vendredi 8 avril 2011

Révolution avortée en Libye ?


Lorsque les peuples arabes de Tunisie et d’Egypte commencèrent, au mois de décembre passé, à manifester, pacifiquement d’abord, puis à se rebeller carrément contre leurs pouvoirs politiques respectifs, en Algérie, nous suivions avec grand intérêt, par l’intermédiaire des différents supports médiatiques (presse écrite, télévisions satellitaires et Internet), ces évènements et nous souhaitions ardemment, nous souhaitions du fond du cœur la chute de ces régimes autoritaires. Et ce, d‘autant plus que nous, algériens, nous avions été spolié de notre révolution d’octobre 1988.
Rappelez-vous, c’était la première révolution d’un peuple arabe : une année avant la chute du mur de Berlin, la dislocation de l’URSS et les révolutions colorées des pays de l’Est. Malheureusement celle-ci n’avait accouché que d’une démocratie de façade (multipartisme à la noix de coco et multiplication de titres de la presse sans la liberté qui va avec) suivie par la suite d’une décennie rouge au cours de laquelle un terrorisme abject, inqualifiable, a emporté des milliers d’algériens. Puis, c’était le retour à la case de départ. La lutte anti terroriste exigeât que les libertés, toutes les libertés, individuelles et collectives, soient mises entre parenthèse, en quarantaine pour m’exprimer en tant que médecin. Lorsqu’en 1992, il y eut l’arrêt du processus électoral qui avait permis au FIS, le parti islamiste, de rafler la mise puis la promulgation, quelque temps après, par le conseil constitutionnel, de l’état de siège, tout le monde avait compris, en Algérie, que tout était fichu, que la démocratie n’était qu’une chimère. Même l’homme de la rue avait compris que la démocratie au sens hellénique du terme ne pouvait, du jour au lendemain, s’enraciner chez nous. Et l’on disait alors « ça sera pour une autre fois ». Ceci pour faire contre mauvaise fortune bon cœur. Dans vingt ans peut-être !
Ça fait déjà plus de vingt ans !
Le temps passe vite ! Pourtant, Dieu seul Sait combien nous avons souffert durant ces vingt dernières années. Seuls, peut-être, ceux qui ont la mémoire courte ou ceux qui ont fui le pays, ceux qui s’étaient exilés dès les premières escarmouches ne s’en souviennent pas. N’est-il donc pas temps de remettre ça ? Pacifiquement évidemment. N’est-il pas temps de réclamer à cor et à cris cette démocratie pour laquelle, il y a vingt ans, des centaines de jeunes ont été fauché à la fleur de l’âge ? La conjoncture actuelle avec le soulèvement simultané de toutes les « masses arabes » n’est-elle pas de nature à favoriser l’émergence d’une véritable démocratie sous notre ciel avant que l’Occident ne nous l’impose, à notre tour, avec ses avions de combat de type Tornado et Rafale et ses missiles Tomahawk ? Il est, à notre sens, préférable que le changement tant souhaité provienne de l’intérieur c’est-à-dire de nos partis politiques et de notre société civile qui semble de plus en plus active ces derniers temps que d’être imposé de l’extérieur et cela pour des raisons évidentes : l’Occident veut-il vraiment du bien aux « masses arabe » ? Je m’interroge car je crains que ça ne soit pas le cas et que l’intervention des coalisés en Libye, par exemple, ne soit pas animée que par et pour des raisons humanitaires. C’est un leurre que de croire que l’Occident intervient en Irak, en Afghanistan et aujourd’hui en Libye rien que pour le fait de venir en aide à des populations opprimées par leurs tyrans locaux. Ceci n’est pas de moi, je ne fais que reprendre cette citation d’un ancien homme politique occidental très avisé et qui a fait ses preuves sur le terrain : « les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts à défendre ». Ainsi donc il serait naïf de croire que le SEUL mobile qui fait qu’actuellement la coalition occidentale, sous couvert de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU, est d’établir une zone d’exclusion aérienne en Libye pour protéger les insurgés libyens d’un massacre à grande échelle par l’armée de Kadhafi. Dans toute cette agitation, dans la mobilisation de toute cette armada, il doit forcément y avoir d’autres buts inavoués dont le plus important est sans conteste le pétrole. En effet, selon Pierre Hillard du site Internet Mecanopolis, « Londres et Washington veulent s’assurer le contrôle complet des hydrocarbures en provenance des pays Sud-méditerranéens et du Proche-Orient ». (1) Dans cet article, Pierre Hillard ne dit pas que la France est aussi animée par le désir de pomper à satiété le pétrole libyen à moindres frais. Par omission ou intentionnellement ?
Et alors que vient faire la France là-dedans, elle qui était très pressée d’en découdre avec Kadhafi me diriez-vous ? La réponse est claire. La France a toujours estimé ou du moins cru que le Maghreb arabe (dont fait partie la Libye aussi) est son pré carré, sa chasse gardée. D’où d’ailleurs la tentative de Nicolas Sarkozy de fédérer les pays du Sud de la méditerranée et de l’Europe dans un projet qui lui tenait tant à cœur : l’UPM dont on a beaucoup parlé. Ce projet est resté cependant presque inabouti, au stade des intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises peu importe, du fait de plusieurs réserves émises par certains pays de la rive Sud qui ne voyaient en cela qu’une russe politique de la part de son promoteur (Nicolas Sarkozy) pour, d’une part normaliser les relations des pays arabes avec Israël sans que ce dernier ne soit tenu par l’obligation de permettre la création d’un état palestinien viable dans des frontières sûres, et d’autre part exclure définitivement la Turquie d’une éventuelle adhésion à l’Union Européenne . Or, en cette fin de 2010, l’Histoire, côté rive sud de la Méditerranée, s’est emballée et a balayé les deux Présidents (tunisien et égyptien) sur lesquels Nicolas Sarkozy avait fondé tous ses espoirs pour la concrétisation de son projet, boiteux dès le départ faut-il le répéter. S’étant rendu compte qu’elle a lamentablement échoué lors de la révolution tunisienne en proposant au régime de Ben Ali son expertise en matière de maintien de l’ordre public alors que les manifestants tunisiens attendaient plutôt une compréhension et un soutien moral de la part de la patrie des droits de l’Homme, la France tente aujourd’hui de prendre le train de l’Histoire en marche à Benghazi. Voila ce que dit à ce propos le journaliste de la droite libérale italienne Franco Bechis dans un article paru sur Réseau Voltaire : « la révolte de Benghazi aurait été préparée depuis novembre 2010 par les services secrets français ». (2) Par ailleurs, la précipitation de la France à intervenir en Libye ne peut s’expliquer que par le principe qui dit « le premier arrivé, le premier servi ». Rappelez-vous, en 2003, en Irak, après la chute de Saddam Hussein, la France n’a pas été invitée à la table des convives. Sa politique étrangère d’alors était bien représentée par un Dominique de Villepin qui était au summum de sa gloire et qui s’était très bien illustré par son discours tout de lyrisme fait lors de la réunion du conseil de sécurité de l’ONU qui devait entériner la politique du fait accompli c’est-à-dire l’intervention militaire en Irak. Ce discours, il faut en convenir, est l’un des meilleurs discours qui nous a été donné d’entendre. Il était contre l’intervention militaire en Irak. Il était antimilitariste pour utiliser le langage des progressistes, des anarchistes et des altermondialistes. Il allait complètement à l’encontre des thèses des néo cons américains et des va-t-en guerre de tous poils. En un mot, c’était du Gaullisme pur jus sans De Gaulle.
« Le Réseau Voltaire précise que Paris a rapidement associé Londres à son projet de renversement du colonel Kadhafi (force expéditionnaire franco-britannique). Ce plan a été modifié dans le contexte des révolutions arabes et pris en main par Washington qui a imposé ses propres objectifs (contre-révolution dans le monde arabe et débarquement de l’Africom sur le continent noir). La coalition actuelle est donc la résultante de ces ambitions distinctes, ce qui explique ses contradictions internes ». Ben oui, le gendarme du monde, les USA pour ne pas les nommer, veille au grain : aucune goutte de pétrole ne doit partir ni à gauche ni à droite. Voilà pourquoi la France de Sarkozy est vite remise à l’ordre et l’intervention militaire en Libye est confiée à l’OTAN. Car qui dit OTAN dit USA.

