lundi 4 février 2008

Escapade parisienne (2)


Pendant que je longeais la grande avenue parisienne, celle qui s’étend de la place Charles-de-Gaulle-Etoile jusqu’à la Concorde, celle que l’on dit être la plus belle avenue du monde et effectivement elle l’est, l’avenue des Champs-Elysées pour, enfin, cracher le mot, mon esprit divaguait et je m’étais improvisé poète. Décrivant, avec des mots simples, sans recherche lexicale ni grammaticale mon état d’esprit et humeur d’alors, j’ai pu accoucher, dans la joie et non dans la douleur, de ces quelques vers.
"En ce début du mois de janvier, à Paris, on s’amuse et on rie.
Pourtant, le temps est vachement gris.
Par le froid, je suis transi
Mais je ne regrette pas d’être à Paris.
Savez-vous qu’à l’appel de Paris
Toutes activités cessantes, j’ai répondu,
Laissant femme et enfants en Algérie ?
Prenant le risque d’être éconduit
Même si, sur moi, j’avais un sauf-conduit,
J’ai pris l’Aigle bleu et, de mon pays, je me suis enfui
Mais pas comme un Harraga qui, en haute mer, périt."
C’est ainsi que pendant que je flânais sur les Champs-Elysées, sans faire attention aux passants, je pondais machinalement mes mots. Les uns après les autres. Spontanément ou parfois accompagnés de mouvements du corps, d’étirements des bras, de claquements des doigts, de mimiques et de gestuelles qui frisaient parfois le ridicule, les mots sortaient sans faire de bruit, sans faire de vagues et allaient se répandre, comme la brume de ce matin-là, sur tout Paris. Mais, j’en étais pleinement conscient, Paris était sourd à ma poésie naissante, à mes vers ridicules. Il s’en foutait royalement de mes jérémiades.
Tel un chorégraphe, je m’exprimais avec mon corps. Et chaque fois qu’un vers me semblait convenir, j’opinais de la tête et le répétais plusieurs fois de suite pour le mémoriser définitivement. C’était comme un jeu d’enfant. Mais à défaut de billes ou de quilles dont, enfant, j’avais usé et abusé, je jouais avec les mots d’une langue qui n’est pas mienne. Mais une langue que nous avons, de ce côté-ci de la Méditerranée, gardé comme un "butin de guerre". Et que, malgré tout, nous essayons d’enrichir aussi. Sémantiquement parlant. Ne risquerais-je pas le lynchage pur et simple si on apprenait que j’étais en train de dénaturer la langue de Molière, me suis-je demandé à hauteur de la FNAC à la vue d’un livre de Simone de Beauvoir dont on venait de célébrer le centenaire de la naissance ? On parlait beaucoup d’elle et, excusez-moi cette petite digression, de son cul qui a fait la une du Nouvel Observateur. Chose que j’ai, cependant, ratée ! J’aurais tant aimé voir le corps nu, même de dos, même retouché numériquement, de cette dame qui a tant donné à la littérature française et qui s’est tant engagée dans le mouvement féministe. Dans l’émancipation des femmes. Non pas pour cultiver le côté voyeuriste qui se cache certainement en chacun de nous, il faut l’avouer, mais par simple curiosité. Et parce que aussi, comme l’a dit quelqu’un "le cul de Simone... c’est beau à voir". La nature humaine est ainsi faite. Pas moyen de la changer. Mais, hélas, sa photo qui n’avait pas, semble-t-il, fait l’unanimité au sein même de la rédaction du Nouvel obs, a disparu de la circulation aussi vite qu’elle était apparue. J’ai beau chercher de vieux journaux dans les poubelles, mais en vain. Aucune trace d’elle. "Tant pis", finis-je par lâcher alors que je m’éloignais à grandes enjambées de la FNAC pour aller griller une cigarette au pied de la statue de Charles de Gaulle.
Simone de Beauvoir, si elle était encore vivante, aurait-elle accepté qu’on étale à la une d’un magazine à fort tirage son corps tout nu ? Ses fesses relookées ? Pendant une bonne partie de la matinée, ces questions-là ne voulaient pas me quitter. Elles me poursuivaient. Elles me collaient aux fesses. Même lorsque j’ai voulu acheter un parfum pour ma femme chez Sephora, pendant que l’hôtesse d’accueil me présentait les dernières nouveautés de leur gamme, je ne voyais ni "J’adore" ni le flacon en forme de pomme de Nina Ricci : mon esprit n’avait d’yeux que pour l’image du corps dénudé de Simone de Beauvoir. Que j’imaginais, évidemment.
