lundi 5 février 2018

De la Mecque des révolutionnaires au pays de m... ?



Il y a quelques jours,  quand le président américain Donald Trump avait qualifié certains pays africains de « pays de merde », nous nous sommes offusqués. Beaucoup d’algériens  avaient mal pris la chose et mal digéré cet abject qualificatif tout en croyant ou du moins en espérant au fond d’eux-mêmes que notre pays ne soit pas, dans l’esprit de Donald Trump, dans le même panier que ces pays-là. C’est le moins qu’on puisse dire. Pour une fois, les africains, certes pas dans leur ensemble mais au moins une partie de la classe intellectuelle africaine, ont pris leur courage à deux mains et ont répondu de la plus belle manière au président américain. 
« L'activiste kényan Boniface Mwangi a, par exemple, appelé sur Twitter à « ne pas confondre les dirigeants de merde que nous les Africains élisons, avec notre beau continent ». « Notre continent est le plus béni de tous, mais il a été violé par des impérialistes en collaboration avec nos dirigeants merdiques pendant des générations. »
 Ainsi, pensions-nous, l’honneur des enfants du continent africain est sain et sauf… Sauf qu’en ce qui nous concerne,  il est tout à fait possible que, au vu de ce qui se trame dans les coulisses pour imposer le 5ème mandat,  Donald Trump, avant de lancer ces insanités, avait certainement bel et bien à l’esprit le plus grand pays d’Afrique, l’Algérie en l’occurrence.  Les questions qu’il faut se poser maintenant sont : est-ce qu’un pays comme l’Algérie, un pays qui a connu l’une des plus belles révolutions du monde, mérite cela, c’est-à-dire le fait d’être traité, même de façon allusive, de pays de merde ? Comment en est-on arrivé là ? Où est la Karama, la dignité, des algériens ?  
Un 5ème mandat pour un président gravement malade, grabataire même, en fin de cycle biologique pour rester dans le politiquement correct, est-ce vraiment utile pour l’Algérie ? Nous pensons que non. Ce serait une grave erreur de ne s’en tenir qu’à cette solution. L’Algérie ne manque pas d’hommes très sérieux et très patriotes et qui pensent à l’intérêt général. Pourquoi ne pas prospecter de ce côté-là ? Pourquoi ne pas tenir compte, par exemple, de la dernière proposition faite par Jil jadid et désigner un candidat de consensus qui gérera une période de transition, limitée dans le temps, en attendant de régler de façon définitive et démocratique cette question de  gouvernance par l’organisation d’élections libres et transparentes ?
GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.    

mardi 12 décembre 2017

La déception d'une génération

La visite en Algérie du président français, Emmanuel Macron, est diversement appréciée et commentée. Selon que l’on soit en Algérie ou en France. Selon que l’on soit de gauche ou de droite, en France. En Algérie, politiquement parlant, il n’y a ni gauche ni droite mais une cohorte de partis politiques qui n’ont aucune influence sur le réel puisque c’est le FLN, l’ennemi juré de la France, qui, au nom d’une certaine légitimité, continue à mener le pays. Vers où ? Là est la question.

Toujours est-il que depuis quelques jours, on parle de cette visite et on la prépare comme s’il s’agissait de la venue du roi Jupiter lui-même sur terre. Sauf que ma génération, celle qui est née durant la guerre d’Algérie ou même juste après l’indépendance, est largement déçue.
Je m’en fais volontairement le porte-parole.
déception
Elle est déçue non pas parce qu’elle ne veut pas de cette visite, non pas parce qu’elle a une dent contre Emmanuel Macron (que je trouve personnellement plutôt sympathique) ou contre la France en tant qu’ancien pays colonisateur, mais parce qu’elle se sent, aujourd’hui plus que jamais, flouée par une classe politique algérienne qui ne veut pas abdiquer.
Lorsque le président Macron sera reçu par son homologue Abdelaziz IV, le contraste sera certainement frappant, saisissant et n’échappera à aucun regard, à aucun œil averti ou non. Et nous serons, encore une fois, humiliés, moqués par le monde entier de ne pas avoir osé forcer le destin de l’histoire pour un véritable changement en Algérie.
A. G.

