dimanche 27 décembre 2009

Albert Camus : une histoire de malentendus.

Albert Camus : une histoire de malentendus.

Le journal algérien « El Watan » a consacré, dans son édition du vendredi 25 décembre, une page spéciale à Albert Camus.

Les deux journalistes Adlène Meddi et Ahmed Tazir ont commencé d'abord par une petite virée au quartier de Belcourt qui a vu grandir Camus. Là, ils ont questionné les habitants du quartier ou des passants qui flânaient sur l'avenue Belouizdad. Mais, oh ! Surprise ! Personne n'avait entendu parler de Camus. L'image de Camus, jeune étudiant à la fac d'Alger ou gardien de but au Racing d'Alger, s'est, au fil du temps, effacée de la mémoire des plus vieux. Quant aux plus jeunes, ils ne lisent pas. Alors … Camus ?  Ça ne leur dit vraiment rien. Acteur, chanteur de Rock 'n roll ou danseur d'opéra ? Personne n'était en mesure de dire qui était cet homme. Nul n'était en mesure de prononcer ne serait-ce que ces quelques syllabes « é cri vain ». A dire que la seule préoccupation de nos jeunes aujourd'hui c'est le pain quotidien et rien que le pain quotidien. La nourriture de l'esprit, on s'en fout éperdument ! La culture, la littérature, le prix Nobel, tout cela n'intéresse pas grand monde. A Belcourt ou ailleurs. Mais, peut-on les blâmer pour ça tout en sachant que ceci est le résultat d'une école sinistrée ? D'un système éducatif qui n'en finit pas avec ses réformes ? En fait, personnellement, je ne blâme pas ces jeunes-là. S'ils ne connaissent pas Camus c'est parce qu'à l'école on ne leur a pas enseigné Camus mais plutôt des poètes de la période préislamique tels que…non, honnêtement, pour ces deux-là, Abou Nouas et El Mutanabbi, j'hésite moi-même à les classer dans une époque précise. Appartiennent-ils vraiment à la période ante islamique comme je viens de le dire ? A l'époque fatimide ? Ou Abbaside ? A dire vrai, je n'en sais rien, j'ai oublié, et je n'ai pas envie de me ré encombrer encore l'esprit avec ces deux lascars de la poésie arabe à cause desquels je n'ai eu que de mauvaises notes en langue arabe lorsque j'étais lycéen. Tenez, en citant ce dernier, il m'est subitement venu à l'esprit une vieille anecdote. Un jour, le prof d'arabe a interrogé l'un des cancres de notre classe. La question portait justement sur Abou Ettayeb El Mutanabbi. « Jeune homme, lui dit-il, parle-moi d'El Mutanabbi ». Visiblement, l'élève n'avait pas préparé son cours. Alors, après un petit instant d'hésitation, il lâcha : « Cheikh, oualah, ana douman't mâah bach netkalmlek âalih ! » (1) Et, comme on s'y attendait, le zéro s'était imposé de lui-même. L'élève avait sportivement et flegmatiquement accepté sa note.

Il faut dire que parmi les gens interrogés, seul celui qui occupe actuellement le petit appartement de deux pièces situé au 124 de l'avenue Belouizdad (là où créchait misérablement Albert pendant sa jeunesse) a pu répondre plus ou moins correctement à la question. Et ceci pour une raison simple : il est souvent sollicité par des étrangers qui viennent se rendre compte par eux-mêmes des conditions dans lesquelles vivait « l'homme révolté ». Forcément donc, on lui susurrait quelques bribes d'information concernant le personnage et son œuvre.

Il est vrai qu'à cette époque, les « Arabes » habitaient sur les hauteurs de Belcourt, à Laakiba, et ne côtoyaient pas assez les « Roumis ». Même pas ceux de condition sociale modeste. Un mur psychologique séparait les deux communautés. Et, rares étaient les algériens de « souche » (pour utiliser un mot en vogue actuellement en France) qui fréquentaient les bancs du lycée Bugeaud ou de la fac d'Alger où Camus avait fait ses études. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que Camus a quitté l'Algérie bien avant le déclenchement de la guerre d'Algérie.