Mais, comment, bonté divine, me suis-je demandé, une société qui ne jure que par les Droits de l’homme en est arrivée là ? A bafouer, à fouler du pied les droits les plus élémentaires d’une femme morte depuis belle lurette maintenant ? Une femme dont il ne reste plus ni les fesses ni les os ? Serait-elle, cette femme, en train de se retourner dans sa tombe à l’heure actuelle parce que, dans le but de tirer plus de bénéfices de leur papier, des esprits mercantiles ont exhumé, sans autorisation de qui de droit, une vieille photo de sa jeunesse ? Belle façon de marquer son centenaire ! A qui sera le tour l’an prochain ? "Mais qui suis-je pour parler comme ça ? Qui suis-je pour donner des leçons de morale à une société sortie tout droit du siècles des Lumières ? Les gens qui ont pris la décision de publier cette photo ne sont pas débiles tout de même. Ils ne sont pas non plus animés par le désir de porter atteinte à une des leurs, qui plus était une dame bien pensante ! C’est peut-être leur façon, une façon bien à eux en tout cas, une façon spécifique à eux et à eux seulement comme l’est le Camembert à la Normandie, de marquer ce centenaire et de montrer ainsi leur affection toujours intacte, malgré le temps écoulé depuis sa mort, à cette dame au grand coeur. Ce n’est pas si grave que ça ! Les gens, toutes catégories sociales confondues, ont dû, certainement, prendre cela du bon côté. Personne n’a émis de fatwa condamnant les journalistes de ce magazine au bûcher ou à la damnation éternelle dans les feux de la Géhenne ! Il y eut, peut-être, une discussion à bâtons rompus, avant le bouclage du journal, entre les partisans de la publication de cette photo et ceux qui n’en voulaient pas et puis... rien. Tout le monde a donné son OK. On était certainement curieux de voir aussi la réaction des lecteurs. C’est comme ça que ça se passe en démocratie. La majorité finit toujours par l’emporter. Et la minorité, même si elle n’est pas du même avis, joue le jeu ; elle accepte de fait sa défaite. Ni le rédacteur en chef ni le directeur du magazine n’ont été inquiétés par les pouvoirs publics et encore moins par la justice. La liberté de la presse n’est pas, ici, une simple vue de l’esprit mais elle est réelle. Elle existe bien. De cela, qu’ai-je à dire ? On en est encore loin, nous. L’esprit de "Taghenanet" qui consiste à dire et à affirmer que ’ça ne peut être qu’une chèvre même si elle vole’ n’existe pas chez eux. Ah ! oui, ça c’est une de nos spécialités . Une de nos spécifités."
Absorbé dans mes pensées, j’ai failli être renversé par une moto qui roulait à vive allure et qui a mal négocié son virage du côté du musée du Louvre. C’était ma faute. Sans m’en rendre compte, j’étais pratiquement au milieu de la chaussée alors que le feu pour piéton était au rouge. Cet incident m’a rendu fou de rage. Contre moi-même. Contre ma façon de marcher dans la rue sans faire attention ni aux voitures ni aux piétons, empêtré comme j’étais dans mes pensées à un sou. J’avais envi de griller encore une cigarette pour reprendre mes esprits et retrouver ma sérénité ; mais mon paquet Marlboro était vide. Furieusement je l’ai froissé et jeté par-dessus la balustrade d’un des ponts qui traversent la Seine.
Une loi, interdisant la cigarette dans les lieux publics, venait d’être promulguée. Et appliquée dans toute sa rigueur. Le contrevenant s’expose purement et simplement à une amende de plusieurs dizaines d’euros. Mais, les cafetiers et autres tenanciers de débits de boissons, par crainte de perdre leur clientèle habituée jusque-là à passer des soirées dans une atmosphère enfumée, ont vite trouvé la parade : sur les terrasses, chauffées avec des moyens du bord, les tables, sur lesquelles trônent encore des cendriers incitant ainsi les gens à ne pas renoncer à leurs anciennes habitudes, sont prises d’assaut. Là, on peut griller tranquillement sa clope sans se faire tirer les oreilles ni taper sur les doigts comme un enfant que l’on surprend en pleine bêtise.
Simone de Beauvoir, pour revenir encore à elle, aurait-elle accepté, sans rechigner, cette loi ? N’aurait-elle pas vu en cette loi une régression dramatique du champ des libertés individuelles ? Gageons qu’elle aurait, hargneusement, défait son chignon et arraché ses cheveux pour protester contre cette loi que d’aucuns considèrent déjà comme n’allant pas faire long feu. Pour sûr, elle ne durera pas longtemps. Elle finira par s’éteindre d’elle-même, petit à petit, comme une cigarette mal éteinte que l’on a abandonnée, à la hâte, au fond d’un cendrier, pour ne pas rater son train. Mais en attendant, il faut apprendre à faire avec. Prendre son mal en patience et griller sa clope ailleurs que dans un bar ou autre lieu convivial. Et puis de toute façon "fumer tue". C’est ce que, obéissant à cette nouvelle loi, les fumeurs de mon acabit finissent pas se dire. On se console comme on peut.
A la sortie du métro, à Barbès-Rochechouart, j’ai été approché par des jeunes qui vendaient clandestinement des cigarettes de marque Marlboro. Bien que le prix de ces cigarettes défie toute concurrence, je n’ai pas succombé à la tentation et j’ai préféré m’approvisionner chez le buraliste ou plutôt dans un "bar-tabac" situé à la place Clichy, pas loin de mon hôtel.

