jeudi 22 janvier 2026

Le discours de Donald Trump au Forum de Davos

 Les commentateurs politiques rapportent que le discours de Donald Trump, ce 21 janvier 2026, au Forum mondial de Davos, n’a pratiquement ni tête ni queue. En fait, si on devait utiliser une métaphore pour décrire ce discours, l’on pourrait dire que le président américain, lors de ce long discours, sautait du coq à l’âne. Un discours improvisé où il a été beaucoup plus question de son désir de s’emparer du Groenland. D’une manière ou d’une autre. De gré ou de force.

Évidemment, il n’a pas été jusqu’à utiliser ces termes, mais c’est ce qui ressort, en filigrane, de son discours axé principalement sur cette question.

Pourquoi ce grand iceberg qui, jusqu’ici, relève de la souveraineté du Danemark intéresse-t-il à ce point Donald Trump ? Pour en faire un lieu de villégiatures aux richissimes Américains et autres Émiratis à l’instar de son projet de riviera à Gaza ? Que non !

Mais, une petite digression avant de répondre à la question.

Il semblerait que, suite à la réaction des premiers concernés à savoir les Palestiniens, et devant la levée de boucliers de certaines ONG et de certains intellectuels de bonne conscience, ce dernier projet soit tombé à l’eau. En tous les cas, son promoteur n’en parle plus.

En fait, la réponse à la question est toute simple.

Sous la calotte glaciaire de cet énorme iceberg, d’énormes ressources naturelles en pétrole, gaz et autres terres rares s’y trouveraient. Sauf que leur exploitation, de l’avis des experts en la matière, ne serait pas si facile que cela. Seule une puissance économique, une puissance qui détient les pétrodollars en abondance et une technologie avancée en matière d’extraction de minerais dans des conditions météorologiques épouvantables pourrait peut-être le faire. Donald Trump qui aime les risques et qui ne parle et ne jure que de/par l’argent voudrait tenter sa chance. S’il réussissait à faire cela, l’Amérique lui serait reconnaissante et son buste serait gravé sur le mont Rushmore aux cotés des pères fondateurs des États-Unis. Et ce serait plus honorifique, même à titre posthume, qu’une médaille en or délivrée par le comité du prix Nobel de la paix. Et, de toute façon, cette médaille est déjà dans son bureau, à la Maison-Blanche. Son récipiendaire, la Vénézuélienne Machado, la lui a concédée, en guise de reconnaissance et de remerciement pour avoir mis fin au «régime» de Nicolas Maduro. Ce qui est pourtant contraire au règlement de l’auguste institution norvégienne.

Mais est-ce que c’est la seule préoccupation de Donald Trump quant à l’envie de faire main basse sur un territoire dont la population tient énormément à son indépendance, à son mode de vie autarcique et sa culture ancestrale ?

Évidemment que non !

La principale raison de tout ce tapage médiatique, de toutes les menaces proférées contre certains pays européens qui s’y opposent ou qui font juste semblant de manifester leur opposition à ce projet de Trump est d’ordre géostratégique. En effet, ce «bout de glace» occupe un endroit stratégique pour la navigation entre les continents eurasiatique et américain. L’occuper, c’est, à coup sûr, couper l’herbe sous le pied d’autres nations qui le convoitent aussi : Russie et Chine.

Une chose est sûre : ce discours, tant attendu, acte d’une manière on ne peut plus claire l’éclatement du monde occidental. Les Américains ont longtemps berné les Européens avec leur concept de «Choc des civilisations» et voilà que maintenant, pour des raisons bassement matérielles, ils leur tournent le dos pour ne pas dire qu’ils se retournent carrément contre eux.



lundi 20 octobre 2025

Le prix Nobel a-t-il encore de la valeur ?

Il rêvait du prix Nobel de la paix. Et il était sûr de lui, sûr de l’avoir, ce prix. C’est raté ! Peut-être l’année prochaine… Ou en posthume ? Car, le gars est déjà âgé et commence à avoir des soucis de santé. 
De qui s’agit-il, pourraient me rétorquer les gens qui ne sont pas en phase avec l’actualité politique du monde ? Pourtant, c’est très facile à deviner : le président des Etats-Unis, Donald Trump. 
Mais, n’étant personnellement ni politicien ni spécialiste en géopolitique, je me pose une question bête : comment pourrait-on lui discerner ce prix alors qu’il serait, peut-être, tout autant responsable que Benjamin Netanyahou dans le génocide du peuple palestinien (de Gaza) ? Il se targue d’avoir arrêté des guerres alors qu’en réalité ce serait lui qui entretiendrait le brasier en fournissant des armes aux belligérants. Du moins aux Ukrainiens et aux Israéliens. Pour ces derniers, en sus du soutien diplomatique inconditionnel au sein du Conseil de sécurité de l’ONU avec l’usage systématique du véto.
Deuxième question qui me vient encore à l’esprit : qu’a-t-il fait de bien depuis qu’il occupe la Maison-Blanche pour mériter le prix Nobel de la paix ? Il dit avoir mis fin à de nombreuses guerres et autres conflits à travers le monde. En tous les cas, les vraies guerres, celles qui durent depuis au moins deux ans et qui ont fait des milliers de morts, sont toujours actives. Que ce soit en Ukraine ou à Gaza, les canons tonnent toujours. Et les hommes meurent tous les jours. Et les armes en provenance du pays de l’Oncle Sam ou de l’OTAN (qui est toujours sous domination du même Oncle Sam) ne sont un secret pour personne. 
Autre question qui n’est pas de moindre importance : est-il venu à Charm El-Cheikh, en Egypte, pour signer la paix entre Israéliens et Palestiniens ou pour faire la promotion des armes fabriquées par le complexe militaro-industriel américain ? Habituellement, dans ses discours, il est toujours question de ventes d’armes, d’argent, de bénéfices. Tout ce qui intéresse Donald Trump est comment gagner plus d’argent et, de ce point de vue, on pourrait être indulgent envers lui et compréhensif car il est bien connu que «le nerf de la guerre, c’est l’argent».