A suivre.

mercredi 9 février 2011

Tunisie : révolte ou révolution ?


« Oui, la révolution est en marche ! Et pas seulement en Tunisie. » C’est avec ses mots simples que j’ai donné, en ma qualité de modérateur, mon avis favorable à la publication, sur le site Agoravox, d’un article qui parle de la révolte réussie de nos voisins Tunisiens. Ces mots me sont venus spontanément, sans aucun effort intellectuel ni hésitation quant à leur formulation. Pour moi, cela va de soi que ce qui s’est passé en Tunisie est une révolution au sens classique du terme. Et, avec « pas seulement en Tunisie », vous l’aurez compris, l’allusion est clairement exprimée : l’onde de choc se propagera inéluctablement vers les pays voisins dont les populations connaissent les mêmes déboires que le peuple frère de Tunisie.
En fait, depuis quelques jours, je m'interroge sérieusement sur le sens à donner aux manifestations de rue qui se sont produites en Tunisie et qui ont forcé l'ex Président Ben Ali à prendre la poudre d’escampette et à fuir, "comme un voleur", de son pays : révolte ou révolution ?
A mon sens, il y’a une sacrée différence entre ces deux mots. La révolte ne porte généralement que sur un fait précis et est le fait d’une catégorie bien précise de personnes, par exemple des mineurs ou des dockers qui contestent leurs conditions de travail ou leur misérable salaire. Dans ce cas, il n’ya pas le feu en la demeure et le problème peut être facilement réglé si les autorités en charge de cette catégorie de travailleurs savent user de la carotte au lieu du bâton. En revanche, lorsque les manifestants ou les émeutiers s’emparent de la rue et ne veulent plus déguerpir malgré les moyens sécuritaires utilisés par les pouvoirs publics en place, cela veut dire que quelque chose de plus sérieux est entrain de se tramer : la révolution. La révolution qui met sens dessus dessous tout un pays ou parfois même toute une région, le Maghreb dans ce cas-là, ne cherche pas moins qu’un changement radical de toutes les structures existantes, toutes les politiques suivies jusque là. On ne doit pas se contenter de demi mesures. La "rue arabe", comme on aime bien l'appeler en Occident,ne devrait plus se laisser berner par des promesses et rien que des promesses. Sans Vouloir verser dans l’extrémisme, je dirais qu’à un changement radical, il faut opposer une réponse radicale. La révolution française de 1789 ne s’est imposée qu’après qu’il y eut des têtes coupées et exposées dans les lieux publics sur des piquets. Arrêtons-nous à cet exemple sinon les débats risquerons d'être chauds, brûlants même.