Dans le quartier, rien n'a changé depuis cette époque. Les escaliers qui mènent à l'appartement sont toujours mal ou pas éclairés. « La rampe existe toujours. Les cafards aussi.» Dans ce quartier, l'Histoire semble s'être arrêté. Aux années de l'époque coloniale. Le seul changement dans le décor c'est le teint basané et les cheveux frisés des occupants du quartier. Et c'est mieux qu'il en soit ainsi. Reste à espérer que les pouvoirs publics prendront le plus tôt possible l'initiative de transformer cet appartement en une sorte de musée que les fans de Camus, ceux qui veulent en faire une icône algérienne, viendront visiter de temps à autre. Car, aucun doute là-dessus, la «Panthéonisation» de Camus va donner un coup de fouet au tourisme culturel dans ce quartier d'Alger.

Déçus peut-être de n'avoir pas pu étancher leur soif en matière de Camus, et ce dans le quartier même où celui-ci  avait vécu, nos deux journalistes se sont ensuite retournés vers des hommes qui ont un rapport certain avec le livre et donc avec la littérature. Mais, là aussi les avis sont partagés. Si pour le premier, libraire de son état, Camus n'est rien d'autre qu'un « écrivain français d'Algérie », pour le second (Sofiane HADJADJ), éditeur, « Camus fait partie du patrimoine littéraire algérien ». C'est ainsi que je le vois personnellement.

Mais, le must du must de cette page spéciale « Albert Camus » reste l'interview de José Lenzini qui est, selon les journalistes, l'un des spécialistes d'Albert Camus. Alors, écoutons-le : « Les Algériens attendaient, sans doute, de Camus qu'il soit aux côtés des révolutionnaires qui, à partir de novembre 1954, luttèrent pour l'indépendance. Deux raisons au moins faisaient qu'il ne pouvait se joindre à eux... D'abord, il ne croyait pas à la possibilité des différentes communautés de se retrouver dans l'harmonie d'une indépendance, qui lui paraissait vouée à de grosses contradictions du fait de son « usurpation » par le FLN. Camus croyait plus à une fédération, qui aurait une autonomie avec la France et qui pourrait s'en détacher progressivement. En cela, il se sentait beaucoup plus proche des thèses de Messali Hadj dont il fut proche, entre 1935 et 1937, alors qu'il militait au PCA.

Il quitta le parti estimant que le PCF était beaucoup trop en retrait par rapport aux aspirations des Algériens, celles d'une réelle égalité des droits. Il trouvait indécent que le projet Violette -qui d'ailleurs n'arriva pas au Parlement- se contentait de proposer la nationalité française à 60 000 Arabes « méritants » alors que le pays en comptait 6 millions. D'autre part, la mère de Camus vivait à Belcourt et ne voulait pas quitter ce « quartier pauvre » auquel Albert Camus était également très attaché. Il savait qu'elle pouvait être victime d'un attentat aveugle et ne pouvait imaginer (qui l'aurait d'ailleurs fait ?) d'aider ceux dont les armes auraient pu tuer sa mère. Il a dit, juste après l'obtention du Nobel : « j'aime la justice mais je défendrai ma mère avant la justice ». Qui donc d'entre nous aurait pu faire un choix différent ? Interrogé à propos de cette fameuse phrase, le président algérien Bouteflika avait répondu : « n'importe lequel d'entre nous aurait fait la même réponse. Ce qui prouve que Camus est des nôtres »

 
 

  1. Prof, je n'ai pas joué aux dominos avec lui. Par conséquent, je ne peux vous réciter sa biographie. 


 

samedi 12 décembre 2009

Camus ! Come on !

Camus ! Come on !

Dans mon dernier article « Nos ancêtres les Gaulois », j'avais brièvement évoqué Albert Camus. Parce que, mort il y a une cinquantaine d'années dans « un stupide accident de voiture », Camus fait en ce moment parler de lui. Pourtant Camus n'a rien demandé à personne. Il n'est pas entré par effraction dans ce débat ; ce débat on l'a voulu. En haut lieu. On l'a imposé en quelque sorte à la société française qui ne sait plus à quel saint se vouer tant les débats auxquels elle est conviée à participer sont nombreux et variés. Elle est belle la liberté d'expression ; elle est belle la démocratie. Mais quand il y a autant de débats à la fois, ça fait cacophonie et ça empêche sérieusement les gens de se concentrer, de faire la différence entre le bon grain et l'ivraie, l'utile et le futile.

