dimanche 28 avril 2019

Algérie, du Hirak (2)

La « révolution du sourire » venait de naître. D’emblée, on lança le mot « silmiya », qui veut dire, en français, « pacifique ». On prôna la non-violence, comme le fit jadis le Mahatma Gandhi (dans les années 40 du siècle dernier) pour mettre fin à la présence de la Grande-Bretagne aux Indes. On conseilla aux manifestants de ne pas répondre aux provocations d’où qu’elles viennent ; car l’on savait bien que le pouvoir était capable du pire. Il était capable de réprimer par les forces de l’ordre ou, le cas échéant, en ayant recours à des voyous qu’il enverrait, le moment venu, à la casse et au pillage au niveau de la ville, choses qu’il mettra ensuite sur le compte des manifestants pour disqualifier le mouvement populaire.

 C’est ce qui s’était produit d’ailleurs durant deux ou trois vendredis de suite mais sans grandes conséquences sur le mouvement citoyen ni sur la suite des évènements. Les services de sécurité avaient eux-mêmes reconnus que ces casseurs, qui agissaient à visages couverts et pratiquement à la fin des marches, étaient manipulés par des forces occultes, forces occultes représentées par des personnes qui n’avaient pas intérêt à ce qu’il y ait un véritable changement politique en Algérie.
Toujours est-il que, vu l’ampleur de ces manifestations qui drainaient chaque vendredi des millions d’Algériennes et d’Algériens dans toutes les villes d’Algérie, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, le vice Président de la Défense Nationale, Ahmed Gaïd Salah, était, en quelque sorte, mis au pied du mur. Obligé de réagir aux cris de la « rue » contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika et de montrer qu’il était au côté du peuple, il ordonna probablement au Président du Conseil Constitutionnel d’appliquer l’article 102 de la Constitution. Or celui-ci, le Président du Conseil Constitutionnel, a été désigné par le Président Abdelaziz Bouteflika. C était l’un de ses proches et homme de confiance de surcroit. Comment, dans ces conditions, pouvait-il, ce Taib Belaiz puisque c’est de lui qu’il s’agit, répondre à l’injonction de Gaid Salah fut-il vice Président de la Défense, et destituer celui par la grâce duquel il se retrouve à la tête d’une institution étatique de grande importance alors que réglementairement et constitutionnellement il n’en avait aucun droit ? Encore un non respect de la Constitution algérienne qui a été taillée sur mesure, par nos parlementaires indignes, au Président Abdelaziz Bouteflika.
Mais que dit l’article 102 de cette Constitution tant triturée et tant violée par ceux-là même qui l’ont écrit ? Il dit ceci :
« Lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. » « Le président du Conseil de la nation assume la charge de chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées. »
Or, il était de notoriété publique que le Président Abdelaziz Bouteflika souffrait d’un handicap majeur tant physique que cognitif depuis son AVC de 2013 et que c’est à cette époque-là qu’on aurait dû appliquer cet article 102.
Le Président Abdelaziz Bouteflika était dans un état presque comateux dans un HUG à Genève et ignorait certainement tout ce qui se passait en Algérie. Son rapatriement s’était fait dans des conditions rocambolesques dignes d’une grande réalisation hollywoodienne. Et cela après que les urgences de cet hôpital Genevois furent assaillies d’appels téléphoniques de jeunes algériens à l’humour drolastique.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid. 

Algérie, du Hirak.

Cela fait deux mois, jour pour jour, que le mouvement citoyen, appelé en arabe classique « Hirak » a commencé. La goutte qui avait fait déborder le vase et qui avait fait sortir des millions d’algériens dans la rue c’était la présentation, au niveau du Conseil Constitutionnel, de la candidature de l’ex Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour un 5e mandat présidentiel, par celui qui avait été choisi pour être son directeur de campagne électorale, alors que ce premier était dans un état clinique grave dans une clinique de Genève, en Suisse.

