lundi 5 décembre 2011

L’analphabète et l’Internet.

Notre génération, celle qui a fréquenté l'école juste après l'indépendance, celle qui n'a pas fait l'école buissonnière, se souvient certainement de ceci : « je me souviens, comme si cela datait d'hier de mon entrée à l'école ». Oui, bien sûr, vous l'avez deviné sans peine. C'était dans le livre, le fils du pauvre, de Mouloud Feraoun. Comme vous le savez aussi, Mouloud Feraoun a écrit ce livre à une époque où les algériens, qui étaient considérés comme indigènes par la France coloniale d'alors, étaient, dans leur majorité, analphabètes. A l'exception de quelques enfants de Caïds et de Bachaghas, le nombre de ceux qui fréquentaient l'école publique et laïque pouvait peut-être se compter sur les doigts d'une seule main dans un village comme Ain Benian de nos jours, par exemple. La France n'avait aucun intérêt à instruire et à éduquer les petits enfants arabes. Elles les voulaient, ces enfants qui deviendraient, plus tard, des citoyens de seconde zone,  incultes pour être taillables et corvéables à merci. Elles les voulaient ignorants et sans conscience ni maturité politiques pour ne pas pouvoir remettre en cause l'ordre établi et pour servir éventuellement de chair à canon sur les différents fronts où elle risquait de s'embourber. Mais, comme le dit le bon sens populaire « à trop tirer sur la corde, elle finit par se casser », et le peuple algérien, ayant pris conscience de sa misérable condition humaine, s'était, enfin, soulevé comme un seul homme un certain premier novembre. La suite de l'histoire est connue de tout un chacun : le divorce entre la France coloniale et ses colonisés ne s'est pas fait à l'amiable mais dans le fracas des armes, l'effusion de sang et le versement des larmes.

Ceci en guise d'introduction au sujet.

Le sujet d'aujourd'hui est d'importance capitale et me tient vraiment a cœur, d'autant plus qu'avec un ami, il y a moins d'une semaine, nous avions abordé la question sans vraiment aller au fond du problème. Il porte sur l'analphabétisme. 

Ce sujet doit donc être traité avec sérieux. Le prendre à la légère me fait courir le risque d'être pris moi-même pour analphabète. J'en suis conscient. Alors, pour une fois, je laisse de côté ma propension à vouloir faire dans la dérision et le non politiquement correct et, quitte à passer des heures et des heures en face de mon écran d'ordinateur, je vais voir ce que le Net pourrait m'apprendre à ce sujet. Un clic sur Google et voilà que Wikipedia me donne la définition : « l'analphabétisme est l'incapacité de lire et d'écrire ». Simple comme définition. Vous ne trouvez pas ? Mais, je vous avoue que c'est cette définition que j'avais en tête. Mais, « cette notion a évolué au cours du temps », ne manque pas de préciser encore Wikipedia. C'est ce que je pensais aussi. Ouf ! Ça me rassure ! Je sais lire, je sais écrire et taper sur le clavier et j'ai pratiquement les mêmes définitions que ce que donne Wikipedia de ce mot, «analphabétisme ». Autrement dit, je viens de découvrir une facette de ma personnalité en usant du fameux énoncé de Socrate qui dit « connais-toi par toi-même » ! Il est vrai que ce n'est pas la « loi de la gravitation » que je viens de découvrir, ce n'est pas non plus le fil à couper le beurre ni l'eau tiède qui figurent parmi mes découvertes sensationnelles mais si j'exulte et jubile à ce point-là, c'est parce qu'il s'agit d'une facette de ma personnalité. Et la personnalité, ça a de l'importance, messieurs ! Trêve de plaisanterie.

Revenons aux choses sérieuses.

En Algérie, sommes- nous encore analphabètes ? Unilingue ou bilingue ? Il n'est peut-être pas facile de répondre, en quelques lignes, à ces questions-là mais cela vaut la peine quand même d'essayer. Alors, commençons par le début. 

Dès l'indépendance de l'Algérie, le pays a ouvert les portes de ses écoles à tous les enfants algériens. Sans distinction de sexe ni de condition socio économiques. La race, je n'en parle pas car que nous appartenons tous à la même espèce : l'espèce humaine ou si vous préférez l'Homo sapiens, l'Homme qui détient le savoir. L'école pour tous et tous à l'école aurait dû être inscrit au fronton de chaque institution scolaire, de chaque lycée et de chaque université comme l'a été, pendant longtemps, le slogan creux et vide de sens de « par le peuple et pour le peuple ».

Prodiguer l'enseignement à de milliers d'enfants n'était pas une simple sinécure. Le personnel enseignant et d'encadrement d'origine algérienne manquait cruellement. On fit alors appel aux pays frères, ceux qui nous avaient bien soutenus durant notre guerre de libération. C'est ainsi qu'on vît débarquer d'Egypte ou de certains autres pays du Moyen-Orient des enseignants ne disposant, pour la plupart d'entre-eux, d'aucun diplôme sérieux en matière d'enseignement de la langue arabe. Les mauvaises langues diraient même qu'on nous avait refilé des cordonniers et des apprentis coiffeurs. D'où, d'ailleurs, l'expression populaire d' « apprendre la coiffure sur la tête des orphelins » qui était très en vogue à l'époque Quant à l'enseignants du français et des matières scientifiques, il était assuré par QUELQUES algériens ou par des français, le plus souvent volontaires et n'ayant probablement rien à voir, ni de près ni de loin, avec ce qui s'est passé durant la guerre d'Algérie, ou par ceux qui venaient dans le cadre de leur … service militaire. On les appelait les coopérants techniques. Ils étaient reconnaissables au fameux CT sur les plaques d'immatriculation de leur 4RL ou de leur 2cv. Mais, malgré tout, le niveau scolaire était appréciable et les élèves qui arrivaient au secondaire pouvaient se targuer de bien maîtriser la langue de Molière et de jongler avec les équations à trois inconnues ou les fonctions trigonométriques. Quant à la poésie d'Al Mutanabbi ou d'Abou Nouas, rares étaient les élèves qui lui accordaient vraiment de l'importance. En Algérie, de toute façon, cette forme de littérature n'a jamais nourri son homme. Point barre. Je n'ai pas à m'étendre là-dessus.

Je n'ai pas encore répondu à la question de départ. Nous autres algériens, sommes-nous instruits, cultivés, lettrés ou analphabètes ? N'a-t-on pas l'habitude d'entendre les gens, non satisfaits du rendement de leurs enfants à l'école, dire que l'école algérienne est entrain de former des analphabètes bilingues ? Et cette notion « d'analphabète bilingue » est récente. Elle date, en fait, du début des années 70, années au cours desquelles les pouvoirs publics avaient abandonné « le butin de guerre » qui était la langue française pour se lancer dans une arabisation à outrance de pratiquement tous les paliers du système éducatif. Résultats catastrophiques et tant décriés actuellement : nos élèves ne maîtrisent ni l'arabe ni le français. Et ce handicap majeur les poursuit, fatalement, même à l'université. Du moins, il poursuit ceux qui ont la chance de décrocher leur bac à la fin du cycle secondaire.

En ne tenant compte que de la première définition de l'analphabétisme, il est clair que dans un pays o ù, chaque matin, des cohortes d'enfants et de jeunes prennent le chemin de l'école, l'analphabétisme est une denrée rare chez nous. Apparemment tout le monde sait lire et écrire. Mais est-ce suffisant ? Nous avons vu tout à l'heure que la notion d'analphabétisme évolue au cours du temps. Toujours selon Wikipedia, la définition qu'en donne l'UNESCO en 1958 n'est plus la même que celle de 1978, par exemple. Dans cette dernière définition, il n'est plus question que du simple fait de ne pas savoir lire et écrire. « Une personne est analphabète du point de vue fonctionnel si elle ne peut se livrer à toutes les activités qui requièrent l'alphabétisme aux fins d'un fonctionnement efficace de son groupe ou de sa communauté et aussi pour lui permettre de continuer d'utiliser la lecture, l'écriture et le calcul pour son propre développement et celui de la communauté. »

Or, avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, la ligne de démarcation de l'analphabétisme a dû certainement bouger. Dans ces conditions,  est-il exagéré de dire que toute personne qui ne maîtrise pas suffisamment l'outil informatique est analphabète ? De notre point de vue non. Ce n'est pas du tout exagéré. Et nous espérons que le temps nous donnera raison. Les NTIC s'imposent de plus en plus dans la vie de tous les jours. Du retrait d'un chèque bancaire ou de la location d'un véhicule jusqu'à la e-Révolution qui s'est produite dans le monde arabe. A quand la prochaine réunion de l'UNESCO qui se penchera sur ce problème ? Mon ami m'a même suggéré de réfléchir sérieusement à la question et de proposer un néologisme pour désigner l'analphabète du XXIIème siècle.
A coup sûr, ce néologisme, qui n'a peut-être pas encore été inventé, sera constitué pour une grande part à partir de mots comme numérique, cybernétique ou autre Google, des mots qui sont connus par tous ceux qui se connectent quotidiennement sur la toile. En y ajoutant bien sûr le préfixe « a » au début du mot en question, de préférence sous forme d'arobase (@), de telle sorte que le résultat soit ainsi : @numérique ou @cybernétique par exemple ! Décidemment votre serviteur est incorrigible ! J'avais promis au début de cet article de faire dans le politiquement correct et de prendre les choses au sérieux et voilà que je commence à me prendre pour un académicien, un immortel de la langue de Voltaire. Chassez le naturel, il revient au galop, dit l'adage.


 

Mon premier blog sur Internet remonte au début de 2005. Il s'intitulait « Le scalpel et la plume ».  


 


 

mardi 22 novembre 2011

Charia vs laïcité, dites ?

Après la mort de Kadhafi et donc la libération des libyens de 42 ans de despotisme et de « tyrannie », le CNT, par la bouche de son président Mustapha Abdeljalil, s'est empressé d'annoncer que « En tant que pays islamique nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue ». Cette annonce a provoqué l'effet d'une douche froide au sein des milieux politiques en Europe et aux États-Unis. Mais, les premiers à avoir réagi à cette déclaration ce sont évidemment les français dont l'engagement sur le terrain, en Libye, a été décisif. Le «tout ça pour ça » revenait dans toutes les discussions, aussi bien dans les bistrots des petits villages de la France profonde que dans les salons huppés de la région parisienne.

