mercredi 24 novembre 2021

Évocation et humour

 Une amie virtuelle (sur Facebook), gynécologue de profession, à Paris, vient de mettre, sur son espace Internet, la photo d’une ex-cheftaine de service de Gynécologie au CHU de Ain-Taya, dans la banlieue est d’Alger. · 

Cette grande dame est décédée depuis quelques années maintenant d’un cancer du pancréas. Paix à son âme. Mais, pour ses ex Résidents, elle reste inoubliable. Elle était très pointilleuse sur la formation des médecins et particulièrement des spécialistes en Gynécologie-obstétrique. Très pédagogique aussi. Elle était impitoyable avec ses résidents à tel point que pour 5 minutes de retard, c’est, du point de vue pécuniaire, carrément la journée qui saute. Et vous n’avez surtout pas intérêt à rouspéter. · 

 Mais, avec ses malades, elle était d’une gentillesse… Elle était aussi très compréhensive et prenait en charge toutes leurs doléances. Elle n’hésitait pas à engueuler ses médecins si ceux-ci se montraient moins respectueux ou plus agressifs envers les malades et particulièrement avec les parturientes qui, lors de l’accouchement, chialaient dans la salle de travail. C’est ainsi qu’un beau jour, elle avait surpris un résident en fin de cursus entrain de crier sur une jeune femme qui n’arrivait pas à supporter la douleur de l’accouchement : · – Alors, Dr K, lui dit-elle ? Pourquoi tu engueules la femme ? Tu ne sais pas que les contractions utérines c’est très douloureux ? 

 – Oui Mme, je sais, réponds LE résident.

– Non, tu ne sais pas et tu ne le sauras jamais, réponds la Prof de Gynéco.

Parler de cette gynécologue, Mme Terki, même en si peu de mots, sans évoquer les autres patrons qui ont, eux aussi, contribué à la formation de plusieurs cohortes de médecins, serait injuste.

Alors rendons à César ce qui appartient à César.

Mme Terki était à l’origine dans le service de Gynécologie-obstétrique du CHU Mustapha dont le chef de service, le patron, pour utiliser un mot très en vogue dans le milieu médical à cette époque, était le Prof Ait Ouyahia, Aitou pour les étudiants… Je n’ai gardé aucun souvenir particulier de ce patron, mon passage dans ce service en tant qu’interne est à mettre aux oubliettes. En face de l’imposant bloc du service de Gynécologie, se trouve le service de Gastro-entérologie que la Prof Illoul gérait de façon très autoritaire. De mon temps, vers le milieu des années 80, on racontait, entre étudiants en médecine, une anecdote le concernant. Un jour un Mr est venu le voir. Il n’avait pas de RDV et le Prof n’était pas de consultation, ce jour-là, non plus. En fait, il l’avait carrément abordé dans le couloir à la fin de la visite des malades du service.

  • Dr Illoul, Dr Illoul !

Le Prof se retourne et demande d’un ton un peu sec à cet homme qui n’aurait pas dû être là, à cette heure-ci : 

– Oui, que désirez-vous Mr ?

L’homme, un peu gêné, mais résolu tout de même à ne pas rater cette occasion commença à justifier sa présence ici :

-Voilà, Pr Illoul, je suis un de vos anciens patients et j’ai actuellement des problèmes de santé. Si cela ne vous dérange pas, j’aimerai bien que vous m’examiniez… Avant que celui-ci ne termine sa phrase, le Prof l’interrompt et lui dit : –

– Prenez RDV chez ma secrétaire, c’est le bureau au fond du couloir, à gauche.

L’homme est collant. Il ne lâche pas prise et finit par avoir le dernier mot.

