mardi 22 novembre 2011

Charia vs laïcité, dites ?

Après la mort de Kadhafi et donc la libération des libyens de 42 ans de despotisme et de « tyrannie », le CNT, par la bouche de son président Mustapha Abdeljalil, s'est empressé d'annoncer que « En tant que pays islamique nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue ». Cette annonce a provoqué l'effet d'une douche froide au sein des milieux politiques en Europe et aux États-Unis. Mais, les premiers à avoir réagi à cette déclaration ce sont évidemment les français dont l'engagement sur le terrain, en Libye, a été décisif. Le «tout ça pour ça » revenait dans toutes les discussions, aussi bien dans les bistrots des petits villages de la France profonde que dans les salons huppés de la région parisienne.

En fait, cela est une supposition de ma part.

Tout ça parce que le mot « charia » fait peur et provoque des craintes, parfois non justifiées, en Occident. Il est mal compris et donc mal interprété. Pour l'Européen moyen, ce mot n'évoque rien de moins que la lapidation de la femme adultère, la polygamie, la soumission totale de la femme à l'homme, l'amputation de la main au voleur, … etc. En somme tout ce qui constitue l'horreur absolue. En un mot, cela évoque tout ce qui est antinomique avec la notion des droits de l'homme telle que stipulée par la charte de 1948 des Nations Unies. En fait, la conception que se fait l'homme occidental de la charia est complètement erronée. Et ceci est sciemment entretenu par les politiques pour une raison bien précise : l'islamophobie.

L'application de la loi islamique n'a pas que des côtés négatifs. Dans le monde de la finance et de l'économie, par exemple, l'on commence à se rendre compte que celle-ci pourrait résoudre pas mal de problèmes notamment par des prêts bancaires à taux bonifiés ou même sans intérêts, l'intérêt étant illicite en Islam. Cette idée commence à faire son chemin même en France d'ailleurs.

La charia n'est pas la loi du Talion : œil pour œil et dent pour dent. Des pays musulmans comme l'Arabie saoudite, par exemple, s'en inspirent depuis longtemps sans que l'Europe ou les Etats-Unis ne s'en offusquent outre mesure. Alors, la question que l'on pourrait se poser est celle-là : pour quoi ce qui est toléré par l'Occident chez les uns ne le serait-il pas chez les autres ? Ou alors l'Occident estime-t-il que le fait d'être intervenu militairement en Libye lui donnerait automatiquement un droit de regard sur le projet de société envisagé par les Libyens libérés ? En tous les cas c'est ce que laissent entendre les mises en gardes de l'Europe, et ce, dès l'annonce de cette nouvelle. Cela n'augure rien de bon pour le peuple libyen. L'on peut même dire, sans risque d'être contredit, qu'il est le dindon de la farce. Il s'est libéré d'une dictature, certes. Mais, on lui fait comprendre qu'il ne peut pas prendre son destin en main. Qu'il doit se soumettre encore qui plus est à ses libérateurs occidentaux.

En homme politique avisé, seul Alain Juppé, le ministre français des affaires étrangères, a tenu un discours raisonnable. Ecoutons-le : « c'est au peuple libyen qu'il appartient de choisir son destin dans des élections libres".  Et plus loin encore, il ajoute ceci : «  qu'il y a place tout autour de la Méditerranée pour un islam qui soit conciliable avec nos valeurs démocratiques".
"C'est à cela que doit contribuer le dialogue interculturel et interreligieux que nous devons développer avec l'islam plutôt que de nous barricader dans nos certitudes occidentales ».

Le mot « charia » fait peur en Occident de la même façon que le mot « laïcité » prononcé dans le monde arabo musulman. Tout cela parce qu'il n'y a pas « de dialogue interculturel et interreligieux» entre les deux rives de la méditerranée. Parfois il est donc préférable de ne pas appeler un chat un chat et de savoir user, de façon subtile, d'autres synonymes pour désigner un même dogme. La pilule, même si elle est amère, est ainsi facilement acceptée et avalée. Il n'y a pas si longtemps, j'en ai fait l'expérience. Au cours de mes discussions avec des amis, j'avais beau essayer de leur expliquer la position de notre nouveau parti politique vis-à-vis de la religion, je ne rencontrais que méfiance et incompréhensions de leur part. Tout cela parce que le mot « laïcité » revenait souvent dans ma bouche. Là où, personnellement, j'entendais « séparation du politique du religieux », tolérance, liberté de conscience, éloignement de l'école de toute idéologie partisane, eux voyaient ni plus ni moins que de l'athéisme dans mes propos.  

Mais, entre nous, j'ai hâte de lire ce que pense de tout cela le philosophe de la guerre, j'ai nommé BHL. Ensemble, faisons une petite halte sur son bloc-notes. Nous ne pouvons pas être déçus. Pour lui, « Charia, d'abord, n'est pas un gros mot ». C'est rassurant tout de même ! Je m'attendais à pire que ça. Je m'attendais à ce qu'il verse son fiel sur la religion de plus d'un milliard de personnes. Mais rien de tout cela. Depuis la fin de la guerre en Libye, BHL semble avoir retrouvé ses esprits. Il s'est assagi ! Il semble avoir troqué son treillis de guérilleros pour un Kamis de Philosophe moderne.

Dans son article
« La France ne peut cautionner ' l'Islamisme modéré' du printemps arabe », Ivan Rioufol du figaro ne pense pas moins que « la charia est inconciliable avec une démocratie laïque ». Mais, pour atténuer un tant soit peu les craintes et les appréhensions des uns et des autres, en France plus particulièrement, disons qu'au Maghreb, l'application de la charia n'est pas pour demain. Et même si elle devait, un jour, être appliquée, elle ne le sera jamais dans son intégralité. Les Maghrébins sont, certes, musulmans mais pas des islamistes purs et durs. L'Islam pratiqué au Maghreb est un Islam cool, light comme diraient certains. A quelques exceptions près, les Maghrébins sont musulmans beaucoup plus par tradition que par conviction. Leur islamité est héritée en quelque sorte de leurs parents mais elle est tout de même considérée plus qu'un patrimoine culturel. La majorité d'entre-nous prône un Islam dont la devise est « bâd El Icha afaâl ma tacha » autrement dit après la prière du soir tout est permis ! Bien sûr ceci n'est qu'une caricature. Car, dans les faits, un bon musulman doit avoir un comportement exemplaire en tout lieu et en tout temps.

Liberté d'expression oblige, terminons par ce commentaire que je laissé à l'intention d'Ivan Rioufol. .

