lundi 29 novembre 2010

Yasmina Khadra : prosateur ou imposteur ?


Ma profession de chirurgien ne me laisse que peu de temps pour les autres activités du savoir et de l’esprit notamment la lecture. Mais, il m’arrive quand même, lorsqu’on me parle d’un livre récemment édité ou qui fait la « Une » des rubriques littéraires de la presse, par exemple, de m’arranger pour trouver le temps necessaire de chercher ce livre, dans les librairies de la ville, et de le lire ensuite. Quitte à mettre un bon mois pour le finir ! C’est ainsi qu’il m’arrive de lire un chapitre dans le bloc opératoire, entre deux interventions chirurgicales, et un autre chapitre dans la voiture lorsque je suis contraint d’attendre mes enfants à la sortie des classes. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière page. Ma vie privée, mes élucubrations, ce que je fais, ce que je ne fais pas, tout cela n’interessent personne ; j’en suis conscient. Mais ce préambule, cette entrée en matière servira pour la compréhension de ce qui va suivre. Que les lecteurs d’Agoravox me pardonnent donc d’étaler au grand jour mon emploi du temps quotidien.


Yasmina Khadra, je ne l’ai découvert que récemment.
Voila dans quelles conditions.
Un soir du début de l’été 2006, j’ai rendu visite à un ami qui habite à quelques pâtés de maison de chez moi. Il était 21 h et il faisait un peu chaud. Pas encore la canicule sur les hauts plateaux de l’est algérien, mais il faisait assez chaud à tel point que l’ami en question, en m’ouvrant la porte, était torse nu. Quand il arive à l’un de nous de recevoir l’autre, on ne s’encombre pas de protocoles. Il m’invita alors à le suivre dans la cuisine où sa femme préparait la table. Il n’arretait pas de se gratter la bedaine, piqué probablement par des moustiques qui prolifèrent en cette période de l’année, tout en s’approchant du gratin de pomme de terre et de puiser directement du plat encore fumant que sa femme venait de retirer du four. Il m’invita à participer à ce festin, mais, poliment, j’ai refusé son invitation. Je n’avais pas faim. Il me servit alors un verre de Coca Cola et continua à piquer de sa fourchette les rondelles de pomme de terre presque grillées. Sur la table, entre une assiette de cerise et une autre de melon coupé en petits morceaux, un livre était ouvert. Je le pris. C’était le dernier livre paru d’un auteur algérien dont l’identité n’a été révélée que dernièrement : Yasmina Khadra.

On sait maintenant que, sous ce sobriquet, s’est caché pendant longtemps un ancien officier de l’armée algérienne. Comme il le dit lui-même, il a démissionné de l’armée pour s’adonner à sa véritable vocation : la littérature.
Et, apparemment il semble qu’il a réussi dans ce domaine. Pas au point de faire prochainement son entrée fracassante dans l’Académie française comme l’avait déjà fait une autre algérienne, Assia Djebbar, mais au moins on lui reconnaît le mérite d’être prolifique.