En 2018, notre ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, lors d’une conférence de presse, avait dit que «l’Algérie n’a pas besoin de prix Nobel». Il avait alors provoqué une polémique. Plus que ça, pendant plusieurs jours, il fut l’objet de risée et de moqueries de beaucoup de gens sur les réseaux sociaux. En effet, il est bien connu que c’est surtout dans l’anonymat de ces réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, que les langues se délient et que la critique soit la plus véhémente. En fait, notre ministre avait soulevé le cas du Nobel en sciences et en technologies. Pas celui de la Paix. Pour lui, l’Université algérienne était au top, elle formait des cadres d’excellente facture dans tous les domaines et qu’elle n’avait donc rien à prouver. C’était ça, en gros, le sens de sa plaidoirie, si j’ose dire. 

Aujourd’hui, avec l’attribution de ce prix Nobel à Maria Corina Machado, une opposante au régime de Nicolas Maduro (Venezuela), on ne peut qu’être tout à fait d’accord avec les propos de notre ministre. D’ailleurs, en apprenant cette nouvelle, Donald Trump lui-même a fait le reproche au comité d’avoir fait «passer la politique avant la paix». 

Effectivement, un prix Nobel de la paix ou de toute autre discipline récompensée par cette auguste institution n’a, de nos jours, presqu’aucune valeur, sachant pertinemment que l’attribution relève beaucoup plus de considérations politiciennes que de la valeur intrinsèque de l’auteur qui en est l’heureux lauréat.

samedi 11 octobre 2025

L'Occident, a-t-il encore une once de courage ?