Et, apparemment, je ne suis pas le seul à essayer de comprendre dans quel contexte ces évènements doivent être placés. Ainsi, Lecomte, un auteur d'Agora vox, dans son dernier écrit intitulé " La Tunisie de l'après Ben Ali", se pose, lui aussi, la même question. Voilà ce qu'il en dit : " Pour certains il s’agit là de la première révolution dans un pays arabe, pour d’autres c’est un MAI 68 maghrébin susceptible de servir d’exemple aux régimes voisins voire à plusieurs autres états arabes". Effectivement, nous n'avons pas encore assez de recul pour pouvoir procéder à une bonne analyse géopolitique de la situation et la classer ensuite dans le cadre qui lui convient le mieux : révolte des laissés-pour-compte qui, au fil des jours va certainement s'essouffler et s'estomper ou, au contraire, révolution au sens Gramscien du terme (c’est-à-dire ayant impliqué également l’élite intellectuelle tunisienne) qui, tôt ou tard, s’étendra à l’ensemble de la région et provoquera un changement radical sur le plan politique de tout le Maghreb et peut être même du Moyen-Orient. Et on le voit d’ailleurs, jour après jour, les « masses arabes » se soulèvent un peu partout, de façon un peu timide pour les unes (Algérie et Yémen) ou au contraire avec fracas comme c’est le cas actuellement en Egypte.
Il faut dire que, du moins jusqu’à l’heure actuelle, peu de journalistes et d’analystes politiques se sont sérieusement penchés sur le véritable sens à donner à cette insurrection des tunisiens contre un régime autoritaire qui les maintenait sous une chape de plomb depuis au moins vingt trois ans. La raison en est que personne ne s’attendait à « ce coup de tonnerre sous un ciel serein » d’une Tunisie à l’apparence trompeuse si douce et où il faisait si bon vivre pour … les touristes européens ! Les émeutes de Tunisie, par leur ampleur et leur durée, ont donc surpris tout le monde. Les Tunisiens qui passaient aux yeux de leurs voisins de l’Ouest (les Algériens) pour des gens qui ont une peur bleue de leurs services de sécurité se sont, en fin de compte, révélés assez coriaces et n’entendent nullement lâcher prise jusqu’à la satisfaction de tous leurs revendications à savoir :
< faire table rase du passé (qui leur fait rappeler beaucoup de mauvais souvenirs) en éliminant du pouvoir et le RCD et les caciques de ce parti politique qui a mis le pays en coupe réglée
< rebâtir une société plus juste et plus libre en faisant appel à toutes les forces saines du pays. Ces forces saines existent, on ne s’en doute pas. La Tunisie est, en effet, un pays dont la population est à majorité jeune et instruite. De plus cette jeunesse a fait preuve, tout au long de ces émeutes, d’une maturité et d’une conscience politiques qui laissent le monde entier sans voix, coi quoi ! Elle ne s’est à aucun moment laissé envahir par le pessimisme quant à l’aboutissement ou non de son combat juste et légitime. Dès le départ, on l’avait bien compris, son slogan, même s’il n’était pas inscrit sur des pancartes ou des banderoles, ne pouvait qu’être vaincre ou mourir ! Et ils ont vaincus ! « Le mur de la peur » est tombé dans le monde arabe selon l’éditorialiste du journal Le Monde de ce jour (le 29 JANVIER) et nous sommes nombreux à partager largement ce sentiment. Nous en sommes même fiers : que la peur ait changé de camp.
Evidemment, toute révolution commence d’abord par une révolte.
La plèbe se révolte contre l’ordre établi (par la bourgeoisie) mais elle peut ne pas maitriser le cours de l’évènement, et c’est à ce moment-là qu’entre en jeu le rôle de l’intellectuel qui doit porter à bout de bras cette révolte pour en faire une révolution.
En gros, c’est cette logique qui a été mise en œuvre et bien respectée en Tunisie : un jeune homme s’immole par le feu et c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Les avocats (intellectuels) et le syndicat des travailleurs (UGTT) prennent la relève en encadrant de façon parfaite et bien ordonnée le mouvement de contestation qui, au bout de quelques jours seulement, aboutit à la chute du gouvernement et du parti RCD au pouvoir depuis 23 ans.
En somme, ce que les Etats-Unis et la CIA n’ont pu faire avec leur feuille de route pour le Grand Moyen-Orient (après la guerre du Golf et la chute de Saddam Hussein), la rue arabe en ébullition est en train de le concrétiser. Les régimes autoritaires qui ont tenu en laisse pendant longtemps leurs peuples respectifs sont entrain de tomber les uns après les autres, effet domino oblige.
Ces derniers jours, on a beaucoup glosé sur les évènements dramatiques qui secouent certains pays du monde arabe ; chacun y va de son commentaire. Pour certains, ces évènement ressemblent à tous points de vue à Mai 68, pour d’autres c’est la première révolution au sens propre du terme qui a commencé en Tunisie et qui, tel un Tsunami, ne manquera pas d’emporter d’autres pays de la sphère arabo-musulmane et cela pour la simple raison que ces pays présentent beaucoup de similitudes non seulement sur le plan religieux et culturel mais aussi sur le plan de la nature de leurs régimes politiques : tous dictatoriaux et corrompus jusqu’à la moelle.
C’est plutôt la FIN des dictatures et non la FAIM des peuples qui poussent la "rue arabe’ à la révolte pour ne pas dire REVOLUTION.

mercredi 12 janvier 2011

"Nif" et manif ! (2)