Le Prof le fait entrer dans son bureau et se met à écouter de façon quasi religieuse ses plaintes. Il s’agissait, en fait, d’une histoire de proctologie qui traîne depuis plusieurs années malgré les différentes thérapies qu’on lui a prodiguées à maintes reprises. Et même par le Prof en personne qui semblait pourtant ne pas se souvenir du tout de ce malade ! Après un interrogatoire poussé, on passe à l’examen clinique proprement dit. Le malade étant sur la table d’examen, en position génu-pectorale (ou position mahométane), l’examen clinique, en Gastro-entérologie, se termine systématiquement par un toucher rectal. C’est à ce moment précis que, comme une étincelle surgie de nulle part, la mémoire du Prof se rafraîchit : –

-Tiens, tiens, dit-il, je me rappelle maintenant de ce rectum !

lundi 22 novembre 2021

Election présidentielle française : en Algérie, « nous voterons Macron »

 

Un ami virtuel, journaliste de son état es géopolitique, vient de rédiger sur son blog et sa page Facebook un article concernant la prochaine élection présidentielle française. D’emblée, il suggère à l’Algérie de voter Macron. Et cela, « malgré la crise qui agite les relations algéro-françaises ». Sauf qu’il ne précise pas de quelle Algérie il s’agit. Celle de la diaspora algérienne en France qui, effectivement, devrait prendre en considération ces élections et s’entendre sur le « candidat le moins mauvais » ou celle qui représente le microcosme algérois et qui suit assidument ce qui se passe dans l’Hexagone.

Car, il faut bien le dire, le peuple, le petit peuple qui se trouve à l’intérieur du pays, lui, est à mille lieues de ces considérations géopolitiques. Il s’en fiche éperdument de qui sera le prochain Président français. Il n’en a rien à cirer d’autant plus que depuis l’apparition de la crise sanitaire Covid-19 et la fermeture des frontières, il n’espère plus se déplacer en France. Ou en tous les cas tant que la délivrance du fameux sésame, le visa, se fait avec parcimonie, son rêve touristique est reporté aux calendes grecques.

En vérité, quel que soit le Président qui sera élu, lors des prochaines élections présidentielles françaises de 2022 (Macron, Zemmour ou Le Pen), les relations algéro-françaises continueront à évoluer en dents de scie. Ce sera pendant longtemps encore une histoire de « je t’aime moi non plus ». Nous sommes plus qu’habitués à ces scènes de ménage dans ce couple infernal qui n’a pas encore digéré son divorce, divorce survenu dans des conditions dramatiques et dans le fracas des armes. Près de soixante ans après, les rancœurs, de part et d’autre, ne se sont pas dissipées. Les ressentiments sont encore tenaces.

Mais il est temps, me semble-t-il, de dénoncer, chez nous, en Algérie, cette forme d’hypocrisie de certains de nos responsables politiques qui, en public, lors de meetings électoraux par exemple, feignent vouer une haine viscérale à la France, et en privé font de mains et des pieds, qui pour inscrire son enfant au lycée français, qui pour obtenir un visa de séjour de longue durée et qui encore pour d’autres avantages plus importants. Sincèrement, qui, parmi ces gens-là, ne caresse pas le rêve fou de s’établir dans la banlieue parisienne et d’y finir ses jours ? Combien sont-ils, vivant en France, actuellement, les hauts responsables algériens qui avaient présidé aux destinées du pays pendant de longues années ? C’est un secret de Polichinelle.

Il n’y a pas si longtemps, j’avais lu, quelque part, dans la presse algérienne, un article où il était fait mention d’un chiffre effarant : 500, entre ex-ministres, ex-ambassadeurs et hauts cadres de l’Etat, etc. Dommage que je n’aie pas gardé la source pour pouvoir l’étaler, aujourd’hui, comme pièce à conviction. Il y était dit texto que presque tout le personnel politique algérien finit, une fois hors service, hors système, pour une raison ou pour une autre, par s’établir chez l’ancienne puissance coloniale.

Voilà pourquoi les Algériens devraient bien réfléchir avant de mettre le bulletin dans l’urne française, au sens propre et au sens figuré.