Déjà, là, il y avait un manque de respect à la Loi fondamentale du pays par ceux-là même qui nous disent aujourd’hui qu’il faut rester dans le cadre de la Constitution pour dépasser cette crise politique. Les textes de la Constitution explicitent bien le fait que c’est le candidat à la candidature présidentielle et personne d’autre qui doit remettre son dossier au Conseil constitutionnel. Mais, puisqu’il s’agissait de « Fakhamatouhou », tout le monde avait fermé les yeux, tout le monde s’était fait très petit devant l’ombre d’une candidature fantomatique. Et personne n’avait pensé (à) ni anticipé la réponse populaire qui, telle une rivière en crue, a emporté tout sur son passage. Ceci sans parler de ce convoi de véhicules flambant neuf qui devaient déposer les 5 ou 6 millions de parrainages au profit de ce candidat à sa propre succession, parrainages obtenus en quelques heures par la fraude, évidemment. Mais, nous l’apprendrons quelque jours plus tard, au fait des parrainages, il n’en était rien : la plupart des formulaires étaient vierges ou remplis à la va vite par des personnes fictives… Autrement dit, les soit disant responsables de la campagne électorale de « Fakhamatouhou » et à leur tête l’ex Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, prenaient les algériens et algériennes pour des oies.
Le dernier jour avant la fin du délai du dépôt des candidatures au niveau du Conseil Constitutionnel, on assista à un véritable cirque. Aucun pays au monde n’a eu à vivre, dans son Histoire ancienne ou contemporaine, de tels évènements politiques ; des candidats sulfureux, haut en couleurs, faits de bric et de broc, si je puis utiliser cette expression, se bousculaient au portillon du siège du Conseil Constitutionnel, évènements qui avaient donné de l’Algérie une image de République bananière. Pour celui qui avait un sens aigu de la chose politique, il ne faisait aucun doute que tout cela allait, inévitablement, fatalement, capoter et donner naissance à une sorte de conscience politique populaire que les choses ne devraient plus être comme cela. Il fallait que cette comédie de mauvais goût cessât.
Un appel anonyme via les réseaux sociaux est tombé à pic. Il demandait aux Algérienness et aux Algériens de sortir en masse, le 22 février, pour dire « barakat », ça suffit. Mieux que ça, le mot d’ordre, sur les pages Facebook, était clair et net et ne souffrait d’aucune équivoque : non au 5e mandat de la honte.
Pourtant des hommes intègres et honnêtes avaient déjà, par le passé, appelé à cela. En fait lorsque le Président avait fait son premier épisode d’AVC (accident vasculaire cérébral), des hommes politiques de l’opposition (parmi lesquels votre serviteur) avaient fait savoir, dans les quotidiens nationaux et sur différents canaux de communication, leur rejet du… 4e mandat.
Comme prévu donc, le 22 février 2019, les rues d’Alger et d’autres villes du pays étaient noires de monde. Juste après la prière du vendredi, de partout, les rues déversaient leur flot d’hommes et de femmes drapés de l’emblème national vers les grandes places publiques, place du 1er Mai, la Grande-Poste et Place Maurice Audin, à Alger. Dépassés par ces flots ininterrompus d’Algériens et d’Algériennes épris de liberté, les services de sécurité ne pouvaient que regarder de loin ce spectacle inhabituel, bariolé et bon vivant.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.

mercredi 20 février 2019

Gare à celui qui allumera la mèche !


 « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ».
 Cette sentence est de Thucydide, un historien Grec né en -460.
Mais, elle semble faire actuellement des émules en Algérie sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. En effet, en ces temps d’incertitude et de lendemains qui déchantent, nos compatriotes s’impliquent de façon massive dans le domaine politique. Celui-ci n’est plus l’apanage des seuls partis politiques.  Nos concitoyens se sentent tous concernés par les problèmes de la cité. En fait, de la République devrais-je dire. Car, en ce moment, la République est entrain de vaciller comme elle ne l’a jamais fait auparavant. Alors, dans ce cas, comment ne pas se mêler de politique, comment garder son sang froid et rester passif devant ce qui se trame contre l’Algérie (en tant que Nation) par ceux-là mêmes qui sont depuis longtemps au pouvoir et qui veulent s’y maintenir encore qu’elles qu’en soient les conséquences ? Qu’on l’admette ou pas, c’est dans ces conditions-là que se présente le 5e mandat. Ce n’est pas seulement un mandat de trop mais c’est aussi, c’est surtout, un mandat de tous les dangers et tous les périls. Les algériens et les algériennes en sont maintenant conscients, disons matures politiquement. Et cette prise de conscience fait qu’ils ne peuvent plus rester à l’écart des évènements. Ils ne peuvent plus et ne veulent plus rester de simples observateurs passifs. Ils semblent, enfin, décidés à prendre leur destin en main. C’est une bonne chose. Il faudra seulement qu’ils gardent leur sang froid et ne tombent dans le piège qui leur sera peut-être tendu par les sbires et les «  balataguias » du pouvoir. Quel piège me diriez-vous ? Le piège est de sortir du cadre pacifique de ces manifestations de rue. Le piège est de répondre aux provocations des soit disant militants du FLN (et autres partis qui soutiennent le président-candidat) qui a, à son tour, appelé à une contremarche le même jour. 
Telle qu’elle se présente la situation aujourd’hui, l’on peut dire, sans risque d’être contredit, que celle-ci est vraiment explosive.  
Gare à celui qui allumera la mèche !
Aujourd’hui, les jeunes algériennes et algériens attendent plutôt, de la vieille génération, celle qui a fait le 1er Novembre, qu’elle leur remette le flambeau pour continuer à éclairer toute l’Algérie. Or, et il est malheureux de le dire ici, celle-ci a manqué à sa parole. Le « tab djenana » prononcé un certain jour de mai de l’année 2012 ne semble avoir provoqué aucun effet sur  elle. Aucun déclic. Ce n’était donc que  des paroles en l’air. Du vent. Décidemment, l’amour du « koursi » est plus fort que celui de la patrie.  Pour faire court, voilà mon dernier message sur les réseaux sociaux : « Nous sommes fatigués d'écrire et de dire non au 5e mandat. Notre dernier mot est "que Dieu protège l'Algérie".
    

mercredi 21 novembre 2018

Gramsci y perd le nord.