En revanche, les évènements de ces derniers jours qui expriment pourtant un ras-le-bol général, n’aboutiront à rien de concret sur le plan politique. C’est d’ailleurs l’avis de plus de 74% de personnes interrogées par le quotidien « Le Soir d’Algérie » lors d’un sondage dont la question est : « Pensez-vous que les émeutes qui viennent de secouer le pays vont déboucher sur des réformes politiques profondes » ? L’opinion publique est à prendre au sérieux. Ses prévisions ne se démentent pas
Le pouvoir actuel va certainement procéder à quelques replâtrages pour améliorer un tant soit peu les conditions de vie des « laissés pour compte » et ça s’arrête là. Pour preuve, dès le lendemain de ces manifestations, sa première réaction a été d’annuler cette fameuse loi concernant les grossistes importateurs de sucre et d’huile et de maintenir en l’état les prix de ces derniers produits de première nécessité considérés par la presse, non à juste titre d’ailleurs, comme étant la cause de ces débordements. Il ne faut pas être naïf pour croire que quelques échauffourées ça et là vont transformer de fond en comble un pouvoir bien assis sur son trône et qui, pour se maintenir en place, a dû ruser pour modifier la constitution. La situation actuelle, aussi pourrie qu’elle soit, ne peut imposer ne serait-ce qu’un simple nouveau regard sur la constitution ni sur les prérogatives du Président de la République ou de tel ou tel ministre. Et puis, à quoi cela servira-t-il de changer des textes si cela n’est pas suivi d’un changement des hommes ? Le drame de l’Algérie, et ce depuis l’indépendance à nos jours, réside non pas dans les textes, les lois, et autres décrets et leur application effective sur le terrain mais dans le fait que nous sommes toujours gouvernés par les mêmes hommes, ceux qui tirent soit disant leur légitimité de la guerre de libération. Si ce n’est pas Moussa El Hadj, c’est El Hadj Moussa !
En Algérie, il y a des jeunes très jaloux de leur pays, aptes à prendre la relève et à relever le défi sur tous les plans. Mais, ils sont marginalisés. C’est cette réalité-là que les manifestants auraient dû brandir à la face du pouvoir pour qu’il comprenne bien que le problème du sucre et de l’huile n’est, en fait, que la goutte qui a fait déborder le vase. Envisager le problème de cette façon-là, c’est-à-dire croire que les jeunes algériens se sont révoltés pour une histoire d’huile, serait très réducteur et indigne d’eux; ça équivaudrait à prendre l’Algérien pour un tube digestif. Or, les Algériens, à l’instar des autres peuples de la planète, ont aussi d’autres préoccupations quotidiennes. Des préoccupations d’ordre politique en premier lieu. Les émeutiers ne portaient pas de pancartes ou de banderoles pour l’exprimer clairement, mais c’est certainement le message qu’ils ont voulu transmettre au pouvoir en s’attaquant d’abord, comme en 88, à tout ce qui symbolise l’Etat. Comme leurs ainés de 88.
Par ces manifestations de rue qui ont fait « tâche d’huile » pour reprendre encore ce satané mot, « huile », accompagnées malheureusement de saccage et de pillage des biens publics, qu’un être de sensé ne peut que déplorer pour ne pas dire condamner, les jeunes algériens nous ont montré qu’ils constituent une force vivante, une énergie juvénile que certaines Nations, sans aucun doute, nous envient. Ne peut-on pas canaliser cette force vivante, cette énergie juvénile vers la construction et non la destruction du pays ? Ce rôle n’incombe-t-il pas aux différents partis politiques et autres organisations de masse qui sont pourtant légion dans notre pays ? Voilà encore un point qui sera en faveur du pouvoir actuel pour ne rien changer à sa politique : c’est que, ne serait-ce que sur le papier, la démocratie existe bel et bien en Algérie. En effet, quel est le pays du pourtour méditerranéen qui compte le plus de partis politiques que l’Algérie ? Malheureusement, ces partis politiques ou ils ont fait allégeance au pouvoir, c’est le cas des partis de la coalition gouvernementale, ou ils n’ont pas assez de représentativité au sein des deux chambres (Sénat et APN), c’est le cas du RCD, ou ils sont carrément absents de la scène politique, ces derniers ne se manifestant que lors des échéances électorales et ce pour une raison bien connue : bénéficier des prébendes que leur distribue le pouvoir pour la compagne électorale ! Et comme on ne donne rien pour rien, ceux-ci sont en fait récompensés pour faire de la figuration. Pour servir de lièvres aux véritables tenants du pouvoir.
Enfin, ce mouvement de protestation populaire n’aboutira pas à quelque chose de positif parce que, dès le départ, il n’était pas encadré par un parti politique de taille ni par des syndicats autonomes ou autres intellectuels non « organiques » c’est-à-dire ne défendant pas automatiquement le point de vue du pouvoir.

A suivre

"Nif" et manif !


Il y a un peu plus de vingt ans, nous avions vécus les évènements dramatiques du 5 octobre 88. A l’époque, les manifestations (qui avaient commencé à Bab El Oued) étaient l’œuvre d’enfants et d’adolescents ; ce qui avait fait dire à certains responsables politiques du parti unique (le FLN) qu’il ne s’agissait que « d’un chahut de gamins » ; Or, ce chahut de gamins avait, malgré tout, abouti à la naissance du multipartisme en Algérie et d’un début de démocratisation des mœurs politiques. Il avait engendré aussi une multiplication des titres de la presse écrite à tel point que le monde arabe nous enviait pour cette expérience unique et surtout pour le ton très libre de certains journaux qui n’hésitaient pas à dénoncer certaines pratiques mafieuses de certains Généraux qui s’adonnaient à l’import-import, par exemple. Et, le quotidien qui avait exhumé le plus d’affaires scabreuses était sans conteste le « Matin » de Mohamed Benchicou qui a eu, par la suite, des démêlés avec la justice jusqu’à sa disparition pure et simple de la scène médiatique.