C’est décidé, nous voterons Macron, donc, car il est le seul, parmi les probables candidats qui n’a pas, à proprement parler, une dent contre les Algériens même si ses déclarations récentes avaient choqué quelque peu de ce côté-ci de la Méditerranée.

Un argument de taille en faveur de ce candidat : il est de la génération qui n’a pas connu les affres de la guerre. Il ignore peut-être une partie de l’histoire de l’Algérie, c’est ce qui l’a amené à dire que « l’Algérie n’existait pas avant la colonisation française ». Mais, ce ne sont là que des paroles. Autrement dit, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Après tout, nous autres Algériens aussi, nous ne connaissons pas sur le bout des doigts l’histoire de « nos » ancêtres les Gaulois.

mardi 2 novembre 2021

Lettre à mon frère tellement enthousiaste pour l’arabisation irréfléchie

 Cela fait presque deux siècles que le français est implanté en Algérie. Deux longs siècles que le français est langue de travail en Algérie et pourtant rares sont les gens qui le maîtrisent vraiment bien et on veut, paraît-il, le remplacer par l'Anglais ? Je trouve, personnellement, cette idée très populiste. Heureusement que le populisme, comme le ridicule d’ailleurs, ne tue pas.

JPEG

Mais, si elle venait à être concrétisée, cette idée risquerait de nous coûter encore de longues années de léthargie alors que le monde (dans lequel nous vivons) évolue à une vitesse vertigineuse. Ce n'est pas si évident que ça. Une langue étrangère ne s’impose pas par décret ministériel. Elle ne s’apprend pas du jour au lendemain non plus même dans les grandes écoles et les grandes universités. A supposer qu’on y mettra toute son énergie et qu’on imprimera une marche forcée, une cadence d’enfer à l’apprentissage de cette langue, il va falloir encore deux siècles pour en faire une langue de travail.

Quant à la langue arabe, vaut mieux ne pas en parler. Même si celle-ci est parlée par plus d’un milliard d’individus, force est d’admettre qu’elle reste très en retard dans le domaine de la science et de la technologie.

Ceci dit, cela me rappelle les années 1970, quand, subitement, après la fameuse crise pétrolière, la fièvre de l'arabisation s'était emparée des pouvoirs publics de l'époque, notamment de feu Houari Boumediene. Une phrase déplacée de la presse française de l’époque qui trouvait des défauts à notre pétrole, trop rouge à son goût, avait mis le feu aux poudres. Susceptibles, nous autres Algériens, avions réagi au quart de tour…

 Du jour au lendemain, on décréta l'arabisation de l'enseignement primaire et moyen. J'allais passer en deuxième année moyenne (5eme) et on nous laissa alors le choix entre l'arabe et le français. Evidemment, j'avais opté pour la poursuite de mes études en français. Un ami à moi, par contre, très mal conseillé par ses parents qui devaient avoir le nationalisme chevillé au corps, avait, lui, choisi l'arabe. A la rentrée scolaire suivante, nos routes se sont séparées.

Les années passèrent vite.

J'ai eu mon bac en 1977, série sciences, ce qui m'avait permis de faire des études de médecine. Un très long cursus. Mon ami, par contre, a eu plein de problèmes d'adaptation et n'a pu aller loin dans ses études. Il s'est retrouvé, après un stage professionnel, comme agent de la SONELGAZ à Alger (rue Khelifa Boukhalfa).

En 1990, après avoir obtenu mon DEMS de chirurgie, je suis venu à Bordj-Bou-Arreridj (pour exercer ma noble profession dans le service de chirurgie de l'hôpital Bouzidi Lakhdar) d'où est originaire mon ami. Deux ou trois ans après mon installation à Bordj, un beau jour, j'ai reçu la visite de cet ancien ami qui était alors de passage dans la ville qui l’a vu naître ; les retrouvailles furent très chaleureuses et empruntes d’une certaine nostalgie. Lors de notre discussion, nous avions évoqué nos années passées ensemble à l'école primaire de Caroubier, à Alger, et il est revenu, la voix émue et la larme à l'œil, sur cet épisode de l'arabisation irréfléchie qui a cassé la volonté de pas mal de jeunes de notre génération.