Escapade parisienne


Lorsque l’avion d’Aigle Azur atterrit avec douceur sur le tarmac de l’aéroport d’Orly Sud, mon cœur s’est mis à battre la chamade. Le trac s’est subitement emparé de moi comme si on m’emmenait à la guillotine. J’avais la gorge sèche, le visage certainement pâle et je sentais mes genoux fléchir à tel point qu’il m’était presque impossible, du moins difficile, d’avancer dans l’étroit couloir de l’appareil... euh... Boeing ou Airbus, je m’en souviens plus. D’autant plus que je m’étais encombré d’un sac assez lourd (et qui aurait dû voyager dans la soute à bagages) et de mon manteau Rialto dont un pan entier traînait par terre. Mais sur la moquette! La raison de tout cela, me direz-vous? Eh bien, malgré mon visa en bonne et due forme, j’avais peur de "tomber" sur un "Pafiste" qui, pour des raisons que seule la xénophobie et le racisme pourraient expliquer, appose la fameuse lettre "R" sur mon passeport: refoulé!
Plus j’avançais dans la queue et plus le trac augmentait et la sueur perlait sur mon visage. J’ai même pensé changer de file car, à côté, ça avançait mieux. En tout cas c’est ce qu’il me semblait. Dans ce genre de situation, il est normal, me semble-t-il, d’avoir la hantise d’avoir fait le mauvais choix ; la crainte d’avoir choisi la mauvaise file. La "Pafiste", une jeune fille au teint presque basané et aux cheveux noirs coupés à "la garçonne", une Corse ou une Marseillaise sans doute, paraissait, de loin du moins, ne pas importuner trop les voyageurs par des questions indiscrètes type "que venez-vous faire à Paris, Monsieur ou Madame", par exemple. Alors que, de mon côté, le préposé au guichet prenait tout son temps à vérifier et à "revérifier" les passeports et à tenir, parfois même, un brin de causette avec son vis-à-vis. Histoire peut-être de pousser "l’autre" à commettre la faute qui justifie tout simplement et tout bêtement son renvoi d’où il vient. Enfin, c’est ce que, inconsciemment peut-être aussi, je ruminais dans mon for intérieur pendant que j’attendais mon tour de "passer à table". Oui, pour les Algériens que nous sommes, mal vus partout, à cause de la décennie noire qu’on traîne comme un boulet, c’est une torture psychologique que de passer une frontière européenne. Même avec un visa en bonne et due forme. Même avec un visage rasé de près (qui inspire donc confiance) et au-dessus de tout soupçon. La file d’attente qui s’allongeait de plus en plus ne semblait guère déranger outre mesure le "Pafiste". Mais, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il faisait correctement son boulot. Même s’il s’attardait un petit peu, plus que sa collègue d’à côté, à jauger le profil psychologique de "l’autre" et à deviner peut-être, spéculation de ma part, à travers les visages tendus par le trac et sur lesquels tout sourire a disparu momentanément quels sont ceux qui sont susceptibles de venir renforcer les rangs des "sans papiers". Mais, pour cela, "soyez sûr que vous ne pouvez pas compter sur moi", murmurais-je. Comme un élève très sérieux et méticuleux dans ses réponses, je commençais à peaufiner mon discours. Au cas ou. Sait-on jamais. "Je ne suis venu à Paris que pour changer d’air et m’imprégner un tant soit peu de la culture occidentale. Visiter la tour Eiffel, m’attabler au moins une fois, avec des amis, chez "Le roi des coquillages" à Clichy et faire du shoping au "Quatre vents" à l’occasion des soldes". Voilà ce que je devais lui donner comme justification de ma présence à Orly Sud. Une réponse précise et concise. Qui ne souffre d’aucune ambiguïté. D’aucune équivoque. C’est mon tour. J’approche d’un pas hésitant vers le "Pafiste". Je lui présente mon passeport et j’essaie de retenir ma respiration un peu haletante. Il ne remarque pas mon manège. Tant mieux, me suis-je dis.
Toutes mes appréhensions de départ se sont dissipées, volatilisées, fondues comme neige au soleil qui manquait pourtant ce jour-là à Paris, lorsque le "Pafiste", un jeune homme à l’allure impeccable, me tend le passeport après avoir apposé dessus le cachet humide de l’aéroport et me dit d’un air sympa "Bon séjour à Paris, Monsieur". A ce moment-là, j’ai retrouvé le sourire. Mes jambes ont repris de l’assurance et je me dirigeai vite vers le tapis roulant récupérer ma valise. Une femme qui poussait péniblement son"Caddie" a failli me casser le tibia. Très gênée de sa conduite imprudente, mais pas en état d’ivresse tout de même, elle s’excusa. Sans rancune aucune, j’ai accepté ses excuses et je me suis précipité à mon tour vers un Caddie, qui traînait dans les parages, y déposer mes bagages.
Et Paris m’accueillit à bras ouverts !
Il ne me restait alors qu’à prendre le bus puis le métro pour arriver, fatigué, mais content d’être là, à "l’hôtel X" situé à quelques encablures du "château de Vincennes" où une amie m’avait déjà réservé une chambre. La chambre était petite, à peine cinq à six mètres carrés, mais dotée de toutes les commodités qu’espère un touriste pas du tout exigeant tel votre serviteur. Je devais y passer trois nuits, mais, me sentant un peu à l’écart de la grande effervescence qui régnait à Châtelet et de la vie nocturne de Saint-Michel et de Pigalle, au deuxième jour j’ai réglé ma facture et mis les voiles. D’autant plus que le vent m’était favorable : il y avait des chambres libres dans l’hôtel où je descends habituellement lorsque je suis à Paris. L’hôtel a changé de propriétaire et de personnel, mais les chambres sont toujours impeccablement tenues et le petit déjeuner toujours servi au sous-sol, là où, il y a deux ou trois ans, la jeune fille oranaise, rappelez-vous (voir article précédent), m’avait fait part de son grand désarroi : elle se sentait comme un poisson rouge dans un bocal.