lundi 27 novembre 2017

Le syndrome algérien

A la question « connaissez-vous le syndrome algérien ? », je n’ai pratiquement pas eu de réponse. En effet, si personne ne semble connaître ce diagnostic, c’est parce qu’il n’existe tout simplement pas. Mais, au point où on en est, en Algérie, sur le plan politique évidemment, il est temps d’y songer sérieusement. Alors, sans plus tarder, faisons une petite digression à propos de ce syndrome qui reste, du moins pour l’instant, une simple vue de l’esprit… d’un esprit probablement dérangé comme on pourrait peut-être me le faire remarquer.
La définition que j’en donne est simple : c’est le fait de s’obstiner, de s’entêter à reconduire la même personne au même poste (politique ou autre) alors que l’on sait que cette personne, du fait de sa maladie au long cours et de sa morbidité, est incapable d’assumer une telle fonction.
En tant que médecin, j’ai longuement réfléchi à cette question et j’ai fini par trouver cette définition qui devrait normalement faire consensus au sein de la communauté médicale nationale.
De ce fait, j’invite tous les confrères algériens et en particulier les psychiatres et les psychologues de se pencher sérieusement sur cette question et d’essayer de classer ce diagnostic dans un cadre nosologique précis. 
Mais, n’oubliez pas que la paternité de ce néologisme, de ce diagnostic qui reste à décrire de façon beaucoup plus approfondie, me revient de droit. Je compte d’ailleurs saisir l’ONDA à cet égard.
En fait, tout ce préambule n’est qu’une forme de plaisanterie. Une plaisanterie qui va peut-être provoquer le sourire de certains, ceux qui ont le sens de l’humour, et l’ire d’autres, l’ire de ceux qui ont largement contribué, par leur comportement irréfléchi, à la possibilité qu’un tel syndrome puisse devenir dans un proche avenir une réalité.
Entrons donc dans le vif du sujet.
Savez-vous qu’en Algérie, il y a pratiquement une soixantaine de partis politiques. Ils activent de façon régulière pour les plus grosses pointures (FLN, RND, FFS, RCD, PT, Jil jadid, partis islamistes) et occasionnellement, à l’approche d’échéances électorales, pour les autres, ceux qu’on appelle les petits partis. Théoriquement donc il y a autant de candidats qui sont présidentiables. Or, quand il s’agit d’évoquer le prochain mandat présidentiel qui aura lieu en 2019, tous les regards se tournent vers celui qui occupe actuellement la « chaise » d’El Mouradia. Même les partis qui sont pourtant censés être dans l’opposition trouvent la chose normale. Ou alors, ceux-ci préfèrent pour l’instant garder le silence pour ne pas s’attirer les foudres de guerre des « faiseurs de rois ». Comme si en dehors de cet homme très largement diminué d’ailleurs sur le plan physique et cognitif depuis qu’un AVC l’a fixé sur sa chaise, il n y a point de candidat pouvant assumer la charge présidentielle. On l’a déjà reconduit à cette fonction malgré son handicap. C’était le 4ème mandat pour lequel, nous, en tant que parti politique (Jil jadid), nous avions émis plus que des réserves… Et on compte le reconduire encore et encore pour peu qu’il reste encre en vie. Même végétative.
C’est cette forme d’empathie à un homme qui, du fait de sa longue absence de la scène politique algérienne, n’exerce plus à proprement parler sa fonction présidentielle (admettons cela) qu’on pourrait qualifier de « syndrome algérien ».
C’est cette forme d’aliénation mentale qui semble toucher tous les hommes politiques et tous les partis politiques (à l’exception de quelques uns) que je qualifierai volontiers, personnellement, de « syndrome algérien » même si ce concept n’a pour l’instant aucune existence en tant qu’entité clinique à part entière.

dimanche 15 octobre 2017

Et la parole fut !

