mardi 29 janvier 2013

A Mali(n), malin et demi

L’intervention de la France au Malin porte le nom d’ « opération serval ». Le serval est un félin de la faune locale malienne dont la caractéristique principale est, semble-t-il, d’uriner plusieurs fois par jour pour marquer son territoire. Ne faudrait-il pas, dans ce cas, comprendre ainsi les motivations essentielles mais non avouées de l’empressement de la France à intervenir ? La France a mis tout le monde devant le fait accompli en lançant, le 11 janvier, ses premières frappes « chirurgicales » sur un convoi de djihadistes (Ansar Eddine ou autres) en route pour Bamako.
La guerre est ruse, dit-on.
A malin, malin et demi.
Et, nul doute que, dans cette affaire-là, la France a été plus maline que le reste de la « communauté internationale » qui attendait patiemment le feu vert de l’ONU pour se lancer dans une nouvelle guerre aux conséquences imprévisibles.
Il est évident que la France n’agit pas dans cette région du monde qu’est le Sahel uniquement pour venir en aide à un régime malien déliquescent et incapable d’assurer l’intégrité territorial de son pays et la sécurité de ses citoyens. A vrai dire, la France ne fait que défendre ses intérêts dans ce qui est convenu de dire son « pré carré ». C’est de bonne guerre, me diriez-vous. Et, j’en conviens.
La France, quel que soit le régime ou le parti politique (de gauche ou de droite) qui s’empare (de façon démocratique, il est vrai) du pouvoir, a toujours la même attitude et les mêmes visées géostratégiques face à ses anciennes colonies. En un mot, ne faudrait-il pas plutôt dire qu’elle agit dans le cadre de la « françafrique » que d’aucuns parmi les têtes pensantes d’outre-mer veulent nous faire croire qu’elle a disparue ? N’est-on pas en droit de se poser des questions et de penser même que la « françafrique » n’a pas disparue et qu’elle est toujours active ? Ne serait-ce pas plutôt son mode opératoire qui aurait changé de telle sorte à pouvoir s’adapter aux nouveaux concepts tel droit d’ingérence, le droit de porter secours à peuple en danger…etc. ?
Dans les années 60, soit immédiatement après les indépendances des pays africains et jusqu’à une date relativement récente, c’était par des putschs militaires (qu’elle encourageait de façon active même) que la France plaçait des hommes qui lui étaient soumis et favorables à la tête de ces Etats. Aujourd’hui, le monde a changé. Le monde appartient à ceux qui agissent vite. A ceux qui dégainent vite. C’est ce qui explique sans doute la célérité de la France à, non pas marquer, puisque de toute les façons l’on sait que son « pré carré » s’étend sur de vastes zones du continent africain, mais surtout à mettre en garde certaines puissances émergentes telle la Chine qui tentent depuis un certain temps déjà, sous divers motifs, de s’approcher du Sahel. Cette idée sera développée un peu plus loin.
Contre les terroristes qui se sont emparé du site gazier d’In Amenas, l’Algérie a aussi agi vite. Espérons qu’elle a bien assimilé la leçon stratégique venue d’outre-mer (le monde appartient à ceux qui agissent vite) et que, chaque fois qu’elle sera confrontée à une crise de ce genre-là, elle ne tergiversera pas ni ne s’encombrera de considérations futiles telles celles émanant de certaines capitales occidentales du genre « l’Algérie aurait dû nous consulter avant de donner l’assaut ».
Dès le début de cette histoire de prise d’otages par un groupe de terroristes affilié à Aqmi, nous avions, en tant que membres d’un parti politique algérien, émis le vœu que les autorités algériennes tant civiles que militaires ne cèdent pas aux pressions de pays dont des citoyens étaient pris en otages dans ce complexe gazier d’In Amenas, au même titre d’ailleurs que leurs collègues algériens. Nous avions émis le vœu que les autorités algériennes ne négocient pas avec les terroristes et qu’elles agissent le plus vite possible pour dénouer cette affaire qui commençait à faire la « Une » de tous les médias du monde, et ce, quel qu’en soit le prix. Pour la bonne raison qu’il s’agissait d’une affaire qui relevait directement de la souveraineté nationale et de la compétence de nos services de sécurité. Ceci d’une part. D’autre part, il faut bien admettre que ce site gazier est d’une importance stratégique vitale pour le pays. En effet 10 pour cent de la production algérienne en hydrocarbures proviennent de ce site. Le risque que les terroristes y mettraient le feu était bien réel. Car n’oublions pas qu’on avait affaire à des « fous de Dieu » qui ne reculent devant rien. Ils sont prêts à tout. Pas seulement à tuer mais aussi à se faire tuer au milieu d’un enchevêtrement de tubes métalliques et de flammes jaillissant jusqu’au ciel. On n’avait pas affaire à des enfants de chœur mais à des djihadistes convaincus, aguerris, bien armés et rêvant par-dessus le marché à des Houris qui les attendraient au paradis.
Trêve de romantisme.
L’heure n’est pas au romantisme et exige de nous que nous revenions à la dure réalité. Et cette réalité, l’Algérie est bien placée pour la connaître, elle qui lutte contre le terrorisme depuis plus de vingt ans maintenant. A chaque chose, malheur est bon, est-on tenté de dire. Car, ce malheur a fait qu’aujourd’hui, les services de sécurité algériens (tous corps confondus) ont acquis une expérience et une expertise, en matière de lutte contre le terrorisme, qui n’existent nulle part ailleurs. Voilà pourquoi, les algériens et les algériennes étaient si optimistes quant à un dénouement sans beaucoup de casse de cette affaire si elle devait être gérée uniquement par l’armée algérienne c’est-à-dire sans l’intervention concomitante de qui que ce soit. Et, effectivement, comme il fallait s’y attendre, le dénouement de cette affaire a été à la hauteur de nos GIS (groupe d’intervention spéciale). Certes, quelques morts sont à déplorer aussi bien parmi les otages algériens qu’étrangers ce qui fait vraiment de la peine, mais quel autre pays aurait mieux fait ? En fait, si dans cette prise d’otages, s’il y a eu mort d’hommes ce n’est nullement une bavure des services de sécurité qui ont agi de façon brutale, à « la russe » pour reprendre l’une des comparaisons dont on a usé et abusé dans certains médias occidentaux mais parce qu’il est évident que certains otages ont été exécutés par leurs ravisseurs lorsque ces derniers avaient compris que la partie était terminée pour eux.

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