«  Un adage bien de chez vous dit "qui sème le vent récolte la tempête" ! Eh bien oui, l'Occident (et à sa tête l'OTAN) a voulu semer à coups de canon la démocratie dans le désert libyen, il doit s'attendre maintenant à récolter la "charia". Non. Plus sérieusement. Ce que disent les officiels libyens ne doit pas être pris au premier degré. Ce ne sont que des paroles en l'air TOUT juste bonnes pour la consommation interne. La démocratie finira par triompher partout où les peuples se sont révoltés contre l'ordre établi. Ce n'est qu'une question de temps. Qui aurait parié un seul euro sur la chute de Ben Ali, de Moubarak et de Kadhafi il y'a moins d'une année ? Et pourtant ces tyrans ont fini soit par plier bagages et dégager soit par rendre l'arme à gauche ».

mardi 8 novembre 2011

BHL et la fin dramatique de Kadhafi


En Libye, le 20 octobre sera certainement retenu comme une date historique de grande importance. Et, assurément, il l’est. Il a mis un terme à plus de six mois de guerre civile et de bombardement des villes. Mais, ce jour, censé être un jour de libération, de joie et de fête pour un peuple ayant pendant 42 ans souffert d’un régime despotique incarné par une seule famille pour ne pas dire un seul homme, a été malheureusement entaché par le lynchage de Kadhafi par des insurgés faisant fi d’une règle élémentaire qui dit que, même en temps de guerre, on n’achève pas un blessé désarmé.
Ces imbéciles d’insurgés, en agissant de la sorte, ont, sans le savoir sans doute, rehaussé l’aura et le prestige de l’ex homme fort de Libye. L’Histoire retiendra que celui-ci avait tenu parole jusqu’au bout, qu’il n’a pas pris la poudre d’escampette et fui de son pays et qu’il est mort finalement comme un héro sur sa terre natale. L’Histoire retiendra aussi le comportement inhumain, sauvage, barbare de ces insurgés dont les médias de l’Occident ne tarissaient pourtant pas d’éloge et ce dès le début de cette guerre. On nous a, délibérément, fait croire que ces rebelles du CNT se battaient pour un noble idéal : l’instauration de la démocratie dans leur pays. Or, lyncher un homme blessé et sans arme, fusse-t-il le plus grand tyran du siècle, n’a rien d’un haut fait d’arme ! Tout le mal qu’a pu faire Kadhafi durant son très long règne se trouve ainsi relégué aux oubliettes de l’Histoire devant les images insoutenables prises par des téléphones portables et montrant sa longue agonie entre les mains d’une horde d’insurgés sans pitié, sans foi ni loi. Voila pour l’intro comme dirait un élève de Terminale lorsqu’il est prié par son prof de lire sa dissertation de philo. Sauf que votre serviteur ne se targue pas d’être un philosophe de la trempe de BHL, par exemple.
Maintenant, venons-en au fait !
Comme le laisse sous entendre le titre, cet écrit se propose de faire une petite digression sur la réaction du philosophe BHL à « la mort de Kadhafi ». J’étais sûr que celui qui se prend pour un « monstre » de la philosophie allait marquer l’évènement. Il ne pouvait laisser passer une occasion pareille sans se manifester. Sans réagir. Une occasion qui ne se re présentera pas de sitôt. Peut-être plus jamais. La mort d’un tyran n’est pas une banalité. Une chose courante. Un simple fait divers qui passe souvent inaperçu tant il est relégué au second plan sur les quotidiens. Et même si les tyrans sont légion en Afrique et ailleurs, ils ne finissent pas toujours comme ça. De façon tragique.
Philosophe qu’il est, BHL se devait d’intervenir dans le débat public et donner son point de vue et sa morale de l’Histoire. N’avait-il pas occupé, pendant longtemps, tout au long de cette guerre, l’espace médiatique aussi bien dans les titres de la presse quotidienne d’outre-mer et d’ailleurs que sur la toile ? Et cela évidemment pour une raison qui saute aux yeux : pas seulement parce qu’il excelle en philosophie (on a fait de lui le chouchou des intellectuels français) mais aussi et surtout parce qu’il prône une philosophie de la guerre ! N’était-ce pas lui qui avait, le premier, pris langue avec les premiers éléments de la rébellion et les avait convaincus de créer le CNT ? N’était-ce pas lui qui avait présenté ce CNT au président français Nicolas Sarkozy et avait usé de tout son savoir philosophique pour convaincre ce dernier de déclarer la guerre contre le régime de Kadhafi ?
Je m’attendais donc à ce qu’il nous dresse, sur son bloc-notes, une biographie post-mortem de Kadhafi dans laquelle, je disais dans mon for intérieur, pourraient peut-être se mêler son mea culpa d’avoir été l’élément déclencheur, si l’on peut dire, de cette guerre OTANo-libyenne contre le régime de Kadhafi et sa réjouissance qu’on ait fini par avoir la « tête étrangement et soudainement nue » de « ce criminel pitoyable ». Le mot réjouissance est peut-être trop fort. Car, comme l’a dit Nicolas Sarkozy « on ne se réjouit jamais de la mort d’un homme ». Cette réjouissance, BHL ne la condamne pourtant qu’à demi mots, « car il ya quelque chose, dans ce spectacle, qui me révulse », dit-il. Et d’ajouter juste après « Il y a, dans cette scène de lynchage, une sauvagerie qui me révolte et que rien n'excuse ». Pris peut-être de remords d’avoir largement contribué à cette mise à mort sauvage, à cette peine immorale, BHL a failli verser des larmes de crocodile sur le « cadavre en voie de décomposition » du tyran Kadhafi.
J’étais convaincu, chaque fois que je me connectais au journal « Le point.fr », que j’allais enfin y trouver sa tribune. Mon attente a duré quand même une bonne semaine puisque cette tribune, tant attendue, n'est parue que le 27 de ce mois. Pendant ce temps-là, BHL était ailleurs, préoccupé peut-être, à préparer une autre guerre contre l’un des régimes arabes qui répriment encore de la façon la plus sauvage (Syrie et Yémen) leurs populations. Ou peut-être qu’il ne voulait pas réagir à chaud aux images de Kadhafi au visage ensanglanté qui ont fait le tour de la planète en quelques minutes.