Peut-on dire qu’en Algérie, ces derniers jours, les évènements politiques se sont accélérés ?   En effet, Il y a à peine quelques jours, c’était une crise parlementaire, voulue et entretenue par le SG du FLN, qui s’est soldée, après plusieurs jours de suspens, par le limogeage, sans aucune forme de procès, du président du perchoir, Saïd Bouhadja. Tout s’était fait dans l’illégalité la plus totale. On alla même jusqu’à cadenasser l’entrée principale de cette institution républicaine pour en déclarer ensuite la vacance de la présidence.
Puis, comme l’histoire de « l’arroseur arrosé », c’est au tour d’Ould Abbes, l’ex patron du FLN, de faire les frais de son arrogance et de ses sorties médiatiques très embarrassantes pour les véritables tenants du pouvoir. Sans préavis, on le somma de remettre le tablier. C’est, en quelque sorte, une ironie du sort : tu subis ce que tu as fais subir à autrui, selon la fameuse sentence arabe.  Mais, pour que la « chose » ne soit pas considérée par « le peuple d’en bas » comme telle, les véritables décideurs ont pris des gants de velours ; et ils ont pris le soin de maquiller cela en faisant croire que le sieur Ould Abbes souffre de problèmes cardiaques et que son médecin traitant, d’ici et non d’une quelconque privée à Paris ou à Genève, l’a conseillé  de prendre quelques jours de repos, le guerrier s’étant trop dépensé... pour la promotion d’un hypothétique 5ème mandat. Plus même que durant la guerre d’Algérie  pendant laquelle, selon les dires de certains anciens Moudjahidine qui l’avaient connu, il s’était beaucoup plus planqué que guerroyé.
Aux dernières nouvelles d’ailleurs, il semblerait que celui-ci continue de gérer la « boite » à partir de chez lui.
Cela ne se passe comme ça qu’en Algérie.
 Les vieux ne veulent pas lâcher prise. Ils ne veulent pas s’en aller. Même malades, ils essayent de se déplacer du lit à la fenêtre pour avoir toujours un œil sur ce qui se passe dehors. A quand du lit à la mise en bière ? Et de la mise en bière au cimetière, pourraient, peut-être me rétorquer les mauvaises langues ? Cette réflexion n’est pas mienne. Elle m’a été soufflée par une curieuse qui s’est mise derrière moi pour lire ce que j’écris. 
Toujours est-il que les vieux, ceux qui nous gouvernent, sont tenaces. On dit qu’ils sont tarés mais ils ne le sont pas. Ils sont intelligents, et, qualité suprême, ils possèdent toutes leurs facultés physiques et mentales, les certificats médicaux de nos médecins assermentés et  inscrits au tableau du Conseil de l’ordre faisant foi.
 Et les jeunes hésitent, cependant, à s’impliquer. A s’engager. Politiquement. D’ou la crise permanente. Le statu quo. La fausse stabilité qui, malgré tout, le pouvoir le sait, nous devrions plutôt dire les vieux le savent puisque ce sont eux le pouvoir, ne risque pas d’emporter les fondements de la République. La république restera bien droite dans ses bottes et contredira la thèse, presque centenaire, d’Antonio Gramsci, un enfant de la botte italienne.      
A quelques mois de la présidentielle d’avril 2019, les pièces du puzzle, en effet, commencent à se mettre en place.  Toutes les personnes susceptibles d’entraver la marche vers le 5ème mandat de l’actuel président de la République sont liquidées de façon méthodique ou, pour rester dans le registre du FLN, de façon scientifique. On les dégomme, purement et simplement, même si pendant longtemps, ils avaient fait partie du clan présidentiel. C’était peut-être le cas de l’ex président du parlement. C’est peut-être aussi le cas  d’Ould Abbes mais pour des raisons différentes. Lui, c’est beaucoup plus à cause des déclarations qui frisent parfois le ridicule qu’il fait régulièrement aux médias. Quant au problème des Généraux qui ont été incarcérés pour « corruption, trafic d’influence et enrichissement illicite » puis libérés sur ordre du président, cela reste un mystère total.
Les partis politiques au pouvoir mettent les bouchées doubles à l’approche de l’échéance électorale. Réunion après réunion, ils peaufinent leur plan. Tout semble réglé comme du papier à musique. Tout en sachant que Abdelaziz Bouteflika est dans un état de santé catastrophique et qu’il lui est pratiquement, physiquement et cognitivement, impossible de briguer un autre mandat, ils s’entêtent à le présenter comme étant la seule solution, la seule alternative pour l’Algérie. L’opposition, quant à elle, est inexistante. Elle n’ose même plus faire de commentaire tant l’épée de Damoclès pèse sur sa tête. Tout cela dans un pays qui se dit démocratique.