Dans les années 70, lycéens, nous nous racontions l'histoire de l'élève qui a eu la meilleure note en philo. Il s'agissait alors de disserter sur " qu'est-ce que le courage" ? Hanté par sa feuille restée blanche jusqu' au moment où l'enseignant commençait à ramasser les copies, l'élève eut, comme une révélation, une idée géniale. Il griffonna alors à la hâte la phrase suivante : " le courage est de rendre la feuille blanche". Quelques jours plus tard, à la séance de philo, c'était la remise des notes. Le cœur battant la chamade, l’élève attendait la sienne. Elle tardait à venir alors que celles de ses camarades de classe, bien plus studieux que lui, étaient tout juste moyennes. Logiquement donc il s'attendait à un zéro bien rond avec en sus brimades de l'enseignement et les moqueries et les rires sarcastiques de ses camarades. Mais, contre toute attente, sa copie ne fut remise qu’en dernier, et c'était à des félicitations de l’enseignant qu'il eût droit. Car, au lieu de se cantonner à théoriser ce concept comme l'avaient fait ses camarades, il l'avait mis carrément en pratique démontrant ainsi, à son corps défendant, que l'enseignement de la philo ne vaut rien du tout si cette matière n'incite pas l'homme à passer, le cas échéant, à l'action. En effet, il est des moments dans la vie ou théorie et pratique doivent aller de pair. L'une sans l'autre ne vaut rien du tout. L'histoire nous apprend d'ailleurs que, dans la lutte des peuples pour leur indépendance, des révolutionnaires africains (Nelson Mandela, par exemple) ou de l'Amérique latine (Che Guevara) ont eu recours à cette philosophie : de la théorie à la pratique, des discours politiques enflammés à la lutte armée. Il en était de même lors de la guerre d’Algérie. Sans l’engagement sur le terrain de la lutte armée des hommes tels que Abbane Ramdane et Krim Belkacem, qui étaient considérés comme les théoriciens de la révolution algérienne, celle-ci n’aurait pas abouti à l’indépendance. Cette histoire était-elle vraie ou fausse ? Nul ne le savait à l’époque. En tous les cas, elle l’avait l’air d’être véridique et non mythique. Et l’enseignant avait-il raison de noter largement cet élève qui, apparemment, au vu du manque flagrant de son inspiration, séchait allègrement les cours de cette matière ? L’enseignant a du certainement agir en son âme et conscience. Rien ne le forçait à donner une bonne note si rien ne le justifiait. Dans notre classe de scientifiques, beaucoup d’élèves boudaient le cours de philosophie. On estimait que c’était une perte de temps et qu’il fallait plutôt s’occuper beaucoup plus de la physique et des mathématiques dont les coefficients de notation étaient élevés. Mais, une fois le bac obtenu, une fois les études médicales entamées, personnellement, je me suis rendu compte qu’en fait, comme ne cessait de répéter l’enseignant « la philosophie est la mère de toutes les sciences ». De cela, je me rends compte plus aujourd’hui qu’hier et encore plus qu’avant-hier… Rien n’est plus intéressant et remarquable que la philosophie qui, au lieu de se contenter de concepts théoriques, recommande plutôt à l’être, à l’homme, de prendre la voix de l’action. D’entreprendre des actions. Aujourd'hui quand on parle de courage concernant certains hommes politiques ou certains pays qui osent critiquer, du bout des lèvres, l'Etat d'Israël, la moindre des choses qu'on puisse dire est que c'est insuffisant. Largement insuffisant au vu de ce qui se passe à Gaza. Il faudrait penser aussi à passer à l'action en sanctionnant cet État et en l'isolant plus qu'il ne l'est déjà. Si l’enseignant de philo évoqué ci-dessus était encore de ce monde, il donnerait de très mauvaises notes à ces hommes politiques ou à ces pays pour avoir manqué à leur devoir de mettre fin, aussi vite que possible, à l’opération génocidaire menée par Israël à Gaza. La politique sans conscience est une ruine de l’âme. A l’origine, cette sentence concernait la science mais, j’ai pris mes aises de l’extrapoler sur la politique. Car de nos jours, la politique s’est emparée de tous les domaines, y compris de la science. En effet, n’a-t-on pas vu qu’au moment de la crise de Covid-19, il y a à peine quelques années, que la gestion de celle-ci s’était faite, urgemment et contre tout bon sens, toute logique, par les politiques et non par les médecins ? En arabe classique, il y a un aphorisme qui dit, en substance, ceci : si la gestion de telle ou telle chose est laissée à celui qui n’est pas de droit, l’heure est grave. Ma traduction manque peut-être de pertinence mais, grosso modo, l’esprit et la lettre de cet aphorisme ont été respectés autant que faire se peut. Vladimir Lénine avait dit « il y a des décennies où rien ne se passe, et il y a des semaines ou des années se produisent ». C’est cette impression que dégage actuellement l’actualité internationale. Que ce soit en Ukraine, au Proche-Orient et en particulier à Gaza ou plus proche de nous, en France, il se passe des choses tellement terribles que cela risquerait de mettre le monde sens dessus dessous. En fait, le monde, à la minute même où je rédige cette note, n’est pas très loin d’une fin apocalyptique. Est-ce trop pessimiste de dire cela ? Est-ce exagéré d’annoncer de telles prédictions ? Une certaine frange de la population française se trouve actuellement très contrariée par le fait que leur président, Emmanuel Macron en l’occurrence, reconnaisse, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU, à New-York, un Etat palestinien. Il est tout à fait facile, à ceux qui suivent la politique internationale de comprendre à quelle frange de la société française je fais allusion. Dans ma dernière « lettre au peuple français », c’est sciemment que j’ai opté pour un ton mesuré, un ton calme et dépourvu de tout enthousiasme en rapport avec la question palestinienne, pour éviter les interprétations erronées et le risque d’être taxé d’antisémite. Je me suis permis, néanmoins, de conseiller aux mécontents français contre cette décision diplomatique d’essuyer les verres, peut-être enduits de poussière, de leurs montures et d’essayer de voir les choses autrement. Car, à bien y réfléchir, cette reconnaissance profite beaucoup plus à Israël qu’à l’hypothétique Etat palestinien dont les frontières restent à établir : celle d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale ou d’autres frontières à redessiner, ensemble, Israéliens et Palestiniens, dans cette forme de gruyère que sont devenus les territoires palestiniens ? Il est clair que cela, ce bornage des frontières je veux dire, ne va pas être facile et ne manquera pas de soulever de nombreuses contestations des uns et des autres. Cela, en supposant, bien sûr, qu’Israël accepte cette solution à deux Etats, ce qui est loin d’être acquis. La communauté internationale qui s’est exprimé en ce jour du 22 septembre 2025, en faveur de la création de l’Etat palestinien, est donc, d’ores et déjà appelée à prendre ses responsabilités et à veiller à ce qu’il n’y ait pas d’emblée de litige frontalier. Bref, on n’en est pas encore là. C’est ma naïveté politique qui me fait écrire de telles choses, je crois. Onirisme, quand tu me tiens ! Aziz GHEDIA

samedi 17 août 2024

Ukraine : à propos de la contre-offensive

Alors contre-offensive ukrainienne ou pas ? Malgré le manque d’informations à ce sujet, des Ukrainiens eux-mêmes qui ont opté pour la stratégie du silence, l’on sait, de la part des médias occidentaux, que celle-ci a bel et bien débuté, officiellement, le 4 juin, Une date précise. C’est important pour l’histoire. Celle qui sera écrite par les vainqueurs. Une chose est cependant sure, c’est que, sur le terrain médiatique, cette guerre se joue presque à couteaux tirés aussi. A tel point qu’on n’y comprend plus rien. Qui dit la vérité et qui ment ? On ne le saura peut-être jamais. Car, comme il est bien connu, la première victime en temps de guerre, c’est bien la vérité. Cette citation est ancienne. A qui l’attribue-t-on ? Aucune idée pour l’instant, il va falloir peut-être que je fasse appel à notre ami commun ; google. Mais, ce n’est pas l’une de mes priorités pour l’instant. Pour l’instant, je suis vraiment inquiet quant à la tournure que risquerait de prendre cette guerre. Il est vrai que je suis loin du théâtre des opérations et me tenant toujours à ma neutralité mais, comme la majorité du reste du monde, il faut dire que la situation actuelle à de quoi inquiéter. D’autant plus que mes sources d’information (françaises en particulier) sont, à longueur de journée, en effervescence, comme si cette guerre les concernait au premier chef. La contre-offensive ukrainienne dont on attendait beaucoup, n’a, apparemment, pas porté ses fruits. Et cela est dû principalement aux armements très obsolètes, vétustes, qui tombent souvent en panne, livrés par l’OTAN et ses coalisés. Alors, on parle d’une « pause » dans la contre-offensive ce qui permettrait aux FAU de revoir leurs plans et d’ajuster éventuellement leur tactique. De l’autre côté du front, les Russes, eux, ne semblent pas du tout pressés. Ils prennent tout leur temps, attendant que les Ukrainiens veuillent bien se présenter au « hachoir à viande ». En fait, ils savent que le temps joue pour eux. Il est clair que le temps joue en leur faveur. Car plus le conflit dure et plus les Ukrainiens et ceux qui les aident inconditionnellement commencent à s’affoler, à perdre espoir quant à l’issue de cette guerre et seront donc amenés, par la force des choses, à jeter l’éponge. Les Russes jouent maintenant sur l’aspect psychologique des choses. En effet, la guerre ne peut être gagnée que par celui qui a un mental fort, une résilience inébranlable devant l’adversité. Sur ce plan-là, les Russes n’ont rien à démontrer. Ils sont taillés dans le marbre. Voilà, résumé, ce qu’on a compris et ce qu’on peut dire après plusieurs jours de suivi de cette guerre sur les chaines de télévisions occidentales.