« La nuit porte conseil », dit l’adage. BHL, philosophe des ténèbres, ne s’est pas contenté d’une seule nuit, mais de sept nuits de réflexion et certainement de méditation avant de nous livrer, sous forme de tribune, sa vision des choses concernant « la mort de Kadhafi ». Et, comme tout philosophe qui se respecte, il n’a pas omis de citer deux de ses prédécesseurs : Sartre et Camus.
Et pour terminer, il n’y a pas mieux que ce commentaire d’un lecteur ou d’une lectrice de cette tribune de BHL : « BHL vous avez perdu le pouvoir des lettres. Votre philosophie est armée.
Vous avez perdu le droit à mes yeux de mentionner les noms de Sartre et Camus. Bonne chance aux portes de la Syrie ! »

jeudi 13 octobre 2011

Réformes politiques en Algérie : mythe ou réalité ?

Aujourd'hui, en Algérie, tout le monde parle de la nécessité d'un changement politique radical. A lire la presse quotidienne, pour certains partis de l'opposition, il n'est plus question de simples réformes, sans véritable portée politique, qui sont proposées ça et là juste pour apaiser les esprits, mais il devrait s'agir d'un changement du SYSTEME qui a gouverné le pays de l'indépendance à ce jour. Une chose sur laquelle on devrait s'accorder : tout changement politique doit nécessairement s'accompagner d'un changement du personnel politique. Mais la question qui se pose est : quel personnel politique ? Celui des partis de la coalition qui se partagent le pouvoir ? Celui de toute l'administration qui n'est jamais neutre et qui, à chaque élection par exemple, se met du côté de l'homme fort du moment ? On l'a déjà vu à maintes reprises. Pas besoin de vous citer des exemples. Et, avant de continuer à casser du sucre, si j'ose dire, sur cette classe politique vieillissante, je voudrais faire une petite digression concernant les propos du président actuel de l'APN. A une question relative aux réformes politiques imposées, c'est le moins qu'on puisse dire, par la rue lors du fameux 5 janvier dernier et par les révolutions du monde arabe aussi, celui-ci n'a pas trouvé mieux que de répondre par « ceux qui appellent les réformes veulent prendre nos postes ».  En fait, ce raisonnement n'est pas propre à Mr ZIARI ; c'est toute la classe politique, toutes tendances confondues, qui pense ainsi. Les concepts de « légitimité historique » et autre « famille révolutionnaire » n'ont pas été créés pour rien. Ils ont servi et servent encore à leurs promoteurs pour leur maintien au pouvoir et leur mainmise sur la manne pétrolière du pays. Tout simplement et tout bêtement. Personne n'est assez dupe ni si naïf au point de croire que « ces gens-là, monsieur », pour paraphrase Brel, sont véritablement au service de la Nation et du peuple algérien. N'en déplaise au Président actuel de l'APN, il est tout à fait légitime aux algériennes et aux algériens de réclamer du sang neuf pour le salut de l'Algérie. Le Président de l'APN Abdelaziz Ziari, en sa qualité de médecin, n'ignore certainement pas que pour réanimer un malade exsangue, il faut un apport de sang frais. L'Algérie est actuellement dans la situation d'un malade souffrant d'anémie sévère. Par conséquent, elle doit bénéficier, en plus d'une médication adéquate, d'une thérapie de choc même, de l'apport de sang frais. Autrement dit, de l'énergie et de la vitalité de sa jeunesse. Voilà pourquoi j'ai d'emblée annoncé la couleur en disant qu'il faut songer dès maintenant à changer le personnel politique actuel. Mais comment faire, pourraient, sans doute, me rétorquer certains ? Nous n'avons pas de réponse toute faite ni de recette magique à proposer mais il est évident que c'est à la jeune génération d'algériennes et d'algériens de s'impliquer davantage dans la vie politique si elle veut que le pays ne va pas droit au mur. Et, ce mur-là, croyez-moi, n'est pas très loin. Pour que le pays sorte du marasme dans lequel il végète depuis un certain temps maintenant, la jeune génération doit pouvoir prendre la relève. Tout le monde est conscient du fait « qu'on ne fait pas du neuf avec du vieux », allusion qui exprime clairement et nettement la ruse du pouvoir chaque fois qu'il est acculé à procéder à des changements et qui revient de façon récurrente dans les discussions entre initiés à la politique ou entre de simples citoyens. C'est, partant de ce principe-là, qu'un certain nombre de jeunes algériens, partageant les mêmes points de vue et le même idéal politique se sont réunis, un beau jour du mois d'avril passé, pour décider de la création d'un nouveau parti politique baptisé « Jil Jadid ». Encouragés par l'annonce, par le Président de la République, des réformes politiques, nous étions très optimistes quant à l'aboutissement de notre projet politique. Or, les réformes tant attendues ne sont pas encore appliquées et par conséquent le champ politique est toujours verrouillé. C'est toujours, comme le dit si bien l'adage algérien « el laâb Hmida ou erracham Hmida ».

vendredi 10 juin 2011

Les différents courants politiques en Algérie (1)