Rappelons-nous aussi des débats politiques télévisés, contradictoires et houleux en même temps, que nous avions eu maintes fois l’occasion de suivre sur notre « Unique ». Le face à face de Saïd Sadi du RCD, un laïc avéré et de Abbes Madani du FIS qui croyait fermement en « l’Islam est la solution », pour ne citer que cet exemple, a été un moment de pur plaisir pour ceux et celles qui suivaient ces débats politiques et qui espéraient du fond du cœur que l’Algérie s’engage résolument dans la voie de la démocratie.
L’avènement du FIS, dans le sillage de cette démocratisation, a grandement contribué à fausser la donne politique puisque, ce parti à caractère religieux, en s’estimant être lésé et privé de sa victoire électorale aux législatives de 1991, s’est carrément engagé dans une voie qui a mené l’Algérie vers la ruine : la lutte armée.
L’ex Président Chadli Bendjedid, une fois écarté du pouvoir par la « grande muette », s’était muré dans un silence quasi absolu. Ce n’est qu’il y a à peine quelques mois que sa langue s’est quelque peu délié et qu’il a commencé à évoquer ces évènements dramatiques et à donner sa version des faits. Pour lui donc, il ne fait pas l’ombre d’un doute que ces évènements n’avaient rien de spontané ; ils étaient bel et bien commandités par une frange de ce qu’on appelait communément les « caciques » du FLN, ceux qui voyaient d’un mauvais œil la démocratie qu’il essayait d’appliquer en Algérie. Et ce pour une raison simple : ils avaient peur de perdre les privilèges que leur octroyait le parti unique. Ces révélations ont été faites lors d’une interview qu’il a donnée récemment à deux journalistes japonais. Toujours est-il qu’au vu de ce qui vient de se passer ces jours-ci, Chadli Bendjedid devrait se réjouir du fait que l’Histoire ne retiendra pas que seul son règne ait été entaché de drames, de larmes et de sang pour les algériens . Car, effectivement, lors de la décennie 90 l’Algérie a frôlé la guerre civile. On a tendance à occulter ce fait mais c’est une réalité que nous devons admettre aujourd’hui. Il a fallu aux services de sécurité (tous corps confondus) des années de lutte et d’acharnement pour en arriver à bout. Bien sûr qu’il reste encore quelques groupuscules de gens irréductibles dans les maquis mais leur capacité de nuisance s’est nettement amoindrie.
« Les mêmes causes engendrent les mêmes effets », a-t-on l’habitude de dire.
Et à ce propos, je suis tenté de reprendre, ici, cette boutade du héros de Dien Bien phu, le Général Giap, qualifiant l’impérialisme (américain) de « mauvais élève car il n’apprend pas ses leçons » mais en la retournant contre le pouvoir algérien qui, lui aussi, a oublié la leçon du 5 octobre 1988 !
Aujourd’hui, force est d’admettre que l’Histoire se répète. Nous assistons pratiquement aux mêmes évènements (que ceux de 88) qui secouent l’Algérie d’Est en Ouest. Sauf que cette fois-ci ce ne sont pas des enfants et des adolescents qui incendient les édifices publics MAIS ce sont des adultes ou en tous cas des jeunes ayant largement dépassé la vingtaine qui pillent et saccagent. Il a fallu que Bab El Oued éternue pour que toute l’Algérie s’enrhume et … s’embrase ! Pourquoi ? Est- ce parce que la misère est partagée et s’étale à tout bout de champ dans un pays qui est paradoxalement riche ? Il est vrai qu’en Algérie, le chômage est important et les salaires de ceux qui ont la chance d’occuper un poste de travail sont généralement bas et ne permettent pas de joindre les deux bouts. Mais, il n’y a pas que ça qui explique cet embrasement généralisé. Le ras-le-bol est général et ce pour un tas de raisons. Cela pourrait aussi s’expliquer, du point de vue sociologique, par cette « açabia », cet esprit tribal largement commenté par Ibn Khaldoun dans ses Prolégomènes qui nous caractérise nous autres Nord-Africains. Je n’ai pas dit « Algériens ». Car cet esprit tribal concerne aussi nos voisins Tunisiens. Revoyez le film de ce qui s’est passé chez eux. Pendant plusieurs jours, leurs manifestations étaient pacifiques et bien encadrées, sans casse ni heurts. Puis par un phénomène de mimétisme, ils sont passés à un stade supérieur et se sont mis, eux aussi, à saccager et à piller. Tout comme en Algérie où les villes et régions rivalisaient dans la destruction des biens tant étatiques que privés. C’est une question de « nif » en quelque sorte.
On essaie d’établir un parallèle entre le 5 octobre 88 et le 5 janvier 2011 mais en réalité la situation actuelle est très différente de celle d’il y a 22 ans.
En octobre 88, les éléments majeurs qui avaient mis le feu aux poudres étaient de deux ordres :
L’un, politique à savoir un système politique qualifié à l’époque par ses détracteurs de «socialisme de la mamelle » mais qui, en réalité, se caractérisait par des inégalités sociales criardes.
L’autre, économique dû principalement à le chute du prix du baril du pétrole qui a fait que l’Algérie s’était vite trouvé pratiquement en cessation de paiement ; Je ne prétends pas pouvoir en rendre compte comme le ferait un économiste, mais il est de notoriété publique que, jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs, l’économie de l’Algérie est une économie de rente. Elle est basée principalement sur l’exploitation et l’exportation de ses richesses naturelles à savoir le pétrole et le gaz. A elles seules, ces deux matières premières constituaient pratiquement 98 pour cent de nos recettes en devises. Plus de vingt ans après, rien n’a changé. On continue à «manger » notre pétrole. Les Algériens n’ont d’yeux que pour les places boursières internationales où se décide la valeur du baril du pétrole. On comprend ainsi mieux pourquoi le dernier scandale de corruption qui a éclaboussé notre mère nourricière, la SONATRACH, ait laissé des traces indélébiles dans le subconscient des jeunes et moins jeunes qui manifestent de façon extrêmement bruyante aujourd’hui.
L’intervention du FMI et de la Banque Mondiale pour «conseiller» l’Algérie, car sollicités pour des emprunts en liquidité, avait encore aggravé la situation par les conditionnalités que ces deux honorables institutions avaient imposé au gouvernement algérien. Or, on le savait, ces conditions étaient très difficiles à supporter par une population qui manquait cruellement déjà du strict minimum. Ce qui devait arriver arriva donc. Passer sous les fourches caudines du FMI n’est pas une simple affaire. Les Grecs, dont le pays n’a du son salut qu’à l’intervention rapide et énergique de l’Union Européenne, en savent peut-être quelque chose !

lundi 29 novembre 2010

Yasmina Khadra : prosateur ou imposteur ?


Ma profession de chirurgien ne me laisse que peu de temps pour les autres activités du savoir et de l’esprit notamment la lecture. Mais, il m’arrive quand même, lorsqu’on me parle d’un livre récemment édité ou qui fait la « Une » des rubriques littéraires de la presse, par exemple, de m’arranger pour trouver le temps necessaire de chercher ce livre, dans les librairies de la ville, et de le lire ensuite. Quitte à mettre un bon mois pour le finir ! C’est ainsi qu’il m’arrive de lire un chapitre dans le bloc opératoire, entre deux interventions chirurgicales, et un autre chapitre dans la voiture lorsque je suis contraint d’attendre mes enfants à la sortie des classes. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière page. Ma vie privée, mes élucubrations, ce que je fais, ce que je ne fais pas, tout cela n’interessent personne ; j’en suis conscient. Mais ce préambule, cette entrée en matière servira pour la compréhension de ce qui va suivre. Que les lecteurs d’Agoravox me pardonnent donc d’étaler au grand jour mon emploi du temps quotidien.