En fait, cela est une supposition de ma part.

Tout ça parce que le mot « charia » fait peur et provoque des craintes, parfois non justifiées, en Occident. Il est mal compris et donc mal interprété. Pour l'Européen moyen, ce mot n'évoque rien de moins que la lapidation de la femme adultère, la polygamie, la soumission totale de la femme à l'homme, l'amputation de la main au voleur, … etc. En somme tout ce qui constitue l'horreur absolue. En un mot, cela évoque tout ce qui est antinomique avec la notion des droits de l'homme telle que stipulée par la charte de 1948 des Nations Unies. En fait, la conception que se fait l'homme occidental de la charia est complètement erronée. Et ceci est sciemment entretenu par les politiques pour une raison bien précise : l'islamophobie.

L'application de la loi islamique n'a pas que des côtés négatifs. Dans le monde de la finance et de l'économie, par exemple, l'on commence à se rendre compte que celle-ci pourrait résoudre pas mal de problèmes notamment par des prêts bancaires à taux bonifiés ou même sans intérêts, l'intérêt étant illicite en Islam. Cette idée commence à faire son chemin même en France d'ailleurs.

La charia n'est pas la loi du Talion : œil pour œil et dent pour dent. Des pays musulmans comme l'Arabie saoudite, par exemple, s'en inspirent depuis longtemps sans que l'Europe ou les Etats-Unis ne s'en offusquent outre mesure. Alors, la question que l'on pourrait se poser est celle-là : pour quoi ce qui est toléré par l'Occident chez les uns ne le serait-il pas chez les autres ? Ou alors l'Occident estime-t-il que le fait d'être intervenu militairement en Libye lui donnerait automatiquement un droit de regard sur le projet de société envisagé par les Libyens libérés ? En tous les cas c'est ce que laissent entendre les mises en gardes de l'Europe, et ce, dès l'annonce de cette nouvelle. Cela n'augure rien de bon pour le peuple libyen. L'on peut même dire, sans risque d'être contredit, qu'il est le dindon de la farce. Il s'est libéré d'une dictature, certes. Mais, on lui fait comprendre qu'il ne peut pas prendre son destin en main. Qu'il doit se soumettre encore qui plus est à ses libérateurs occidentaux.

En homme politique avisé, seul Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères, a tenu un discours raisonnable. Ecoutons-le : « c'est au peuple libyen qu'il appartient de choisir son destin dans des élections libres".  Et plus loin encore, il ajoute ceci : «  qu'il y a place tout autour de la Méditerranée pour un islam qui soit conciliable avec nos valeurs démocratiques".
"C'est à cela que doit contribuer le dialogue interculturel et interreligieux que nous devons développer avec l'islam plutôt que de nous barricader dans nos certitudes occidentales ».

Le mot « charia » fait peur en Occident de la même façon que le mot « laïcité » prononcé dans le monde arabo musulman. Tout cela parce qu'il n'y a pas « de dialogue interculturel et interreligieux» entre les deux rives de la méditerranée. Parfois il est donc préférable de ne pas appeler un chat un chat et de savoir user, de façon subtile, d'autres synonymes pour désigner un même dogme. La pilule, même si elle est amère, est ainsi facilement acceptée et avalée. Il n'y a pas si longtemps, j'en ai fait l'expérience. Au cours de mes discussions avec des amis, j'avais beau essayer de leur expliquer la position de notre nouveau parti politique vis-à-vis de la religion, je ne rencontrais que méfiance et incompréhensions de leur part. Tout cela parce que le mot « laïcité » revenait souvent dans ma bouche. Là où, personnellement, j'entendais « séparation du politique du religieux », tolérance, liberté de conscience, éloignement de l'école de toute idéologie partisane, eux voyaient ni plus ni moins que de l'athéisme dans mes propos.  

Mais, entre nous, j'ai hâte de lire ce que pense de tout cela le philosophe de la guerre, j'ai nommé BHL. Ensemble, faisons une petite halte sur son bloc-notes. Nous ne pouvons pas être déçus. Pour lui, « Charia, d'abord, n'est pas un gros mot ». C'est rassurant tout de même ! Je m'attendais à pire que ça. Je m'attendais à ce qu'il verse son fiel sur la religion de plus d'un milliard de personnes. Mais rien de tout cela. Depuis la fin de la guerre en Libye, BHL semble avoir retrouvé ses esprits. Il s'est assagi ! Il semble avoir troqué son treillis de guérilleros pour un Kamis de Philosophe moderne.

Dans son article
« La France ne peut cautionner ' l'Islamisme modéré' du printemps arabe », Ivan Rioufol du figaro ne pense pas moins que « la charia est inconciliable avec une démocratie laïque ». Mais, pour atténuer un tant soit peu les craintes et les appréhensions des uns et des autres, en France plus particulièrement, disons qu'au Maghreb, l'application de la charia n'est pas pour demain. Et même si elle devait, un jour, être appliquée, elle ne le sera jamais dans son intégralité. Les Maghrébins sont, certes, musulmans mais pas des islamistes purs et durs. L'Islam pratiqué au Maghreb est un Islam cool, light comme diraient certains. A quelques exceptions près, les Maghrébins sont musulmans beaucoup plus par tradition que par conviction. Leur islamité est héritée en quelque sorte de leurs parents mais elle est tout de même considérée plus qu'un patrimoine culturel. La majorité d'entre-nous prône un Islam dont la devise est « bâd El Icha afaâl ma tacha » autrement dit après la prière du soir tout est permis ! Bien sûr ceci n'est qu'une caricature. Car, dans les faits, un bon musulman doit avoir un comportement exemplaire en tout lieu et en tout temps.

Liberté d'expression oblige, terminons par ce commentaire que je laissé à l'intention d'Ivan Rioufol. .

«  Un adage bien de chez vous dit "qui sème le vent récolte la tempête" ! Eh bien oui, l'Occident (et à sa tête l'OTAN) a voulu semer à coups de canon la démocratie dans le désert libyen, il doit s'attendre maintenant à récolter la "charia". Non. Plus sérieusement. Ce que disent les officiels libyens ne doit pas être pris au premier degré. Ce ne sont que des paroles en l'air TOUT juste bonnes pour la consommation interne. La démocratie finira par triompher partout où les peuples se sont révoltés contre l'ordre établi. Ce n'est qu'une question de temps. Qui aurait parié un seul euro sur la chute de Ben Ali, de Moubarak et de Kadhafi il y'a moins d'une année ? Et pourtant ces tyrans ont fini soit par plier bagages et dégager soit par rendre l'arme à gauche ».

mardi 8 novembre 2011

BHL et la fin dramatique de Kadhafi


En Libye, le 20 octobre sera certainement retenu comme une date historique de grande importance. Et, assurément, il l’est. Il a mis un terme à plus de six mois de guerre civile et de bombardement des villes. Mais, ce jour, censé être un jour de libération, de joie et de fête pour un peuple ayant pendant 42 ans souffert d’un régime despotique incarné par une seule famille pour ne pas dire un seul homme, a été malheureusement entaché par le lynchage de Kadhafi par des insurgés faisant fi d’une règle élémentaire qui dit que, même en temps de guerre, on n’achève pas un blessé désarmé.
Ces imbéciles d’insurgés, en agissant de la sorte, ont, sans le savoir sans doute, rehaussé l’aura et le prestige de l’ex homme fort de Libye. L’Histoire retiendra que celui-ci avait tenu parole jusqu’au bout, qu’il n’a pas pris la poudre d’escampette et fui de son pays et qu’il est mort finalement comme un héro sur sa terre natale. L’Histoire retiendra aussi le comportement inhumain, sauvage, barbare de ces insurgés dont les médias de l’Occident ne tarissaient pourtant pas d’éloge et ce dès le début de cette guerre. On nous a, délibérément, fait croire que ces rebelles du CNT se battaient pour un noble idéal : l’instauration de la démocratie dans leur pays. Or, lyncher un homme blessé et sans arme, fusse-t-il le plus grand tyran du siècle, n’a rien d’un haut fait d’arme ! Tout le mal qu’a pu faire Kadhafi durant son très long règne se trouve ainsi relégué aux oubliettes de l’Histoire devant les images insoutenables prises par des téléphones portables et montrant sa longue agonie entre les mains d’une horde d’insurgés sans pitié, sans foi ni loi. Voila pour l’intro comme dirait un élève de Terminale lorsqu’il est prié par son prof de lire sa dissertation de philo. Sauf que votre serviteur ne se targue pas d’être un philosophe de la trempe de BHL, par exemple.
Maintenant, venons-en au fait !
Comme le laisse sous entendre le titre, cet écrit se propose de faire une petite digression sur la réaction du philosophe BHL à « la mort de Kadhafi ». J’étais sûr que celui qui se prend pour un « monstre » de la philosophie allait marquer l’évènement. Il ne pouvait laisser passer une occasion pareille sans se manifester. Sans réagir. Une occasion qui ne se re présentera pas de sitôt. Peut-être plus jamais. La mort d’un tyran n’est pas une banalité. Une chose courante. Un simple fait divers qui passe souvent inaperçu tant il est relégué au second plan sur les quotidiens. Et même si les tyrans sont légion en Afrique et ailleurs, ils ne finissent pas toujours comme ça. De façon tragique.
Philosophe qu’il est, BHL se devait d’intervenir dans le débat public et donner son point de vue et sa morale de l’Histoire. N’avait-il pas occupé, pendant longtemps, tout au long de cette guerre, l’espace médiatique aussi bien dans les titres de la presse quotidienne d’outre-mer et d’ailleurs que sur la toile ? Et cela évidemment pour une raison qui saute aux yeux : pas seulement parce qu’il excelle en philosophie (on a fait de lui le chouchou des intellectuels français) mais aussi et surtout parce qu’il prône une philosophie de la guerre ! N’était-ce pas lui qui avait, le premier, pris langue avec les premiers éléments de la rébellion et les avait convaincus de créer le CNT ? N’était-ce pas lui qui avait présenté ce CNT au président français Nicolas Sarkozy et avait usé de tout son savoir philosophique pour convaincre ce dernier de déclarer la guerre contre le régime de Kadhafi ?
Je m’attendais donc à ce qu’il nous dresse, sur son bloc-notes, une biographie post-mortem de Kadhafi dans laquelle, je disais dans mon for intérieur, pourraient peut-être se mêler son mea culpa d’avoir été l’élément déclencheur, si l’on peut dire, de cette guerre OTANo-libyenne contre le régime de Kadhafi et sa réjouissance qu’on ait fini par avoir la « tête étrangement et soudainement nue » de « ce criminel pitoyable ». Le mot réjouissance est peut-être trop fort. Car, comme l’a dit Nicolas Sarkozy « on ne se réjouit jamais de la mort d’un homme ». Cette réjouissance, BHL ne la condamne pourtant qu’à demi mots, « car il ya quelque chose, dans ce spectacle, qui me révulse », dit-il. Et d’ajouter juste après « Il y a, dans cette scène de lynchage, une sauvagerie qui me révolte et que rien n'excuse ». Pris peut-être de remords d’avoir largement contribué à cette mise à mort sauvage, à cette peine immorale, BHL a failli verser des larmes de crocodile sur le « cadavre en voie de décomposition » du tyran Kadhafi.
J’étais convaincu, chaque fois que je me connectais au journal « Le point.fr », que j’allais enfin y trouver sa tribune. Mon attente a duré quand même une bonne semaine puisque cette tribune, tant attendue, n'est parue que le 27 de ce mois. Pendant ce temps-là, BHL était ailleurs, préoccupé peut-être, à préparer une autre guerre contre l’un des régimes arabes qui répriment encore de la façon la plus sauvage (Syrie et Yémen) leurs populations. Ou peut-être qu’il ne voulait pas réagir à chaud aux images de Kadhafi au visage ensanglanté qui ont fait le tour de la planète en quelques minutes.