mercredi 14 juin 2023

La troisième guerre mondiale aura-t-elle vraiment lieu ?

Malgré leur démonstration de force, malgré le déploiement de plusieurs dizaines d’avions de combat et autres matériels militaires de dernière génération lors de cet exercice militaire de grande ampleur appelé Air Defender 23, les coalisés de l’OTAN ne sont pas assez fous pour aller jusqu’à déclencher une troisième guerre mondiale. Ils ne font que gonfler leur torse pour faire peur à l’ours. Mais l’ours n’a pas peur, il continue à appliquer sa tactique militaire jusqu’à atteindre tous les objectifs qu’il s’était fixé dès le début de son OMS, à savoir la démilitarisation de l’Ukraine et, par la même occasion, récupérer quelques territoires qui sont historiquement les siens.
Après plus de 15 mois de conflit entre l’OTAN et la Russie par Ukraine interposée, il s’avère de plus en plus évident que le rapport de force est du côté des Russes. Pourtant, ces derniers ne veulent pas le montrer de façon ostentatoire. Ils font plutôt semblant de peiner dans cette guerre en prenant tout leur temps, avançant de plusieurs kilomètres puis reculant de quelques centaines de mètres de certains villages sans importance stratégique. La reconquête de ces villages par les Ukrainiens donne l’impression aux FAU que leur contre-offensive porte ses fruits, mais, en fait, il n’en est rien. Ce n’est qu’une ruse de plus de la part des Russes pour les attirer dans leur hachoir à viande. Ce jeu de « chat et de la souris » va probablement continuer ainsi jusqu’à épuisement total des forces ukrainiennes. Et des Occidentaux qui les soutiennent matériellement et financièrement. Puis viendra certainement le coup de grâce. L’échec et mat, jeu dans lequel les Russes sont les maîtres incontestés.
C’est ainsi que la plupart des analystes politiques qui s’intéressent à ce conflit voient l’évolution de la situation. Il ne peut y avoir d’autres issues. De notre point de vue, ce que dit, par exemple, l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, n’a aucun sens. Aucun pays de l’Europe de l’Est n’est prêt à s’engager dans ce conflit en envoyant ses propres troupes sur le terrain de la guerre. L’aide à l’Ukraine se limitera toujours à l’envoi de matériel militaire. Ni plus ni moins. Et encore ! Il parait que les réserves en stock de matériel militaire de certains pays de cette coalition occidentale commencent à s’épuiser. Et de toute façon cela ne servira à rien puisque les Russes ont les moyens de détruire ce matériel avant qu’il n’arrive, effectivement, sur la ligne du front.

dimanche 11 juin 2023

Ukraine : guerre et propagande

 

 

Guerre et propagande.

Pendant les premiers jours de la guerre en Ukraine, j’ai essayé autant que possible de suivre le fil de l’actualité politique sur les chaînes françaises, en particulier sur BFM TV et LCI. Puis au fil du temps, je me suis aperçu que ces deux chaines d’informations générales en boucles s’adonnaient purement et carrément à de la propagande de guerre en faveur de l’Ukraine et de son président Volodomyr Zelinsky élevé au rang de « l’homme du siècle », de grand défenseur des valeurs de l’Occident et de la démocratie et tutti quanti. J’ai essayé parfois de suivre les débats qui s’y déroulaient. Il faut dire que ces deux chaines ne lésinent pas sur les moyens et invitent, de ce fait, de nombreux analystes politiques et autres experts en géopolitique. On dissèque et on analyse toutes les informations qui leur parviennent du « front » via leurs correspondants locaux.  Mais, dès le départ, le parti pris était déjà pris si j’ose dire. Ce qui est vraiment désolant. Ces chaines et d’autres aussi (sans parler de la presse écrite) s’étaient, dès le départ, dès le 24 février (date du début des hostilités) alignées sur la position de l’Ukraine. Et, là, pas la peine d’être très intelligent pour comprendre qu’en fait cette guerre, qualifiée par eux « d’agression non provoquée » de l’Ukraine par le méchant Poutine, ne concerne pas seulement le pays de Zelinsky mais tout l’Occident collectif, l’Ukraine n’étant, en vérité, qu’un pion, un proxy et Zelinsky qu’une marionnette manipulée par l’oncle Sam, la perfide Albion et Ursula Van der LYENE.