Yasmina Khadra, je ne l’ai découvert que récemment.
Voila dans quelles conditions.
Un soir du début de l’été 2006, j’ai rendu visite à un ami qui habite à quelques pâtés de maison de chez moi. Il était 21 h et il faisait un peu chaud. Pas encore la canicule sur les hauts plateaux de l’est algérien, mais il faisait assez chaud à tel point que l’ami en question, en m’ouvrant la porte, était torse nu. Quand il arive à l’un de nous de recevoir l’autre, on ne s’encombre pas de protocoles. Il m’invita alors à le suivre dans la cuisine où sa femme préparait la table. Il n’arretait pas de se gratter la bedaine, piqué probablement par des moustiques qui prolifèrent en cette période de l’année, tout en s’approchant du gratin de pomme de terre et de puiser directement du plat encore fumant que sa femme venait de retirer du four. Il m’invita à participer à ce festin, mais, poliment, j’ai refusé son invitation. Je n’avais pas faim. Il me servit alors un verre de Coca Cola et continua à piquer de sa fourchette les rondelles de pomme de terre presque grillées. Sur la table, entre une assiette de cerise et une autre de melon coupé en petits morceaux, un livre était ouvert. Je le pris. C’était le dernier livre paru d’un auteur algérien dont l’identité n’a été révélée que dernièrement : Yasmina Khadra.

On sait maintenant que, sous ce sobriquet, s’est caché pendant longtemps un ancien officier de l’armée algérienne. Comme il le dit lui-même, il a démissionné de l’armée pour s’adonner à sa véritable vocation : la littérature.
Et, apparemment il semble qu’il a réussi dans ce domaine. Pas au point de faire prochainement son entrée fracassante dans l’Académie française comme l’avait déjà fait une autre algérienne, Assia Djebbar, mais au moins on lui reconnaît le mérite d’être prolifique.

Le livre de Yasmina Khadra que je tenais ouvert entre mes mains, sans vraiment lire ne serait ce qu’une seule ligne, ne pouvait que susciter une discussion « littéraire » entre mon ami et moi. J’ai oublié de vous le dire au début, mon ami est gastro entérologue mais, lui aussi, il montre un intérêt certain pour tout ce qui touche aux « gens du livre » et à la littérature ; Lui aussi n’avait encore lu que quelques pages de ce livre et pourtant il était sous le charme de cet auteur allant jusqu’à le comparer à Ernest Hemingway. Et pour me convaincre de ce qu’il avance comme arguments, il me lit à haute voix quelques passages de ce livre. Effectivement, j’ai trouvé que le style de notre écrivain est tout ce qu’il y a de plus simple. Il est aéré. On n’a aucune peine à comprendre ce qu’il dit et à deviner ce qu’il va encore dire ! Parfois il est spontané et l’on sent qu’il ne perd pas son temps à chercher des expressions linguistiques compliquées juste pour épater le lecteur. Mais ceci n’est un secret pour personne. Une bonne littérature n’est pas forcément celle que seuls les érudits comprennent. En langue française ou même, je suppose, dans les autres langues, il suffit de trois choses pour faire de la prose, n’est-ce pas Mr Seguin ( ?) et donc de la littérature : un sujet, un verbe et un complément. Le reste, tout le reste n’est que baratin.
Ce romancier algérien n’est plus à présenter. De « la décennie noire » qui a endeullé des milliers d’Algériens, il garde de sérieux traumatismes psychologiques ce qui l’a conduit à troquer son fusil contre une plume moins lourde à porter, certes, mais d’où les mots sortent en rafale.En peu de temps, il a réussi à s’imposer sur la scène littéraire d’outre-mer. Particulièrement en France où il souvent invité, sur les différents plateaux des chaînes de télévision françaises, à donner son avis sur tout ce qui touche au terrorisme. Car, dans ses romans, il ne parle que de ça. Que ce soit dans « A quoi rêvent les loups », dans« Les hirondelles de Kaboul », dans « L’attentat » ou dans son avant dernier roman « Les sirènes de Bagdad », il est toujours question de ce phénomène des temps modernes qui a terni l’image de tous les musulmans, aux yeux de l’Occident. Et Yasmina Khadra est là pour rafistoler si je puis dire cette image et faire comprendre à cet Occident très prompt, par ailleurs, à tirer sur les lapins que nous sommes, que tout cela n’est qu’un « mal entendu entre l’Orient et l’Occident ». Donc, s’il y a une leçon à tirer de la littérature de Yasmina Khadra, c’est que par cette littérature celui-ci ne cesse de défendre, avec la plume et non pas avec une Kalachnikov, le monde musulman contre la barbarie des « néocons » américains pour qui « le choc des civilisations » est plus qu’un concept philosophique : un art de vivre en tuant dans l’œuf toute résistance des musulmans où qu’ils soient. D’où d’ailleurs le nouveau concept de « la guerre préventive ». Bref, ceci est un autre débat. Qui n’a rien de littéraire.
A partir du moment où j’ai découvert cet auteur, je me suis mis à dévorer ces livres, l’un après l’autre avec à chaque fois la même pensée : ce gars-là est nobélisable. Il dépasse de loin les écrivains de sa génération, qu’ils soient algériens ou français, ne cessai-je de répéter dans mon fort intérieur. Qu’attend-t-on pour l’auréoler de tous les pris littéraires ? Puis, je découvre son dernier livre dont je viens à peine de terminer la lecture. Dans « ce que le jour doit à la nuit », qui ressemble en fait à une autobiographie par l’utilisation du « je » dans la narration (sauf qu’à l’époque où se sont déroulés la plupart des faits l’écrivain n’était pas encore de ce monde),Yasmina Khadra nous dresse une belle histoire d’amour dans un pays, l’Algérie, miné par des drames humains résultant du système colonial. Et, je ne vous cache pas qu’à la fin du livre, je ne me suis pas empêché de verser des larmes tant ma sensibilité était à fleur de peau en apprenant à la disparition d’Emilie et la lettre qu’elle avait laissée à l’intention de celui qu’elle portait dans sou cœur même dans sa tombe : you nes !
Depuis quelques jours, chaque fois qu’on me parle de Yasmina Khadra, la déception se lit tout de suite sur mon visage.
Déçu qu’un écrivain de cette trempe puisse s’adonner, peut être même sans aucun état d’âme, à une manœuvre frauduleuse en s’emparant des textes d’autrui pour leur donner un nouvel habillage, les publier sous son pseudonyme et s’attendre ensuite à des récompenses littéraires et à une reconnaissance universelle ! En tout cas c’est ce qui se dit ça et là. Ou alors j’ai mal compris ; je fus alors assailli d’un chapelet de questionnements. Se pourrait-il que ce sont ses ennemis, les envieux d’ici et d’ailleurs qui colportent des ragots sur lui, qui ont monté de toute pièce toute cette histoire ? Evidemment dans le but de lui nuire. S’était-il défendu, avait-il, au cours d’une conférence de presse ou ailleurs répondu à ses détracteurs qui voulaient le descendre en flamme ? Des tas de questions de ce genre ont taraudé mon esprit ! Mais toujours pas de réponse. Yasmina Khadra reste muet.
Alors il ne me rsete qu’une question : peut-on continuer à lire avec le même esprit critique, le même plaisir, le même interêt un auteur lorsqu’on apprend que cet auteur a eu, au moins par deux fois, recours au palgiat ? J’en doute fort bien ! Il n’y a pas longtemps, je considérais Yasmina Khadra comme une icône, un enfant terrible de la littérature algérienne d’expression française ; un fol espoir à l’Algérie de décrocher son premier Nobel de littérature ! Je fus déçu ! Les nouvelles provenant de certains sites Internet n’incitent guère à l’optimisme. Et celui qui s’est chargé, de façon magnifique, de faire tomber Yasmina Khadra de son piedestal n’est autre que Karim Saroub. Il démontre, dans son blog, de fçon nette et précise que « ce que le jour doit à la nuit » n’est autre qu’une pâle copie « des amants de Padovani » d’un autre écrivain algérien, Youce DRIS qui, lui, n’est pas du tout connu dans le milieu littéraire algérien et encore moins parisien.


