« La nuit porte conseil », dit l’adage. BHL, philosophe des ténèbres, ne s’est pas contenté d’une seule nuit, mais de sept nuits de réflexion et certainement de méditation avant de nous livrer, sous forme de tribune, sa vision des choses concernant « la mort de Kadhafi ». Et, comme tout philosophe qui se respecte, il n’a pas omis de citer deux de ses prédécesseurs : Sartre et Camus.
Et pour terminer, il n’y a pas mieux que ce commentaire d’un lecteur ou d’une lectrice de cette tribune de BHL : « BHL vous avez perdu le pouvoir des lettres. Votre philosophie est armée.
Vous avez perdu le droit à mes yeux de mentionner les noms de Sartre et Camus. Bonne chance aux portes de la Syrie ! »

jeudi 13 octobre 2011

Réformes politiques en Algérie : mythe ou réalité ?

Aujourd'hui, en Algérie, tout le monde parle de la nécessité d'un changement politique radical. A lire la presse quotidienne, pour certains partis de l'opposition, il n'est plus question de simples réformes, sans véritable portée politique, qui sont proposées ça et là juste pour apaiser les esprits, mais il devrait s'agir d'un changement du SYSTEME qui a gouverné le pays de l'indépendance à ce jour. Une chose sur laquelle on devrait s'accorder : tout changement politique doit nécessairement s'accompagner d'un changement du personnel politique. Mais la question qui se pose est : quel personnel politique ? Celui des partis de la coalition qui se partagent le pouvoir ? Celui de toute l'administration qui n'est jamais neutre et qui, à chaque élection par exemple, se met du côté de l'homme fort du moment ? On l'a déjà vu à maintes reprises. Pas besoin de vous citer des exemples. Et, avant de continuer à casser du sucre, si j'ose dire, sur cette classe politique vieillissante, je voudrais faire une petite digression concernant les propos du président actuel de l'APN. A une question relative aux réformes politiques imposées, c'est le moins qu'on puisse dire, par la rue lors du fameux 5 janvier dernier et par les révolutions du monde arabe aussi, celui-ci n'a pas trouvé mieux que de répondre par « ceux qui appellent les réformes veulent prendre nos postes ».  En fait, ce raisonnement n'est pas propre à Mr ZIARI ; c'est toute la classe politique, toutes tendances confondues, qui pense ainsi. Les concepts de « légitimité historique » et autre « famille révolutionnaire » n'ont pas été créés pour rien. Ils ont servi et servent encore à leurs promoteurs pour leur maintien au pouvoir et leur mainmise sur la manne pétrolière du pays. Tout simplement et tout bêtement. Personne n'est assez dupe ni si naïf au point de croire que « ces gens-là, monsieur », pour paraphrase Brel, sont véritablement au service de la Nation et du peuple algérien. N'en déplaise au Président actuel de l'APN, il est tout à fait légitime aux algériennes et aux algériens de réclamer du sang neuf pour le salut de l'Algérie. Le Président de l'APN Abdelaziz Ziari, en sa qualité de médecin, n'ignore certainement pas que pour réanimer un malade exsangue, il faut un apport de sang frais. L'Algérie est actuellement dans la situation d'un malade souffrant d'anémie sévère. Par conséquent, elle doit bénéficier, en plus d'une médication adéquate, d'une thérapie de choc même, de l'apport de sang frais. Autrement dit, de l'énergie et de la vitalité de sa jeunesse. Voilà pourquoi j'ai d'emblée annoncé la couleur en disant qu'il faut songer dès maintenant à changer le personnel politique actuel. Mais comment faire, pourraient, sans doute, me rétorquer certains ? Nous n'avons pas de réponse toute faite ni de recette magique à proposer mais il est évident que c'est à la jeune génération d'algériennes et d'algériens de s'impliquer davantage dans la vie politique si elle veut que le pays ne va pas droit au mur. Et, ce mur-là, croyez-moi, n'est pas très loin. Pour que le pays sorte du marasme dans lequel il végète depuis un certain temps maintenant, la jeune génération doit pouvoir prendre la relève. Tout le monde est conscient du fait « qu'on ne fait pas du neuf avec du vieux », allusion qui exprime clairement et nettement la ruse du pouvoir chaque fois qu'il est acculé à procéder à des changements et qui revient de façon récurrente dans les discussions entre initiés à la politique ou entre de simples citoyens. C'est, partant de ce principe-là, qu'un certain nombre de jeunes algériens, partageant les mêmes points de vue et le même idéal politique se sont réunis, un beau jour du mois d'avril passé, pour décider de la création d'un nouveau parti politique baptisé « Jil Jadid ». Encouragés par l'annonce, par le Président de la République, des réformes politiques, nous étions très optimistes quant à l'aboutissement de notre projet politique. Or, les réformes tant attendues ne sont pas encore appliquées et par conséquent le champ politique est toujours verrouillé. C'est toujours, comme le dit si bien l'adage algérien « el laâb Hmida ou erracham Hmida ».

vendredi 10 juin 2011

Les différents courants politiques en Algérie (1)