Le parti Jil Jadid étant nouveau sur la scène politique algérienne et pas encore agréé, il me semble, en tant que militant de ce parti, qu’il est d’ores et déjà temps à tout militant de ce parti de contribuer par des écrits à le faire connaître auprès des lecteurs et à essayer d’ en donner une image la plus réelle possible.
Toutefois, avant de commencer, une précision s’impose : c’est lors d’une conversation téléphonique avec un ami que ce travail m’a été suggéré. En fait, l'idée était de faire un papier sur les différents courants politiques en Algérie. Vaste sujet, me diriez- vous ? En effet, comme vous, c’est ce que j’ai d’abord pensé à l’énoncé de ce sujet. J’irais même plus loin encore en vous disant que si j’étais enseignant de philosophie, je ne manquerais pas de proposer cette question aux candidats au Bac algérien de cette année. Ne serait-il pas intéressant de savoir ce que pensent nos enfants, la « nouvelle génération » des partis politiques algériens toutes tendances confondues ? Il va de soi qu’au début, j’avais trouvé la question un peu délicate à aborder. Puis au fur et à mesure que j’avançais dans mes recherches sur Internet, il m’a paru que la question était prenable, si j’ose dire. Ça n’a rien d’un travail harassant ni d’un travail ressemblant au « mythe de Sisyphe ». Car, une fois le travail accompli, je n’aurais pas à le reproduire indéfiniment si ce n’est le copier et le coller. De nos jours, les TIC nous facilitent grandement la tâche. Par ailleurs j’estime qu’il est du rôle du lettré pour ne pas dire intellectuel d’éclairer la lanterne de ceux qui sont, peut être, dans l’ignorance la plus totale concernant ces questions de base de la vie politique. Que l’on sache d’abord ce que c’est un parti politique et à quoi il sert. Autrement dit quel est rôle d’un parti politique ? Dans l’esprit de beaucoup de gens, un parti politique ne sert à rien si ce n’est qu’il sert plutôt ceux qui y font partie. Or, rien n’est plus faux. Cette idée très répandue dans l’opinion publique algérienne doit être désancrée de la tête de nos concitoyens. Il est temps de porter un nouveau regard sur les partis politiques quels qu’ils soient et quelles que soient leurs idéologies.
En fait, pour rédiger ce papier, je n’ai pas été par trente six chemins. Je vous avoue que le travail était déjà à moitié fait ! Par qui ? Comment ? Je sais que ce genre de questions vous taraude l’esprit. Alors, je ne vous le cache pas, je n’entretiens pas plus longtemps le mystère et je vous donne donc tout de suite ma recette miracle. Ou plutôt magique. Je préfère de loin ce deuxième terme, MAGIQUE, car il rend bien compte de cette nouvelle technologie de la communication (Internet) capable, si elle est utilisée à bon escient, de chambouler le monde. Les révolutions qui ont eu lieu en Tunisie, en Egypte et ailleurs dans le monde arabe ne sont-elle pas un exemple vivant et concret de ce que peut faire le Web ? Alors, sans plus tarder, disons que c’est grâce à ma fille, lycéenne, qui a eu à faire un travail de recherche sur cette question-là, les partis politiques, que ma tâche s’est trouvée grandement facilitée. De ce travail de recherche qui s’intitulait « Le parti politique », je n’ai, en fait, pris que la définition. Celle-ci : « Un parti politique est une organisation politique qui cherche à influencer une politique gouvernementale, en nominant leurs propres candidats et en tentant d'obtenir des mandats politiques.
Plus généralement, la notion de parti politique possède deux définitions. La première, d'ordre idéologique, est presque synonyme de faction : il s'agit, pour reprendre les termes de Benjamin Constant, d'une « réunion d'hommes qui professent la même doctrine politique ».
La seconde, d'ordre institutionnel, le tient pour un élément essentiel du jeu démocratique : « elle consiste à saisir le parti politique en tant que forme politique, structure d'organisation de la démocratie ». Voilà. C’est net et précis.
Revenons maintenant à la question telle qu’elle a été formulée par mon ami à savoir « les différents courants politiques en Algérie ». Pour être honnête, je dirais qu’avant de donner mon accord pour entreprendre un tel travail, j’avais, comme on dit, un peu tiqué. Pourquoi me demande-t-on une chose pareille ? Ecrire un papier sur les partis politiques algériens alors que le notre, notre parti, n’a même pas encore d’existence légale sur papier ?
Bon ! « Passons maintenant aux choses sérieuses ! »
Faisons une petite digression à propos de cette dernière phrase.
Du temps du parti unique, vers les années 7O, un des journalistes de l’Unique s’est vu démis de ses fonctions pour avoir prononcé cette fameuse phrase, lors du JT de 22h (en langue française), et ce, pour faire la transition de l’information locale à « l’international » où les choses étaient, reconnaissons-le pas seulement selon lui, plus sérieuses. Autrement dit, tout ce qu’il disait jusqu’alors n’était que du baratin, du blabla sans aucun intérêt pour les téléspectateurs. Normal, en Algérie, c’était l’époque de la « révolution agraire » et des petites Kasma FLN éparpillées dans les villages et les faubourgs du pays et qui, pour un oui pour un non, condamnaient de la façon la plus véhémente l’impérialisme américain. Ce temps de « zalt ou tfaraîne »* est heureusement bien derrière nous. Ne reste sur le lit de la rivière que les galets, dit l’adage.
Ce qui nous amène donc à parler du plus vieux parti politique algérien : le FLN.
Nombre d'intellectuels et d'hommes politiques de l'opposition, en Algérie, pensent le plus sérieusement du monde que la place de ce parti politique devrait être dans un musée de l’Histoire et non au Pouvoir. Pour la simple raison qu’à son origine il appartenait à tout le peuple algérien et qu’il a déjà fait SA révolution et SON temps. Les conditions historiques de sa création sont connues de toutes et de tous.
En 1954, année de sa création, sa mission était de combattre le colonialisme français et « d’arracher l’indépendance (1). Cette mission a été menée avec brio. Nul n’est ingrat pour ne pas lui reconnaitre ce mérite. Après plus de sept ans de guerre, de souffrances, de larmes et de sang versés par les algériens, celui-ci est sorti victorieux. Il faisait alors la fierté du « seul héro, le peuple ». Malheureusement, une fois l’indépendance acquise, le FLN a vite perdu de sa crédibilité, particulièrement après la mort de Houari Boumediene qui, malgré ses détracteurs, avait du charisme. Bien sûr, nous ne nions pas le fait qu’il y eut, malgré tout, beaucoup de réalisations sur le plan infrastructurel et beaucoup d’acquis sociaux sous le règne du FLN, mais, vu la manne pétrolière dont disposait le pays, on aurait pu mieux faire. Parmi les acquis sociaux, je n'en citerais que deux :
< la gratuité des soins pour tous les algériens, mais dont ont profité, en réalité, beaucoup plus les gens bien introduits dans le système qui bénéficiaient ainsi de prises en charge à l’étranger même pour des soins dentaires
< et la démocratisation de l’enseignement supérieur grâce à laquelle votre serviteur, issu pourtant d’un milieu social défavorable, a pu accéder à une profession des plus nobles : la chirurgie. Et il se trouve aujourd’hui, en face de son micro, à dénigrer, pourront peut-être me rétorquer certains nostalgiques de ce parti. En fait, je ne dénigre pas, je balance plutôt mes quatre vérités à la face des « FLNistes » qui ont, à un moment donné, utilisé le sigle du parti unique à des fins personnelles. Ils ont fait fi de l’intérêt général. Pendant des années, le FLN gérait d’une main de fer le pays. Toutes les organisations de masse (UGTA, UNJA, UNFA …etc.) étaient sous sa coupe et seuls ses militants pouvaient postuler et accéder à des fonctions de responsabilité au sein de l’Etat, par exemple. La révolte du 5 octobre 1988 a mis pratiquement fin à un règne sans partage du parti FLN. Il est inutile de revenir ici sur « ce chahut de gamins » si ce n’est pour dire que, pendant ces évènements, tout ce qui symbolisait le parti FLN a été saccagé et brûlé. C’était la revanche des jeunes algériens contre le système du parti unique qui les a pendant longtemps brimés.
Comme conséquences à ces évènements, il y eut la réforme de la constitution en 1989 ; celle-ci a établi le multipartisme en Algérie et libéré le champ médiatique. Autre conséquence dont on parle peu : l’ex Président Chadli Bendjedid est poussé à démissionner par la « grande muette » qui, en réalité, a toujours détenu le pouvoir réel.
* Se prendre pour un pharaon alors qu'on est rien !
... à suivre.