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mercredi 9 juin 2010

Israël et les médis français.


LES médias français, à quelques exceptions près, nous ont habitués (chaque fois qu’il s’agit de parler du problème israélo palestinien) à un jeu de mots qui consiste à travestir complètement la réalité, pourtant simple, de cette partie du monde. De l’avis de tous les Internautes, encore une fois, les médias français se sont carrément rangés du côté de l’agresseur, c’est-à-dire de l’Etat d’Israël, par des écrits ou des images que contredisent pourtant les faits tels qu’ils se sont réellement déroulé.
Et ne parlons pas des politiques qui, eux, n’ont retenu de toute cette pagaille en haute mer, dans les eaux internationales, que « l’usage disproportionné de la force » par les commandos du Tsahal. On a l’impression qu’Ils ne s’inquiètent plutôt que de l’image d’Israël qui, forcément, ne peut être que ternie aux yeux de l’opinion publique après ce énième agissement dénué de toute morale. Le drame de Gaza ne les touche pas. Ils s’en désintéressent complètement, comme si le blocus de Gaza qui dure depuis trois ans maintenant était dans l’ordre naturel des choses. On va jusqu’à dénier toute qualité d’humanitaire à ceux qui voulaient briser ce blocus, les qualifiant tantôt de « militants » tantôt d’activistes pro palestiniens ». Pire encore, ceux-ci sont même soupçonnés de ravitailler en armes et en munitions le Hamas alors que dans les cales de cette flottille de « Free Gaza » gageons qu’il ne devait y avoir que de quoi nourrir pendant quelques jours une population affamée par le blocus.
En quoi la réalité de cette partie du monde est-elle simple, me direz-vous ?
Un petit rappel historique suffirait amplement à démontrer qu’effectivement cette réalité est simple.
Le peuple juif était, depuis la nuit des temps, éparpillé ça et là, condamné, paraît-il, à l’errance éternelle. Puis, du fait des pogroms survenus en Russie au début du XIXème siècle, l’on a décidé par une simple déclaration, la déclaration de Balfour (1917), de lui établir un foyer en terre de Palestine qui était alors sous mandat britannique. L’holocauste (une réalité historique que personne ne nie) subi par les juifs d’Europe lors de la seconde guerre mondiale avait accéléré et encouragé le retour des juifs à leur « terre promise ». Les Arabes de Palestine avaient dû alors, la mort dans l’âme, se résoudre au partage de leur terre en 1947 par la SDN (l’ancêtre de l’actuelle ONU). Il y eut, depuis, plusieurs guerres entre les deux protagonistes. Mais à chaque fois les arabes étaient vaincus et leurs terres grignotées encore plus. Et si, à chaque fois les Israéliens sortaient victorieux de ces bras de fer entre eux et les arabes, c’est parce qu’ils ont toujours bénéficié du soutien politique, militaire et financier des grandes puissances autrement dit de l’Occident qui pensait ainsi se racheter en quelque sorte du mal qu’il avait fait subir aux juifs d’Europe. Ainsi, l’Occident (ou du moins son élite politique et intellectuelle), hier belliqueux envers les juifs, pense aujourd’hui qu’il n’a rien à se reprocher sur le plan de la conscience ; il pense sauver sa morale et son âme en fermant les yeux sur tout ce que l’Etat hébreu fait subir à son tour au peuple de Palestine. En soutenant l’Etat d’Israël dans toutes ses entreprises guerrières pour casser encore plus de l’arabe, l’Occident pense payer moralement sa dette envers les juifs d’Europe qui ont été gazés par wagons entiers. Mais, une chose est sûre : la shoah restera une tâche indélébile dans l’Histoire de l’Occident.
Bref ! Fermons cette petite parenthèse historique avant de se perdre dans les dédales de l’Histoire d’un peuple qui a plus de trois mille ans d’existence.
Toujours est-il que les Palestiniens ont, malgré tout, fini par admettre et accepter le principe de deux Etats vivants côte à côte et en paix. Sauf que les Israéliens ne voient pas la chose de cette façon-là et veulent toujours ou plutôt ont toujours pour ambition le fait de concrétiser leur rêve du Grand Israël qui s’étendrait de la mer jusqu’au Jourdain. Pour cela, les Palestiniens devraient disparaitre à tout jamais. Voila pourquoi aujourd’hui, les Israéliens ne reculent devant rien pour en venir à bout. D’autant plus qu’ils ont le soutien inconditionnel des grandes puissances dont les Etats Unis et certains pays de l’U Européenne et sont assurés de l’impunité totale. Même l’ONU semble incapable de prendre des résolutions fermes concernant Israël.
Pourtant les Palestiniens qu’ils soient de Gaza ou de Cisjordanie ne demandent pas la lune mais juste un bout de terre où ils pourront, à l’instar des autres peuples de la planète, jouir d’une souveraineté réelle et d’une paix durable. Ils ne demandent ni à « jeter les juifs à la mer » ni à « rayer Israël de la carte géographique ». Cela n’est que pur mensonge. De la propagande inventée de toutes pièces par certains médias qui sont à la solde du Lobby sioniste.
On pourra se poser la question de savoir pourquoi, dans cet article, je n’évoque que les médias français. La réponse, je la donne tout de suite : n’ayant pas la maîtrise d’autres langues, l’essentiel de ma lecture sinon tout ce travail de l’esprit (comme dirait un philosophe) auquel je m’adonne parfois avec délectation, surfant d’un site à l’autre, d’un titre à l’autre sur le web, se fait uniquement dans la langue de Voltaire. Evidemment, il y a bien d’autres médias francophones (non français, devrais-je préciser) que je consulte de temps à autre ; c’est le cas de la presse belge ou suisse par exemple. Mais, si, pour cet article, mon dévolu s’est jeté d’emblée sur les médias français, ile ne faut surtout pas voir une quelconque animosité de ma part envers ces médias. Bien au contraire, et rien ne m’oblige à vous faire cette confidence, j’apprécie beaucoup leur sens de l’analyse et d’objectivité quand il s’agit, par exemple, de traiter d’autres problèmes n’ayant rien à voir avec le Moyen Orient. Ni avec la Palestine ni avec l’Iran. Le hic, c’est que dès qu’il est question des méfaits de l’armée de Tsahal, ceux-ci s’alignent de façon aveugle sur la position politique de l’Etat d’Israël.