Le parti Jil Jadid étant nouveau sur la scène politique algérienne et pas encore agréé, il me semble, en tant que militant de ce parti, qu’il est d’ores et déjà temps à tout militant de ce parti de contribuer par des écrits à le faire connaître auprès des lecteurs et à essayer d’ en donner une image la plus réelle possible.
Toutefois, avant de commencer, une précision s’impose : c’est lors d’une conversation téléphonique avec un ami que ce travail m’a été suggéré. En fait, l'idée était de faire un papier sur les différents courants politiques en Algérie. Vaste sujet, me diriez- vous ? En effet, comme vous, c’est ce que j’ai d’abord pensé à l’énoncé de ce sujet. J’irais même plus loin encore en vous disant que si j’étais enseignant de philosophie, je ne manquerais pas de proposer cette question aux candidats au Bac algérien de cette année. Ne serait-il pas intéressant de savoir ce que pensent nos enfants, la « nouvelle génération » des partis politiques algériens toutes tendances confondues ? Il va de soi qu’au début, j’avais trouvé la question un peu délicate à aborder. Puis au fur et à mesure que j’avançais dans mes recherches sur Internet, il m’a paru que la question était prenable, si j’ose dire. Ça n’a rien d’un travail harassant ni d’un travail ressemblant au « mythe de Sisyphe ». Car, une fois le travail accompli, je n’aurais pas à le reproduire indéfiniment si ce n’est le copier et le coller. De nos jours, les TIC nous facilitent grandement la tâche. Par ailleurs j’estime qu’il est du rôle du lettré pour ne pas dire intellectuel d’éclairer la lanterne de ceux qui sont, peut être, dans l’ignorance la plus totale concernant ces questions de base de la vie politique. Que l’on sache d’abord ce que c’est un parti politique et à quoi il sert. Autrement dit quel est rôle d’un parti politique ? Dans l’esprit de beaucoup de gens, un parti politique ne sert à rien si ce n’est qu’il sert plutôt ceux qui y font partie. Or, rien n’est plus faux. Cette idée très répandue dans l’opinion publique algérienne doit être désancrée de la tête de nos concitoyens. Il est temps de porter un nouveau regard sur les partis politiques quels qu’ils soient et quelles que soient leurs idéologies.
En fait, pour rédiger ce papier, je n’ai pas été par trente six chemins. Je vous avoue que le travail était déjà à moitié fait ! Par qui ? Comment ? Je sais que ce genre de questions vous taraude l’esprit. Alors, je ne vous le cache pas, je n’entretiens pas plus longtemps le mystère et je vous donne donc tout de suite ma recette miracle. Ou plutôt magique. Je préfère de loin ce deuxième terme, MAGIQUE, car il rend bien compte de cette nouvelle technologie de la communication (Internet) capable, si elle est utilisée à bon escient, de chambouler le monde. Les révolutions qui ont eu lieu en Tunisie, en Egypte et ailleurs dans le monde arabe ne sont-elle pas un exemple vivant et concret de ce que peut faire le Web ? Alors, sans plus tarder, disons que c’est grâce à ma fille, lycéenne, qui a eu à faire un travail de recherche sur cette question-là, les partis politiques, que ma tâche s’est trouvée grandement facilitée. De ce travail de recherche qui s’intitulait « Le parti politique », je n’ai, en fait, pris que la définition. Celle-ci : « Un parti politique est une organisation politique qui cherche à influencer une politique gouvernementale, en nominant leurs propres candidats et en tentant d'obtenir des mandats politiques.
Plus généralement, la notion de parti politique possède deux définitions. La première, d'ordre idéologique, est presque synonyme de faction : il s'agit, pour reprendre les termes de Benjamin Constant, d'une « réunion d'hommes qui professent la même doctrine politique ».
La seconde, d'ordre institutionnel, le tient pour un élément essentiel du jeu démocratique : « elle consiste à saisir le parti politique en tant que forme politique, structure d'organisation de la démocratie ». Voilà. C’est net et précis.
Revenons maintenant à la question telle qu’elle a été formulée par mon ami à savoir « les différents courants politiques en Algérie ». Pour être honnête, je dirais qu’avant de donner mon accord pour entreprendre un tel travail, j’avais, comme on dit, un peu tiqué. Pourquoi me demande-t-on une chose pareille ? Ecrire un papier sur les partis politiques algériens alors que le notre, notre parti, n’a même pas encore d’existence légale sur papier ?
Bon ! « Passons maintenant aux choses sérieuses ! »
Faisons une petite digression à propos de cette dernière phrase.
Du temps du parti unique, vers les années 7O, un des journalistes de l’Unique s’est vu démis de ses fonctions pour avoir prononcé cette fameuse phrase, lors du JT de 22h (en langue française), et ce, pour faire la transition de l’information locale à « l’international » où les choses étaient, reconnaissons-le pas seulement selon lui, plus sérieuses. Autrement dit, tout ce qu’il disait jusqu’alors n’était que du baratin, du blabla sans aucun intérêt pour les téléspectateurs. Normal, en Algérie, c’était l’époque de la « révolution agraire » et des petites Kasma FLN éparpillées dans les villages et les faubourgs du pays et qui, pour un oui pour un non, condamnaient de la façon la plus véhémente l’impérialisme américain. Ce temps de « zalt ou tfaraîne »* est heureusement bien derrière nous. Ne reste sur le lit de la rivière que les galets, dit l’adage.
Ce qui nous amène donc à parler du plus vieux parti politique algérien : le FLN.
Nombre d'intellectuels et d'hommes politiques de l'opposition, en Algérie, pensent le plus sérieusement du monde que la place de ce parti politique devrait être dans un musée de l’Histoire et non au Pouvoir. Pour la simple raison qu’à son origine il appartenait à tout le peuple algérien et qu’il a déjà fait SA révolution et SON temps. Les conditions historiques de sa création sont connues de toutes et de tous.
En 1954, année de sa création, sa mission était de combattre le colonialisme français et « d’arracher l’indépendance (1). Cette mission a été menée avec brio. Nul n’est ingrat pour ne pas lui reconnaitre ce mérite. Après plus de sept ans de guerre, de souffrances, de larmes et de sang versés par les algériens, celui-ci est sorti victorieux. Il faisait alors la fierté du « seul héro, le peuple ». Malheureusement, une fois l’indépendance acquise, le FLN a vite perdu de sa crédibilité, particulièrement après la mort de Houari Boumediene qui, malgré ses détracteurs, avait du charisme. Bien sûr, nous ne nions pas le fait qu’il y eut, malgré tout, beaucoup de réalisations sur le plan infrastructurel et beaucoup d’acquis sociaux sous le règne du FLN, mais, vu la manne pétrolière dont disposait le pays, on aurait pu mieux faire. Parmi les acquis sociaux, je n'en citerais que deux :
< la gratuité des soins pour tous les algériens, mais dont ont profité, en réalité, beaucoup plus les gens bien introduits dans le système qui bénéficiaient ainsi de prises en charge à l’étranger même pour des soins dentaires
< et la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à laquelle votre serviteur, issu pourtant d’un milieu social défavorable, a pu accéder à une profession des plus nobles : la chirurgie. Et il se trouve aujourd’hui, en face de son micro, à dénigrer, pourront peut-être me rétorquer certains nostalgiques de ce parti. En fait, je ne dénigre pas, je balance plutôt mes quatre vérités à la face des « FLNistes » qui ont, à un moment donné, utilisé le sigle du parti unique à des fins personnelles. Ils ont fait fi de l’intérêt général. Pendant des années, le FLN gérait d’une main de fer le pays. Toutes les organisations de masse (UGTA, UNJA, UNFA …etc.) étaient sous sa coupe et seuls ses militants pouvaient postuler et accéder à des fonctions de responsabilité au sein de l’Etat, par exemple. La révolte du 5 octobre 1988 a mis pratiquement fin à un règne sans partage du parti FLN. Il est inutile de revenir ici sur « ce chahut de gamins » si ce n’est pour dire que, pendant ces évènements, tout ce qui symbolisait le parti FLN a été saccagé et brûlé. C’était la revanche des jeunes algériens contre le système du parti unique qui les a pendant longtemps brimés.
Comme conséquences à ces évènements, il y eut la réforme de la constitution en 1989 ; celle-ci a établi le multipartisme en Algérie et libéré le champ médiatique. Autre conséquence dont on parle peu : l’ex Président Chadli Bendjedid est poussé à démissionner par la « grande muette » qui, en réalité, a toujours détenu le pouvoir réel.
* Se prendre pour un pharaon alors qu'on est rien !
... à suivre.