Mon cher frère, tu étais encore enfant en bas âge quand j'étais lycéen à Hussein Dey (Thaalibiya) mais j'aimais beaucoup rôder du côté du lycée Fromentin, Eugène Fromentin (on l’appelait aussi lycée Descartes), au Golfe, pas loin de notre quartier (Boulevard des Martyrs) et là, quand je voyais les enfants de la nomenklatura sortir du lycée avec leurs copains et copines français(es), ça me faisait très mal au cœur. Pourquoi eux et pas nous, les enfants d'el pueblo ? J’aurai aimé étudié dans ce lycée moi aussi. Malheureusement, ma condition sociale de « fils du pauvre » pour reprendre l’un de nos illustres écrivains en langue française, ne me le permettait pas. Mais, le fait d'être francophone était quand même une chance pour moi (par rapport à mon ami) et, aujourd'hui, je n'ai pas de complexe à me faire devant les enfants de l'ex nomenklatura qui n'ont, peut-être, eux, jamais pu aller loin dans leurs études. J'espère que l'histoire ne se répètera pas cette fois-ci. Sinon l'arabisation dont on parle maintenant serait comme celle des années 70. Elle enverrait paitre certains et mettrait sur la paille d’autres de cette génération d'écoliers et de lycéens pour que, à coup sûr, les enfants de la nouvelle nomenklatura (qui se trouvent actuellement dans les universités françaises) n'aient aucun mal à s'emparer du pouvoir.

Dans mon dernier post concernant l’injonction faite aux médecins de prescrire en langue arabe, j’avais pété un plomb. En effet, sous l’effet de la colère et de l’emportement, j’avais usé d’une expression que d’aucuns trouveraient peut-être condamnable et inappropriée. Surtout de la part d’un médecin. Médecin qui devrait, quelle que soit la situation, savoir garder raison et maitriser son self-control. Ce n’est que le lendemain, après relecture de ce post à tête reposée (après donc une bonne nuit de sommeil et, on le sait, la nuit porte souvent conseil) que je me suis rendu compte de cette bourde. Mais, il était déjà trop tard, le post ayant été déjà lu et partagé par de nombreux internautes. Je ne pouvais plus rectifier le tir. Et puis, de toute façon, la parole, c’est comme une balle, une fois sortie, elle ne revient plus. Trois possibilités s’offre alors à cette balle : ou elle rate sa cible, ou elle provoque des dégâts ou, dernière possibilité, elle fait ricochet en laissant juste un assourdissant sifflement. Sans en être vraiment sûr, je crois que c’est cette dernière impression qu’a laissé mon post.

En tous cas, mon intention, par ce post, n’a jamais été de porter atteinte à l’honneur de qui que ce soit. Ni d’insulter qui que ce soit.

Ceci dit, je reste intimement convaincu que les problèmes de l’Algérie n’ont aucun rapport avec les langues. Qu’on utilise le français, comme ça été toujours le cas jusqu’ici, ou qu’on arabise à outrance et en si peu de temps toutes les administrations, les Ministères, le système éducatif dans ses différents paliers, il n’en sortira rien de bon tant que les mentalités n’ont pas évolué, tant que l’esprit « je m’en foutiste » de l’Algérien (quel que soit le rang qu’il occupe dans la société) est toujours de mise. 

Un grand homme chinois avait dit « peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris ». Cela pourrait également s’appliquer au domaine des langues : quand la réflexion est purement algérienne, peu importe la langue avec laquelle l’exprimer. Je ne citerai pas cette expression, très éculée de nos jours, dont celui qui l’avait imagée n’était pas moins patriote que ceux qui veulent, aujourd’hui, imposer l’arabisation d’une manière irréfléchie : Kateb Yacine


ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...