Après une journée harassante, je ne suis pas en mesure de trop philosopher sur ces débats qui de toute façon ne se passent pas chez nous, je veux dire en Algérie. Mais, puisqu'on y est, n'est-il pas intéressant que, sous notre ciel aussi, on débâterait sur la seule question qui taraude actuellement l'esprit des algériens à savoir faut-il on non rompre les relations diplomatiques avec l'Egypte ? Je pari à cent contre un que la réponse serait un «oui » massif et franc. N'en rajoutons pas.

Revenons plutôt à Camus.

Ses restes vont certainement être transférés au Panthéon. On n'attend, semble-t-il, que l'aval de ses enfants. Mais, n'est-il pas venu à l'esprit de quelqu'un parmi les partisans de cette « Panthéonisation » que son autre patrie, celle où il est né et où il a grandi, pourrait aussi, un jour, revendiquer ses restes ? N'est-il pas venu à l'esprit de ces gens-là que, puisque de son vivant Camus aimait le soleil et la luminosité d'Alger, il serait préférable que ses restes reposent pour l'éternité dans un petit carré au cimetière de Belcourt qui domine la baie d'Alger ? Ou carrément dans un endroit qui serait aménagé spécialement à cet effet à la basilique « Notre dame » qui surplombe St Eugène et la mer ?

Ne serait-ce que pour narguer nos « frères » Egyptiens qui ont orchestré une campagne de dénigrement vis à vis de notre identité et de notre Histoire, nous devons tout faire pour que Camus retrouve sa terre natale. Nous prouverons ainsi au pays des Pharaons que la terre algérienne a enfanté un prix Nobel de littérature et ce bien avant qu'« Oum Eddounia » n'enfante le sien : Naguib Mahfouz.

Non, amis français, je ne suis pas niqué de la tête (excusez-moi le terme). Je jure sur la tête de Saint Nicolas que je parle le plus sérieusement du monde. Si ça ne tenait qu'à moi, nous nous approprierons les restes de Camus et nous les inhumerons là où je viens de le suggérer. D'autant plus qu'un pas a été déjà fait dans ce sens par les pouvoirs publics : en effet, une stèle lui a déjà été dédié à Tipaza. L'emplacement de cette stèle en ce lieu précis et non pas ailleurs, en face du Mont Chenoua, n'est pas fortuit; il rappelle aux étrangers de passage dans cette ville que Camus a été tellement émerveillé par la nature splendide de la région qu'il lui consacra une œuvre sous le titre de « Noces » à Tipaza.

Comment sais-je que Camus aimait le soleil d'Alger ? D'où m'est venue cette idée (que certains trouveront peut être stupide) que Camus aimait se vautrer sur le sable chaud des plages d'Alger ? Pas besoin d'être critique littéraire ni d'avoir lu toutes les œuvres d'Albert Camus pour deviner tout ça. Il suffit de lire L'étranger pour s'en rendre compte ; les mots « soleil », «luminosité », « plage », « ciel bleu » et d'autres encore reviennent souvent dans la narration que, forcément, on ne peut que conclure à l'attachement de Camus à sa terre natale, à cette terre d'Afrique du Nord où le soleil brille presque toute l'année. En un mot, à l'Algérie. Dans tous ses écrits, Camus parle de soleil. Soleil qui éblouit parfois la vue mais qui éclaire toujours l'âme. Je ne compte pas faire ici une dissertation sur l'Etranger mais une chose est sûre : le choix du nom donné au principal personnage de ce roman a certainement quelque chose à voir avec la douce Algérie. Du temps de la colonie. Il évoque tout aussi bien le meurtre (de l'Arabe), la mer et le soleil : Meursault. On peut cependant faire, ici, le reproche à Camus d'avoir sciemment dénié toute identité à l'Arabe; celui-ci est traité comme une entité abstraite. Comme si l'Arabe n'avait ni personnalité ni famille ni histoire. Mais laissons le soin aux critiques littéraires de décortiquer ce roman et de nous dire pour quelle raison Camus avait fait surgir « l'Arabe » du néant : une sorte de génération spontanée alors que l'Arabe occupait cette terre bien avant le débarquement de la flotte française à sidi ferruch en 1830.

