lundi 20 octobre 2025

Le prix Nobel a-t-il encore de la valeur ?

Il rêvait du prix Nobel de la paix. Et il était sûr de lui, sûr de l’avoir, ce prix. C’est raté ! Peut-être l’année prochaine… Ou en posthume ? Car, le gars est déjà âgé et commence à avoir des soucis de santé. 
De qui s’agit-il, pourraient me rétorquer les gens qui ne sont pas en phase avec l’actualité politique du monde ? Pourtant, c’est très facile à deviner : le président des Etats-Unis, Donald Trump. 
Mais, n’étant personnellement ni politicien ni spécialiste en géopolitique, je me pose une question bête : comment pourrait-on lui discerner ce prix alors qu’il serait, peut-être, tout autant responsable que Benjamin Netanyahou dans le génocide du peuple palestinien (de Gaza) ? Il se targue d’avoir arrêté des guerres alors qu’en réalité ce serait lui qui entretiendrait le brasier en fournissant des armes aux belligérants. Du moins aux Ukrainiens et aux Israéliens. Pour ces derniers, en sus du soutien diplomatique inconditionnel au sein du Conseil de sécurité de l’ONU avec l’usage systématique du véto.
Deuxième question qui me vient encore à l’esprit : qu’a-t-il fait de bien depuis qu’il occupe la Maison-Blanche pour mériter le prix Nobel de la paix ? Il dit avoir mis fin à de nombreuses guerres et autres conflits à travers le monde. En tous les cas, les vraies guerres, celles qui durent depuis au moins deux ans et qui ont fait des milliers de morts, sont toujours actives. Que ce soit en Ukraine ou à Gaza, les canons tonnent toujours. Et les hommes meurent tous les jours. Et les armes en provenance du pays de l’Oncle Sam ou de l’OTAN (qui est toujours sous domination du même Oncle Sam) ne sont un secret pour personne. 
Autre question qui n’est pas de moindre importance : est-il venu à Charm El-Cheikh, en Egypte, pour signer la paix entre Israéliens et Palestiniens ou pour faire la promotion des armes fabriquées par le complexe militaro-industriel américain ? Habituellement, dans ses discours, il est toujours question de ventes d’armes, d’argent, de bénéfices. Tout ce qui intéresse Donald Trump est comment gagner plus d’argent et, de ce point de vue, on pourrait être indulgent envers lui et compréhensif car il est bien connu que «le nerf de la guerre, c’est l’argent».

En 2018, notre ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, lors d’une conférence de presse, avait dit que «l’Algérie n’a pas besoin de prix Nobel». Il avait alors provoqué une polémique. Plus que ça, pendant plusieurs jours, il fut l’objet de risée et de moqueries de beaucoup de gens sur les réseaux sociaux. En effet, il est bien connu que c’est surtout dans l’anonymat de ces réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, que les langues se délient et que la critique soit la plus véhémente. En fait, notre ministre avait soulevé le cas du Nobel en sciences et en technologies. Pas celui de la Paix. Pour lui, l’Université algérienne était au top, elle formait des cadres d’excellente facture dans tous les domaines et qu’elle n’avait donc rien à prouver. C’était ça, en gros, le sens de sa plaidoirie, si j’ose dire. 

Aujourd’hui, avec l’attribution de ce prix Nobel à Maria Corina Machado, une opposante au régime de Nicolas Maduro (Venezuela), on ne peut qu’être tout à fait d’accord avec les propos de notre ministre. D’ailleurs, en apprenant cette nouvelle, Donald Trump lui-même a fait le reproche au comité d’avoir fait «passer la politique avant la paix». 

Effectivement, un prix Nobel de la paix ou de toute autre discipline récompensée par cette auguste institution n’a, de nos jours, presqu’aucune valeur, sachant pertinemment que l’attribution relève beaucoup plus de considérations politiciennes que de la valeur intrinsèque de l’auteur qui en est l’heureux lauréat.

samedi 11 octobre 2025

L'Occident, a-t-il encore une once de courage ?