mardi 25 décembre 2007

Paris m’appelle, ma conscience m’interpelle

Il y a deux ans... non trois, j’étais de passage à Paris. Ma chambre d’hôtel, entre Pigalle et le Sacré Cœur, donnait sur la Tour Eiffel. Et chaque matin, à mon réveil, je tirais le store de la baie vitrée et je restais pendant un bon moment, là, assis au bord du lit, à admirer cette merveille. On était au mois de juin et pendant tout mon séjour, le ciel était brumeux, bas, avec parfois une petite pluie matinale qui incite à la paresse. Pourtant il fallait que je sorte, que j’aille à mes rendez-vous avec des amis, que je cavale à droite et à gauche à la recherche de quelques fringues "bon marché" pour les enfants. Ou d’un parfum de marque pour madame. Dans la chambre, il faisait un peu frisquet. Mais après un bain chaud, après rasage et lotion "after shave" sur mon visage, je retrouvais ma forme, mes facultés physiques et j’accourais ensuite au resto de l’hôtel situé au sous-sol. Pas tout nu, évidemment. Les touristes japonais venaient à peine de terminer leur petit déjeuner quand je faisais irruption dans la salle à la décoration pittoresque : murs en pierre ocre et dalle de sol assortie mais paraissant un peu vieillotte ! La tenancière, une jeune fille oranaise qui ne parle que quelques mots de français, m’indiquait la table où je devais me mettre et me servait de petits croissants encore chauds et du café au lait. Et pendant que je dégustais lentement mon petit déjeuner, faisant mine de ne pas être du tout pressé, elle se mettait en face de moi, à une distance respectable, sur un tabouret de comptoir et commençait par me poser des questions sur le pays : s’il pleuvait ou s’il faisait beau, si le terrorisme avait cessé ou pas encore, etc. Ça sautait aux yeux, cette fille-là avait la nostalgie du pays. Ça se voyait aussi, à son air triste, que cette fille-là était coincée entre son désir de rentrer au pays et son devoir de tenir encore bon, de se faire une situation sociale plus ou moins enviable en France. De cette fille-là, maintenant, je n’ai plus de nouvelles. Par conséquent, je ne peux vous dire si elle a régularisé sa situation de "Harraga" en France ou pas encore. Peut-être la trouverai-je encore, au cours de ma prochaine escapade à Paris, dans le même hôtel, au sous-sol, en train de servir les touristes japonais. Mais sera-t-elle ravie de me revoir, moi qui suis parti sans lui dire au revoir ?
En évoquant ce sujet, je veux en fait répondre indirectement aux nombreux lecteurs d’Agoravox qui se sont levés comme un seul homme pour me lancer la pierre, pour me lapider pour avoir osé soulever le problème de l’immigration clandestine au cours de mon précédent article Immigration et intégration. En effet, ce cas qui n’est pas isolé, convenons-en, montre à l’évidence combien les "Harraga" se sentent mal dans leur peau une fois qu’ils sont au pays d’Alice, de Pedro ou de Nino. Ils se sentent mal dans leur peau d’autant plus qu’ils sont limités dans leurs mouvements. Ils sont privés de liberté dans le pays de la liberté, dans le pays où, sur le fronton de chaque institution, s’étale en gros caractères le triptyque "Liberté, égalité, fraternité". Ils sont condamnés à évoluer dans des espaces clos, à ne sortir qu’en cas de stricte nécessité pour ne pas avoir à rendre des comptes aux vigiles et aux policiers qui rôdent partout, en particulier là où il y a une concentration de Maghrébins et de noirs. Ils ne voient pour ainsi dire le jour et la lumière qu’à travers des lucarnes comme celle du restaurant de cet hôtel qui donne sur une rue commerçante et par où je voyais les passants pendant que je prenais mon petit déjeuner. Cette situation de reclus dure parfois des années ! Et elle n’est pas sans incidence négative sur le moral de celui ou de celle qui la subit. Là, incontestablement, c’est le médecin que je suis qui s’exprime. J’en parle en connaissance de cause parce que j’avais longuement écouté la serveuse oranaise de l’hôtel qui s’est, en quelque sorte, confiée à un de ses compatriotes. Sans être psychiatre, je n’avais eu aucun mal à étiqueter le mal dont souffrait cette jeune fille et mon diagnostic était sans appel : indéniablement, cette jeune fille-là donc souffrait d’un délire de persécution. Deux facteurs essentiels avaient permis à ce délire de se constituer et de s’organiser : sa condition de femme dans un pays étranger dont elle n’arrivait pas encore à s’imprégner de la culture et, pire encore, sa condition de "Harraga" avec toutes les conséquences qui en découleraient si elle venait à être découverte. Encore une fois, j’ai évoqué ce cas parce qu’il est, nul doute là-dessus, représentatif de l’état d’esprit des "Harraga" qui se trouvent comme pris dans une sorte de spirale infinie : tournant toujours autour du même axe, leur orbite est très limitée. Du moins jusqu’à ce qu’ils soient régularisés. Entre temps, beaucoup d’entre eux finissent par développer des maladies mentales dues à leur confinement volontaire et à l’absence de toute perspective d’amélioration de leur vécu quotidien. Le sort de ceux qui versent dans la délinquance et le banditisme n’est pas non plus enviable. Mais, il est vrai, ceci est une autre paire de manches ! Je ne prends pas la défense de ceux qui relèvent du droit commun : leur cause est indéfendable. J’en ai pleinement conscience !
Donc, quitte à me brouiller une bonne fois pour toutes avec les lecteurs d’Agoravox, je persiste et signe : les "Harraga" méritent mieux que ça. Je ne dis pas qu’ils devraient être traités avec tous les égards comme s’il s’agissait d’invités de marque dans les pays où ils ont échoués, mais que l’on pense d’abord aux souffrances qu’ils ont endurées avant d’arriver là. En vertu du principe génétique qui dit "que seuls les individus forts sont aptes à la survie", les "Harraga" qui arrivent à bon port dans des embarcations de fortune sont donc forts psychologiquement et physiquement et ils méritent, de ce fait, de vivre dignement. L’Europe ne pourra, de toute façon, qu’en tirer profit. Sur tous les plans.
Ne voyons pas en les "Harraga" des pestiférés et des indésirables. En brûlant les frontières de l’Europe, leur seule motivation est une vie digne et décente. Ils ne constituent pas du tout une menace pour la sécurité de l’Europe et des Européens.