Mon dernier message sur Facebook était le suivant : «Quand on n’a rien à dire, le mieux qu’on puisse faire est de se taire.» Certains pensent que le silence en pareille situation vaut de l’or. Car, dans ce post, il est bien évident que l’idée exprimée entre les lignes est en rapport direct avec ce qui se passe actuellement sur la scène politique nationale. Et, le moins qu’on puisse dire, est que la scène politique nationale connaît, ces derniers jours, une certaine effervescence. Il y a comme une sorte de forcing de ceux qui, prenant subitement conscience de la dérive quasi totalitaire du pouvoir qui veut imposer encore le président Abdelaziz Bouteflika en 2019 pour un cinquième mandat, malgré sa condition physique, se mettent à écrire dans les journaux et leurs pages Facebook pour sensibiliser le peuple sur le danger si une telle éventualité venait à se produire.
Le premier homme politique qui s’est jeté dans le bain ou plutôt dans l’arène politique et qui mérite, de ce fait, tous nos respects n’est autre que le chef de file de Jil Jadid, Soufiane Djilali, qui a appelé à maintes reprises à ce que l’article 102 soit appliqué par le Conseil constitutionnel. Il est suivi ensuite (mais avec un style différent) par un autre homme politique, Noureddine Boukrouh. Ce dernier est connu d’ailleurs pour ses écrits très virulents à l’égard du système et pleins d’anecdotes en même temps. Le hic que certains observateurs ou commentateurs de la scène politique nationale n’ont pas manqué de relever d’emblée, c’est que celui-ci a déjà fait partie du système qu’il condamne aujourd’hui avec force. Sans pitié même. La question que d’aucuns se posent déjà est : «Peut-on lui faire confiance et prendre ses conseils pour de l’argent comptant ? Ne représente-t-il pas la tête pensante d’un autre clan qui veut s’emparer du pouvoir ? Et qui prouve qu’une fois au pouvoir, celui-ci, ce clan, ne se comportera pas comme ceux qu’il essaye, aujourd’hui, de forcer à partir ?»
Ainsi donc, comme on le voit, il y a de nombreuses questions qui triturent les méninges et hantent l’esprit des Algériens et des Algériennes, surtout de ceux et de celles ayant vécu les années noires du terrorisme. On a peur de bouger. On a peur de se révolter contre l’ordre établi… On a toujours à l’esprit qu’une révolte même pacifique peut facilement dégénérer et aboutir à une révolution dont le cours sera difficile à maîtriser. Le pouvoir n’ignore pas cela. En plus, il fait sciemment entretenir la confusion entre peur et stabilité. Il y a stabilité parce que les gens ont peur. Ils sont tétanisés. Ni plus ni moins.
La peur des lendemains incertains fait que les Algériens s’accommodent de ce système même si tout un chacun le condamne en privé. «Le roi est mort, vive le roi» n’est pas dans nos traditions et ne semble pas du tout inquiéter ce système qui a encore de beaux jours devant lui. A moins d’une prise de conscience collective de dernière minute sous les coups de boutoir des Boukrouh, Soufiane Djilali et le trio de vieux routiers de la politique dont la dernière sortie médiatique a été une surprise pour beaucoup d’Algériens.
Ces évènements ont fait que je rompe le silence. Que je dise ce que j’avais à dire. Et la parole fut.
A. G.