Le « Reste » du monde a, lui, d’emblée compris cela. Cette guerre, existentielle pour les uns (les Russes) et pécuniairement très rentable pour d’autres (Américains et leur complexe militaro-industriel) ne les concerne pas. Du moins jusqu’à maintenant. Tant qu’elle n’a pas encore débouché sur une troisième guerre mondiale, les Africains se tiennent à l’écart…J’allais dire peinards. Mais, en fait, cette guerre ne réjouit personne, elle est génératrice de misère, de déplacement forcé de femmes et d’enfants, de mort d’hommes de part et d’autre du front. Le « hachoir à viande » qui fonctionne sans arrêt nous rappelle une autre époque, celle de la seconde guerre mondiale avec son corollaire l’holocauste. In fine, cette guerre est loin de réjouir les âmes africaines, celles qui vivent dans « la jungle » mais qui sont néanmoins éprises de justice et certainement aussi celles du reste du monde contrairement à ce que pourrait penser le « jardin d’Eden ».    

Cela fait plus de 15 mois que la guerre en Ukraine fait rage. La routine s’est installée un peu partout. J’ai fini par éteindre ma télévision. Ou du moins, quand il m’arrive de l’allumer, je regarde d’autres chaines pour ne pas entendre la propagande et les mensonges, le manque d’objectivité et la couverture médiatique biaisée de cette sale guerre. Cela a duré un certain temps. Mais, comme le clame si bien l’adage « chassez le naturel, il revient au galop ». Ce matin donc, c’est sur LCI que je suis les derniers développements de la guerre. Et apparemment, rien n’a changé ; c’est toujours Poutine le méchant grand loup et la Russie est toujours perdante même si c’est elle qui impose le tempo de la guerre et qu’elle continue à passer les soldats Ukrainiens dans son hachoir à viande.            

En Europe, on continue, cependant, à faire semblant de ne pas comprendre la position de neutralité du « reste » du monde et en particulier des Africains que l’on menace, de façon à peine voilée, de sanctions économiques.   

Les analystes et experts en géopolitique continuent à déblatérer sur LCI et BFM TV, accusant les Russes de tous les maux, de tout ce qui se déroule sur le terrain de la guerre y compris de certaines opérations qui ne sont pas du tout dans leur intérêt telle la destruction du barrage de Kakhovka.  

lundi 24 octobre 2022

Ma rencontre avec Alb ert Camus (suite)

 

Après quelques mois d’échange épistolaire entre Michel, l’enseignant de littérature française à Marseille, et nous, celui-ci nous avisa par lettre express du jour et de l’heure de son arrivée à l’aéroport d’Alger. On était au début mois de décembre. Il faisait beau. Des journées bien ensoleillées et des températures douces pour la saison.

-      «notre ami pourrait même, s’il le désirait, se permettre une trempette sur la plage de Matarès », disait mon ami. 

Mais, nous avions des craintes que le temps se gâte du jour au lendemain et que cela nous empêchera de lui faire visiter Alger la blanche où il n’avait jamais mis les pieds auparavant et surtout Tipasa, ses ruines romaines, la stèle érigée en 1962 à la mémoire d’Albert Camus et un peu plus haut, sur les hauteurs de Sidi Rached, le tombeau de la chrétienne. Tout cela avait été préparé de façon minutieuse. Mais tout cela dépendait de la clémence du temps. Un petit changement de météo pouvait tout chambouler, tout remettre en cause, tout faire tomber à l’eau, car ni mon ami ni moi n’étions préparés à prendre des risques et à emmener un étranger à plus de 70 km d’Alger dans un bus public.

Enfin, le jour J est arrivé. Comme prévu, Michel est descendu à l’hôtel Aletti. C’était l’un des meilleurs hôtels d’Alger à l’époque, il est mitoyen du siège de l’APN (Assemblée populaire nationale) et de la cinémathèque, un haut lieu culturel des années 1980. Il était très satisfait de l’accueil, du personnel de l’hôtel qui répondait à ses moindres désirs et surtout de la chambre assez spacieuse et donnant vue sur mer. De sa chambre, il pouvait admirer le lever du soleil et les activités incessantes sur le port d’Alger, et les petites embarcations des pêcheurs qui revenaient très tôt le matin remplies de poissons frais.    

Les matinées, Michel sortait seul. Pas loin de l’hôtel. Mais, les après–midi, nous le rejoignons et nous allions alors errer ensemble dans tous les coins et recoins d’Alger. Durant ces années, il n’y avait pas de problème de sécurité en Algérie. Partout, que ce soit dans les villes ou dans les campagnes, régnaient la paix et la tolérance. Plus d’une décennie nous séparait des « années de braise » et des attentats à la bombe à Alger que craignait, à l’époque, Albert Camus. On n’avait donc pas de soucis à se faire. Et en marchant avec un « étranger », on ne rasait pas les murs de peur de tomber sur des xénophobes ou des haineux encore marqués par les drames de la guerre d’Algérie. En vérité, cette guerre était bien loin, bien derrière nous, et les Algériens, d’une manière générale, n’avaient pas tenu rancune envers les français. Il nous arrivait même de discuter, de blaguer et de rigoler à haute voix, tous les trois, à tel point que les passants remarquaient aisément la présence d’un « Roumi » parmi nous. Mais cela ne nous dérangeait pas outre mesure. A cette époque Alger était accueillante. Alger était encore « la Mecque des révolutionnaires ». Il est vrai que Michel n’avait rien à voir avec cela, il était même politiquement neutre ou carrément apolitique, la seule chose à laquelle il était vraiment attaché c’était la littérature. Mais, il aurait pu être un « pied-rouge », ces coopérants techniques français qui ont rejoint, presque bénévolement, l’Algérie pour l’aider à se reconstruire après le départ des « pieds noirs » avec les militaires français, en 1962, c’est-à-dire au moment où l’Algérie avait recouvert son indépendance.