mercredi 25 mai 2011

Emission « entre les lignes » de la chaine 1 et Ligue arabe


Contrairement à une idée largement répandue au sein de l’opinion publique algérienne, nos médias radiophoniques (particulièrement la chaine 1) ont, apparemment, depuis longtemps abandonné la langue de bois. J’ai eu personnellement à le constater, j’allais dire de visu, or c’est plutôt par l’ouïe, depuis plusieurs semaines maintenant. La chaine 1, par exemple, qui émet en langue arabe et que je n’écoute pourtant que rarement, ne donne plus, comme je m’y attendais, que des informations sur la politique nationale et les activités de tel ou tel ministre, le tout, avions-nous l’habitude d’entendre, sur un ton monocorde et ronronnant à faire chialer un chien.
Non, le temps et le ton propagandistes à la Pravda de nos chaines Radio sont, semble-t-il, bel et bien révolus. A la chaine 1, l’on ose maintenant aborder même des questions qui fâchent. Et cela, croyez-moi, n’a aucun rapport avec les révoltes et révolutions qui secouent actuellement le monde arabe. Comme tout un chacun le sait, ces révolutions ont commencé vers la fin de l’année écoulée. Or, ce que j’ai constaté personnellement concernant les médias dont je parle ici remonte à bien plus longtemps ; disons au mois de septembre ou peut-être même bien avant. En effet, de cette avancée révolutionnaire de nos médias audio, je m’en suis rendu compte au début la rentrée scolaire de l’année en cours. Et cela dans des circonstances des plus ordinaires : pour « tuer » le temps, comme on aime bien dire chez nous, chaque dimanche soir, entre 20 ET 21h, j’allume la radio de ma voiture, je module la fréquence sur la chaine 1 et je suis, peinard, bien calé sur le siège de ma voiture à l’arrêt, l’émission culturelle qui y passe et qui est animée par un certain professeur de Sociologie de l’Université d’Alger dont le nom est Mustapha Madhi. Cette émission culturelle est intéressante à plus d’un titre. D’abord le journaliste de la chaîne qui dirige le débat, qui pose des questions et qui lit parfois des textes (de la personnalité historique ou de l’auteur du jour) en usant d’une voix un peu rauque (je dirais même un peu artificielle) et dont on n’a aucune peine à deviner qu’elle n’est pas vraiment à lui. En fait, celui-ci se comporte, vocalement parlant, comme s’il essayait d’imiter un speaker du Moyen-Orient. Je ne vous le cache pas, ça m’énervait un petit peu mais bon…. Il n y’a pas de quoi fouetter un chat. Disons que je trouve ça même un peu marrant. J’aurais maintes fois voulu prendre le téléphone et l’appeler pour lui dire de s’exprimer naturellement et simplement, en algérien tout court, mais quand il s’agit de faire dans le culturel, parler de Camus, de De Gaule ou de la civilisation arabo-musulmane du temps de l’Andalousie, je comprends bien que notre parler algérien ne s’y prête pas. Ça ne fait pas très sérieux auprès des auditeurs. La science, la littérature, la culture sont des choses assez importantes et on devrait autant que faire se peut les exposer dans un arabe classique pour capter l’attention des auditeurs qui s’y intéressent. Après tout, ce n’est pas une discussion entre deux amis dans un café maure du coin mais une émission culturelle d’une chaine de radio nationale qui doit être suivie par des milliers de personnes. Le deuxième élément qui fait la particularité de cette émission radiophonique c’est que notre ami le sociologue présente un tic qui consiste à « sucer du citron », et ce, après chaque mot qu’il prononce.
A l’entendre parler ainsi, des souvenirs vieux de plus de quarante ans remontent à la surface : « Arrêtes de sucer le citron », me disait ma mère quand il m’arrivait de le faire, ce tic, quand j’étais enfant. Vous voyez ce que je veux dire maintenant ? Le sociologue « suçait du citron » certes, mais de sa bouche sortent des mots qui, assemblés les uns avec les autres, reliés les uns aux autres forment une chaine (pas la chaine 1 dont il est question ici, mais une chaine au sens propre du mot) de connaissance sociologique à faire pâlir de jalousie le plus érudit des sociologues d’outre-mer. En outre, croyez-moi bien que je n’exagérerais point si je vous disais que ce Madhi porte bien son nom. La traduction littérale, de l’arabe au français, du terme « Madhi » donne ceci : aiguisé, acéré. De ce fait, sa langue est aussi acérée qu’une lame de bistouri No 24. Il dissèque de façon méthodique, patiemment, tel un chirurgien chevronné, les évènements et les hommes, particulièrement lors de la dernière émission (dimanche 15 mai) consacrée, actualité oblige, à la Ligue arabe. Avec son tic, il donne l’impression de ne pas maîtriser son sujet. Mais en réalité, quand on prend la peine de l’écouter et de suivre son raisonnement, l’on se rend compte que ce tic, loin de constituer un handicap à l’orateur, ajoute plutôt une touche symphonique à sa déception. Il est déçu par la tournure des évènements qui se déroulent actuellement dans certaines parties du monde arabe, il est déçu par la non implication de l’élite des pays arabes dans la question palestinienne par exemple ; il est déçu par le manque de compétitivité sur le plan de la production des idées au niveau du monde arabe. Pourtant le monde arabe recèle un potentiel humain universitaire non négligeable. Rappelez-vous, lors de la révolution tunisienne, tous les commentateurs insistaient sur un point particulier : l’existence dans ce pays arabe d’une jeunesse instruite, cultivée et diplômée de l’université, malheureusement pour la plupart au chômage ! Pareil en Egypte où il n’est pas rare de tomber sur un Dr en Sociologie ou en littérature qui, pour arrondir ses fins de mois, est obligé de recourir au système D, chauffeur de taxi dans le meilleur des cas ! Ces exemples peuvent être multipliés à l’infini et concernent la majorité des pays arabes. Si le monde arabe ne s’est que peu développé depuis les années des indépendances jusqu’à nos jours, c’est parce que ses élites ont toujours été marginalisées par des gouvernants tyranniques et souvent incultes eux-mêmes. Mais, entre nous, soutenus quand même par l’Occident parce que ça faisait son affaire !
Comme quoi et pour revenir à mon dernier article où je parlais « des idées », les idées ne sont pas l’apanage des seuls peuples de l’Occident. Sur ce plan-là, il est indéniable que nos sociologues, nos historiens, nos intellectuels d’une façon générale, n’ont rien à envier à ceux des pays dits développés. Ce qui leur manque c’est des rencontres et des débats au cours desquels ils pourront exprimer, sans entrave aucune, leurs idées et leur opinions. Autrement dit, il n’y a pas de « boites à idées » dans notre pays. Ceux qui peuvent jouer le rôle de « think tank » et qui peuvent donc éclairer la lanterne de nos hommes politiques sont dispersés au quatre coins de la planète. Il est temps que les pouvoirs publics de façon générale et l’Université algérienne de façon particulière fassent leure cette préoccupation majeure qui revient comme un leitmotiv dans la bouche de notre sociologue. Et, il va de soi qu’en tant qu’auditeur du dimanche de cette chaine et que rédacteur de chroniques à mes heures perdues, je partage pleinement cet avis. Il y va de la sécurité de notre pays.
Le Sujet de la dernière émission étant très sensible, je n’ai pas manqué de prendre quelques notes sur un bout de papier, comme au bon vieux temps lorsque j’étais étudiant en médecine, notes qui m’ont servi à rédiger cet article. Ces notes, je vous les livre d’abord en vrac, puis au fur et à mesure j’essaierais de développer. Parlant de la ligue arabe, le sociologue Madhi a insisté sur le fait de « ne pas analyser à chaud » et ce quelle que soit l’importance de l’évènement. Il faut toujours prendre du recul, avais-je compris, par rapport à l’évènement dont on veut analyser les tenants et les aboutissants. C’est tout à fait normal puisqu’il s’exprime en sa qualité de sociologue. Le rôle du sociologue étant, à ma connaissance, de comprendre le mode de fonctionnement des sociétés humaines, il est évident que celui-ci doit disposer du temps nécessaire pour le faire. Mais est-il permis à l’homme politique de ne pas commenter à chaud l’actualité ? A ce que je sache non. Pour avoir mis du temps, beaucoup de temps même à s’exprimer sur les derniers évènements qu’a connu l’Algérie, par exemple, A. Bouteflika, notre Président, a essuyé des tirs à boulets rouges venant de la part de l’opinion publique et des partis politiques toutes tendances confondues.
Le 15 mai, la ligue arabe a procédé à l’élection ou plutôt à la désignation de son nouveau secrétaire général. Comme on s’y attendait, ce poste est revenu encore une fois à un Egyptien. C’était l’occasion à notre sociologue de s’adonner, lors de cette émission culturelle de la chaine 1, à une critique en règle mais constructive de la ligue arabe qu’il compare à « une structure sans âme », « budgétivore », et qui « a toujours fait le jeu d’Israël » Qui peut le contredire ? « Structure sans âme », la Ligue arabe ? Effectivement elle l’est. Et, à ce titre, la boutade des Israéliens « les arabes se sont mis d’accord pour ne plus être d’accord » reste toujours d’actualité plus de quarante ans après qu’elle ait été prononcée. De ce point de vue, on peut, sans risque de se tromper ou d’être contredit, dire que la Ligue arabe a, depuis longtemps, vendu son âme au diable. Au sein de cette Ligue, il n’y a jamais eu de consensus sur une question quelconque concernant l’avenir du Monde arabe. Elle n’a jamais pu mettre fin aux divisions idéologiques et politiques qui minent le Monde arabe du Maghreb au Machrek. Elle n’a jamais pu s’opposer à l’interventionnisme des forces étrangères contre l'un de ses membres (cas de l' Irak) ni éviter la scission, sous les coups de boutoir des forces secrètes de l'Occident, du Soudan, par exemple.