mercredi 25 mai 2011

Emission « entre les lignes » de la chaine 1 et Ligue arabe


Contrairement à une idée largement répandue au sein de l’opinion publique algérienne, nos médias radiophoniques (particulièrement la chaine 1) ont, apparemment, depuis longtemps abandonné la langue de bois. J’ai eu personnellement à le constater, j’allais dire de visu, or c’est plutôt par l’ouïe, depuis plusieurs semaines maintenant. La chaine 1, par exemple, qui émet en langue arabe et que je n’écoute pourtant que rarement, ne donne plus, comme je m’y attendais, que des informations sur la politique nationale et les activités de tel ou tel ministre, le tout, avions-nous l’habitude d’entendre, sur un ton monocorde et ronronnant à faire chialer un chien.
Non, le temps et le ton propagandistes à la Pravda de nos chaines Radio sont, semble-t-il, bel et bien révolus. A la chaine 1, l’on ose maintenant aborder même des questions qui fâchent. Et cela, croyez-moi, n’a aucun rapport avec les révoltes et révolutions qui secouent actuellement le monde arabe. Comme tout un chacun le sait, ces révolutions ont commencé vers la fin de l’année écoulée. Or, ce que j’ai constaté personnellement concernant les médias dont je parle ici remonte à bien plus longtemps ; disons au mois de septembre ou peut-être même bien avant. En effet, de cette avancée révolutionnaire de nos médias audio, je m’en suis rendu compte au début la rentrée scolaire de l’année en cours. Et cela dans des circonstances des plus ordinaires : pour « tuer » le temps, comme on aime bien dire chez nous, chaque dimanche soir, entre 20 ET 21h, j’allume la radio de ma voiture, je module la fréquence sur la chaine 1 et je suis, peinard, bien calé sur le siège de ma voiture à l’arrêt, l’émission culturelle qui y passe et qui est animée par un certain professeur de Sociologie de l’Université d’Alger dont le nom est Mustapha Madhi. Cette émission culturelle est intéressante à plus d’un titre. D’abord le journaliste de la chaîne qui dirige le débat, qui pose des questions et qui lit parfois des textes (de la personnalité historique ou de l’auteur du jour) en usant d’une voix un peu rauque (je dirais même un peu artificielle) et dont on n’a aucune peine à deviner qu’elle n’est pas vraiment à lui. En fait, celui-ci se comporte, vocalement parlant, comme s’il essayait d’imiter un speaker du Moyen-Orient. Je ne vous le cache pas, ça m’énervait un petit peu mais bon…. Il n y’a pas de quoi fouetter un chat. Disons que je trouve ça même un peu marrant. J’aurais maintes fois voulu prendre le téléphone et l’appeler pour lui dire de s’exprimer naturellement et simplement, en algérien tout court, mais quand il s’agit de faire dans le culturel, parler de Camus, de De Gaule ou de la civilisation arabo-musulmane du temps de l’Andalousie, je comprends bien que notre parler algérien ne s’y prête pas. Ça ne fait pas très sérieux auprès des auditeurs. La science, la littérature, la culture sont des choses assez importantes et on devrait autant que faire se peut les exposer dans un arabe classique pour capter l’attention des auditeurs qui s’y intéressent. Après tout, ce n’est pas une discussion entre deux amis dans un café maure du coin mais une émission culturelle d’une chaine de radio nationale qui doit être suivie par des milliers de personnes. Le deuxième élément qui fait la particularité de cette émission radiophonique c’est que notre ami le sociologue présente un tic qui consiste à « sucer du citron », et ce, après chaque mot qu’il prononce.
A l’entendre parler ainsi, des souvenirs vieux de plus de quarante ans remontent à la surface : « Arrêtes de sucer le citron », me disait ma mère quand il m’arrivait de le faire, ce tic, quand j’étais enfant. Vous voyez ce que je veux dire maintenant ? Le sociologue « suçait du citron » certes, mais de sa bouche sortent des mots qui, assemblés les uns avec les autres, reliés les uns aux autres forment une chaine (pas la chaine 1 dont il est question ici, mais une chaine au sens propre du mot) de connaissance sociologique à faire pâlir de jalousie le plus érudit des sociologues d’outre-mer. En outre, croyez-moi bien que je n’exagérerais point si je vous disais que ce Madhi porte bien son nom. La traduction littérale, de l’arabe au français, du terme « Madhi » donne ceci : aiguisé, acéré. De ce fait, sa langue est aussi acérée qu’une lame de bistouri No 24. Il dissèque de façon méthodique, patiemment, tel un chirurgien chevronné, les évènements et les hommes, particulièrement lors de la dernière émission (dimanche 15 mai) consacrée, actualité oblige, à la Ligue arabe. Avec son tic, il donne l’impression de ne pas maîtriser son sujet. Mais en réalité, quand on prend la peine de l’écouter et de suivre son raisonnement, l’on se rend compte que ce tic, loin de constituer un handicap à l’orateur, ajoute plutôt une touche symphonique à sa déception. Il est déçu par la tournure des évènements qui se déroulent actuellement dans certaines parties du monde arabe, il est déçu par la non implication de l’élite des pays arabes dans la question palestinienne par exemple ; il est déçu par le manque de compétitivité sur le plan de la production des idées au niveau du monde arabe. Pourtant le monde arabe recèle un potentiel humain universitaire non négligeable. Rappelez-vous, lors de la révolution tunisienne, tous les commentateurs insistaient sur un point particulier : l’existence dans ce pays arabe d’une jeunesse instruite, cultivée et diplômée de l’université, malheureusement pour la plupart au chômage ! Pareil en Egypte où il n’est pas rare de tomber sur un Dr en Sociologie ou en littérature qui, pour arrondir ses fins de mois, est obligé de recourir au système D, chauffeur de taxi dans le meilleur des cas ! Ces exemples peuvent être multipliés à l’infini et concernent la majorité des pays arabes. Si le monde arabe ne s’est que peu développé depuis les années des indépendances jusqu’à nos jours, c’est parce que ses élites ont toujours été marginalisées par des gouvernants tyranniques et souvent incultes eux-mêmes. Mais, entre nous, soutenus quand même par l’Occident parce que ça faisait son affaire !
Comme quoi et pour revenir à mon dernier article où je parlais « des idées », les idées ne sont pas l’apanage des seuls peuples de l’Occident. Sur ce plan-là, il est indéniable que nos sociologues, nos historiens, nos intellectuels d’une façon générale, n’ont rien à envier à ceux des pays dits développés. Ce qui leur manque c’est des rencontres et des débats au cours desquels ils pourront exprimer, sans entrave aucune, leurs idées et leur opinions. Autrement dit, il n’y a pas de « boites à idées » dans notre pays. Ceux qui peuvent jouer le rôle de « think tank » et qui peuvent donc éclairer la lanterne de nos hommes politiques sont dispersés au quatre coins de la planète. Il est temps que les pouvoirs publics de façon générale et l’Université algérienne de façon particulière fassent leure cette préoccupation majeure qui revient comme un leitmotiv dans la bouche de notre sociologue. Et, il va de soi qu’en tant qu’auditeur du dimanche de cette chaine et que rédacteur de chroniques à mes heures perdues, je partage pleinement cet avis. Il y va de la sécurité de notre pays.
Le Sujet de la dernière émission étant très sensible, je n’ai pas manqué de prendre quelques notes sur un bout de papier, comme au bon vieux temps lorsque j’étais étudiant en médecine, notes qui m’ont servi à rédiger cet article. Ces notes, je vous les livre d’abord en vrac, puis au fur et à mesure j’essaierais de développer. Parlant de la ligue arabe, le sociologue Madhi a insisté sur le fait de « ne pas analyser à chaud » et ce quelle que soit l’importance de l’évènement. Il faut toujours prendre du recul, avais-je compris, par rapport à l’évènement dont on veut analyser les tenants et les aboutissants. C’est tout à fait normal puisqu’il s’exprime en sa qualité de sociologue. Le rôle du sociologue étant, à ma connaissance, de comprendre le mode de fonctionnement des sociétés humaines, il est évident que celui-ci doit disposer du temps nécessaire pour le faire. Mais est-il permis à l’homme politique de ne pas commenter à chaud l’actualité ? A ce que je sache non. Pour avoir mis du temps, beaucoup de temps même à s’exprimer sur les derniers évènements qu’a connu l’Algérie, par exemple, A. Bouteflika, notre Président, a essuyé des tirs à boulets rouges venant de la part de l’opinion publique et des partis politiques toutes tendances confondues.
Le 15 mai, la ligue arabe a procédé à l’élection ou plutôt à la désignation de son nouveau secrétaire général. Comme on s’y attendait, ce poste est revenu encore une fois à un Egyptien. C’était l’occasion à notre sociologue de s’adonner, lors de cette émission culturelle de la chaine 1, à une critique en règle mais constructive de la ligue arabe qu’il compare à « une structure sans âme », « budgétivore », et qui « a toujours fait le jeu d’Israël » Qui peut le contredire ? « Structure sans âme », la Ligue arabe ? Effectivement elle l’est. Et, à ce titre, la boutade des Israéliens « les arabes se sont mis d’accord pour ne plus être d’accord » reste toujours d’actualité plus de quarante ans après qu’elle ait été prononcée. De ce point de vue, on peut, sans risque de se tromper ou d’être contredit, dire que la Ligue arabe a, depuis longtemps, vendu son âme au diable. Au sein de cette Ligue, il n’y a jamais eu de consensus sur une question quelconque concernant l’avenir du Monde arabe. Elle n’a jamais pu mettre fin aux divisions idéologiques et politiques qui minent le Monde arabe du Maghreb au Machrek. Elle n’a jamais pu s’opposer à l’interventionnisme des forces étrangères contre l'un de ses membres (cas de l' Irak) ni éviter la scission, sous les coups de boutoir des forces secrètes de l'Occident, du Soudan, par exemple.

lundi 11 avril 2011

Révolution avortée en Libye ? (2)


Ben oui, le gendarme du monde, les USA pour ne pas les nommer, veille au grain : aucune goutte de pétrole ne doit partir ni à gauche ni à droite. Voilà pourquoi la France de Sarkozy est vite remise à l’ordre et l’intervention militaire en Libye est confiée à l’OTAN. Car qui dit OTAN dit USA. Est-il exagéré de dire que tous les autres, c'est-à-dire tous les pays qui font partie de la coalition, se comportent comme des vassaux ? Mais vassaux par rapport à qui ? Par rapport aux USA ? Par rapport au couple franco-britannique qui pour la première fois mène la danse des Sioux ou le bal des vampires ? That is the question !

Ceci dit, revenons maintenant à l’idée de départ qui nous a poussé à rédiger cet article. Presque à la hâte, il faut le dire, puisque les évènements s’accélèrent et influent les uns sur les autres. L’idée de départ était que je devais parler de ce qui se passe actuellement en Libye sans parti pris ni prise de position en faveur d’un camp ou d’un autre. Je devais donner mon avis de simple citoyen qui suit de loin les évènements comme je l’ai déjà fait pour la révolution tunisienne. Or, même si les causes qui ont conduit la « rue arabe » à se soulever, du Maroc au Yémen, sont pratiquement les mêmes, l’action des manifestants qui contestent l’ordre établi dans chacun de ces pays puis la réaction des régimes républicains, monarchistes ou autres depuis longtemps en place dans ces pays n’ont pas été les mêmes. En Tunisie, « la rue » a été à la hauteur de l’évènement : mobilisée H 24 mais sans sombrer dans le chaos et l’anarchie. Elle était bien encadrée par l’UGTT et par les intellectuels tunisiens qui ont fait preuve d’une véritable conscience politique. Résultat : malgré ses premières tergiversations, l’ex Président Ben Ali avait compris que la situation politique dans son pays lui échappait complètement et définitivement et il ne lui restait donc qu’à prendre ses cliques et ses claques. Après lui, il n y a pas eu le déluge ! Les tunisiens, même s’il leur reste encore un long chemin à faire pour pouvoir asseoir une véritable démocratie, peuvent d’ores et déjà goûter au fruit de leur révolution. Le clan, de celle qu’on appelait « la régente de Carthage », est tombé, mais Carthage est toujours debout. Carthage panse ses blessures, l’œil rivé sur l’avenir. Carthage a donné l’exemple. Elle a ouvert la voie, une brèche vers la démocratie. Aux autres peuples arabes de suivre, de s’y engouffrer !

La chute du Président tunisien Ben Ali et sa fuite vers l’Arabie Saoudite a galvanisé les foules arabes non seulement à Tunis mais aussi … au Caire où les manifestants occupaient la place Tahrir depuis quelques jours déjà. L’on disait alors que l’Egypte est un cas particulier, que son régime était difficile à faire tomber parce que, pour des raisons géostratégiques, il était, de toute évidence, soutenu par les Etats-Unis. Mais, devant l’ampleur de la mobilisation des citoyens du Nil (plus d’un million de personnes pendant plusieurs vendredi de suite) et leur détermination à faire tomber le pharaon Hosni Moubarak, au pouvoir depuis plus de trente ans, ni les Etats-Unis ni une autre puissance ne pouvaient faire quoi que ce soit. Ils étaient réduits à de simples spectateurs tout en espérant et en priant que le nouveau pouvoir qui résulterait de cette révolution égyptienne ne remettrait pas en cause les relations diplomatiques (ainsi que les accords de Camp David) avec leur protégé de la région : Israël.

Une révolution réussie suivie d’une réelle démocratie en Egypte signifie qu’Israël perd, ainsi, de facto, son monopole de « seul état démocratique de la région du Moyen-Orient ». Voila pourquoi, les pays de l’Occident et à leur tête les Etats-Unis, pris au dépourvu lors des évènements de la Tunisie puis de l’Egypte, tentent maintenant de torpiller ces dynamiques révolutionnaires en Libye, en Syrie et ailleurs, là où l’émergence d’une probable démocratie ne servira pas leurs intérêts. D’aucuns pourront, peut-être, me rétorquer que, jusqu’ici, les pays arabes du Maghreb et du Moyen-Orient où souffle ce vent de liberté sont encore loin d’être des modèles de démocratie. Très juste. Mais ne dit-on pas qu’il y a un début à tout ?