Seul, notre ami risquait, peut-être, s’il s’aventurait dans des endroits peu fréquentés, d’être agressé par des pickpockets, comme cela arrive parfois dans toutes les grandes villes du monde, mais pas au point où sa vie même serait en danger. Mais, par précaution, nous lui avions conseillé de ne pas trainer dans certains coins de la ville, particulièrement du côté de Belcourt, l’ancien quartier d’enfance d’Albert Camus.

Durant les deux premiers jours du séjour de Michel à Alger, nous avions limités nos déplacements. En fait, nous nous rencontrions, les après-midi, au niveau du « Coq hardi », situé juste en face de la Fac centrale, sur la rue Michelet. Durant la guerre d’Algérie, ce bar avait été soufflé par l’explosion d’une bombe artisanale confectionnée sans doute par un jeune chimiste algérien. Ironie de l’histoire, à l’indépendance, les pouvoirs publics algériens avaient baptisé un autre débit de boissons en face du « Coq hardi » du nom de ce jeune chimiste : le cercle des étudiants Taleb Abderrahmane. Mais de cela, nous n’avions pas soufflé mot à notre hôte. Non pas que nous voulions le tenir dans l’ignorance mais parce que les questions mémorielles liées à cette « sale guerre » n’étaient, en fait, pas notre préoccupation principale. Nos discussions portaient plutôt sur tout ce qui est littérature, enseignement, vie estudiantine en Algérie et ailleurs. Nous évoquions également Albert Camus d’autant plus que l’imposante Fac centrale où, jadis, le Nobel de littérature avait fait ses études, nous faisait face. 

A midi tapante, nous sortions du « Coq hardi » pour nous diriger vers l’un des restaus U qui se trouvaient dans les parages : Bd Amirouche ou Trolard. En fait, ce dernier était notre « restau » favoris pour deux raisons principales : sa proximité de la fac centrale puisqu’il est situé juste un peu plus haut que l’entrée du tunnel des facultés et l’agencement des tables à l’intérieur de son espace peu large, certes, mais qui lui conférait une certaine intimité, je dirais même une certaine convivialité. Et, accessoirement, une autre raison entrait en ligne de compte dans le choix de ce « restau ». Nous voulions faire sentir à notre invité, Michel, la vie estudiantine telle qu’elle se déroule en Algérie depuis peut-être l’époque d’Albert Camus. Nous supposions aussi que celui-ci, Albert et non Michel, venait certainement prendre ses repas, ici, dans ce restau où, comme dans l’immeuble de Belcourt où il habitait, rien n’a changé depuis cette époque.  Il est vrai que les repas servis n’étaient pas appétissants, ils étaient faits souvent à base de pâtes ou de légumes secs, mais le prix modique voire symbolique du repas faisait que le déplacement en valait la peine. Après tout, ne dit-on pas que « tout ce qui rentre fait ventre » ? Toujours est-il que la ration calorique quotidienne était assurée pour l’étudiant qu’il soit boursier ou non, qu’il soit issu d’un milieu social aisé ou du prolétariat pour reprendre un terme très en vogue à l’époque particulièrement dans le milieu universitaire. Et de toute façon dans tous les restaus U c’est pareil. A quoi peut-on s’attendre lorsqu’on ne débourse que 1, 20 DA pour le ticket ? Qu’on nous serve des crevettes royales grillées sur un plateau en argent ? Et de la bière moussante en sus ? Trêve de plaisanterie. En vérité, nous n’avions été dans ce restau qu’une ou deux fois, je m’en souviens pas très bien. Le séjour de notre ami était très court, une semaine tout au plus et la seule chose qui lui tenait vraiment à cœur, c’était d’aller à Tipasa. 

Tipaza…

Pour s’y rendre, il fallait prendre un bus au niveau de l’ancienne gare routière de Tafourah, en face du siège administratif des Douanes algériennes. Une passerelle métallique, mitoyenne à l’INC (Institut national du commerce), une belle œuvre architecturale de l’époque coloniale, permettait d’enjamber la route, très fréquentée à cet endroit à toute heure de la journée, sans se faire écraser par un chauffard.

C’était un jour de semaine. Vers les coups de 8h du matin, nous arrivâmes, tous les trois à la gare. Il fallait bien être matinal pour être de retour avant la tombée de la nuit.      

A cette heure-ci du matin, la gare grouillait de monde. Les bus qui arrivaient de partout, de la périphérie d’Alger, déposaient leur « cargaison humaine » de fonctionnaires ou d’étudiants dans une cohue indescriptible; on se dépêchait, on courait à gauche, à droite,  qui pour aller prendre un autre bus vers une autre destination, qui pour ne pas arriver en retard à son lieu de travail. A cette époque-là, Alger respirait encore la joie de vivre, le chômage n’était pas endémique et on croyait encore au slogan « socialiste » d’établir une société juste et équitable qui offre un toit et un emploi à tous les citoyens… Du moins, c’est ce qui restait du boumediénisme même si la « déboumediénisation » avait déjà commencé sous le règne de Chadli Bendjedi. Fermons cette petite parenthèse ou, mieux encore, cette petite digression, et revenons au politiquement correct. 

Le bus en partance vers Tipaza n’était pas encore plein et on entendait de loin le receveur  crier : « Zeralda, Bousmail, Tipaza ! » pour bien signifier aux éventuels voyageurs les différents arrêts du bus. Nous hâtâmes le pas avant qu’il ne démarre. Michel, qui n’était peut-être pas habitué à ce train-train quotidien, même si la vie à Marseille ressemble certainement à Alger par certains aspects, n’arrivait pas à suivre, alourdi comme il était par son sac à dos. Il s’était préparé comme pour une randonnée pédestre au mont Chenoua. Albert Camus en vacances, lui qui faisait certainement souvent cet itinéraire, n’aurait pas mieux fait.