lundi 11 avril 2011

Révolution avortée en Libye ? (2)


Ben oui, le gendarme du monde, les USA pour ne pas les nommer, veille au grain : aucune goutte de pétrole ne doit partir ni à gauche ni à droite. Voilà pourquoi la France de Sarkozy est vite remise à l’ordre et l’intervention militaire en Libye est confiée à l’OTAN. Car qui dit OTAN dit USA. Est-il exagéré de dire que tous les autres, c'est-à-dire tous les pays qui font partie de la coalition, se comportent comme des vassaux ? Mais vassaux par rapport à qui ? Par rapport aux USA ? Par rapport au couple franco-britannique qui pour la première fois mène la danse des Sioux ou le bal des vampires ? That is the question !

Ceci dit, revenons maintenant à l’idée de départ qui nous a poussé à rédiger cet article. Presque à la hâte, il faut le dire, puisque les évènements s’accélèrent et influent les uns sur les autres. L’idée de départ était que je devais parler de ce qui se passe actuellement en Libye sans parti pris ni prise de position en faveur d’un camp ou d’un autre. Je devais donner mon avis de simple citoyen qui suit de loin les évènements comme je l’ai déjà fait pour la révolution tunisienne. Or, même si les causes qui ont conduit la « rue arabe » à se soulever, du Maroc au Yémen, sont pratiquement les mêmes, l’action des manifestants qui contestent l’ordre établi dans chacun de ces pays puis la réaction des régimes républicains, monarchistes ou autres depuis longtemps en place dans ces pays n’ont pas été les mêmes. En Tunisie, « la rue » a été à la hauteur de l’évènement : mobilisée H 24 mais sans sombrer dans le chaos et l’anarchie. Elle était bien encadrée par l’UGTT et par les intellectuels tunisiens qui ont fait preuve d’une véritable conscience politique. Résultat : malgré ses premières tergiversations, l’ex Président Ben Ali avait compris que la situation politique dans son pays lui échappait complètement et définitivement et il ne lui restait donc qu’à prendre ses cliques et ses claques. Après lui, il n y a pas eu le déluge ! Les tunisiens, même s’il leur reste encore un long chemin à faire pour pouvoir asseoir une véritable démocratie, peuvent d’ores et déjà goûter au fruit de leur révolution. Le clan, de celle qu’on appelait « la régente de Carthage », est tombé, mais Carthage est toujours debout. Carthage panse ses blessures, l’œil rivé sur l’avenir. Carthage a donné l’exemple. Elle a ouvert la voie, une brèche vers la démocratie. Aux autres peuples arabes de suivre, de s’y engouffrer !