Tout le monde sait qu’une révolution c’est du sang et des larmes, des morts et des blessés, des veuves et des orphelins. Aucune révolution de par le monde et de par l’Histoire ne s’est imposée, du jour au lendemain, en un claquement de doigts. Dans ma profession de chirurgien, nous avons l’habitude de dire « qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs », en faisant allusion aux complications post opératoires et aux décès qui pourraient résulter de certains actes chirurgicaux particulièrement délicats et sanglants. Bien sûr aucun chirurgien n’accepterait de gaité de cœur cette « omelette », si j’ose dire, ni ces coquilles d’œufs vides même s’il est aussi admis que « chaque chirurgien a son cimetière ». J’ai cité ces deux adages relatifs encore une fois à ma profession de chirurgien parce que je les ai toujours trouvés plein de bons sens et de sagesse. De plus, ils peuvent parfaitement s’appliquer au contexte actuel des révolutions au Monde arabe. Une révolution est telle une omelette. On casse les œufs pour faire une omelette, n’est-ce pas ? On ne peut donc faire une révolution sans casser les hommes. Une révolution doit forcément avoir ses blessés et ses estropiés, ses charniers et ses cimetières, particulièrement lorsque, pour des raisons x, interviennent des forces étrangères. C’est à cette situation que l’on assiste malheureusement aujourd’hui en Libye. Les coalisés qui sont intervenus dans ce pays limitrophe de l’Algérie pour soit disant empêcher le fou Kadhafi de commettre un carange sur son propre peuple sont entrain de commettre à leur tour bavure sur bavure. Ils larguent leurs bombes et leurs missiles n’importe où ne faisant plus de distinguo entre les insurgés et les pro-Kadhafi ; pire que ça, ils viennent même de rejeter, et cela par la bouche même d’un haut gradé de l’OTAN, toute excuse pour ces « dommages collatéraux ». Par ailleurs le concept de « frappes chirurgicales » n’est qu’un leurre. On l’a déjà vu en Irak. On le voit aujourd’hui en Libye. Lorsqu’un chasseur bombardier passe, il ne laisse que ruine et désolation derrière lui. Ajoutez à cela l’utilisation d’armes à l’Uranium, qu’il soit appauvri ou enrichi, et vous anéantissez toute vie sur terre et cela pour une très longue période. Dans ces conditions-là, a-t-on vraiment le « droit d’ingérence » ? Encore un autre concept occidental pour faire avaler la pilule amère aux peuples sous-développés du Sud.

(1) http://www.mecanopolis.org/?p=22597

(2) http://www.voltairenet.org/article169058.html

A suivre.

vendredi 8 avril 2011

Révolution avortée en Libye ?


Lorsque les peuples arabes de Tunisie et d’Egypte commencèrent, au mois de décembre passé, à manifester, pacifiquement d’abord, puis à se rebeller carrément contre leurs pouvoirs politiques respectifs, en Algérie, nous suivions avec grand intérêt, par l’intermédiaire des différents supports médiatiques (presse écrite, télévisions satellitaires et Internet), ces évènements et nous souhaitions ardemment, nous souhaitions du fond du cœur la chute de ces régimes autoritaires. Et ce, d‘autant plus que nous, algériens, nous avions été spolié de notre révolution d’octobre 1988.
Rappelez-vous, c’était la première révolution d’un peuple arabe : une année avant la chute du mur de Berlin, la dislocation de l’URSS et les révolutions colorées des pays de l’Est. Malheureusement celle-ci n’avait accouché que d’une démocratie de façade (multipartisme à la noix de coco et multiplication de titres de la presse sans la liberté qui va avec) suivie par la suite d’une décennie rouge au cours de laquelle un terrorisme abject, inqualifiable, a emporté des milliers d’algériens. Puis, c’était le retour à la case de départ. La lutte anti terroriste exigeât que les libertés, toutes les libertés, individuelles et collectives, soient mises entre parenthèse, en quarantaine pour m’exprimer en tant que médecin. Lorsqu’en 1992, il y eut l’arrêt du processus électoral qui avait permis au FIS, le parti islamiste, de rafler la mise puis la promulgation, quelque temps après, par le conseil constitutionnel, de l’état de siège, tout le monde avait compris, en Algérie, que tout était fichu, que la démocratie n’était qu’une chimère. Même l’homme de la rue avait compris que la démocratie au sens hellénique du terme ne pouvait, du jour au lendemain, s’enraciner chez nous. Et l’on disait alors « ça sera pour une autre fois ». Ceci pour faire contre mauvaise fortune bon cœur. Dans vingt ans peut-être !
Ça fait déjà plus de vingt ans !
Le temps passe vite ! Pourtant, Dieu seul Sait combien nous avons souffert durant ces vingt dernières années. Seuls, peut-être, ceux qui ont la mémoire courte ou ceux qui ont fui le pays, ceux qui s’étaient exilés dès les premières escarmouches ne s’en souviennent pas. N’est-il donc pas temps de remettre ça ? Pacifiquement évidemment. N’est-il pas temps de réclamer à cor et à cris cette démocratie pour laquelle, il y a vingt ans, des centaines de jeunes ont été fauché à la fleur de l’âge ? La conjoncture actuelle avec le soulèvement simultané de toutes les « masses arabes » n’est-elle pas de nature à favoriser l’émergence d’une véritable démocratie sous notre ciel avant que l’Occident ne nous l’impose, à notre tour, avec ses avions de combat de type Tornado et Rafale et ses missiles Tomahawk ? Il est, à notre sens, préférable que le changement tant souhaité provienne de l’intérieur c’est-à-dire de nos partis politiques et de notre société civile qui semble de plus en plus active ces derniers temps que d’être imposé de l’extérieur et cela pour des raisons évidentes : l’Occident veut-il vraiment du bien aux « masses arabe » ? Je m’interroge car je crains que ça ne soit pas le cas et que l’intervention des coalisés en Libye, par exemple, ne soit pas animée que par et pour des raisons humanitaires. C’est un leurre que de croire que l’Occident intervient en Irak, en Afghanistan et aujourd’hui en Libye rien que pour le fait de venir en aide à des populations opprimées par leurs tyrans locaux. Ceci n’est pas de moi, je ne fais que reprendre cette citation d’un ancien homme politique occidental très avisé et qui a fait ses preuves sur le terrain : « les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts à défendre ». Ainsi donc il serait naïf de croire que le SEUL mobile qui fait qu’actuellement la coalition occidentale, sous couvert de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU, est d’établir une zone d’exclusion aérienne en Libye pour protéger les insurgés libyens d’un massacre à grande échelle par l’armée de Kadhafi. Dans toute cette agitation, dans la mobilisation de toute cette armada, il doit forcément y avoir d’autres buts inavoués dont le plus important est sans conteste le pétrole. En effet, selon Pierre Hillard du site Internet Mecanopolis, « Londres et Washington veulent s’assurer le contrôle complet des hydrocarbures en provenance des pays Sud-méditerranéens et du Proche-Orient ». (1) Dans cet article, Pierre Hillard ne dit pas que la France est aussi animée par le désir de pomper à satiété le pétrole libyen à moindres frais. Par omission ou intentionnellement ?
Et alors que vient faire la France là-dedans, elle qui était très pressée d’en découdre avec Kadhafi me diriez-vous ? La réponse est claire. La France a toujours estimé ou du moins cru que le Maghreb arabe (dont fait partie la Libye aussi) est son pré carré, sa chasse gardée. D’où d’ailleurs la tentative de Nicolas Sarkozy de fédérer les pays du Sud de la méditerranée et de l’Europe dans un projet qui lui tenait tant à cœur : l’UPM dont on a beaucoup parlé. Ce projet est resté cependant presque inabouti, au stade des intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises peu importe, du fait de plusieurs réserves émises par certains pays de la rive Sud qui ne voyaient en cela qu’une russe politique de la part de son promoteur (Nicolas Sarkozy) pour, d’une part normaliser les relations des pays arabes avec Israël sans que ce dernier ne soit tenu par l’obligation de permettre la création d’un état palestinien viable dans des frontières sûres, et d’autre part exclure définitivement la Turquie d’une éventuelle adhésion à l’Union Européenne . Or, en cette fin de 2010, l’Histoire, côté rive sud de la Méditerranée, s’est emballée et a balayé les deux Présidents (tunisien et égyptien) sur lesquels Nicolas Sarkozy avait fondé tous ses espoirs pour la concrétisation de son projet, boiteux dès le départ faut-il le répéter. S’étant rendu compte qu’elle a lamentablement échoué lors de la révolution tunisienne en proposant au régime de Ben Ali son expertise en matière de maintien de l’ordre public alors que les manifestants tunisiens attendaient plutôt une compréhension et un soutien moral de la part de la patrie des droits de l’Homme, la France tente aujourd’hui de prendre le train de l’Histoire en marche à Benghazi. Voila ce que dit à ce propos le journaliste de la droite libérale italienne Franco Bechis dans un article paru sur Réseau Voltaire : « la révolte de Benghazi aurait été préparée depuis novembre 2010 par les services secrets français ». (2) Par ailleurs, la précipitation de la France à intervenir en Libye ne peut s’expliquer que par le principe qui dit « le premier arrivé, le premier servi ». Rappelez-vous, en 2003, en Irak, après la chute de Saddam Hussein, la France n’a pas été invitée à la table des convives. Sa politique étrangère d’alors était bien représentée par un Dominique de Villepin qui était au summum de sa gloire et qui s’était très bien illustré par son discours tout de lyrisme fait lors de la réunion du conseil de sécurité de l’ONU qui devait entériner la politique du fait accompli c’est-à-dire l’intervention militaire en Irak. Ce discours, il faut en convenir, est l’un des meilleurs discours qui nous a été donné d’entendre. Il était contre l’intervention militaire en Irak. Il était antimilitariste pour utiliser le langage des progressistes, des anarchistes et des altermondialistes. Il allait complètement à l’encontre des thèses des néo cons américains et des va-t-en guerre de tous poils. En un mot, c’était du Gaullisme pur jus sans De Gaulle.
« Le Réseau Voltaire précise que Paris a rapidement associé Londres à son projet de renversement du colonel Kadhafi (force expéditionnaire franco-britannique). Ce plan a été modifié dans le contexte des révolutions arabes et pris en main par Washington qui a imposé ses propres objectifs (contre-révolution dans le monde arabe et débarquement de l’Africom sur le continent noir). La coalition actuelle est donc la résultante de ces ambitions distinctes, ce qui explique ses contradictions internes ». Ben oui, le gendarme du monde, les USA pour ne pas les nommer, veille au grain : aucune goutte de pétrole ne doit partir ni à gauche ni à droite. Voilà pourquoi la France de Sarkozy est vite remise à l’ordre et l’intervention militaire en Libye est confiée à l’OTAN. Car qui dit OTAN dit USA.

A suivre.

mercredi 9 février 2011

Tunisie : révolte ou révolution ?