Dans les années 70, lycéens, nous nous racontions l'histoire de l'élève qui a eu la meilleure note en philo. Il s'agissait alors de disserter sur " qu'est-ce que le courage" ? Hanté par sa feuille restée blanche jusqu' au moment où l'enseignant commençait à ramasser les copies, l'élève eut, comme une révélation, une idée géniale. Il griffonna alors à la hâte la phrase suivante : " le courage est de rendre la feuille blanche". Quelques jours plus tard, à la séance de philo, c'était la remise des notes. Le cœur battant la chamade, l’élève attendait la sienne. Elle tardait à venir alors que celles de ses camarades de classe, bien plus studieux que lui, étaient tout juste moyennes. Logiquement donc il s'attendait à un zéro bien rond avec en sus brimades de l'enseignement et les moqueries et les rires sarcastiques de ses camarades. Mais, contre toute attente, sa copie ne fut remise qu’en dernier, et c'était à des félicitations de l’enseignant qu'il eût droit. Car, au lieu de se cantonner à théoriser ce concept comme l'avaient fait ses camarades, il l'avait mis carrément en pratique démontrant ainsi, à son corps défendant, que l'enseignement de la philo ne vaut rien du tout si cette matière n'incite pas l'homme à passer, le cas échéant, à l'action. En effet, il est des moments dans la vie ou théorie et pratique doivent aller de pair. L'une sans l'autre ne vaut rien du tout. L'histoire nous apprend d'ailleurs que, dans la lutte des peuples pour leur indépendance, des révolutionnaires africains (Nelson Mandela, par exemple) ou de l'Amérique latine (Che Guevara) ont eu recours à cette philosophie : de la théorie à la pratique, des discours politiques enflammés à la lutte armée. Il en était de même lors de la guerre d’Algérie. Sans l’engagement sur le terrain de la lutte armée des hommes tels que Abbane Ramdane et Krim Belkacem, qui étaient considérés comme les théoriciens de la révolution algérienne, celle-ci n’aurait pas abouti à l’indépendance. Cette histoire était-elle vraie ou fausse ? Nul ne le savait à l’époque. En tous les cas, elle l’avait l’air d’être véridique et non mythique. Et l’enseignant avait-il raison de noter largement cet élève qui, apparemment, au vu du manque flagrant de son inspiration, séchait allègrement les cours de cette matière ? L’enseignant a du certainement agir en son âme et conscience. Rien ne le forçait à donner une bonne note si rien ne le justifiait. Dans notre classe de scientifiques, beaucoup d’élèves boudaient le cours de philosophie. On estimait que c’était une perte de temps et qu’il fallait plutôt s’occuper beaucoup plus de la physique et des mathématiques dont les coefficients de notation étaient élevés. Mais, une fois le bac obtenu, une fois les études médicales entamées, personnellement, je me suis rendu compte qu’en fait, comme ne cessait de répéter l’enseignant « la philosophie est la mère de toutes les sciences ». De cela, je me rends compte plus aujourd’hui qu’hier et encore plus qu’avant-hier… Rien n’est plus intéressant et remarquable que la philosophie qui, au lieu de se contenter de concepts théoriques, recommande plutôt à l’être, à l’homme, de prendre la voix de l’action. D’entreprendre des actions. Aujourd'hui quand on parle de courage concernant certains hommes politiques ou certains pays qui osent critiquer, du bout des lèvres, l'Etat d'Israël, la moindre des choses qu'on puisse dire est que c'est insuffisant. Largement insuffisant au vu de ce qui se passe à Gaza. Il faudrait penser aussi à passer à l'action en sanctionnant cet État et en l'isolant plus qu'il ne l'est déjà. Si l’enseignant de philo évoqué ci-dessus était encore de ce monde, il donnerait de très mauvaises notes à ces hommes politiques ou à ces pays pour avoir manqué à leur devoir de mettre fin, aussi vite que possible, à l’opération génocidaire menée par Israël à Gaza. La politique sans conscience est une ruine de l’âme. A l’origine, cette sentence concernait la science mais, j’ai pris mes aises de l’extrapoler sur la politique. Car de nos jours, la politique s’est emparée de tous les domaines, y compris de la science. En effet, n’a-t-on pas vu qu’au moment de la crise de Covid-19, il y a à peine quelques années, que la gestion de celle-ci s’était faite, urgemment et contre tout bon sens, toute logique, par les politiques et non par les médecins ? En arabe classique, il y a un aphorisme qui dit, en substance, ceci : si la gestion de telle ou telle chose est laissée à celui qui n’est pas de droit, l’heure est grave. Ma traduction manque peut-être de pertinence mais, grosso modo, l’esprit et la lettre de cet aphorisme ont été respectés autant que faire se peut. Vladimir Lénine avait dit « il y a des décennies où rien ne se passe, et il y a des semaines ou des années se produisent ». C’est cette impression que dégage actuellement l’actualité internationale. Que ce soit en Ukraine, au Proche-Orient et en particulier à Gaza ou plus proche de nous, en France, il se passe des choses tellement terribles que cela risquerait de mettre le monde sens dessus dessous. En fait, le monde, à la minute même où je rédige cette note, n’est pas très loin d’une fin apocalyptique. Est-ce trop pessimiste de dire cela ? Est-ce exagéré d’annoncer de telles prédictions ? Une certaine frange de la population française se trouve actuellement très contrariée par le fait que leur président, Emmanuel Macron en l’occurrence, reconnaisse, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU, à New-York, un Etat palestinien. Il est tout à fait facile, à ceux qui suivent la politique internationale de comprendre à quelle frange de la société française je fais allusion. Dans ma dernière « lettre au peuple français », c’est sciemment que j’ai opté pour un ton mesuré, un ton calme et dépourvu de tout enthousiasme en rapport avec la question palestinienne, pour éviter les interprétations erronées et le risque d’être taxé d’antisémite. Je me suis permis, néanmoins, de conseiller aux mécontents français contre cette décision diplomatique d’essuyer les verres, peut-être enduits de poussière, de leurs montures et d’essayer de voir les choses autrement. Car, à bien y réfléchir, cette reconnaissance profite beaucoup plus à Israël qu’à l’hypothétique Etat palestinien dont les frontières restent à établir : celle d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale ou d’autres frontières à redessiner, ensemble, Israéliens et Palestiniens, dans cette forme de gruyère que sont devenus les territoires palestiniens ? Il est clair que cela, ce bornage des frontières je veux dire, ne va pas être facile et ne manquera pas de soulever de nombreuses contestations des uns et des autres. Cela, en supposant, bien sûr, qu’Israël accepte cette solution à deux Etats, ce qui est loin d’être acquis. La communauté internationale qui s’est exprimé en ce jour du 22 septembre 2025, en faveur de la création de l’Etat palestinien, est donc, d’ores et déjà appelée à prendre ses responsabilités et à veiller à ce qu’il n’y ait pas d’emblée de litige frontalier. Bref, on n’en est pas encore là. C’est ma naïveté politique qui me fait écrire de telles choses, je crois. Onirisme, quand tu me tiens ! Aziz GHEDIA

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...