La chute du Président tunisien Ben Ali et sa fuite vers l’Arabie Saoudite a galvanisé les foules arabes non seulement à Tunis mais aussi … au Caire où les manifestants occupaient la place Tahrir depuis quelques jours déjà. L’on disait alors que l’Egypte est un cas particulier, que son régime était difficile à faire tomber parce que, pour des raisons géostratégiques, il était, de toute évidence, soutenu par les Etats-Unis. Mais, devant l’ampleur de la mobilisation des citoyens du Nil (plus d’un million de personnes pendant plusieurs vendredi de suite) et leur détermination à faire tomber le pharaon Hosni Moubarak, au pouvoir depuis plus de trente ans, ni les Etats-Unis ni une autre puissance ne pouvaient faire quoi que ce soit. Ils étaient réduits à de simples spectateurs tout en espérant et en priant que le nouveau pouvoir qui résulterait de cette révolution égyptienne ne remettrait pas en cause les relations diplomatiques (ainsi que les accords de Camp David) avec leur protégé de la région : Israël.

Une révolution réussie suivie d’une réelle démocratie en Egypte signifie qu’Israël perd, ainsi, de facto, son monopole de « seul état démocratique de la région du Moyen-Orient ». Voila pourquoi, les pays de l’Occident et à leur tête les Etats-Unis, pris au dépourvu lors des évènements de la Tunisie puis de l’Egypte, tentent maintenant de torpiller ces dynamiques révolutionnaires en Libye, en Syrie et ailleurs, là où l’émergence d’une probable démocratie ne servira pas leurs intérêts. D’aucuns pourront, peut-être, me rétorquer que, jusqu’ici, les pays arabes du Maghreb et du Moyen-Orient où souffle ce vent de liberté sont encore loin d’être des modèles de démocratie. Très juste. Mais ne dit-on pas qu’il y a un début à tout ?

Tout le monde sait qu’une révolution c’est du sang et des larmes, des morts et des blessés, des veuves et des orphelins. Aucune révolution de par le monde et de par l’Histoire ne s’est imposée, du jour au lendemain, en un claquement de doigts. Dans ma profession de chirurgien, nous avons l’habitude de dire « qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs », en faisant allusion aux complications post opératoires et aux décès qui pourraient résulter de certains actes chirurgicaux particulièrement délicats et sanglants. Bien sûr aucun chirurgien n’accepterait de gaité de cœur cette « omelette », si j’ose dire, ni ces coquilles d’œufs vides même s’il est aussi admis que « chaque chirurgien a son cimetière ». J’ai cité ces deux adages relatifs encore une fois à ma profession de chirurgien parce que je les ai toujours trouvés plein de bons sens et de sagesse. De plus, ils peuvent parfaitement s’appliquer au contexte actuel des révolutions au Monde arabe. Une révolution est telle une omelette. On casse les œufs pour faire une omelette, n’est-ce pas ? On ne peut donc faire une révolution sans casser les hommes. Une révolution doit forcément avoir ses blessés et ses estropiés, ses charniers et ses cimetières, particulièrement lorsque, pour des raisons x, interviennent des forces étrangères. C’est à cette situation que l’on assiste malheureusement aujourd’hui en Libye. Les coalisés qui sont intervenus dans ce pays limitrophe de l’Algérie pour soit disant empêcher le fou Kadhafi de commettre un carange sur son propre peuple sont entrain de commettre à leur tour bavure sur bavure. Ils larguent leurs bombes et leurs missiles n’importe où ne faisant plus de distinguo entre les insurgés et les pro-Kadhafi ; pire que ça, ils viennent même de rejeter, et cela par la bouche même d’un haut gradé de l’OTAN, toute excuse pour ces « dommages collatéraux ». Par ailleurs le concept de « frappes chirurgicales » n’est qu’un leurre. On l’a déjà vu en Irak. On le voit aujourd’hui en Libye. Lorsqu’un chasseur bombardier passe, il ne laisse que ruine et désolation derrière lui. Ajoutez à cela l’utilisation d’armes à l’Uranium, qu’il soit appauvri ou enrichi, et vous anéantissez toute vie sur terre et cela pour une très longue période. Dans ces conditions-là, a-t-on vraiment le « droit d’ingérence » ? Encore un autre concept occidental pour faire avaler la pilule amère aux peuples sous-développés du Sud.

(1) http://www.mecanopolis.org/?p=22597

(2) http://www.voltairenet.org/article169058.html

A suivre.

vendredi 8 avril 2011

Révolution avortée en Libye ?