« Oui, la révolution est en marche ! Et pas seulement en Tunisie. » C’est avec ses mots simples que j’ai donné, en ma qualité de modérateur, mon avis favorable à la publication, sur le site Agoravox, d’un article qui parle de la révolte réussie de nos voisins Tunisiens. Ces mots me sont venus spontanément, sans aucun effort intellectuel ni hésitation quant à leur formulation. Pour moi, cela va de soi que ce qui s’est passé en Tunisie est une révolution au sens classique du terme. Et, avec « pas seulement en Tunisie », vous l’aurez compris, l’allusion est clairement exprimée : l’onde de choc se propagera inéluctablement vers les pays voisins dont les populations connaissent les mêmes déboires que le peuple frère de Tunisie.
En fait, depuis quelques jours, je m'interroge sérieusement sur le sens à donner aux manifestations de rue qui se sont produites en Tunisie et qui ont forcé l'ex Président Ben Ali à prendre la poudre d’escampette et à fuir, "comme un voleur", de son pays : révolte ou révolution ?
A mon sens, il y’a une sacrée différence entre ces deux mots. La révolte ne porte généralement que sur un fait précis et est le fait d’une catégorie bien précise de personnes, par exemple des mineurs ou des dockers qui contestent leurs conditions de travail ou leur misérable salaire. Dans ce cas, il n’ya pas le feu en la demeure et le problème peut être facilement réglé si les autorités en charge de cette catégorie de travailleurs savent user de la carotte au lieu du bâton. En revanche, lorsque les manifestants ou les émeutiers s’emparent de la rue et ne veulent plus déguerpir malgré les moyens sécuritaires utilisés par les pouvoirs publics en place, cela veut dire que quelque chose de plus sérieux est entrain de se tramer : la révolution. La révolution qui met sens dessus dessous tout un pays ou parfois même toute une région, le Maghreb dans ce cas-là, ne cherche pas moins qu’un changement radical de toutes les structures existantes, toutes les politiques suivies jusque là. On ne doit pas se contenter de demi mesures. La "rue arabe", comme on aime bien l'appeler en Occident,ne devrait plus se laisser berner par des promesses et rien que des promesses. Sans Vouloir verser dans l’extrémisme, je dirais qu’à un changement radical, il faut opposer une réponse radicale. La révolution française de 1789 ne s’est imposée qu’après qu’il y eut des têtes coupées et exposées dans les lieux publics sur des piquets. Arrêtons-nous à cet exemple sinon les débats risquerons d'être chauds, brûlants même.

Et, apparemment, je ne suis pas le seul à essayer de comprendre dans quel contexte ces évènements doivent être placés. Ainsi, Lecomte, un auteur d'Agora vox, dans son dernier écrit intitulé " La Tunisie de l'après Ben Ali", se pose, lui aussi, la même question. Voilà ce qu'il en dit : " Pour certains il s’agit là de la première révolution dans un pays arabe, pour d’autres c’est un MAI 68 maghrébin susceptible de servir d’exemple aux régimes voisins voire à plusieurs autres états arabes". Effectivement, nous n'avons pas encore assez de recul pour pouvoir procéder à une bonne analyse géopolitique de la situation et la classer ensuite dans le cadre qui lui convient le mieux : révolte des laissés-pour-compte qui, au fil des jours va certainement s'essouffler et s'estomper ou, au contraire, révolution au sens Gramscien du terme (c’est-à-dire ayant impliqué également l’élite intellectuelle tunisienne) qui, tôt ou tard, s’étendra à l’ensemble de la région et provoquera un changement radical sur le plan politique de tout le Maghreb et peut être même du Moyen-Orient. Et on le voit d’ailleurs, jour après jour, les « masses arabes » se soulèvent un peu partout, de façon un peu timide pour les unes (Algérie et Yémen) ou au contraire avec fracas comme c’est le cas actuellement en Egypte.
Il faut dire que, du moins jusqu’à l’heure actuelle, peu de journalistes et d’analystes politiques se sont sérieusement penchés sur le véritable sens à donner à cette insurrection des tunisiens contre un régime autoritaire qui les maintenait sous une chape de plomb depuis au moins vingt trois ans. La raison en est que personne ne s’attendait à « ce coup de tonnerre sous un ciel serein » d’une Tunisie à l’apparence trompeuse si douce et où il faisait si bon vivre pour … les touristes européens ! Les émeutes de Tunisie, par leur ampleur et leur durée, ont donc surpris tout le monde. Les Tunisiens qui passaient aux yeux de leurs voisins de l’Ouest (les Algériens) pour des gens qui ont une peur bleue de leurs services de sécurité se sont, en fin de compte, révélés assez coriaces et n’entendent nullement lâcher prise jusqu’à la satisfaction de tous leurs revendications à savoir :
< faire table rase du passé (qui leur fait rappeler beaucoup de mauvais souvenirs) en éliminant du pouvoir et le RCD et les caciques de ce parti politique qui a mis le pays en coupe réglée
< rebâtir une société plus juste et plus libre en faisant appel à toutes les forces saines du pays. Ces forces saines existent, on ne s’en doute pas. La Tunisie est, en effet, un pays dont la population est à majorité jeune et instruite. De plus cette jeunesse a fait preuve, tout au long de ces émeutes, d’une maturité et d’une conscience politiques qui laissent le monde entier sans voix, coi quoi ! Elle ne s’est à aucun moment laissé envahir par le pessimisme quant à l’aboutissement ou non de son combat juste et légitime. Dès le départ, on l’avait bien compris, son slogan, même s’il n’était pas inscrit sur des pancartes ou des banderoles, ne pouvait qu’être vaincre ou mourir ! Et ils ont vaincus ! « Le mur de la peur » est tombé dans le monde arabe selon l’éditorialiste du journal Le Monde de ce jour (le 29 JANVIER) et nous sommes nombreux à partager largement ce sentiment. Nous en sommes même fiers : que la peur ait changé de camp.
Evidemment, toute révolution commence d’abord par une révolte.
La plèbe se révolte contre l’ordre établi (par la bourgeoisie) mais elle peut ne pas maitriser le cours de l’évènement, et c’est à ce moment-là qu’entre en jeu le rôle de l’intellectuel qui doit porter à bout de bras cette révolte pour en faire une révolution.
En gros, c’est cette logique qui a été mise en œuvre et bien respectée en Tunisie : un jeune homme s’immole par le feu et c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les avocats (intellectuels) et le syndicat des travailleurs (UGTT) prennent la relève en encadrant de façon parfaite et bien ordonnée le mouvement de contestation qui, au bout de quelques jours seulement, aboutit à la chute du gouvernement et du parti RCD au pouvoir depuis 23 ans.
En somme, ce que les Etats-Unis et la CIA n’ont pu faire avec leur feuille de route pour le Grand Moyen-Orient (après la guerre du Golf et la chute de Saddam Hussein), la rue arabe en ébullition est en train de le concrétiser. Les régimes autoritaires qui ont tenu en laisse pendant longtemps leurs peuples respectifs sont entrain de tomber les uns après les autres, effet domino oblige.
Ces derniers jours, on a beaucoup glosé sur les évènements dramatiques qui secouent certains pays du monde arabe ; chacun y va de son commentaire. Pour certains, ces évènement ressemblent à tous points de vue à Mai 68, pour d’autres c’est la première révolution au sens propre du terme qui a commencé en Tunisie et qui, tel un Tsunami, ne manquera pas d’emporter d’autres pays de la sphère arabo-musulmane et cela pour la simple raison que ces pays présentent beaucoup de similitudes non seulement sur le plan religieux et culturel mais aussi sur le plan de la nature de leurs régimes politiques : tous dictatoriaux et corrompus jusqu’à la moelle.
C’est plutôt la FIN des dictatures et non la FAIM des peuples qui poussent la "rue arabe’ à la révolte pour ne pas dire REVOLUTION.

mercredi 12 janvier 2011

"Nif" et manif ! (2)

