dimanche 26 octobre 2008

Crise économique conjoncturelle ou faillite du capitalisme ?

Je vous avoue que, malgré les nombreux papiers que j’ai lus, ça et là, sur la question, je n’arrive pas à comprendre cette histoire de faillites en cascade de banques aux Etats-Unis, la première puissance économique de la planète. Et comment pourrais-je comprendre si "L’Amérique n’a toujours pas complètement compris pourquoi le toit de Wall Street lui est tombé sur la tête, comme l’a clairement indiqué George W. Bush dans les entretiens de Camp David" ? (1)
Il y a beaucoup d’écrits concernant cette crise.
Même sur Agoravox, force est de reconnaître qu’il y a eu des papiers d’excellente facture qui ont abordé la question sous tous ses angles. Franchement, on s’y perd ; on ne comprend plus qui a tort et qui a raison, qui procède à une bonne analyse du phénomène et qui se perd dans des conjectures purement spéculatives.
Depuis plus d’un mois maintenant, toute la presse écrite et audiovisuelle lui consacre de larges pans dans ses colonnes ou dans ses tranches horaires de grande écoute ou de grand audimat. Mais tous les avis convergent vers un même point : c’est la faillite du système capitaliste, nous dit-on. Un pan de l’Histoire de l’humanité qui s’écroule ? On n’en est pas encore certain ; seul l’avenir nous le dira. Toujours est-il qu’une certitude s’impose : il n’est dans l’intérêt de personne ni d’aucun pays que ce système s’écroule comme s’est écroulé, dans un vacarme étourdissant provoqué par la chute du mur de Berlin, le système communiste.
Il faut dire que cette crise qui a eu comme point de départ les "subprimes" est le sujet par excellence qui accapare les pensées et les énergies de tout un chacun, du trader à l’économiste et du journaliste à l’homme politique ; c’est le sujet qui a éclipsé les situations de conflits interminables en Irak et en Afghanistan et même, dans une moindre mesure, les élections présidentielles américaines qui auront lieu dans quelques jours. L’Amérique est assommée par ce désastre financier, je n’utilise pas, en ce qui me concerne, le terme "économique", parce que, de mon point de vue, il y a une différence nette entre cette perte, par certaines banques américaines, de sommes faramineuses en dollars sonnants et trébuchants et l’économie de ce pays qui, malgré tout, continue à se porter bien ; Ne faisons donc pas d’amalgame. La faillite de quelques banques même s’il s’agit des plus riches banques des Etats-Unis ne veut pas dire forcément faillite de tout le système. Je doute qu’on soit déjà en pleine récession économique, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, comme ce fut le cas en 1929. Pour rappel, en 1929, les banquiers et les hommes d’affaires à l’origine de la banqueroute d’alors avaient eu, comme l’a déjà fait remarquer quelqu’un sur ce site, la "décence de se jeter par les fenêtres". Car le désastre était si grand qu’il avait jeté des millions d’américains sur les routes à la recherche d’un hypothétique emploi ou d’un toit. Et la moralité des gens (donc des banquiers) était telle qu’il ne leur restait que cette extrême solution pour sauver la face en quelque sorte. Enfin, les choses ne s’étaient certainement pas passées ainsi, mais c’est une façon de parler. Autres temps, autres mœurs ; Aujourd’hui, les banquiers qui ont mis leurs banques en faillite, ont plutôt bénéficié de "parachutes dorés". Ils ne se sont pas jetés par les fenêtres. Tant mieux pour eux, sommes-nous tentés de dire. Et ceux par qui la crise est arrivée, les insolvables qui avaient souscrit aux "subprimes", c’est-à-dire ceux à qui les banques ont prêté de l’argent pour l’acquisition d’un bien immobilier et qui ne peuvent s’acquitter de leurs dettes sont, au pire des cas, sommés d’aller occuper des logements sociaux, de moindre confort cela va de soi, mais sans aucune forme de procès. Ils n’ont de comptes à rendre à personne. Cela fait partie du rêve américain. Et puis, de toute façon, ce sont les autres contribuables qui payeront pour eux. Et d’où croyez-vous qu’Henry Paulson va puiser les 700 milliards de dollars pour appliquer son plan de sauvetage et renflouer donc les banques américaines défaillantes ?
A propos "des parachutes dorés", je tiens à vous faire cette confidence : c’est la seule chose que j’ai vraiment comprise dans tout ce charabia de mots que les banquiers et les économistes savent si bien manipuler pour justifier leurs déboires et se faire pardonner par les épargnants naïfs que nous sommes. Et c’est pratiquement aussi la seule chose qu’il m’est difficile d’admettre ; C’est paradoxal mais c’est comme ça. Je comprends mais je n’admets pas : parce que tout simplement cela va contre le bon sens. Et c’est peut-être ça aussi qui fait qu’on parle de plus en plus de manque d’éthique et de moralité dans le système financier international tel qu’il est actuellement. Pour schématiser, je vous fais cadeau de cette métaphore en rapport avec ma profession de chirurgien : par ma négligence coupable, je tue la malade (la banque) qui m’a été confiée pour une intervention chirurgicale et je réclamerais ensuite au mari (l’Etat) ou aux enfants (les citoyens) de la dite malade plus, mais alors vraiment plus, que mes honoraires habituelles ! Qui pourra admettre ce fait ? Qui n’appellera pas à mon lynchage pur et simple ? Et, pourrais-je, après cela, avoir le culot d’aller passer mes vacances dans un 5 étoiles dans une île du pacifique ?
Un seul homme politique, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, a eu le courage de marteler à plusieurs reprises qu’il fallait sanctionner les coupables. Mais ira-t-il jusqu’à s’impliquer lui-même dans l’application de ces sanctions au cas où des banques bien françaises connaîtraient le sort peu enviable de leurs consœurs américaines, pour rester dans le jargon médical ? Il ne le fera pas. Mais, reconnaissons lui quand même le mérite d’avoir largement contribué par ses réunions incessantes avec le G4, le G8, ou W Bush à la déflation de cette crise. Passé le temps de réflexion (une dizaine de jours selon un auteur d’Agora Vox), il est passé à l’action. Il est vrai qu’on parle déjà de faillite du système capitaliste dans son ensemble et de la nécessité de corriger ses tares pour ne pas dire de le réformer de fond en comble ; mais la question qui, tôt ou tard, va se poser est par quel système faudra t-il le remplacer ? Le plan B n’existe malheureusement pas. Ne devrait-on pas alors se contenter de replâtrages tout en espérant que les choses vont d’elles-mêmes rentrer dans l’ordre ? Je connais au moins une personne, mais beaucoup plus morale que physique, qui doit se réjouir dans sa tombe : Marx !

(1) Le Figaro du 20 octobre 2008. Débat : La victoire de l’Europe.

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