Pendant la guerre d'Algérie, Camus avait adopté une position ambiguë vis-à-vis de notre cause. Rappelez-vous de sa fameuse phrase « si j'avais à choisir
entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère ». Par justice, il est clair qu'il entendait la cause algérienne, le combat du peuple algérien pour sa libération du joug colonial qui était, aucun doute là-dessus, tout à fait juste et justifié, et, bien entendu, par « sa mère », il faisait clairement allusion à la France coloniale. Disons-le crument, Camus était pour une Algérie française. De la lutte des indigènes (Arabes) pour leur indépendance, il n'en avait rien à cirer. Mais, nous ne lui en tenons pas rigueur. Il avait choisi son camp : être du côté des partisans de l'Algérie française. Nous avions continué la guerre. L'issue en était heureuse. Pour nous. Malgré les drames et les déchirures de part et d'autre. L'Histoire des peuples est ainsi faite ; de bas et de hauts, d'amour et de répulsion, de guerre et de paix. Cinquante ans après sa mort et presque autant après l'indépendance de l'Algérie, les plaies liées à cette sale guerre ont eu largement le temps de cicatriser, de part et d'autre de ma méditerrané aussi.

Alors, pourquoi voudrait-on aujourd'hui, sous le prétexte que « la patrie lui est reconnaissante », transférer ses cendres dans un lieu froid, sans âme, et où le soleil ne pénètre peut être jamais ?



mardi 1 décembre 2009

Nos ancêtres les Gaulois ?


Les débats qui agitent actuellement la classe politique française (toutes tendances confondues) portent sur deux choses : l’identité nationale, débat proposé par le ministre de l’immigration, Eric Besson et la « panthéonisation » ou non d’Albert Camus.
On a commencé d’abord par cette histoire de « qu’est-ce qu’être français ? » comme si, deux siècles après leur révolution, révolution qui a pourtant enfanté « Les Lumières » et les droits de l’homme, les français ont perdu leur mémoire et sont complètement dans le noir ; ils ne savent plus qui ils sont ni d’où ils viennent.

C’est marrant et c’est triste en même temps. C’est à un véritable problème métaphysique qu’ils sont confrontés nos amis de la rive nord de la Méditerranée. Ne pourrions nous pas leur venir en aide, nous à qui, il n’y a pas longtemps, ils voulaient faire gober par tous les moyens possibles et imaginables que nos ancêtres étaient des Gaulois ? C’est-à-dire les leurs ! Il est vrai que depuis cette très ancienne époque où les Gaulois régnaient en maitres absolus sur la France jusqu’à nos jours, la France a connu une Histoire tumultueuse. Une Histoire faite de guerres avec leurs voisins anglais ou allemands et de colonisation de terres lointaines. Les terres du continent africain en particulier. Et ce sous le prétexte fallacieux d’apporter la civilisation aux peuples autochtones. Beaucoup d’eau et de sang ont coulé sous le pont depuis cette date. Ironie de l’Histoire, la France, durant toute cette période et jusqu’à nos jours, était contrainte d’absorber, d’assimiler, d’intégrer, de donner refuge puisque c’est « une terre d’asile » par excellence à ses anciens colonisés dont une bonne partie d’entre eux avaient servi de chair à canon lors des deux guerres mondiales. N’est ce pas que c’est un juste retour de manivelle ? La France aujourd’hui n’a d’autre choix que d’accepter ce « melting pot ». Elle devrait, en principe, accepter cette simple évidence : est français quiconque a contribué d’une façon ou d’une autre à faire de ce pays ce qu’il est aujourd’hui.