En revanche, les évènements de ces derniers jours qui expriment pourtant un ras-le-bol général, n’aboutiront à rien de concret sur le plan politique. C’est d’ailleurs l’avis de plus de 74% de personnes interrogées par le quotidien « Le Soir d’Algérie » lors d’un sondage dont la question est : « Pensez-vous que les émeutes qui viennent de secouer le pays vont déboucher sur des réformes politiques profondes » ? L’opinion publique est à prendre au sérieux. Ses prévisions ne se démentent pas
Le pouvoir actuel va certainement procéder à quelques replâtrages pour améliorer un tant soit peu les conditions de vie des « laissés pour compte » et ça s’arrête là. Pour preuve, dès le lendemain de ces manifestations, sa première réaction a été d’annuler cette fameuse loi concernant les grossistes importateurs de sucre et d’huile et de maintenir en l’état les prix de ces derniers produits de première nécessité considérés par la presse, non à juste titre d’ailleurs, comme étant la cause de ces débordements. Il ne faut pas être naïf pour croire que quelques échauffourées ça et là vont transformer de fond en comble un pouvoir bien assis sur son trône et qui, pour se maintenir en place, a dû ruser pour modifier la constitution. La situation actuelle, aussi pourrie qu’elle soit, ne peut imposer ne serait-ce qu’un simple nouveau regard sur la constitution ni sur les prérogatives du Président de la République ou de tel ou tel ministre. Et puis, à quoi cela servira-t-il de changer des textes si cela n’est pas suivi d’un changement des hommes ? Le drame de l’Algérie, et ce depuis l’indépendance à nos jours, réside non pas dans les textes, les lois, et autres décrets et leur application effective sur le terrain mais dans le fait que nous sommes toujours gouvernés par les mêmes hommes, ceux qui tirent soit disant leur légitimité de la guerre de libération. Si ce n’est pas Moussa El Hadj, c’est El Hadj Moussa !
En Algérie, il y a des jeunes très jaloux de leur pays, aptes à prendre la relève et à relever le défi sur tous les plans. Mais, ils sont marginalisés. C’est cette réalité-là que les manifestants auraient dû brandir à la face du pouvoir pour qu’il comprenne bien que le problème du sucre et de l’huile n’est, en fait, que la goutte qui a fait déborder le vase. Envisager le problème de cette façon-là, c’est-à-dire croire que les jeunes algériens se sont révoltés pour une histoire d’huile, serait très réducteur et indigne d’eux; ça équivaudrait à prendre l’Algérien pour un tube digestif. Or, les Algériens, à l’instar des autres peuples de la planète, ont aussi d’autres préoccupations quotidiennes. Des préoccupations d’ordre politique en premier lieu. Les émeutiers ne portaient pas de pancartes ou de banderoles pour l’exprimer clairement, mais c’est certainement le message qu’ils ont voulu transmettre au pouvoir en s’attaquant d’abord, comme en 88, à tout ce qui symbolise l’Etat. Comme leurs ainés de 88.
Par ces manifestations de rue qui ont fait « tâche d’huile » pour reprendre encore ce satané mot, « huile », accompagnées malheureusement de saccage et de pillage des biens publics, qu’un être de sensé ne peut que déplorer pour ne pas dire condamner, les jeunes algériens nous ont montré qu’ils constituent une force vivante, une énergie juvénile que certaines Nations, sans aucun doute, nous envient. Ne peut-on pas canaliser cette force vivante, cette énergie juvénile vers la construction et non la destruction du pays ? Ce rôle n’incombe-t-il pas aux différents partis politiques et autres organisations de masse qui sont pourtant légion dans notre pays ? Voilà encore un point qui sera en faveur du pouvoir actuel pour ne rien changer à sa politique : c’est que, ne serait-ce que sur le papier, la démocratie existe bel et bien en Algérie. En effet, quel est le pays du pourtour méditerranéen qui compte le plus de partis politiques que l’Algérie ? Malheureusement, ces partis politiques ou ils ont fait allégeance au pouvoir, c’est le cas des partis de la coalition gouvernementale, ou ils n’ont pas assez de représentativité au sein des deux chambres (Sénat et APN), c’est le cas du RCD, ou ils sont carrément absents de la scène politique, ces derniers ne se manifestant que lors des échéances électorales et ce pour une raison bien connue : bénéficier des prébendes que leur distribue le pouvoir pour la compagne électorale ! Et comme on ne donne rien pour rien, ceux-ci sont en fait récompensés pour faire de la figuration. Pour servir de lièvres aux véritables tenants du pouvoir.
Enfin, ce mouvement de protestation populaire n’aboutira pas à quelque chose de positif parce que, dès le départ, il n’était pas encadré par un parti politique de taille ni par des syndicats autonomes ou autres intellectuels non « organiques » c’est-à-dire ne défendant pas automatiquement le point de vue du pouvoir.

A suivre

"Nif" et manif !


Il y a un peu plus de vingt ans, nous avions vécus les évènements dramatiques du 5 octobre 88. A l’époque, les manifestations (qui avaient commencé à Bab El Oued) étaient l’œuvre d’enfants et d’adolescents ; ce qui avait fait dire à certains responsables politiques du parti unique (le FLN) qu’il ne s’agissait que « d’un chahut de gamins » ; Or, ce chahut de gamins avait, malgré tout, abouti à la naissance du multipartisme en Algérie et d’un début de démocratisation des mœurs politiques. Il avait engendré aussi une multiplication des titres de la presse écrite à tel point que le monde arabe nous enviait pour cette expérience unique et surtout pour le ton très libre de certains journaux qui n’hésitaient pas à dénoncer certaines pratiques mafieuses de certains Généraux qui s’adonnaient à l’import-import, par exemple. Et, le quotidien qui avait exhumé le plus d’affaires scabreuses était sans conteste le « Matin » de Mohamed Benchicou qui a eu, par la suite, des démêlés avec la justice jusqu’à sa disparition pure et simple de la scène médiatique.

Rappelons-nous aussi des débats politiques télévisés, contradictoires et houleux en même temps, que nous avions eu maintes fois l’occasion de suivre sur notre « Unique ». Le face à face de Saïd Sadi du RCD, un laïc avéré et de Abbes Madani du FIS qui croyait fermement en « l’Islam est la solution », pour ne citer que cet exemple, a été un moment de pur plaisir pour ceux et celles qui suivaient ces débats politiques et qui espéraient du fond du cœur que l’Algérie s’engage résolument dans la voie de la démocratie.
L’avènement du FIS, dans le sillage de cette démocratisation, a grandement contribué à fausser la donne politique puisque, ce parti à caractère religieux, en s’estimant être lésé et privé de sa victoire électorale aux législatives de 1991, s’est carrément engagé dans une voie qui a mené l’Algérie vers la ruine : la lutte armée.
L’ex Président Chadli Bendjedid, une fois écarté du pouvoir par la « grande muette », s’était muré dans un silence quasi absolu. Ce n’est qu’il y a à peine quelques mois que sa langue s’est quelque peu délié et qu’il a commencé à évoquer ces évènements dramatiques et à donner sa version des faits. Pour lui donc, il ne fait pas l’ombre d’un doute que ces évènements n’avaient rien de spontané ; ils étaient bel et bien commandités par une frange de ce qu’on appelait communément les « caciques » du FLN, ceux qui voyaient d’un mauvais œil la démocratie qu’il essayait d’appliquer en Algérie. Et ce pour une raison simple : ils avaient peur de perdre les privilèges que leur octroyait le parti unique. Ces révélations ont été faites lors d’une interview qu’il a donnée récemment à deux journalistes japonais. Toujours est-il qu’au vu de ce qui vient de se passer ces jours-ci, Chadli Bendjedid devrait se réjouir du fait que l’Histoire ne retiendra pas que seul son règne ait été entaché de drames, de larmes et de sang pour les algériens . Car, effectivement, lors de la décennie 90 l’Algérie a frôlé la guerre civile. On a tendance à occulter ce fait mais c’est une réalité que nous devons admettre aujourd’hui. Il a fallu aux services de sécurité (tous corps confondus) des années de lutte et d’acharnement pour en arriver à bout. Bien sûr qu’il reste encore quelques groupuscules de gens irréductibles dans les maquis mais leur capacité de nuisance s’est nettement amoindrie.
« Les mêmes causes engendrent les mêmes effets », a-t-on l’habitude de dire.
Et à ce propos, je suis tenté de reprendre, ici, cette boutade du héros de Dien Bien phu, le Général Giap, qualifiant l’impérialisme (américain) de « mauvais élève car il n’apprend pas ses leçons » mais en la retournant contre le pouvoir algérien qui, lui aussi, a oublié la leçon du 5 octobre 1988 !
Aujourd’hui, force est d’admettre que l’Histoire se répète. Nous assistons pratiquement aux mêmes évènements (que ceux de 88) qui secouent l’Algérie d’Est en Ouest. Sauf que cette fois-ci ce ne sont pas des enfants et des adolescents qui incendient les édifices publics MAIS ce sont des adultes ou en tous cas des jeunes ayant largement dépassé la vingtaine qui pillent et saccagent. Il a fallu que Bab El Oued éternue pour que toute l’Algérie s’enrhume et … s’embrase ! Pourquoi ? Est- ce parce que la misère est partagée et s’étale à tout bout de champ dans un pays qui est paradoxalement riche ? Il est vrai qu’en Algérie, le chômage est important et les salaires de ceux qui ont la chance d’occuper un poste de travail sont généralement bas et ne permettent pas de joindre les deux bouts. Mais, il n’y a pas que ça qui explique cet embrasement généralisé. Le ras-le-bol est général et ce pour un tas de raisons. Cela pourrait aussi s’expliquer, du point de vue sociologique, par cette « açabia », cet esprit tribal largement commenté par Ibn Khaldoun dans ses Prolégomènes qui nous caractérise nous autres Nord-Africains. Je n’ai pas dit « Algériens ». Car cet esprit tribal concerne aussi nos voisins Tunisiens. Revoyez le film de ce qui s’est passé chez eux. Pendant plusieurs jours, leurs manifestations étaient pacifiques et bien encadrées, sans casse ni heurts. Puis par un phénomène de mimétisme, ils sont passés à un stade supérieur et se sont mis, eux aussi, à saccager et à piller. Tout comme en Algérie où les villes et régions rivalisaient dans la destruction des biens tant étatiques que privés. C’est une question de « nif » en quelque sorte.
On essaie d’établir un parallèle entre le 5 octobre 88 et le 5 janvier 2011 mais en réalité la situation actuelle est très différente de celle d’il y a 22 ans.
En octobre 88, les éléments majeurs qui avaient mis le feu aux poudres étaient de deux ordres :
L’un, politique à savoir un système politique qualifié à l’époque par ses détracteurs de «socialisme de la mamelle » mais qui, en réalité, se caractérisait par des inégalités sociales criardes.
L’autre, économique dû principalement à le chute du prix du baril du pétrole qui a fait que l’Algérie s’était vite trouvé pratiquement en cessation de paiement ; Je ne prétends pas pouvoir en rendre compte comme le ferait un économiste, mais il est de notoriété publique que, jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs, l’économie de l’Algérie est une économie de rente. Elle est basée principalement sur l’exploitation et l’exportation de ses richesses naturelles à savoir le pétrole et le gaz. A elles seules, ces deux matières premières constituaient pratiquement 98 pour cent de nos recettes en devises. Plus de vingt ans après, rien n’a changé. On continue à «manger » notre pétrole. Les Algériens n’ont d’yeux que pour les places boursières internationales où se décide la valeur du baril du pétrole. On comprend ainsi mieux pourquoi le dernier scandale de corruption qui a éclaboussé notre mère nourricière, la SONATRACH, ait laissé des traces indélébiles dans le subconscient des jeunes et moins jeunes qui manifestent de façon extrêmement bruyante aujourd’hui.
L’intervention du FMI et de la Banque Mondiale pour «conseiller» l’Algérie, car sollicités pour des emprunts en liquidité, avait encore aggravé la situation par les conditionnalités que ces deux honorables institutions avaient imposé au gouvernement algérien. Or, on le savait, ces conditions étaient très difficiles à supporter par une population qui manquait cruellement déjà du strict minimum. Ce qui devait arriver arriva donc. Passer sous les fourches caudines du FMI n’est pas une simple affaire. Les Grecs, dont le pays n’a du son salut qu’à l’intervention rapide et énergique de l’Union Européenne, en savent peut-être quelque chose !

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...