qui aurait dû voyager dans la soute à bagages) et de mon manteau Rialto dont un pan entier traînait par terre. Mais sur la moquette! La raison de tout cela, me direz-vous? Eh bien, malgré mon visa en bonne et due forme, j’avais peur de "tomber" sur un "Pafiste" qui, pour des raisons que seule la xénophobie et le racisme pourraient expliquer, appose la fameuse lettre "R" sur mon passeport: refoulé!
Plus j’avançais dans la queue et plus le trac augmentait et la sueur perlait sur mon visage. J’ai même pensé changer de file car, à côté, ça avançait mieux. En tout cas c’est ce qu’il me semblait. Dans ce genre de situation, il est normal, me semble-t-il, d’avoir la hantise d’avoir fait le mauvais choix ; la crainte d’avoir choisi la mauvaise file. La "Pafiste", une jeune fille au teint presque basané et aux cheveux noirs coupés à "la garçonne", une Corse ou une Marseillaise sans doute, paraissait, de loin du moins, ne pas importuner trop les voyageurs par des questions indiscrètes type "que venez-vous faire à Paris, Monsieur ou Madame", par exemple. Alors que, de mon côté, le préposé au guichet prenait tout son temps à vérifier et à "revérifier" les passeports et à tenir, parfois même, un brin de causette avec son vis-à-vis. Histoire peut-être de pousser "l’autre" à commettre la faute qui justifie tout simplement et tout bêtement son renvoi d’où il vient. Enfin, c’est ce que, inconsciemment peut-être aussi, je ruminais dans mon for intérieur pendant que j’attendais mon tour de "passer à table". Oui, pour les Algériens que nous sommes, mal vus partout, à cause de la décennie noire qu’on traîne comme un boulet, c’est une torture psychologique que de passer une frontière européenne. Même avec un visa en bonne et due forme. Même avec un visage rasé de près (qui inspire donc confiance) et au-dessus de tout soupçon. La file d’attente qui s’allongeait de plus en plus ne semblait guère déranger outre mesure le "Pafiste". Mais, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il faisait correctement son boulot. Même s’il s’attardait un petit peu, plus que sa collègue d’à côté, à jauger le profil psychologique de "l’autre" et à deviner peut-être, spéculation de ma part, à travers les visages tendus par le trac et sur lesquels tout sourire a disparu momentanément quels sont ceux qui sont susceptibles de venir renforcer les rangs des "sans papiers". Mais, pour cela, "soyez sûr que vous ne pouvez pas compter sur moi", murmurais-je. Comme un élève très sérieux et méticuleux dans ses réponses, je commençais à peaufiner mon discours. Au cas ou. Sait-on jamais. "Je ne suis venu à Paris que pour changer d’air et m’imprégner un tant soit peu de la culture occidentale. Visiter la tour Eiffel, m’attabler au moins une fois, avec des amis, chez "Le roi des coquillages" à Clichy et faire du shoping au "Quatre vents" à l’occasion des soldes". Voilà ce que je devais lui donner comme justification de ma présence à Orly Sud. Une réponse précise et concise. Qui ne souffre d’aucune ambiguïté. D’aucune équivoque. C’est mon tour. J’approche d’un pas hésitant vers le "Pafiste". Je lui présente mon passeport et j’essaie de retenir ma respiration un peu haletante. Il ne remarque pas mon manège. Tant mieux, me suis-je dis.
Toutes mes appréhensions de départ se sont dissipées, volatilisées, fondues comme neige au soleil qui manquait pourtant ce jour-là à Paris, lorsque le "Pafiste", un jeune homme à l’allure impeccable, me tend le passeport après avoir apposé dessus le cachet humide de l’aéroport et me dit d’un air sympa "Bon séjour à Paris, Monsieur". A ce moment-là, j’ai retrouvé le sourire. Mes jambes ont repris de l’assurance et je me dirigeai vite vers le tapis roulant récupérer ma valise. Une femme qui poussait péniblement son"Caddie" a failli me casser le tibia. Très gênée de sa conduite imprudente, mais pas en état d’ivresse tout de même, elle s’excusa. Sans rancune aucune, j’ai accepté ses excuses et je me suis précipité à mon tour vers un Caddie, qui traînait dans les parages, y déposer mes bagages.
Et Paris m’accueillit à bras ouverts !
Il ne me restait alors qu’à prendre le bus puis le métro pour arriver, fatigué, mais content d’être là, à "l’hôtel X" situé à quelques encablures du "château de Vincennes" où une amie m’avait déjà réservé une chambre. La chambre était petite, à peine cinq à six mètres carrés, mais dotée de toutes les commodités qu’espère un touriste pas du tout exigeant tel votre serviteur. Je devais y passer trois nuits, mais, me sentant un peu à l’écart de la grande effervescence qui régnait à Châtelet et de la vie nocturne de Saint-Michel et de Pigalle, au deuxième jour j’ai réglé ma facture et mis les voiles. D’autant plus que le vent m’était favorable : il y avait des chambres libres dans l’hôtel où je descends habituellement lorsque je suis à Paris. L’hôtel a changé de propriétaire et de personnel, mais les chambres sont toujours impeccablement tenues et le petit déjeuner toujours servi au sous-sol, là où, il y a deux ou trois ans, la jeune fille oranaise, rappelez-vous (voir article précédent), m’avait fait part de son grand désarroi : elle se sentait comme un poisson rouge dans un bocal.