Quant à la deuxième polémique qui fait actuellement rage en France, particulièrement au sein du milieu intellectuel, c’est le sort qui devrait être réservé aux restes, s’il en reste encore, des restes, d’Albert Camus : les laisser pour l’éternité là où le Nobel est enterré ou les mettre dans ce triste Panthéon sur le fronton duquel est écrit « aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Cette initiative est de Nicolas Sarkozy. C’est pour cela qu’elle rencontre autant de réticences. Pourquoi ? Essayons d’expliquer. Mais brièvement car nous n’avons pas l’intention de participer à ces débats ; ils ne nous concernent pas vraiment. Comme vous le savez, Nicolas Sarkozy et le parti politique, l’UMP, qui l’a porté au pouvoir incarnent la droite. Or, Albert Camus, né en Algérie (Annaba) et ayant grandi dans un quartier populaire d’Alger (Belcourt), était un intellectuel plutôt de gauche. Alors ? N’est-il pas aisé d’imaginer que lorsque la droite chasse dans les plates bandes de la gauche c’est louche ? C’est ce que, en gros, on reproche à Nicolas Sarkozy. On lui reproche le fait de faire de la politique politicienne, démagogique, tout en ayant les yeux rivés sur un horizon pas très lointain : une campagne électorale ça se prépare plusieurs mois à l’avance même si on occupe déjà l’Elysée. Il y a même des plumes du monde politico médiatique parisien qui ont proposé, dans la foulée, à Sarkozy de devenir «Camusien». Un retournement de veste, quoi ! Un pas que Nicolas Sarkozy, connu pour son « bling bling » et son affinité avec les milieux de la haute bourgeoisie française, celle qui détient les manettes de la technologie de pointe et des médias, n’est pas près de franchir.
Dieu merci, en ce qui nous concerne, nous les Algériens, nous venons de découvrir la vérité sur nos origines. Ainsi, nos « faux frères » égyptiens, mauvais perdants comme ils sont, viennent-ils, à la suite de leur cinglante défaite en football et sur terrain neutre, de décréter que nous ne descendons pas d’une lignée arabe venue directement de la péninsule du même nom mais d’un peuple « barbare » qui vivait dans des grottes de l’Afrique du Nord et qu’on appelle aujourd’hui le Maghreb. Les français nous ont donc bernés pendant 132 ans en nous racontant des sornettes : que nos ancêtres étaient des Gaulois. C’est une bonne nouvelle. Que dis-je ? Cette nouvelle ne nous chagrine pas. Au contraire, elle nous réjouit. Elle nous met du baume sur le cœur car, hormis la langue et la religion, nous n’avons, effectivement, pas d’autres points communs avec les descendants des Pharaons. Les mesures par des anthropologues de nos périmètres crâniens ou de la longueur de nos fémurs, par exemple, feront certainement ressortir des différences significatives. Notables.
Levi Strauss est mort ; il y a à peine quelques semaines ; à un âge très avancé. Dommage qu’on n’a pas eu l’idée de faire appel à cette sommité en ethnologie, avant sa mort, à l’instar des populations amazoniennes, pour venir étudier quelques spécimens de nos deux populations et nous éclairer ainsi davantage sur la véritable origine des uns et des autres. On n’en serait pas arrivé là. A se chamailler par presse interposée, et à se jeter … la balle. Pour une histoire de balle ! C’est très affligeant comme spectacle. Mais c’est comme ça.