mardi 18 mai 2010

Que reste-t-il de Aïd El Oummal, la fête des travailleurs ?

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et la disparition de l’union soviétique, le 1er mai, fête des travailleurs, n’est plus fêté avec le faste d’antan. Cette journée passe de nos jours presque inaperçue. Certes, elle est toujours chômée et payée, mais le cœur n’y est plus. La faucille et le marteau qui symbolisaient jadis le monde du travail, le prolétariat sous toutes ses formes, n’apparaissent plus sur des banderoles fièrement portées par des hommes et des femmes battant le pavé sur les grandes places publiques. Ces images sont du passé. Un passé depuis longtemps révolu car l’Histoire est toujours en marche et ne se répète pas.

Ni de la "Place rouge" ni de celle de "Tien amen" ne nous parviennent les échos de la masse prolétarienne. On dirait que celle-ci a cessé d’exister. Elle a été défaite, après presque un siècle de résistance, par l’économie de marché, les multinationales, la globalisation et que sais-je encore comme concepts nouveaux. En un mot, elle a été défaite par le capitalisme. Pourtant, le capitalisme lui aussi connait, depuis quelques temps maintenant, des problèmes assez sérieux à tel point qu’après la faillite en cascade de nombreuses banques américaines et autres, des pays comme la Grèce et le Portugal sont, à leur tour, menacés de mettre la clé sur le paillasson si j’ose dire. Drôle d’époque que l’on vit !



L’Algérie, qui ne fait pas exception à la règle, n’accorde également plus d’importance à cette journée. Le FLN et son organisation de masse qu’est l’UGTA ont pratiquement perdu toute crédibilité et ne font plus courir les masses. Le premier, à savoir le FLN, même s’il représente la majorité au niveau de toutes les instances de l’état (APN, sénat, etc.), n’est plus LE POUVOIR au sens stalinien du terme. En tout cas, aux yeux des travailleurs qui éprouvent de plus en plus d’énormes difficultés à joindre les deux bouts, il ne jouit plus du même prestige qu’autrefois. Et si l’on devait mettre ce sigle dans un musée de l’histoire comme l’avaient suggéré pas mal d’hommes politiques de l’opposition, il est certain que nul ne s’en émouvrait outre mesure ni ne le regretterait. Il n’est pas dans mon intention de faire, ici, le procès du FLN, mais il faut dire que celui-ci a mal géré l’après indépendance.



On ne peut parler de la fête des travailleurs sans parler de l’association syndicale qui les a représentés pendant presque un demi-siècle : L’UGTA. Mais juste quelques mots pour dire que celle-ci n’est plus « cette puissante centrale syndicale » dont « El Moudjahid » et la RTA couvraient toutes les séances de travail : ordinaires et extraordinaires. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’est plus qu’une coquille vide. Par respect à ceux qui croient encore à lutte syndicale et à l’utopie du socialisme, je n’en rajouterai pas plus. La constitution de 1989 a permis l’éclosion de nombreux partis politiques et de nombreux syndicats autonomes. Aujourd’hui, chaque corporation de travailleurs réclame son syndicat. Ce qui est tout à fait légitime. C’est le cas des enseignants par exemple. Tout ceci a fait que l’UGTA n’est plus la seule association représentative des travailleurs. Elle a perdu beaucoup de terrain au profit de ses concurrents. Elle a aussi perdu des pans entiers de ses prérogatives. Ni sidi Saïd ni sidi Zekri n’auront l’occasion (comme ce fut le cas dans les années 70 pour le SG de cette centrale syndicale) de s’asseoir à côté du Président et applaudir les travailleurs qui défileraient sur l’Avenue de l’ALN, à Alger.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...