Mes amis avaient pris place à gauche du bus, juste derrière le chauffeur et moi à droite, côté fenêtre, mais décalé de deux sièges. Le bus était à moitié vide. Peu de gens se rendent, en effet, au mois de décembre à Tipaza. Fini le rush estival. Finies les bousculades et les disputes presque à couteaux tirés pour avoir une place même debout. Finies les sueurs qui ruissellent des fronts basanés, les T-Shirt qui collent comme une sangsue à la peau et les odeurs nauséabondes qui se dégagent des aisselles poilues…C’est très dur et méchant en même temps de relever ces faits, j’en suis conscient, mais c’est la stricte vérité. Qui peut soutenir le contraire ? Personne. Sauf peut-être celui qui, de par son aisance sociale, du fait d’être né sous une bonne étoile, ne prend pas les transports en commun.

Les transports en commun, j’en connais un bout. J’en ai bavé. Et encore, je n’évoque pas d’autres comportements malsains, asociaux, qui relèveraient carrément de la psychiatrie : ces obsédés sexuels par exemple qui ne montent que lorsque le bus est plein à craquer pour pouvoir, sans éveiller le moindre soupçon à leur égard, se coller aux derrières des femmes. Qui peut soutenir le fait qu’il n’a jamais assisté à de telles scènes ? Mais, de peur d’avoir affaire à des énergumènes sans foi ni loi, on préfère détourner le regard. Ni vu, ni connu. Motus et bouche cousue.  Cela ne fera peut-être pas plaisir à la bien-pensance algérienne le fait que j’évoque, même brièvement, ce sujet; mais, l’occulter ne diminue pas moins de sa réalité et de sa pertinence.   

Le  bus n’est pas seulement un moyen de transport. Il est aussi, pour certains, un lieu de travail par excellence, particulièrement lors des heures de pointe. En fin de journée, par exemple, les gens ont hâte de rentrer chez eux. Ils sont fatigués par une rude journée de travail. Leur vigilance est au point mort. Et, c’est ce moment-là que les pickpockets choisissent pour intervenir. Ces derniers profitent de la bousculade créée par la foule qui essaie par tous les moyens de monter dans le bus et ils s’adonnent alors à leur sport favori. C’est dans ces situations-là où l’adage « l’entassement des hommes comme l’entassement des pommes produit de la pourriture» prend tout son sens. Cet entassement des hommes dont la majorité est jeune, moins de la trentaine, instruite ou pas, n’a pas, cependant, que des inconvénients. Il est parfois créateur, il stimule la création d’expressions populaires, disons de novlangue pour être à la mode. C’est ainsi qu’on a vu fleurir, sous forme de chant porté par la liesse des voyageurs, des expressions telles « Allez chauffeur, zid chouia l’el moteur » dont la traduction littérale donne ceci : allez, chauffeur, fait ronfler encore le moteur ». Et, le chauffeur chauffé à blanc par un bus plein à craquer ne peut qu’appuyer encore sur le champignon lorsqu’on vient de sortir d’un embouteillage et que le tronçon de route qui reste à parcourir est bien dégagé. Et il va de soi que ceux qui incitent à cet incivisme ne sont que « les travailleurs de l’ombre » qui ont déjà repéré leur proie.      

Leurs mains expertes et leurs doigts agiles n’ont pratiquement aucune difficulté à délester leurs victimes de leurs portefeuilles ou d’autres biens précieux. Une fois leur forfait accompli, les pickpockets se faufilent, en usant du coude, comme toujours, entre les passagers pour descendre au prochain arrêt. Ils n’ont pas de destination fixe. Leur destination peut être n’importe où sur le trajet du bus.    

Comme la prostitution, ce métier est vieux comme le monde.

 La nature humaine est ainsi faite. Le gain facile a toujours ses adeptes dans toutes les couches sociales. Si les cols blancs détournent les lois et les deniers publics à leur profit,  les petits maffieux issus de la classe pauvre n’ont que ce moyen pour se faire un peu d’argent de poche : le vol de gens qui sont peut-être plus démunis qu’eux. Et pour cela, tous les moyens sont bons. On n’agit pas en « loup solitaire », mais en groupe. Et dans ce cas-là, le groupe est bien organisé et bien structuré. A chaque membre du groupe, on assigne une tâche bien précise ; on provoque alors une scène de bagarre entre deux personnes du groupe dans le bus même pour détourner l’attention des gens pendant que les autres membres du gang détroussent les passagers concentrés sur la fausse scène de bagarre. Mais, il arrive qu’on se fasse attraper. Par plus futé que soi.  Alors, pour trouver une échappatoire à cette situation si délicate, on invoque l’exigüité de l’espace, le déséquilibre subit lors d’un coup d’accélérateur ou de frein intempestif de la part du chauffeur et d’autres motifs aussi farfelus les uns que les autres. Mais quand on se fait attraper la main dans le sac, aucune excuse n’est valable ni pardonnable. Souvent alors, le chauffeur est prié de se diriger droit vers le commissariat le plus proche.

Mais qu’en est-il de tout cela du temps d’Albert Camus ? Evidemment, la comparaison ne peut être de mise. Pour de multiples raison.