"Oum eddounia"

Dans les années 70, j’étais encore collégien et je rêvais de visiter «Oum-Eddounia » et de prendre des photos au pied d’une pyramide. Je me rappelle qu’à l’époque, pour l’enseignement de l’arabe classique, l’Algérie avait ramené à tour de bras des professeurs Egyptiens. Nous n’avions pas le choix puisque cela faisait à peine quelques années que le pays avait recouvert son indépendance et que le peu de gens lettrés dont on disposait ne suffisait pas à prendre en charge les milliers d’enfants algériens qu’il fallait scolariser et donc instruire.

Le système scolaire hérité de l’époque coloniale était décrié par les responsables politiques du parti unique, le FLN, qui voulaient tout arabiser ; ils voulaient le remplacer par un système purement algérien où la primauté devait aller vers l’enseignement de la langue arabe. D’où le recours massif aux enseignants du Moyen-Orient et particulièrement aux Egyptiens.
Les pyramides, considérées, à juste titre d’ailleurs, comme l’une des sept merveilles du monde, me fascinaient. A vrai dire, elles nous fascinaient tous et nous en étions, nous autres collégiens algériens, fiers du seul fait qu’elles se trouvent dans un pays arabe, l’Egypte. Pourtant, leur construction remonte à plus de cinq milles ans. Elles ont été bâties par une civilisation ancienne, la civilisation pharaonique qui n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec nous : les algériens. Nous en étions fiers aussi du fait que, malgré la puissance de ses canons (pour l’époque), Napoléon n’a pu venir à bout des sphinx qui défendaient vaillamment, symboliquement évidemment, les pyramides et toute la vallée du Nil qui s’étend jusqu’au Soudan. C’est lors de sa campagne d’Egypte que Napoléon avait lancé, à l’attention de son armée bien sûr, cette fameuse phrase pour stimuler et pousser à plus de combativité ses soldats : «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècle vous contemplent ».
Ce n’est qu’il ya quelques années que mon rêve fut exaucé.
En 2001, j’eus enfin l’occasion de voir Oum Eddounia. J’eus l’occasion tant rêvée de passer mon réveillon sur le Nil, entre Louxor et Assouan. Une croisière de rêve au cours de laquelle nous avions tant appris sur l’Histoire millénaire des pharaons. La vallée des Rois est, en effet, un musée à ciel ouvert, un grand livre d’Histoire pour qui sait déchiffrer, les hiéroglyphes. Et, le moins qu’on puisse dire c’est que notre guide était spécialiste en la matière et nous le suivions au pas de charge entre les énormes colonnes du temple de Karnak, sur la rive droite du Nil. Nous écoutions de façon quasi religieuse ses explications à tel point que Toutankhamon, Ramsès II et autres Rois ou prêtres religieux nous étaient devenus des personnages familiers. D’autant plus qu’au Musée du Caire, nous avions déjà fait leur connaissance : nous avions vu leurs momies.
En fait, le voyage avait commencé par un séjour de deux jours au Caire. De cette mégapole, de près de vingt millions d’habitants, où l’on étouffe, où l’on suffoque, j’ai gardé de bons et de mauvais souvenirs.
Comme mauvais souvenir, je me rappelle encore de cet atelier de tissage situé à la périphérie de la ville où des fillettes de dix à quinze ans trimaient du matin au soir sans aucune contre partie; sans aucun salaire. «Elles sont en formation », selon leur contre maitre que nous avions rencontré sur les lieux. Mais en réalité il s’agissait ni plus ni moins que d’une exploitation en bonne et due forme de fillette issues de familles pauvres. Des fillettes qui auraient du être à l’école et non dans cet atelier où les conditions d’hygiène et de travail laissaient à désirer. Pourtant, l’UNICEF et toutes les ONG humanitaires condamnent de la façon la plus vigoureuse ces pratiques d’un autre âge. Le travail des enfants est en principe condamné par les nations civilisées. Ce qui, malheureusement, n’était visiblement pas le cas en Egypte, « Misr Oum eddounia ». L’échine pliée, ces fillettes passaient plus de dix heures par jour, chacune devant un métier à tisser traditionnel. C’était scandaleux ! Mais, en tant que touristes pour lesquels cette visite était programmée dans le circuit, que pouvions-nous faire ou dire ?
Un autre mauvais souvenir, c’est ce cimetière, toujours à la périphérie du Caire, où les vivants se disputaient la place aux morts et s’entassaient par familles entières dans ce qui semblait être des caveaux de familles. C’est simple: ici, les vivants ont appris à cohabiter avec les morts et ne semblent nullement dérangés par cette situation anachronique. Notre guide était visiblement gêné de nous montrer toute cette misère et, par politesse, nous nous sommes abstenus de faire le moindre commentaire là-dessus. Nous regardions au travers des vitres du bus dans un silence «de mort » jusqu’à notre arrivée à «Khan el Khalili », ce quartier du vieux Caire où les rues et ruelles sont continuellement bondées d’une foule bigarrée.