De la crise de l'APN

 Ce qui est vraiment désolant dans cette histoire de l’APN, c’est l’absence quasi-totale de réaction des hommes (et des femmes) politiques toutes tendances confondues – qu’ils soient représentés ou non au Parlement – et surtout des intellectuels, organiques ou libres. A notre connaissance, ces derniers ne se sont pas, jusqu’ici, exprimés sur cette grave dérive de la majorité parlementaire. Ils gardent un silence inquiétant. Sont-ils tétanisés par ces événements ou ont-ils délibérément opté pour le choix de ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas ? En fait, cette histoire de l’APN concerne tout le monde. Elle nous regarde tous car nous sommes le peuple et c’est grâce à nos voix que ces députés y siègent et délibèrent. Elle n’est pas uniquement inter ou intra parlementaire comme essaient de nous le faire croire certains députés qui font partie des frondeurs.
Nous constatons, jour après jour, depuis presque trois semaines maintenant, une atteinte grave à cette institution de la République par ceux-là même qui sont, en principe, garants des lois et donc de l’ordre et la discipline et nous ne réagissons pas. Nous pensons qu’il est temps que ceux, parmi l’élite intellectuelle qui ont quelque chose à dire, quelque conseil à donner aux uns et aux autres, aux députés frondeurs et au président de l’APN, de se manifester sur la scène politique par des écrits, des débats, des interviews… Nos députés semblent ignorer les lois qui régissent le fonctionnement de l’APN. Ils cherchent par tous les moyens, même illégaux, à destituer, à faire démissionner leur président alors que celui-ci maintient mordicus (et il a raison) qu’il ne s’en ira… qu’en cas d’injonction du président de la République lui-même. D’où l’impasse. D’où la crise. Mais, en fait, cette crise est systémique et tôt ou tard elle aura des répercussions sur les autres institutions de l’Etat si rien n’est fait dès maintenant pour la juguler ou, du moins, la contenir.
Régulièrement, nous lisons la presse algérienne. Chaque matin que Dieu fait, nous attendons que celle-ci nous apporte des nouvelles allant dans le sens du dénouement heureux de cette gravissime affaire. Chaque matin, nous attendons que certains de nos intellectuels interviennent dans cette presse pour nous éclairer sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Mais, à part les comptes rendus des journalistes qui suivent de près ou de loin ce qui se passe au boulevard Zighoud-Youcef, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Rien qui puisse étancher notre soif de savoir, rien qui puisse satisfaire notre curiosité. Et plus le temps passe, plus l’inquiétude s’empare de nos esprits de citoyens lambda.
La vox populi avait souligné, dès le départ, que toute cette affaire était montée de toute pièce pour qu’elle aboutisse, in fine, à la dissolution de l’APN et donc au prolongement de l’actuel mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika. Mais peut-on faire confiance à la vox populi ? Peut-on prendre pour des analyses sérieuses ce que dit «l’homme de la rue» ?
Et, devant la ténacité du président de l’APN, les «députés» cadenassent l’APN. Du jamais vu en Algérie ou ailleurs. Comment peut-on définir ce comportement ?
Assurément, nous avons, là, affaire à des «baltaguia». De quel droit ces membres du FLN, du RND et d’autre partis suiveurs, cadenassent-ils une institution républicaine, même si celle-ci ne joue pas, par ailleurs, son rôle comme il se doit ? Qu’ils aillent, au point où ils en sont, cadenasser le palais d’El-Mouradia, le palais du gouvernement et toutes les autres institutions de la République !
Nous réitérons à cette occasion notre appel à Saïd Bouhadja, le président incontesté et incontestable de l’APN, de résister à ces opposants qui ne défendent, en fait, que leurs privilèges.
Et comme cela ne suffisait pas, les frondeurs, manipulés par des marionnettistes, passent à la vitesse supérieure : ils réunissent un bureau fantoche et prennent la décision de se débarrasser de leur président avec une facilité déconcertante. L’affaire est conclue en deux temps trois mouvements, pensent-ils.
Cette décision des «députés» qui se sont réunis sans la présence du président de l’APN est nulle et non avenue. Par ailleurs, le poste de président de l’APN n’a jamais été vacant puisque celui-ci est empêché de force de rejoindre son bureau (l’entrée de l’APN étant cadenassée). Dans tous les cas, c’est une première dans les annales des démocraties parlementaires. Quoiqu’en Algérie, avec ce genre de «représentants», on ne peut pas vraiment parler de démocratie.
A. G.

mercredi 26 septembre 2018

Le scorpion et le choléra.



L’alitement forcé et prolongé pour cause de sciatique, m’a éloigné quelque peu de la chose politique. Aujourd’hui que je me sens plus ou moins en forme, plus ou moins d’aplomb, je reprends mon clavier - quoique cette position assise soit déconseillée par les neurologues et les neurochirurgiens- pour donner mon point de vue sur un certain nombre de points.