Lorsque les peuples arabes de Tunisie et d’Egypte commencèrent, au mois de décembre passé, à manifester, pacifiquement d’abord, puis à se rebeller carrément contre leurs pouvoirs politiques respectifs, en Algérie, nous suivions avec grand intérêt, par l’intermédiaire des différents supports médiatiques (presse écrite, télévisions satellitaires et Internet), ces évènements et nous souhaitions ardemment, nous souhaitions du fond du cœur la chute de ces régimes autoritaires. Et ce, d‘autant plus que nous, algériens, nous avions été spolié de notre révolution d’octobre 1988.
Rappelez-vous, c’était la première révolution d’un peuple arabe : une année avant la chute du mur de Berlin, la dislocation de l’URSS et les révolutions colorées des pays de l’Est. Malheureusement celle-ci n’avait accouché que d’une démocratie de façade (multipartisme à la noix de coco et multiplication de titres de la presse sans la liberté qui va avec) suivie par la suite d’une décennie rouge au cours de laquelle un terrorisme abject, inqualifiable, a emporté des milliers d’algériens. Puis, c’était le retour à la case de départ. La lutte anti terroriste exigeât que les libertés, toutes les libertés, individuelles et collectives, soient mises entre parenthèse, en quarantaine pour m’exprimer en tant que médecin. Lorsqu’en 1992, il y eut l’arrêt du processus électoral qui avait permis au FIS, le parti islamiste, de rafler la mise puis la promulgation, quelque temps après, par le conseil constitutionnel, de l’état de siège, tout le monde avait compris, en Algérie, que tout était fichu, que la démocratie n’était qu’une chimère. Même l’homme de la rue avait compris que la démocratie au sens hellénique du terme ne pouvait, du jour au lendemain, s’enraciner chez nous. Et l’on disait alors « ça sera pour une autre fois ». Ceci pour faire contre mauvaise fortune bon cœur. Dans vingt ans peut-être !
Ça fait déjà plus de vingt ans !
Le temps passe vite ! Pourtant, Dieu seul Sait combien nous avons souffert durant ces vingt dernières années. Seuls, peut-être, ceux qui ont la mémoire courte ou ceux qui ont fui le pays, ceux qui s’étaient exilés dès les premières escarmouches ne s’en souviennent pas. N’est-il donc pas temps de remettre ça ? Pacifiquement évidemment. N’est-il pas temps de réclamer à cor et à cris cette démocratie pour laquelle, il y a vingt ans, des centaines de jeunes ont été fauché à la fleur de l’âge ? La conjoncture actuelle avec le soulèvement simultané de toutes les « masses arabes » n’est-elle pas de nature à favoriser l’émergence d’une véritable démocratie sous notre ciel avant que l’Occident ne nous l’impose, à notre tour, avec ses avions de combat de type Tornado et Rafale et ses missiles Tomahawk ? Il est, à notre sens, préférable que le changement tant souhaité provienne de l’intérieur c’est-à-dire de nos partis politiques et de notre société civile qui semble de plus en plus active ces derniers temps que d’être imposé de l’extérieur et cela pour des raisons évidentes : l’Occident veut-il vraiment du bien aux « masses arabe » ? Je m’interroge car je crains que ça ne soit pas le cas et que l’intervention des coalisés en Libye, par exemple, ne soit pas animée que par et pour des raisons humanitaires. C’est un leurre que de croire que l’Occident intervient en Irak, en Afghanistan et aujourd’hui en Libye rien que pour le fait de venir en aide à des populations opprimées par leurs tyrans locaux. Ceci n’est pas de moi, je ne fais que reprendre cette citation d’un ancien homme politique occidental très avisé et qui a fait ses preuves sur le terrain : « les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts à défendre ». Ainsi donc il serait naïf de croire que le SEUL mobile qui fait qu’actuellement la coalition occidentale, sous couvert de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU, est d’établir une zone d’exclusion aérienne en Libye pour protéger les insurgés libyens d’un massacre à grande échelle par l’armée de Kadhafi. Dans toute cette agitation, dans la mobilisation de toute cette armada, il doit forcément y avoir d’autres buts inavoués dont le plus important est sans conteste le pétrole. En effet, selon Pierre Hillard du site Internet Mecanopolis, « Londres et Washington veulent s’assurer le contrôle complet des hydrocarbures en provenance des pays Sud-méditerranéens et du Proche-Orient ». (1) Dans cet article, Pierre Hillard ne dit pas que la France est aussi animée par le désir de pomper à satiété le pétrole libyen à moindres frais. Par omission ou intentionnellement ?
Et alors que vient faire la France là-dedans, elle qui était très pressée d’en découdre avec Kadhafi me diriez-vous ? La réponse est claire. La France a toujours estimé ou du moins cru que le Maghreb arabe (dont fait partie la Libye aussi) est son pré carré, sa chasse gardée. D’où d’ailleurs la tentative de Nicolas Sarkozy de fédérer les pays du Sud de la méditerranée et de l’Europe dans un projet qui lui tenait tant à cœur : l’UPM dont on a beaucoup parlé. Ce projet est resté cependant presque inabouti, au stade des intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises peu importe, du fait de plusieurs réserves émises par certains pays de la rive Sud qui ne voyaient en cela qu’une russe politique de la part de son promoteur (Nicolas Sarkozy) pour, d’une part normaliser les relations des pays arabes avec Israël sans que ce dernier ne soit tenu par l’obligation de permettre la création d’un état palestinien viable dans des frontières sûres, et d’autre part exclure définitivement la Turquie d’une éventuelle adhésion à l’Union Européenne . Or, en cette fin de 2010, l’Histoire, côté rive sud de la Méditerranée, s’est emballée et a balayé les deux Présidents (tunisien et égyptien) sur lesquels Nicolas Sarkozy avait fondé tous ses espoirs pour la concrétisation de son projet, boiteux dès le départ faut-il le répéter. S’étant rendu compte qu’elle a lamentablement échoué lors de la révolution tunisienne en proposant au régime de Ben Ali son expertise en matière de maintien de l’ordre public alors que les manifestants tunisiens attendaient plutôt une compréhension et un soutien moral de la part de la patrie des droits de l’Homme, la France tente aujourd’hui de prendre le train de l’Histoire en marche à Benghazi. Voila ce que dit à ce propos le journaliste de la droite libérale italienne Franco Bechis dans un article paru sur Réseau Voltaire : « la révolte de Benghazi aurait été préparée depuis novembre 2010 par les services secrets français ». (2) Par ailleurs, la précipitation de la France à intervenir en Libye ne peut s’expliquer que par le principe qui dit « le premier arrivé, le premier servi ». Rappelez-vous, en 2003, en Irak, après la chute de Saddam Hussein, la France n’a pas été invitée à la table des convives. Sa politique étrangère d’alors était bien représentée par un Dominique de Villepin qui était au summum de sa gloire et qui s’était très bien illustré par son discours tout de lyrisme fait lors de la réunion du conseil de sécurité de l’ONU qui devait entériner la politique du fait accompli c’est-à-dire l’intervention militaire en Irak. Ce discours, il faut en convenir, est l’un des meilleurs discours qui nous a été donné d’entendre. Il était contre l’intervention militaire en Irak. Il était antimilitariste pour utiliser le langage des progressistes, des anarchistes et des altermondialistes. Il allait complètement à l’encontre des thèses des néo cons américains et des va-t-en guerre de tous poils. En un mot, c’était du Gaullisme pur jus sans De Gaulle.
« Le Réseau Voltaire précise que Paris a rapidement associé Londres à son projet de renversement du colonel Kadhafi (force expéditionnaire franco-britannique). Ce plan a été modifié dans le contexte des révolutions arabes et pris en main par Washington qui a imposé ses propres objectifs (contre-révolution dans le monde arabe et débarquement de l’Africom sur le continent noir). La coalition actuelle est donc la résultante de ces ambitions distinctes, ce qui explique ses contradictions internes ». Ben oui, le gendarme du monde, les USA pour ne pas les nommer, veille au grain : aucune goutte de pétrole ne doit partir ni à gauche ni à droite. Voilà pourquoi la France de Sarkozy est vite remise à l’ordre et l’intervention militaire en Libye est confiée à l’OTAN. Car qui dit OTAN dit USA.

A suivre.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...