Khan el khalili c’est l’équivalent de notre Casbah avec ces nombreuses échoppes d’artisanat et ses nombreux cafés où l’on peut tranquillement déguster un thé et tirer quelques bouffées de narguilé. Mais le plus réputé de ces cafés est sans aucun doute « El fichaoui » où le Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, avait coutume de s’y attabler et de prendre des notes sur la société égyptienne, notes qui lui serviront plus tard pour l’écriture de ses romans. Inutile de vous rappeler que, du matin au soir, ce quartier du Caire grouille de monde. La circulation automobile y est tellement dense que ça tourne à l’anarchie. On fait fi du code de la route et on s’engouffre dans le ventre de ce grand bazar par n’importe quelle ruelle, quitte à rouler sur le trottoir en usant à outrance de son klaxon. Automobilistes, piétons et marchands ambulants poussant leurs charrettes se disputent le peu d’espace qui reste. Les policiers affectés à la régulation de la circulation se trouvent la plupart du temps dépassés et laissent donc faire. Ils n’interviennent que lorsque vraiment tout est bloqué ou qu’un accrochage entre deux voitures, par exemple, est signalé. Khan el khalili vit à un rythme infernal et ne connait de répit que tard dans la soirée.
Pas loin du café « El Fichaoui » se trouve la grande mosquée d’El Azhar qui reste une référence en matière d’enseignement de théologie et d’émission de fatwas pour les sunnites du monde entier.
L’actualité de ces derniers jours m’impose cependant d’ouvrir une petite parenthèse.
Non pas pour verser dans l’insulte et la diffamation envers le peuple égyptien (que je continuerai, malgré tout, à considérer comme frère) mais pour répondre à je ne sais plus quel journal algérien qui a reproché aux intellectuels algériens de ne s’être pas impliqué dans cette « guerre médiatique » qui, faut-il le rappeler, a été provoquée par les média égyptiens tous supports audiovisuels confondus, notamment leurs chaînes satellitaires. Alors, je dirais tout simplement que, à mon avis et ça ne reste qu’un avis, l’intellectuel, quel qu’il soit, ne réagit pas à chaud. Il doit savoir raison gardée. Il ne doit pas s’emporter, il ne doit pas se laisser influencer par la rue et dire des choses qu’il regrettera peut-être par la suite c’est-à-dire une fois que l’Histoire aura repris son cours normal. Ce que dit l’intellectuel par le biais d’un journal ou de tout autre moyen de communication a certainement plus de portée et plus d’impact sur l’opinion publique que ce que la « rue » provoque comme tapage. Le tapage de la rue est vite oublié mais l’écrit de l’intellectuel est toujours là. On n’oublie pas les prises de position de l’intellectuel et les égyptiens sont pourtant bien avisés en ce qui concerne ce fait puisqu’il y a à peine quelques semaines l’un des leurs, leur ministre de la culture pour ne pas le nommer s’est vu refuser le poste de directeur de l’Unesco pour une phrase antisémite qu’il aurait déclarée il y a quelques années maintenant. Et, compte tenu de ce qui vient d’être dit, nous aurons, nous aussi, beaucoup de choses à reprocher aux artistes, journalistes, hommes de lettres égyptiens qui nous ont insulté, diffamé et train é dans la boue du Nil nos valeurs révolutionnaires. Alors, ne leur donnons pas, à notre tour l’occasion de nous reprocher quoi que ce soit. Laissons mûrir nos réflexions avant de les mettre noir sur blanc dans les journaux ou sur le Net. Ne répondons pas à la violence verbale par la violence verbale mais par des arguments justes et convaincants.
Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer nos frères égyptiens, mais il faut dire que durant les années terribles (de la décennie 9O) vécues par les algériens, les théologiens d’El Azhar n’avaient pas, à ma connaissance, bougé le petit doigt ni émis de fatwa allant dans le sens d’une condamnation de façon claire et nette des actes terroristes commis par les GIA et autres groupes terroristes qui écumaient les maquis algériens. Bien au contraire, nous pouvons considérer aujourd’hui, c’est-à-dire avec le recul nécessaire, que leur silence était complice. En effet, l’adage dit «qui ne dit mot consent ». Et, ce n’est un secret pour personne, que les théologiens d’El Azhar n’avaient à aucun moment lancé un appel, rien qu’un appel, pour dire, par exemple, que le djihad en terre d’Islam, entre musulmans, est nul et non avenu selon les canons de la religion musulmane. Plus que ça et pire que ça, l’analyse à tête reposée, si on la poussait vraiment loin, pourrait même aboutir au fait que la «fitna » qui a conduit le peuple algérien pendant toutes ces années-là à s’entre déchirer, trouverait peut être ses racines dans l’enseignement de « l’arabe classique » que les enseignants égyptiens dont j’ai parlé plus haut nous ont prodigué juste après l’indépendance.
Ce n’est probablement pas parce qu’elle nous voulait du bien que « Oum eddounia », qui vient de montrer sa haine et sa rancœur envers le peuple algérien, nous avait fourbi ses enseignants qui, faut-il le souligner aussi, ne brillaient ni par la qualité de leur enseignement ni par la rigueur de leur méthodologie de travail. Il devient clair maintenant que si, à l’époque, l’Egypte avait tenu à nous aider dans le domaine éducatif et spécialement dans ce domaine-là, ce n’était certainement pas dans un souci de nous « cultiver » ni de nous transmettre les connaissances scientifiques, philosophiques, littéraires qu’elle a soit disant héritées de son ancienne civilisation. Il est permis aujourd’hui de douter de ses intentions passées. Ne tenait-elle pas plutôt à nous inoculer le germe de la discorde de telle sorte que l’Algérie reste toujours embourbée dans ses contradictions internes afin qu’elle, «Oum Eddounia », puisse toujours garder le leadership arabe ? Au vu et au su de ce qui s’est passé au Caire pour un simple match de foot ball, n’est-il pas légitime et logique de se poser ce genre de questions ? Il est temps donc de mettre aussi un terme à ses prétentions. «Oum eddounia » n’est pas le nombril du Monde arabe.