 Du temps d’Albert Camus, l’Algérie était encore une colonie de la France. Les grandes villes étaient alors occupées majoritairement par les colons. Les indigènes étaient relégués à l’intérieur du pays, dans les campagnes, les montagnes et les régions désertiques. Ou alors lorsqu’ils sont en villes, ils restent confinés dans des bidonvilles à la périphérie, «entassés comme les pommes » dont on parlait ci-dessus. Dans les campagnes, le déplacement des indigènes se faisait à dos d’âne ou, pour les plus fortunés, à dos de mulet. La voiture, le bus, c’était des luxes qu’on ne prenait qu’occasionnellement, en fait, pour les plus grands déplacements. Et encore… Pour la confidence, je vous cite l’exemple d’un de mes aïeux qui, dans les années 30, faisait plus de 3OO km à pied. Il partait de la région des Babors, à l’Est de l’Algérie, jusqu’à la fameuse Mitidja où il travaillait comme journalier pendant la campagne des vendanges, en suivant rivières et vallons, avec pour seule subsistance quelques galettes que sa femme aura pris le soin de lui préparer le matin de son départ. Le parcours est fait en plusieurs étapes, à raison d’une trentaine de km par jour. Ce parcours était « balisé » et on faisait des haltes, la nuit, dans des « Zaouïas » qui existent jusqu’à nos jours en Kabylie.   

Mais, dans une de ses chroniques, Albert Camus a esquissé, brièvement, ce sujet. N’oublions pas que, malgré son appartenance à la colonie, il n’était pas né sous une bonne étoile et il partageait donc la vie de misère de la majorité de ses compatriotes indigènes. Ecoutons-le  «Lorsque le tramway a disparu, j’allais à Belcourt en bus. Mais c’était plus ennuyeux avec le receveur. En tram, on pouvait s’accrocher à l’arrière pour ne pas payer», dit-il. Dans une certaine mesure, il était « resquilleur » lui aussi. Et il l’avoue.

Le tram a fait son retour à Alger, mais il desserte la région Est, là où se concentre actuellement la population algéroise. Le métro aussi est sorti du bout du tunnel, après plus de tente ans de travaux… Cela aurait peut-être fait grandement plaisir à Albert Camus d’apprendre qu’Alger, à l’instar des autres grandes métropoles du monde, s’est doté, elle aussi, de ce moyen moderne des transports en commun.

       

Absorbé par ces réflexions concernant les problèmes inhérents à nos moyens de transport publiques, je ne me suis même rendu compte que le bus était déjà sorti de la gare routière et s’était engagé dans la rue d’Angkor qui longe le port. En fait, il était déjà au niveau de l’amirauté. Il était 8h30 et le soleil n’était pas encore haut dans le ciel de telle sorte que lorsque je tournais mon regard vers le petit port, vers la rade où mouillaient des dizaines de petites barques peintes en bleu et en blanc, ses rayons m’éblouissaient. A cet instant-là, peut-être parce que j’avais une petite pensée à Camus, je me suis rappelé de la réponse que le  meurtrier de l’Arabe, dans « l’Etranger », avait donnée au juge qui l’interrogeait : « c’est à cause du soleil ».  Une réponse sèche. Et insensée. En tout cas qui ne donne pas lieu à une excuse ni, normalement, à l’indulgence de la justice. Le soleil n’a jamais poussé quelqu’un à commettre un crime. Encore une fois, le moment n’est pas encore arrivé pour passer à la critique en bonne et due forme de ce livre. Encore un peu de patience. Mais d’ores et déjà, je vous signale que d’autres écrivains algériens s’étaient acquittés honorablement de cette tâche. C’est le cas de l’écrivain et chroniqueur du « Quotidien d’Oran », Kamel Daoud qui, rappelons-le, avait fait l’objet d’une « fetwa » en 2015. J’avais d’ailleurs, à l’époque, écrit un article sur wordpress dans lequel je condamnais fermement cette fetwa. Grosso modo, je disais ceci : « il s’agit de la dernière fatwa via Facebook dont les protagonistes, si j’ose dire, sont l’obscurantiste imam et le journaliste-écrivain Kamel Daoud dont la dernière œuvre littéraire a failli remporter le prestigieux Goncourt. Mais je vous avoue que jusqu’à présent, je n’ai pas encore saisi, pas encore compris la raison principale qui a motivé cette fatwa lourde de sens. Kamel Daoud est qualifié (par cet énergumène d’imam… du dimanche) d’apostat, de mécréant qui «mène une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l’islam». L’on se demande d’où cet imam tient tout cela. Avait-il au moins lu ne serait-ce qu’une seule de ses chroniques sur le Quotidien d’Oran ? Avait-il lu son dernier livre Meursault, contre-enquête ? Un autre aveu, une autre confidence : votre interlocuteur non plus n’a pas encore eu l’occasion de jeter un coup d’œil même rapide sur ce roman que d’aucuns ont trouvé très bien écrit et très bien pensé. La presse d’ici et d’outre-mer n’a, d’ailleurs, pas tari d’éloges sur ce livre, et ce, dès sa parution. Il faut dire que plus de soixante-dix ans après la mort de l’Arabe (dans L’étranger d’Albert Camus), Kamel Daoud a eu l’idée géniale de donner, enfin, un nom et une sépulture à cet Arabe. Est-ce pour cela qu’on veut le tuer, lui, maintenant ? Se taire aujourd’hui devant cette grave atteinte à la liberté d’expression, c’est cautionner, à coup sûr, le retour à la décennie évoquée ci-dessus ». Vous l’aurez bien compris, je fais allusion, ici, à la décennie noire (les années 90) vécue par les Algériennes et les Algériens.   

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...