Plus j’avançais dans la queue et plus le trac augmentait et la sueur perlait sur mon visage. J’ai même pensé changer de file car, à côté, ça avançait mieux. En tout cas c’est ce qu’il me semblait. Dans ce genre de situation, il est normal, me semble-t-il, d’avoir la hantise d’avoir fait le mauvais choix ; la crainte d’avoir choisi la mauvaise file. La "Pafiste", une jeune fille au teint presque basané et aux cheveux noirs coupés à "la garçonne", une Corse ou une Marseillaise sans doute, paraissait, de loin du moins, ne pas importuner trop les voyageurs par des questions indiscrètes type "que venez-vous faire à Paris, Monsieur ou Madame", par exemple. Alors que, de mon côté, le préposé au guichet prenait tout son temps à vérifier et à "revérifier" les passeports et à tenir, parfois même, un brin de causette avec son vis-à-vis. Histoire peut-être de pousser "l’autre" à commettre la faute qui justifie tout simplement et tout bêtement son renvoi d’où il vient. Enfin, c’est ce que, inconsciemment peut-être aussi, je ruminais dans mon for intérieur pendant que j’attendais mon tour de "passer à table". Oui, pour les Algériens que nous sommes, mal vus partout, à cause de la décennie noire qu’on traîne comme un boulet, c’est une torture psychologique que de passer une frontière européenne. Même avec un visa en bonne et due forme. Même avec un visage rasé de près (qui inspire donc confiance) et au-dessus de tout soupçon. La file d’attente qui s’allongeait de plus en plus ne semblait guère déranger outre mesure le "Pafiste". Mais, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il faisait correctement son boulot. Même s’il s’attardait un petit peu, plus que sa collègue d’à côté, à jauger le profil psychologique de "l’autre" et à deviner peut-être, spéculation de ma part, à travers les visages tendus par le trac et sur lesquels tout sourire a disparu momentanément quels sont ceux qui sont susceptibles de venir renforcer les rangs des "sans papiers". Mais, pour cela, "soyez sûr que vous ne pouvez pas compter sur moi", murmurais-je. Comme un élève très sérieux et méticuleux dans ses réponses, je commençais à peaufiner mon discours. Au cas ou. Sait-on jamais. "Je ne suis venu à Paris que pour changer d’air et m’imprégner un tant soit peu de la culture occidentale. Visiter la tour Eiffel, m’attabler au moins une fois, avec des amis, chez "Le roi des coquillages" à Clichy et faire du shoping au "Quatre vents" à l’occasion des soldes". Voilà ce que je devais lui donner comme justification de ma présence à Orly Sud. Une réponse précise et concise. Qui ne souffre d’aucune ambiguïté. D’aucune équivoque. C’est mon tour. J’approche d’un pas hésitant vers le "Pafiste". Je lui présente mon passeport et j’essaie de retenir ma respiration un peu haletante. Il ne remarque pas mon manège. Tant mieux, me suis-je dis.
Toutes mes appréhensions de départ se sont dissipées, volatilisées, fondues comme neige au soleil qui manquait pourtant ce jour-là à Paris, lorsque le "Pafiste", un jeune homme à l’allure impeccable, me tend le passeport après avoir apposé dessus le cachet humide de l’aéroport et me dit d’un air sympa "Bon séjour à Paris, Monsieur". A ce moment-là, j’ai retrouvé le sourire. Mes jambes ont repris de l’assurance et je me dirigeai vite vers le tapis roulant récupérer ma valise. Une femme qui poussait péniblement son"Caddie" a failli me casser le tibia. Très gênée de sa conduite imprudente, mais pas en état d’ivresse tout de même, elle s’excusa. Sans rancune aucune, j’ai accepté ses excuses et je me suis précipité à mon tour vers un Caddie, qui traînait dans les parages, y déposer mes bagages.
Et Paris m’accueillit à bras ouverts !
Il ne me restait alors qu’à prendre le bus puis le métro pour arriver, fatigué, mais content d’être là, à "l’hôtel X" situé à quelques encablures du "château de Vincennes" où une amie m’avait déjà réservé une chambre. La chambre était petite, à peine cinq à six mètres carrés, mais dotée de toutes les commodités qu’espère un touriste pas du tout exigeant tel votre serviteur. Je devais y passer trois nuits, mais, me sentant un peu à l’écart de la grande effervescence qui régnait à Châtelet et de la vie nocturne de Saint-Michel et de Pigalle, au deuxième jour j’ai réglé ma facture et mis les voiles. D’autant plus que le vent m’était favorable : il y avait des chambres libres dans l’hôtel où je descends habituellement lorsque je suis à Paris. L’hôtel a changé de propriétaire et de personnel, mais les chambres sont toujours impeccablement tenues et le petit déjeuner toujours servi au sous-sol, là où, il y a deux ou trois ans, la jeune fille oranaise, rappelez-vous (voir article précédent), m’avait fait part de son grand désarroi : elle se sentait comme un poisson rouge dans un bocal.
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