mardi 6 janvier 2015

Fatwa «âla» Facebook

A mon sens, émettre une fatwa quelle qu’elle soit n’est pas à la portée de n’importe quel homme de religion et encore moins d’un imam dont la seule prérogative est la conduite de la prière dans une mosquée de quartier. Une fatwa requiert des connaissances très approfondies en matière d’exégèse, c’est-à-dire d’explication des textes coraniques et doit être prise de façon collégiale par des savants de l’islam désignés par les plus hautes autorités de chaque Etat musulman. Pour cela, nous avons en Algérie le HCI (le Haut conseil islamique) qui se réunit de façon périodique pour annoncer le début du Ramadhan, le pèlerinage à la Mecque, etc. Les fatwas donc sont de la compétence de ce haut conseil. Et en dehors de ce conseil, nul ne devrait, en principe, être autorisé, habilité à prononcer la moindre fatwa, sinon, ce serait la porte ouverte vers des dérives de toute sorte. Rappelons-nous des années 90 pendant lesquelles des apprentis sorciers n’ayant jamais mis les fesses (excusez-moi le terme) sur les bancs d’une… médersa s’autoproclamaient «fouk’aha» et condamnaient à tort et à travers tout aussi bien les journalistes et les intellectuels que les pauvres villageois qui ne cédaient pas à leur chantage. De ces années-là, je me rappelle personnellement et particulièrement de ce «repenti» qui, excédé sans doute par le comportement anormal, voire pathologique, de ses «frères de lutte» du maquis, leur faussa compagnie et se rendit avec arme et bagage. Montré à la télévision, il ne cessait pas de répéter «charâ allah, hakma allah» tout en mimant la gestuelle de l’égorgeur pour dire à quel point ses «frères de combat» étaient cruels. Presque vingt ans après, ces images d’un homme hirsute, fou de rage, à la limite de l’hystérie et narrant avec précision les hauts faits d’armes (si l’on peut appeler ça comme cela) de ses ex-compagnons sont encore ancrées dans ma mémoire. En fait, ceux-ci n’avaient aucun respect pour la vie humaine. Tout simplement. Dès leur fatwa prononcée, ils passaient à l’acte. A l’exécution. Sommaire. Sans possibilité à leur victime de faire appel. Mais appel auprès de qui ? Auprès de quelle autorité ? Celle du jour ou celle de la nuit pour reprendre ce qu’exprimait, non sans ironie, l’opinion publique tout au long de la décennie noire ? C’était pour ainsi dire l’âge d’or… pas de l’islam, mais de la barbarie. Barbarie qui n’avait pas d’égale dans toute l’histoire ancienne et récente de l’humanité. Les «djihadistes» de Daech et autre groupe Nosra qui terrorisent actuellement les chrétiens de Syrie et les Kurdes paraissent des enfants de chœur par rapport à ceux qui essaimaient nos montagnes et nos maquis. Ces groupes terroristes ont été vaincus militairement. C’est le moins qu’on puisse dire même s’il reste quelques poches résiduelles ici et là. Mais l’idéologie dont ils s’abreuvaient semble toujours active. La preuve vient de nous en être donnée par un certain imam répondant au nom de Hamadache. Quelle mouche donc a piqué cet obscur imam pour émettre une fatwa de condamnation à mort contre l’une de nos plumes littéraires les plus prometteuses du moment ? Vous l’auriez bien deviné, il s’agit de la dernière fatwa via Facebook dont les protagonistes, si j’ose dire, sont l’obscurantiste imam et le journaliste-écrivain Kamel Daoud dont la dernière œuvre littéraire a failli remporter le prestigieux Goncourt. Mais je vous avoue que jusqu’à présent, je n’ai pas encore saisi, pas encore compris la raison principale qui a motivé cette fatwa lourde de sens. Kamel Daoud est qualifié (par cet énergumène d’imam… du dimanche) d’apostat, de mécréant qui «mène une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l'islam». L’on se demande d’où cet imam tient tout cela. Avait-il au moins lu ne serait-ce qu’une seule de ses chroniques sur le Quotidien d’Oran ? Avait-il lu son dernier livre Meursault, contre-enquête ? Un autre aveu, une autre confidence : votre interlocuteur non plus n’a pas encore eu l’occasion de jeter un coup d’œil même rapide sur ce roman que d’aucuns ont trouvé très bien écrit et très bien pensé. La presse d’ici et d’outre-mer n’a, d’ailleurs, pas tari d’éloges sur ce livre, et ce, dès sa parution. Il faut dire que plus de soixante-dix ans après la mort de l’Arabe (dans L’étranger d’Albert Camus), Kamel Daoud a eu l’idée géniale de donner, enfin, un nom et une sépulture à cet Arabe. Est-ce pour cela qu’on veut le tuer, lui, maintenant ? Se taire aujourd’hui devant cette grave atteinte à la liberté d’expression, c’est cautionner, à coup sûr, le retour à la décennie évoquée ci-dessus. Et cela d’autant plus que le pouvoir actuel semble avoir les poings liés par la politique de la réconciliation nationale : à ceux qui sont touchés par cette grâce, il ne peut, apparemment, faire la moindre remontrance. Notre devoir de citoyen est donc de dire stop, halte à ces fatwas prononcées par des illuminés. La société civile dans son ensemble doit s’impliquer pour condamner ce qui est condamnable. Et il va sans dire que pour tout citoyen sain d’esprit et ouvert à la tolérance, à la liberté de conscience, à la démocratie, cette fatwa est condamnable. L’écrivain de Meursault, contre-enquête mérite, de notre point de vue, plutôt notre admiration que notre condamnation.

mercredi 5 mars 2014

Lettre ouverte aux intellectuels algériens.