En fait, le peu de choses que j’ai lu ça et là dans les différents titres de la presse nationale ou sur des sites électroniques ne m’incite guère à la réflexion.
Mais commençons d’abord par cette histoire de choléra et son cortège de commentaires et de réactions des « autorités compétentes » frisant parfois le ridicule. Heureusement que le ridicule ne tue pas, dit le dicton. Deux hauts responsables en particulier ont provoqué l’ire de la blogosphère et des réseaux sociaux. Il s’agit en l’occurrence de l’ex wali de Blida qui a été filmé alors qu’il implorait un infirmier de ne pas ouvrir « la cage » dans laquelle étaient enfermés les malades du choléra. Sa panique n’avait d’égale que son cynisme envers ces citoyens qu’il était pourtant censé servir. Il avait peur d’être contaminé alors que le commun des mortels sait que la contamination du cholera est due plutôt à l’ingestion d’aliments ou d’eau souillés par le vibrio cholerea. Le wali n’ayant probablement aucune notion de médecine, on retient ce fait comme étant un élément à sa décharge. Nous ne pouvons qu’être compréhensifs et indulgents à son égard. Mais, l’image des malades enfermés dans une cage comme des bêtes féroces est là ; elle est gravée à jamais dans la mémoire de tous ceux qui l’ont vue. Ce fait n’est pas banal. Ce fait n’a aucune circonstance atténuante. De ce fait, ce wali mérite amplement son limogeage.
Le deuxième personnage de l’État qui a été haut en couleur, qui a brillé comme un astre haut dans le ciel, par ses déclarations parfois contradictoires, n’est autre que le Ministre de la santé. Ce qui rend ses déclarations incompréhensibles, face à ce fléau des temps anciens, ce qu’il annonce le matin est vite remis en cause le soir même par l’apparition d’autres cas de choléra dans d’autres régions. Et même la source de cette contamination s’était avérée fausse et sans fondement. Pendant plusieurs jours, on a pataugé dans les marres nauséabondes de Sidi El Kébir et d’ailleurs. Par ailleurs l’incrimination de certains fruits, la pastèque en particulier, dans l’apparition de cette infection gastro intestinale, sans fondement ni preuve bactériologique sérieuse, a ruiné les commerçants des fruits. Vont-ils être indemnisés, les pauvres ? Pas que je sache. Comme un malheur ne vient jamais seul, quelques jours après la soi-disant éradication du choléra, une jeune enseignante universitaire est morte, à Ouargla, à la suite d’une piqure de scorpion. Ce fait divers a encore enflammé la Toile. En guise de réponse à la plèbe qui commençait à se mettre en colère et qui risquait même de se soulever, notre ministre n’avait pas trouvé mieux que d’étaler ses « connaissances en matières de zoologie et d’écologie » pour dire, in fine, que la faute incombait à la défunte qui, par son comportement irrationnel, a dû provoquer « l’animal ». Des propos indignes d’un Ministre qui plus est professeur en médecine.
Voilà ce qu’on peut dire de l’actualité de ces derniers jours. Mais cela ne fait que commencer. La rentrée sociale risque d’être très chaude et très perturbée d’autant plus que les partis au pouvoir (FLN, RND et d’autres micro partis) sont déjà entrés dans une sorte de campagne électorale avant l’heure en faveur du président Bouteflika et que, de l’autre partie, le mouvement « Mouwatana » appelle à des marches à Constantine pour contrer cette initiative.

mardi 7 août 2018

Vivons de pain rassis et de prêches.

A la question « c’est grave docteur », j’essaie presque toujours de répondre par la négative et cela bien entendu dans le but de rassurer les gens, de ne pas infliger plus d’inquiétude à des proches qui attendent le pronostic de leur malade. « Non, ce n’est pas grave », dis-je le plus souvent et j’ajoute ensuite la fameuse formule que tout le monde connaît : « En fait, c’est beaucoup plus de peur que de mal », même si la situation paraît de prime abord désespérée.