mardi 13 novembre 2007

Immigration et intégration


Vous est-il possible et facile de vous intégrer dans une société qui vous fiche dès que vous foulez le tarmac de ses aéroports ou ses zones portuaires, une société qui ne vous délivre "l’asile territorial" qu’après s’être assurée que vous êtes bardés de diplômes?

Emigration choisie oblige !Ce concept, cher au président français Nicolas Sarkozy, n’est, d’ailleurs, pas spécifique à la France. Même si la France aime bien se vanter de sa spécificité en tout genre, ce concept, donc, fait aussi des émules dans d’autres pays de l’Europe. Ceux qui étaient eux-mêmes, il n’y a pas si longtemps, pourvoyeurs d’émigration, à l’image de l’Espagne ou du Portugal pour ne citer que ces deux exemples, vont certainement lui emboîter le pas, si ce n’est déjà fait. Il est vrai qu’il y a deux ou trois ans, l’Espagne avait régularisé à tour de bras les sans-papiers : 700 000, avait-on annoncé à l’époque. Pas besoin d’être économiste chevronné pour comprendre que si l’Espagne avait procédé de cette façon-là, c’était bien dans un souci purement économique : tirer des dividendes de ces jeunes Maghrébins et Africains qui occupaient, de toute façon, de petits "boulots" même au noir en les incorporant dans leur système fiscal et de sécurité sociale. C’est de bonne guerre, me direz-vous. Car, effectivement si on s’amusait à faire un petit calcul en prenant comme base imposable un salaire de 500 euros, par exemple, les cotisations de ces nouveaux déclarés s’élèveraient facilement à des dizaines de millions d’euros. Nul ne peut cracher sur une telle manne ! Aucun pays, aussi riche et aussi développé soit-il, ne tournerait le dos à cette ressource fiscale qui provient de la providence divine. A lépoque, certains pays de l’Europe avaient tiré à boulets rouges sur l’Espagne, quand celle-ci avait pris cette décision. Décision courageuse, tout de même. En fait, tout le monde y trouve son compte. Les "Harraga" n’ont plus à se terrer, après leur journée de travail chez M. Gonzalez, dans la bicoque que celui-ci a bien voulu leur concéder, ni à éviter les flics de sa Majesté le roi d’Espagne quand il leur arrive de descendre en ville.
Et c’est cette régularisation-là qui a mis, excusez-moi l’expression, le feu au cul des "Harraga" d’aujourd’hui. Ils espèrent tous qu’une fois arrivés dans l’eldorado européen, tôt ou tard, ils obtiendront le sésame qui leur permettra de circuler librement dans l’espace Schengen et ensuite de s’établir une bonne fois pour toutes dans l’un de ces pays, là où les conditions de travail et de vie leur paraissent meilleures. Qu’elle le veuille ou non, qu’elle le reconnaisse ou non, l’Europe est donc en partie responsable de toutes les tragédies humaines qui surviennent en haute mer, pas loin de ses frontières. Entre Européens d’ailleurs, il y a comme une mésentente quant à la façon de gérer ce problème de l’immigration clandestine. Ne serait-ce que sur le plan humanitaire, les avis divergent. Certains disent "non, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde" et d’autres, plus ou moins sensibles à la détresse de ces jeunes, font valoir les traditions, en matière des droits de l’Homme, que les Etats de l’Europe ne devraient pas fouler du pied. Sauf que ces derniers, de par leur position géographique, ne se situent pas directement sur le front, si j’ose dire. C’est le cas de l’Allemagne. C’est ainsi que "l’Institut allemand pour les droits de l’Homme (DIM), un organisme public, accuse dans une étude les Etats membres de l’Union européenne de jouer avec la vie des clandestins qui tentent de rallier leurs côtes par la mer en ne parvenant pas à s’accorder sur les modalités d’accueil". (1)
Mais, en dehors de toutes ces considérations de géopolitique, est-il logique et raisonnable de refouler vers leurs pays d’origine des jeunes qui ne disposent d’aucun papier d’identité et qui ont pris des risques insensés pour traverser, dans des embarcations de fortune, la Méditerranée ?
Alors qu’elle s’apprête à élargir son espace Schengen par l’inclusion dans cet espace de neuf pays de l’Est, l’Europe se referme de plus en plus sur elle-même. Elle se referme et se barricade car les "damnés de la terre" qui viennent du sud de la Méditerranée, qu’ils soient noirs ou au teint basané, ont le don de foutre la pagaille dans le meilleur des mondes. Mais l’Europe n’est pas à une contradiction près. L’affaire de L’Arche de Zoé en est largement significative..."Pour réussir l’intégration, il faut maîtriser l’immigration", a dit Brice Hortefeux. Ceci n’est, en fait, ni plus ni moins qu’une nouvelle formulation du concept dont on a parlé plus haut : "l’immigration choisie". Ce dernier terme, étant probablement, à son époque, mal choisi, a fait grincer les dents de ce côté-ci de la Méditerrané. Il revient alors sous une autre formulation plus subtile, plus fine, et drapé de bonnes intentions : l’intégration. Voilà le maître mot qui donne encore plus de cohérence au discours de Hortefeux ! OK pour l’immigration mais on vous prend le meilleur de ceux que vous avez formés comme cadres en informatique, en BTP, etc., nous dit le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale du pays des droits de l’Homme. Entre temps, "l’Afrique en appelle au G8 pour la sortir de la pauvreté". On oublie que si la pauvreté en Afrique s’étale au grand jour, ce n’est pas seulement à cause de "la mal gouvernance", de la corruption de ses dirigeants, ou de la mal répartition de ses richesses. C’est aussi, c’est surtout, me semble-t-il, le résultat de ce que l’Afrique a été spoliée de ses richesses, de ses matières premières. Du temps de la colonisation d’abord. Et cette spoliation continue encore sous d’autres formes. L’Afrique est spoliée maintenant de ses cadres compétents, de ses élites ! Comment alors, dans ce cas-là, le continent africain peut-il se développer ? Sans ces ingénieurs, sans ces informaticiens, sans ces médecins dont la formation a coûté les yeux de la tête aux Etats africains, tout plan de développement est voué d’emblée à l’échec. S’il n’ y a pas d’hommes intègres et compétents pour prendre à bras le corps la question du développement socio-économique, l’Afrique restera toujours à la traîne. Le développement ne tombe pas du ciel. Il est l’œuvre de tout un chacun, chacun dans son domaine respectif.