Le livre de Yasmina Khadra que je tenais ouvert entre mes mains, sans vraiment lire ne serait ce qu’une seule ligne, ne pouvait que susciter une discussion « littéraire » entre mon ami et moi. J’ai oublié de vous le dire au début, mon ami est gastro entérologue mais, lui aussi, il montre un intérêt certain pour tout ce qui touche aux « gens du livre » et à la littérature ; Lui aussi n’avait encore lu que quelques pages de ce livre et pourtant il était sous le charme de cet auteur allant jusqu’à le comparer à Ernest Hemingway. Et pour me convaincre de ce qu’il avance comme arguments, il me lit à haute voix quelques passages de ce livre. Effectivement, j’ai trouvé que le style de notre écrivain est tout ce qu’il y a de plus simple. Il est aéré. On n’a aucune peine à comprendre ce qu’il dit et à deviner ce qu’il va encore dire ! Parfois il est spontané et l’on sent qu’il ne perd pas son temps à chercher des expressions linguistiques compliquées juste pour épater le lecteur. Mais ceci n’est un secret pour personne. Une bonne littérature n’est pas forcément celle que seuls les érudits comprennent. En langue française ou même, je suppose, dans les autres langues, il suffit de trois choses pour faire de la prose, n’est-ce pas Mr Seguin ( ?) et donc de la littérature : un sujet, un verbe et un complément. Le reste, tout le reste n’est que baratin.
Ce romancier algérien n’est plus à présenter. De « la décennie noire » qui a endeullé des milliers d’Algériens, il garde de sérieux traumatismes psychologiques ce qui l’a conduit à troquer son fusil contre une plume moins lourde à porter, certes, mais d’où les mots sortent en rafale.En peu de temps, il a réussi à s’imposer sur la scène littéraire d’outre-mer. Particulièrement en France où il souvent invité, sur les différents plateaux des chaînes de télévision françaises, à donner son avis sur tout ce qui touche au terrorisme. Car, dans ses romans, il ne parle que de ça. Que ce soit dans « A quoi rêvent les loups », dans« Les hirondelles de Kaboul », dans « L’attentat » ou dans son avant dernier roman « Les sirènes de Bagdad », il est toujours question de ce phénomène des temps modernes qui a terni l’image de tous les musulmans, aux yeux de l’Occident. Et Yasmina Khadra est là pour rafistoler si je puis dire cette image et faire comprendre à cet Occident très prompt, par ailleurs, à tirer sur les lapins que nous sommes, que tout cela n’est qu’un « mal entendu entre l’Orient et l’Occident ». Donc, s’il y a une leçon à tirer de la littérature de Yasmina Khadra, c’est que par cette littérature celui-ci ne cesse de défendre, avec la plume et non pas avec une Kalachnikov, le monde musulman contre la barbarie des « néocons » américains pour qui « le choc des civilisations » est plus qu’un concept philosophique : un art de vivre en tuant dans l’œuf toute résistance des musulmans où qu’ils soient. D’où d’ailleurs le nouveau concept de « la guerre préventive ». Bref, ceci est un autre débat. Qui n’a rien de littéraire.
A partir du moment où j’ai découvert cet auteur, je me suis mis à dévorer ces livres, l’un après l’autre avec à chaque fois la même pensée : ce gars-là est nobélisable. Il dépasse de loin les écrivains de sa génération, qu’ils soient algériens ou français, ne cessai-je de répéter dans mon fort intérieur. Qu’attend-t-on pour l’auréoler de tous les pris littéraires ? Puis, je découvre son dernier livre dont je viens à peine de terminer la lecture. Dans « ce que le jour doit à la nuit », qui ressemble en fait à une autobiographie par l’utilisation du « je » dans la narration (sauf qu’à l’époque où se sont déroulés la plupart des faits l’écrivain n’était pas encore de ce monde),Yasmina Khadra nous dresse une belle histoire d’amour dans un pays, l’Algérie, miné par des drames humains résultant du système colonial. Et, je ne vous cache pas qu’à la fin du livre, je ne me suis pas empêché de verser des larmes tant ma sensibilité était à fleur de peau en apprenant à la disparition d’Emilie et la lettre qu’elle avait laissée à l’intention de celui qu’elle portait dans sou cœur même dans sa tombe : you nes !
Depuis quelques jours, chaque fois qu’on me parle de Yasmina Khadra, la déception se lit tout de suite sur mon visage.
Déçu qu’un écrivain de cette trempe puisse s’adonner, peut être même sans aucun état d’âme, à une manœuvre frauduleuse en s’emparant des textes d’autrui pour leur donner un nouvel habillage, les publier sous son pseudonyme et s’attendre ensuite à des récompenses littéraires et à une reconnaissance universelle ! En tout cas c’est ce qui se dit ça et là. Ou alors j’ai mal compris ; je fus alors assailli d’un chapelet de questionnements. Se pourrait-il que ce sont ses ennemis, les envieux d’ici et d’ailleurs qui colportent des ragots sur lui, qui ont monté de toute pièce toute cette histoire ? Evidemment dans le but de lui nuire. S’était-il défendu, avait-il, au cours d’une conférence de presse ou ailleurs répondu à ses détracteurs qui voulaient le descendre en flamme ? Des tas de questions de ce genre ont taraudé mon esprit ! Mais toujours pas de réponse. Yasmina Khadra reste muet.
Alors il ne me rsete qu’une question : peut-on continuer à lire avec le même esprit critique, le même plaisir, le même interêt un auteur lorsqu’on apprend que cet auteur a eu, au moins par deux fois, recours au palgiat ? J’en doute fort bien ! Il n’y a pas longtemps, je considérais Yasmina Khadra comme une icône, un enfant terrible de la littérature algérienne d’expression française ; un fol espoir à l’Algérie de décrocher son premier Nobel de littérature ! Je fus déçu ! Les nouvelles provenant de certains sites Internet n’incitent guère à l’optimisme. Et celui qui s’est chargé, de façon magnifique, de faire tomber Yasmina Khadra de son piedestal n’est autre que Karim Saroub. Il démontre, dans son blog, de fçon nette et précise que « ce que le jour doit à la nuit » n’est autre qu’une pâle copie « des amants de Padovani » d’un autre écrivain algérien, Youce DRIS qui, lui, n’est pas du tout connu dans le milieu littéraire algérien et encore moins parisien.


























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