Etre médecin, c’est d’abord être humain et aimer son prochain tel que le préconisent la Bible… et le Coran. Voilà, en disant cela, je viens de couper l’herbe sous les pieds des intégristes de tout bord qui pensent peut être que celui qui ose encore, de nos jours, s’exprimer dans la langue de Molière est soit un laïc soit, au pire, un athée.
Cette précision étant faite, continuons maintenant notre discussion.
Je disais donc que quand il s’agit de la santé d’une personne, on essaie toujours de n’être pas alarmiste, de présenter la situation de manière à ce que les proches de cette personne ne soient pas désemparés. Et continuent à faire confiance au médecin traitant de leur patient. Ce ne sont là que des principes simples de la médecine que tout médecin qui se respecte doit appliquer dans sa pratique quotidienne.
Mais là ?
Devant la situation politique du pays et surtout devant les derniers évènements d’ordre sociétal qui ont eu lieu dans certaines villes du pays aussi bien du Sud que du Nord, que devrais-je dire ? Que tout va bien Madame la Marquise ? Non, loin s’en faut. Je ne dirai pas cela ; sinon ça serait une politique de l’autruche. En tant que citoyen qui ne veut que du bien à son pays et à son peuple, je n’ai pas le droit de tricher. Je n’ai pas le droit de fermer les yeux, de faire comme s’il n’en était rien. La chose est trop grave pour ne pas la condamner. La chose est, de mon point de vue, tellement grave pour ne pas dénoncer ceux qui poussent vers le dérapage, vers le retour aux « années de braise ». Ceux-là sont bien connus. Ils ne sont manipulés ni par la main étrangère ni par le Mossad. Ils sont bien le résultat de notre système éducatif. Car on le voit bien sur les vidéos postées sur Facebook, par exemple, qu’ils sont majoritairement jeunes, moins de la trentaine même.
En fait, je dirai même que le ou les manipulateur sont connus. Il n y a qu’à chercher à qui profite le crime. Ceux qui n’ont pas pu obtenir ce qu’ils veulent par la voie politique, ceux qui ne savent pas encore s’ils doivent faire de l’opposition vraie ou se contenter de simples strapontins dans les différentes institutions de l’État sont, à coup sûr, les instigateurs de ces manifestations ostentatoires.
Comme si les gens ne devaient pas avoir d’autres droits, d’autres besoins, des préoccupations autres que celle d’adorer Dieu et le Prophète. Si on suivait leur raisonnement, on dirait que les gens n’ont besoin que de pain rassis et de… prêches. L’amour et l’eau fraîche ? Tu parles !

Force est d’admettre que ces événements (qui ont eu lieu à Ouargla, à Sidi Bel-Abbès et ailleurs), à savoir l’annulation pure et simple de concerts de musique raï ou autre, et cela sous la pression de certaines franges des populations locales fanatisées par le discours islamiste, ont créé le buzz sur les réseaux sociaux en Algérie. Sauf que la réaction des uns et des autres dépasse parfois le cadre de la bienséance et de la discussion entre gens soi-disant civilisés. On verse facilement dans l’insulte et la bassesse, parfois à coups de versets coraniques comme arguments à opposer à son interlocuteur.

En tout cas, cela donne froid dans le dos et dénote, encore une fois, de l’échec total de l’école algérienne qui n’a, jusqu’ici, pas su produire un type d’Algérien nouveau, à l’esprit cartésien et ouvert sur l’universalité. C’est dommage de le souligner ici.

Il y a plus d’une vingtaine d’années maintenant, le sociologue algérien Houari Addi avait parlé de « la régression féconde » ; c’était alors l’âge d’or des « frérots » algériens avec comme corollaire la décennie noire qui a marqué les Algériens à jamais. Les naïfs d’entre nous l’avaient cru et avaient pris pour argent comptant sa fameuse théorie. Nous pensions qu’effectivement, cette régression, ce retour à la barbarie allaient nous donner quelque chose de nouveau, une nouvelle société plus instruite et plus tolérante. Nous avons attendu, vainement. L’on constate aujourd’hui, avec ce retour – j’allais dire triomphal des intégristes – que, finalement, la régression n’est point féconde et que, bien au contraire, de son ventre, elle n’a engendré que régression.
A. G.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...