Le SILA : de la SAFEX à l’OCO


Il y’a deux ans, lors de la tenue du 12e Salon international du livre d’Alger, j’avais écris un article (pour le média citoyen français Agora vox) au titre presque prémonitoire : A quand un SILA à M’Sila ? En quoi ce titre était-il prémonitoire, me direz –vous ? Eh bien, dans mon esprit d’alors, je pensais qu’un tel évènement culturel devrait, telle une caravane culturelle, se déplacer d’une ville à l’autre et ne pas rester cantonner uniquement au niveau d’Alger. Ce n’est, pensais-je naïvement, que de cette façon-là qu’on pourra inculquer à nos concitoyens et particulièrement à nos enfants, à nos écoliers, à nos lycéens et à nos universitaires (qui se trouvent dans le pays profond où il ne se passe rien de culturel tout au long de l’année) le goût de la lecture et de la chose culturelle d’une façon générale. Habituellement, ce SILA se tient à la SAFEX d’Alger comme tous les « Salons » d’ailleurs : automobile, bâtiment, textile …. , et que sais-je encore. Pour cette année, pour des raisons que j’ignore et qui de toute façon ne m’intéressent pas, le SILA a, effectivement, été délocalisé mais toujours à Alger. De la SAFEX, il s’est installé tel le cirque Amar sous un chapiteau à l’OCO, au stade du 5 juillet. L’endroit est peut-être meilleur. Sur les hauteurs d’Alger. Qui dit mieux ? Ainsi, le livre s’est-il rapproché de l’élite, de la crème du pays, de ceux qui n’ont pas besoin que ce livre soit subventionné par l’Etat, de ceux qui peuvent se permettre d’en acquérir par cartons entiers. Quant à l’usage réel qu’ils en font (de ces livres), il est permis d’en douter. Ces livres, iront-ils nourrir et enrichir l’esprit de leurs acquéreurs ou iront-ils garnir leurs bibliothèques ? La question est certes provocatrice mais elle mérite d’être posée.
Il y a deux ans, en préambule à mon article, je disais ceci :
« Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains ! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, beaucoup plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite ».
Par « on achève bien les écrivains », je faisais en fait allusion aux déboires qu’avait connues Mohamed Benchicou avec les pouvoirs publics. A sa sortie de prison, il croyait peut-être retrouver une vie normale et reprendre ses occupations habituelles. Que non ! On l’avait toujours à l’œil. On épiait ses moindres faits et gestes.
« Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire ».
« De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, lequel journal est interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". À part cela, il n’y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question ».
« Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on » ?
Mon article se terminait sur cette interrogation. Il n’a pas eu beaucoup de réactions et cela pour une raison bien compréhensible : de l’autre côté de la Méditerranée, il ya peu de gens qui s’intéressent vraiment à nos « Salons » qu’ils soient du livre ou d’autre chose. Je m’adressais à un lectorat qui ne pouvait que se foutre royalement de nos querelles byzantines. Je m’étais trompé de peuple pour paraphraser un leader d’un parti de l’opposition, psychiatre de formation.
Qu’en est-il pour ce 14e Salon ?
En matière de censure et d’atteinte à la liberté d’expression, ce 14e salon ne déroge pas à la règle. Et l’écrivain qui en a fait les frais cette année est Mehdi El Djazairi. Pour son livre « Poutakhine » qui sonne mal à l’oreille. Si je n’avais pas, comme tout un chacun, eu un petit aperçu de son contenu par l’intermédiaire de la presse quotidienne, j’aurais pu croire que, par ce titre apparemment composé, l’auteur voulait nous faire sentir la Vodka : comparer le régime politique algérien au régime de la Russie sous Poutine. Ce qui expliquerait sa censure. Mais non. Rien de tout cela. On aura peut-être l’occasion d’en reparler. Mais, une chose est sûre : un livre censuré fait plus de bruit et par conséquent plus de publicité à son auteur qu’un livre rongé par la poussière à cause d’avoir été trop longtemps exposé dans la vitrine d’une librairie. Même Place Audin, en face de la fac d’Alger.

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...