L’Algérie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Alors, il est très urgent, me semble-t-il, que tout ce que le pays recèle de cadres et d’intellectuels de tous bords s’implique, d’une manière franche et directe, dans le débat politique. Il est admis qu’actuellement, contrairement aux années qui ont suivi l’indépendance du pays, l’Algérie dispose d’énormes potentialités humaines de grande valeur morale et intellectuelle, non seulement en intra-muros, mais aussi éparpillés aux quatre coins du globe. C’est à cette catégorie d’Algériens que je m’adresse, ici, dans cette lettre ouverte, dictée par ma seule conscience d’Algérien jaloux et inquiet en même temps du devenir de son pays. Personne n’ignore qu’un verset coranique stipule ce qui suit : «Dieu ne changera rien dans la situation des hommes s’ils ne changent pas ce qui est en eux» (Coran, Ar Ra’ad, Le tonnerre, sourate XIII-verset 11).
Partant de ce principe si simple dans son application, il m’a semblé très utile de m’adresser, par le biais de cette lettre ouverte, à vous, mes chers compatriotes, car je sais pertinemment, qu’ensemble, par nos interventions publiques à travers les médias nationaux et pourquoi pas aussi ( ?) étrangers, nous arriverons facilement à renverser la vapeur et à détourner le cours de l’Histoire de l’Algérie qui s’oriente tout doucement mais inexorablement vers une catastrophe. Jugez-en.
L’Algérie a plus de cinquante ans d’indépendance. Ce n’est peut-être rien à l’échelle de l’Histoire. Mais, faut-il le reconnaître, c’est l’âge adulte pour un peuple qui a eu à mener l’une des plus grandes et des plus glorieuses guerres du siècle passé. C’est même beaucoup pour un peuple qui aspirait, dès l’indépendance acquise, à construire un Etat-nation avec des valeurs démocratiques héritées de son combat libérateur, valeurs démocratiques écrites noir sur blanc par des hommes lucides et intègres de ce pays lors du Congrès de la Soummam. Avec le temps, force est d’admettre que ces valeurs se sont délitées à tel point qu’aujourd’hui, le parti, sous la bannière duquel les Algériens de l’ancienne génération s’étaient regroupés pour mettre dehors l’ancienne puissance coloniale, en vient à porter sévèrement atteinte à l’un des piliers de notre défense nationale, le DRS. Mais, le problème ne s’arrête pas là. Il est vrai que cette sortie médiatique du SG du parti auquel on fait allusion ici a été sévèrement réprimée par des hommes et des femmes qui restent, malgré tout, attachés aux valeurs de Novembre. Cette déclaration inopportune et provocatrice a fait couler beaucoup de salive et beaucoup d’encre. La presse dans sa globalité, publique et privée, en a fait état régulièrement et pendant plusieurs jours de suite. Elle a même fait réagir, au dernier moment peut-être, un peu tardivement selon certains, le premier magistrat du pays, Abdelaziz Bouteflika, par le biais d’un communiqué lu à la télévision nationale. Et comment pourrait-il en être autrement ? L’on sait très bien que l’homme est malade… et bien malade, incapable même de prononcer le moindre mot du fait des séquelles cognitives liées à son AVC du 27 avril de l’année 2013. Et pourtant, et c’est là que le bât blesse, il se trouve que certains partis politiques, pour des raisons d’intérêts personnels propres à leurs chefs (qui font partie du gouvernement actuel), essayent par tous les moyens illégaux de nous convaincre ou plutôt de convaincre certains Algériens naïfs, et probablement sans culture politique, qu’en dehors de Fakhamatouhou, il n’y a point d’hommes en Algérie capables de relever le défi et par conséquent point de salut pour l’Algérie. Cela est grave.
De ce fait, il me semble qu’il est du devoir des intellectuels algériens, qui sont pour un changement politique pacifique en Algérie, d’apporter la contradiction à ces laudateurs, à ces thuriféraires, en expliquant de façon calme et posée qu’en démocratie, la règle principale est l’alternance au pouvoir, qu’il est temps que l’ancienne génération, qu’on n’a, du reste, jamais cessé de remercier pour sa participation à la lutte d’indépendance nationale, est arrivée aujourd’hui à ses limites tant politiques que physiques et biologiques, et qu’elle doit passer le flambeau à la nouvelle génération. Le président actuel lui-même l’avait reconnu, lors de son fameux discours du 8 mai 2012, à Sétif, en disant, texto, en dialecte algérien, «ma génération tab djenanha». Quand un président en arrive à tenir, publiquement, un tel langage, cela veut tout dire. Et cela, bien avant qu’il ne tombe gravement malade. Sa maladie, son handicap physique, sa disparition de la scène politique, hormis quelques séquences vidéo montées avec bricolage et amateurisme et qui, malgré tout, montrent un homme au regard hagard, figé dans la position décrite dans les livres de médecine de «le malade fuit sa paralysie et regarde sa lésion», ne sont pas faits pour arranger les choses. Toujours est-il qu’à cette occasion nous lui réitérons notre vœu sincère de le voir complètement rétabli et nous lui souhaitons longue vie au milieu de ses proches et de sa famille. Mais accepter que le pays soit gouverné pour les prochaines cinq années par un tel homme est un non-sens, je dirai même une insulte à ce peuple qui a vaincu le colonialisme français et le terrorisme islamiste. Beaucoup d’Algériens sérieux et sincères, qu’ils soient au fait de la chose politique ou simple profanes, réclament, aujourd’hui, l’instauration de la 2e République. Que cela soit. Que la 2e République naisse en ce 17 avril 2014 sans forceps et sans césarienne. Sans souffrance et sans effusion de sang.
Abdelaziz Ghedia, membre fondateur de Jil jadid
 