(1) In Le Quotidien d’Oran du 1er novembre 2007

vendredi 9 novembre 2007

Nostalgie


"... si un jour tu te mets à l’ombre d’un arbre majestueux pour fuir la canicule, sache qu’il y a de fortes chances pour qu’il ait été planté par un médecin, une infirmière, une enseignante ou un pompier."
Cette phrase, extraite de la dernière "Chronique d’un terrien" de Maâmar Farah du Soir d’Algérie, m’a littéralement fait sortir de ma léthargie automnale et m’a incité en quelque sorte à apporter mon témoignage, aussi modeste soit-il, sur les années 70 pour lesquelles notre vénérable journaliste semble avoir de la nostalgie sans bornes. Oui, vers la fin des années 70, j’étais un jeune homme d’une vingtaine d’années, étudiant de mon état dans la nouvelle et prestigieuse université des sciences et de la technologie de Bab Ezzouar. Houari Boumediene était encore vivant et sa fameuse "Révolution agraire" battait encore son plein. Je me rappelle donc encore bien de ce fameux slogan "pierre sur pierre, nous construisons mille villages socialistes" ! Que sont devenus actuellement ces villages ? Je n’en sais rien. Ont-ils résisté à l’épreuve du temps ? Là non plus je ne peux répondre par l’affirmative. Mais, le propos de cette contribution, aussi modeste soit-elle, je le répète, n’est pas le devenir de ces villages mais notre participation, dans le cadre du volontariat organisé chaque week-end et chaque jour férié par notre organisation de masse de l’époque, l’UNJA, au reboisement d’une bonne partie de nos forêts détruites par le napalm pendant la guerre d’Algérie.
Pendant que les jeunes du service national trimaient comme des nègres sous une chaleur de plomb à donner vie au fameux "barrage vert", espérant ainsi limiter l’avancée vers le nord du désert, les étudiants, eux, sacrifiaient leurs journées de repos ou de révision et allaient du côté de Cherchell ou de Tigzirt planter des pins et des eucalyptus. Mais, à chaque sortie, l’ambiance était bon enfant et personne ne rechignait à la besogne. La présence d’étudiantes à nos côtés nous encourageait à aller de l’avant et à mettre plus d’ardeur dans l’œuvre. Il faut dire qu’à cette époque-là, la mixité n’était pas du tout un sujet tabou et les barbus parmi nous arboraient fièrement leur barbe à la "Che Guevara" ou... peu importe, toujours est-il que l’islamisme politique ne venait à l’esprit de personne et chacun de nous était libre de faire sa prière ou de picoler avec sa copine à l’ombre d’un cyprès. Pendant la pause déjeuner évidemment !
Le soir, exténués par une rude journée de pelle et de pioche, nous regagnions le campus universitaire, puis chacun son domicile ou sa chambre universitaire avec l’entière satisfaction du devoir accompli. Aujourd’hui, la cinquantaine à peine entamée, je commence, moi aussi, à éprouver de la nostalgie pour ces années-là. Je m’en suis rendu compte il y a à peine quelques jours lorsque j’ai accompagné mon fils à l’université de Bab Ezzouar où il est inscrit en première année. Lorsque mes pieds ont foulé de nouveau la pelouse tout autour des immenses amphithéâtres tout en béton de Babez, des souvenirs vieux de trente ans ont subitement jailli du tréfonds de mon âme : le prof de génétique qui, hiver comme été, portait des sandales en caoutchouc, la "chaîne" interminable devant le resto U, l’attente du train à la gare de l’université et le jour où il y a eu un incendie au niveau du bloc de chimie. Ce jour-là, nous avions constitué une véritable "chaîne humaine" pour pouvoir sauver ce qui pouvait l’être de cet institut de chimie. Des tas de documents et d’instruments de mesure passaient de main en main et ont pu être ainsi sauvés des flammes qui menaçaient de s’étendre vers le rectorat.
Je n’irai pas jusqu’à faire le parallèle suivant mais, mon intrusion dans ce campus universitaire trente ans, jour pour jour, après l’avoir quitté s’apparentait presque au retour du criminel sur le lieu du crime. Car si crime il y a, c’est le fait d’avoir fait de longues études dans un pays où les valeurs sont complètement inversées. A tel point qu’aujourd’hui, l’université, au lieu d’être un temple de savoir et de recherche scientifique, est devenue un lieu de lutte syndicale et de débats politiques interminables. Preuve en est cette grève de trois jours annoncéé par le CNES (Conseil national de l’enseignement supérieur) alors qu’officiellement les étudiants n’ont même pas encore repris le "chemin de l’école".
Cela dit, je suis entièrement d’accord avec cette terrible vérité émise par Maâmar Farah : "ces vieux qui ont bâti un pays dans les moments difficiles, se sacrifiant avec un esprit révolutionnaire qui était encore tenace, vivent aujourd’hui avec de minables retraites, des sommes dérisoires que le parvenu hissé par le trabendisme aux cimes d’une richesse douteuse, bouffe en une matinée" !

