mardi 1 décembre 2009

Le SILA : de la SAFEX à l’OCO


Il y’a deux ans, lors de la tenue du 12e Salon international du livre d’Alger, j’avais écris un article (pour le média citoyen français Agora vox) au titre presque prémonitoire : A quand un SILA à M’Sila ? En quoi ce titre était-il prémonitoire, me direz –vous ? Eh bien, dans mon esprit d’alors, je pensais qu’un tel évènement culturel devrait, telle une caravane culturelle, se déplacer d’une ville à l’autre et ne pas rester cantonner uniquement au niveau d’Alger. Ce n’est, pensais-je naïvement, que de cette façon-là qu’on pourra inculquer à nos concitoyens et particulièrement à nos enfants, à nos écoliers, à nos lycéens et à nos universitaires (qui se trouvent dans le pays profond où il ne se passe rien de culturel tout au long de l’année) le goût de la lecture et de la chose culturelle d’une façon générale. Habituellement, ce SILA se tient à la SAFEX d’Alger comme tous les « Salons » d’ailleurs : automobile, bâtiment, textile …. , et que sais-je encore. Pour cette année, pour des raisons que j’ignore et qui de toute façon ne m’intéressent pas, le SILA a, effectivement, été délocalisé mais toujours à Alger. De la SAFEX, il s’est installé tel le cirque Amar sous un chapiteau à l’OCO, au stade du 5 juillet. L’endroit est peut-être meilleur. Sur les hauteurs d’Alger. Qui dit mieux ? Ainsi, le livre s’est-il rapproché de l’élite, de la crème du pays, de ceux qui n’ont pas besoin que ce livre soit subventionné par l’Etat, de ceux qui peuvent se permettre d’en acquérir par cartons entiers. Quant à l’usage réel qu’ils en font (de ces livres), il est permis d’en douter. Ces livres, iront-ils nourrir et enrichir l’esprit de leurs acquéreurs ou iront-ils garnir leurs bibliothèques ? La question est certes provocatrice mais elle mérite d’être posée.
Il y a deux ans, en préambule à mon article, je disais ceci :
« Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains ! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, beaucoup plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite ».
Par « on achève bien les écrivains », je faisais en fait allusion aux déboires qu’avait connues Mohamed Benchicou avec les pouvoirs publics. A sa sortie de prison, il croyait peut-être retrouver une vie normale et reprendre ses occupations habituelles. Que non ! On l’avait toujours à l’œil. On épiait ses moindres faits et gestes.
« Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire ».
« De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, lequel journal est interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". À part cela, il n’y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question ».
« Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on » ?
Mon article se terminait sur cette interrogation. Il n’a pas eu beaucoup de réactions et cela pour une raison bien compréhensible : de l’autre côté de la Méditerranée, il ya peu de gens qui s’intéressent vraiment à nos « Salons » qu’ils soient du livre ou d’autre chose. Je m’adressais à un lectorat qui ne pouvait que se foutre royalement de nos querelles byzantines. Je m’étais trompé de peuple pour paraphraser un leader d’un parti de l’opposition, psychiatre de formation.
Qu’en est-il pour ce 14e Salon ?
En matière de censure et d’atteinte à la liberté d’expression, ce 14e salon ne déroge pas à la règle. Et l’écrivain qui en a fait les frais cette année est Mehdi El Djazairi. Pour son livre « Poutakhine » qui sonne mal à l’oreille. Si je n’avais pas, comme tout un chacun, eu un petit aperçu de son contenu par l’intermédiaire de la presse quotidienne, j’aurais pu croire que, par ce titre apparemment composé, l’auteur voulait nous faire sentir la Vodka : comparer le régime politique algérien au régime de la Russie sous Poutine. Ce qui expliquerait sa censure. Mais non. Rien de tout cela. On aura peut-être l’occasion d’en reparler. Mais, une chose est sûre : un livre censuré fait plus de bruit et par conséquent plus de publicité à son auteur qu’un livre rongé par la poussière à cause d’avoir été trop longtemps exposé dans la vitrine d’une librairie. Même Place Audin, en face de la fac d’Alger.

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