mercredi 13 février 2013

Essai de déconstruction du mythe de « choc des civilisations » (2)

De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à la chute du mur de Berlin, les deux blocs, Est et Ouest, se faisaient face, en chien de faïence, et « l’équilibre de la terreur » était assuré et faisait le reste…c’est-à-dire rien. Mise à part l’histoire des missiles russes déployés à Cuba en 1962 qui avait failli provoquer un conflit nucléaire entre les deux superpuissances (Etats-Unis et URSS), il n’y a pas eu, à proprement parler, de problèmes très sérieux pouvant conduire à la rupture de cet équilibre. A noter que cette décision des soviétiques avait été prise à la suite de l’affaire dite de « la baie des cochons » pendant laquelle des opposants cubains au régime de Fidel CASTRO avaient été largués à cet endroit par l’armée américaine. Leur but : renverser Fidel Castro.
Mais, sans entrer dans les détails de cette opération clandestine menée par les Etats-Unis (ce qui, du reste, n’est pas l’objectif de cet écrit), disons que celle-ci s’était soldée par un fiasco total. L’on sait que les américains, à l’époque, étaient très allergiques (et le mot n’est pas très fort) à l’idéologie communiste et acceptaient mal le fait que Cuba soit imprégnée de cette idéologie. D’où d’ailleurs cette citation qui fait de Cuba « l’île si proche des Etats-Unis et si loin de Dieu ». Plus d’un demi-siècle après cette affaire, Cuba est toujours idéologiquement très à gauche pour ne pas dire communiste, ce dernier terme ayant, entre temps, perdu de son aura, et les Castro toujours au pouvoir ! Fidel est très âgé et malade, mais Raul est très fidèle. Simple jeu de mots qui dénote d’une situation politique si fréquente sous nos latitudes musulmanes où le pouvoir est parfois légué en héritage (cas de la Syrie où le fils a littéralement remplacé au pied levé son père) mais qui fait fausse note au pays de la salsa. En effet, culturellement parlant, cette pratique de passation de pouvoir n’aurait pas dû avoir lieu dans un pays, Cuba, qui, malgré tout, appartient à l’Occident.
La fin de la guerre froide ne pouvait donc qu’engendrer, de la part des penseurs et des intellectuels états-uniens une autre conception du monde qui puisse leur permettre de sauvegarder leur hégémonie économique, politique, militaire et culturelle sur le monde. Il fallait donc, coûte que coûte, créer un ennemi. Mais un ennemi qui fasse consensus au sein de l’opinion publique de l’Occident. Et qui, mieux que l’Islam, pourrait faire ce consensus ? L’on comprend donc que S. Huntington, dans le but certainement de ne pas trop froisser le monde musulman, a, pour le besoin de son livre le « choc des civilisations », répertorié plusieurs civilisations susceptibles, dans les prochaines années, d’entrer en conflit avec l’Occident. Mais, c’est le monde musulman qui se taille la part du lion dans ce que, personnellement, je n’hésiterai pas à dire ses « élucubrations ». Pour appuyer sa thèse, S. Huntington revient de façon persistante ou plutôt insistante sur la culture qu’il assimile à civilisation. Or, de notre point de vue, il n’y a aucune ressemblance entre, par exemple, la culture de l’Afghanistan et celle du Maroc, deux pays appartenant à la sphère arabo-musulmane mais se trouvant l’un et l’autre aux extrémités opposées de ce monde. Au Maroc et dans les autres pays maghrébins (Algérie, Tunisie…) qui sont des pays du pourtour méditerranéen, la culture est de type méditerranéen et à même tendance à s’occidentaliser du fait de la proximité de l’Europe, des