mercredi 7 novembre 2007

A quand un Sila à M’sila ?


Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite.
Quant aux livres parascolaires, ils se taillent la part du lion. Cela ne nous étonne guère sachant que les programmes scolaires tels qu’ils sont conçus actuellement par le ministère de l’Education nationale ne répondent pas, mais alors pas du tout, ni à l’attente des enseignants ni à celle des élèves eux-mêmes. Par les temps qui courent, le marché du "livre parascolaire" est devenu d’ailleurs plus que lucratif. Il n’ y a qu’à voir, à chaque rentrée scolaire et même au-delà, les librairies qui sont prises d’assaut par les parents d’élèves pour se rendre compte que ces livres parascolaires sont très appréciés et se vendent, par conséquent, comme des petits pains.
L’école publique étant, quelque part, défaillante, on se rabat comme on peut sur le livre parascolaire pour combler un tant soit peu les lacunes de sa progéniture dans toutes les matières enseignées. Cela quand on ne fait pas appel, carrément, à des cours particuliers ou à l’enseignement privé. Bien sûr que cela grève lourdement le budget familial, en particulier de ceux qui n’ont d’autres ressources que le fruit de leur labeur. Mais peu importe... pourvu que l’enfant ou les enfants arrivent à suivre une scolarité plus ou moins normale.
Cela dit, voilà où je veux en venir en réalité.
Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire. Oui, j’ai bien dit l’IRE et non pas livre. Il se peut, peut-être, que certains internautes, certains lecteurs trouvent mon humour un peu déplacé mais qu’ils sachent que c’est l’ire qui s’est emparé, à cette occasion, de votre serviteur, qui lui fait dire ces choses-là. Qui le fait parler ainsi. N’ai-je pas dit d’emblée qu’en France on attend avec impatience le lauréat du Goncourt 2007 ? Et que fait-on en Algérie ? On interdit aux écrivains d’exposer leurs œuvres sous prétexte que celles-ci portent atteinte ou risqueraient de heurter la sensibilité de ceux qui tiennent les rênes de ce pays. En fait, ce n’est pas tout à fait ce prétexte-là qui a été invoqué mais... on y est presque. Car, par ces écrits sortis directement de ses tripes, Benchicou dérange. Il menace la sécurité de l’Etat, pense-t-on. Il porte atteint à l’ordre établi, croit-on. De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". Mis à part cela, il n’ y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question. Mais, je crois que dans ce pays, le mieux que l’on puisse faire est de faire sienne la formule de M’smar Djeha dont la photo orne justement l’en-tête du "Matin" : si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs ; alors parle et meurs. Si tout le monde osait, si tout le monde écrivait, le pouvoir ne pourrait absolument rien faire. Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on ?
En tout cas la presse algérienne de ce matin est unanime dans la condamnation de cette interdiction.

mardi 16 octobre 2007

Patate et...patati et patata.


Après un été caniculaire à cause, particulièrement, des feux de forêts qui se sont déclenchés spontanément ou, pour certains d’autres, provoqués carrément par l’homme (les militaires, paraît-il, pour obliger les derniers "tango" à sortir de leurs tanières) un peu partout à travers le territoire national, l’on assiste à un début de mois de d’octobre plus ou moins clément, sur le plan des températures cela s’entend. A l’intérieur du pays notamment sur les hauts plateaux de l’Est, le moins que l’on puisse dire c’est que les nuits sont carrément fraîches!
Le mois de Ramadan est bien terminé, il est loin derrière nous et pourtant le moral de beaucoup d’entre nous n’est pas encore prêt à affronter les dures journées de labeur qui attendent chacun de nous. En fait, en Algérie, hormis quelques exceptions, personne ne songe à " travailler plus pour gagner plus". Ce concept n’est pas le notre. La devise de nous autres Algériens est simple et elle se résume en une phrase. Celle-ci : "tout doucement le matin pas trop vite le soir". A quelques exceptions près, nous sommes tous partisans du moindre effort. Le pétrole a fait de nous des bras cassés. Et l’on se demande pourquoi notre économie n’arrive pas à décoller ! Pourquoi nos terres pourtant jadis très fertiles ne produisent pas assez de patate à tel point qu’on aille importer celle-ci du lointain Canada ! Et le hic c’est que avant que cette dernière ne soit dans nos assiettes, en purée ou en frites, elle a déjà subi les affres du temps : ratatinée, peau ridée et ses bourgeons commencent à poindre du fait d’un long séjour dans les calles des bateaux et du retard dans sa distribution aux consommateurs avides que nous sommes. La patate canadienne est arrivée il y a bien longtemps maintenant. Je l’ai vu par camions entiers qui sortaient d’un bateau accosté au quai sud du port d’Alger. Le 24 août dernier. Autrement dit près de deux mois maintenant. Et si elle n’était pas encore disponible sur les étals de nos marchés et nos Souk en plein mois de Ramadan c’est qu’elle a dû emprunter un autre chemin, celui de la contre bande, pour se retrouver en...Tunisie. Mais, gageons qu’elle va nous revenir sous forme de...chips ! Les spéculateurs ont plus d’un tour dans leur sac ! Les chips ça ne pèse pas lourd et ça coûte de l’or ! Plus ça "cracotte" et plus ça coûte !

On a beaucoup glosé sur la qualité de cette patate à tel point que l’ambassade du Canada a dû, par deux fois, faire une mise au point dans la presse quotidienne. Les mauvaises langues, sans ciller, avaient même affirmé que cette patate était destinée initialement aux cochons du pays de l’érable. La dernière mise au point se trouve justement sur le "Soir d’Algérie" de ce jour. Voilà ce qu’elle dit : " La pomme de terre de table, destinée à la consommation des ménages, arrivée en Algérie cet été a été cultivée, récoltée et entreposée en respectant rigoureusement toutes les procédures". Elle a été soumise à une inspection avant d’être chargée sur les bateaux et a été ré inspectée par les autorités algériennes une fois parvenue au port". Il n’ y a donc pas de quoi faire tout un plat...de purée !
Drôle d’époque que l’on vit ! On en est réduit à parler de... la patate. Pas seulement dans la rue, les cafés et les chaumières mais même au niveau du... conseil des ministres ! Cette information a été rapportée par le quotidien "Le Soir d’Algérie" dans sa livraison du 2 septembre dernier. N’est-ce pas que c’est dramatique pour un pays qui se veut être le leader de l’Afrique dans tous les domaines de ne pas pouvoir assurer l’autosuffisance alimentaire à sa population ? Il est vrai que, à l’ère de la mondialisation et de l’ouverture des pays au commerce international, la circulation des biens finis, semi finis ou tout simplement des biens de consommation se fait dans tous les sens, du Nord au Sud et vice versa. Mais là où le bat blesse c’est ceci : s’il s’agissait de l’importation de la banane ou du kiwi nous n’aurions rien trouvé à dire et à redire, ces deux fruits exotiques ne pouvant pas pousser dans un pays dont les trois quarts de la surface sont désertiques. Mais... la patate ! Il y a de quoi noircir des tas (que dis-je ?) des piles de papiers XEROX et verser des litres de salive sur l’imprévoyance de nos gouvernants. Car n’oublions pas que "gouverner c’est prévoir". Et voilà que la patate, de par sa rareté sur nos marchés, vient de nous mettre devant une amère réalité : nos gouvernants ont, une fois de plus, failli à ce principe. Souvenons-nous qu’en 1988, ils n’avaient pas anticipé "les émeutes de la semoule" et l’on sait ce qui est advenu par la suite : la spontanéité et l’ampleur du mouvement de contestation avaient d’abord laissé les pouvoirs publics ans voix, hébétés et ne sachant pas quoi faire. Cela s’est passé justement un certain mois ...d’octobre. Comme si le mois d’octobre charriait toutes les vicissitudes de l’histoire.
Pourquoi ai-je évoqué, ce jour précisément, ce problème de la patate alors que celle-ci fait parler d’elle depuis deux longs mois maintenant ? Eh bien parce que je viens de rentrer du marché, le couffin dramatiquement vide : sur les étals il n’ y a plus de patate ni la « locale » ni celle du Canada.
Et, sur ce fond de querelle byzantine entre d’une part la presse algérienne et d’autre part la représentation diplomatique du Canada l’on nous annonce des élections municipales en Algérie pour la fin novembre...

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...