mouvements de personnes qui se font dans les deux sens à travers cette mer intermédiaire qu’est la méditerranée et, à ne pas négliger aussi, du fait de la réception des programmes de télévisions qui, d’une façon ou d’une autre, influent sur le processus culturel en cours dans les pays sus cités. La culture n’est jamais figée. Dans tous les pays, elle évolue, elle fait du troc en quelque sorte avec son environnement le plus proche en exportant ses modèles et en important d’autres. C’est ainsi qu’il n’est pas du tout étonnant de savoir, par exemple, que sur le plan culinaire, le couscous algérien est très apprécié des français et pourrait devenir, dans un avenir pas très lointain, un plat national français au même titre que la bouillabaisse marseillaise ou le bœuf bourguignon.
C’est surtout pour détendre l’atmosphère que j’ai cité, ici, le couscous. Par expérience, je sais que les français en raffolent, contrairement aux belges qui s’accrochent à leur « frites moules » comme le naufragé à sa bouée de sauvetage ! En revanche, la baguette de pain à la française a été adoptée dans l’ensemble des pays du Maghreb même si, ces derniers temps la galette revient en force dans certains foyers algériens.
Dans le monde musulman, les cultures sont si nombreuses et si différentes les unes des autres que l’Algérien, par exemple, est, culturellement beaucoup plus proche du marseillais que du pachtoune ! Voila pour l’anecdote.
Mais, nous ne devons pas pour autant oublier que la culture ne se résume pas seulement à l’art culinaire. Elle représente aussi les coutumes, le savoir faire, les traditions et tout un tas de choses qui différencient les sociétés humaines les unes des autres. Et sur ce plan-là, il est évident que certaines choses qui sont admises facilement ici, peuvent ne pas l’être ailleurs. Souvent pour une question de morale. L’une des raisons qui fait que les musulmans sont mal vus, mal considérés et parfois même traités d’obsédés sexuels, par exemple, est le maintien, dans les différents « codes de la famille » des pays musulmans, de la polygamie. Cette question revient de façon récurrente dans tous les forums de discussion lorsque l’Islam est évoqué. Pourtant, cette pratique est toujours en vigueur chez les mormons, aux Etats-Unis, le cœur même de l’Occident. Certainement, il ne vient à l’esprit d’aucun occidental de se lier conjugalement et légalement à trois ou quatre femmes en même temps, mais cela ne l’empêcherait pas, le cas échéant, de cumuler le nombre de ses conquêtes et donc de ses concubines. En occident, cela s’appelle « être un Don juan ». Comme si le mot polygamie n’existait pas dans le lexique des différentes langues occidentales. Evidemment, si ce terme est évité, c’est par ce qu’il est choquant et véhicule une connotation péjorative qui ne sied à merveille qu’au musulman. Mais, ce que l’homme occidental ignore peut-être, c’est que, du point de vue de la religion musulmane, les conditions posées aux hommes intéressés par la polygamie sont tellement draconiennes que cela finit, fatalement, par dissuader plus d’un. Cela sans préjuger des conditions matérielles de la vie qui deviennent de plus en plus difficiles. Tout compte fait donc, les adeptes de cette pratique qui, assurément, fait fantasmer beaucoup d’hommes, ne sont pas légion au Maghreb ou ailleurs dans le monde musulman. Et d’ailleurs, avec l’émancipation des femmes qui accèdent de plus en plus aux études universitaires et qui, pour certaines d’entre-elles, activent même dans la société civile et particulièrement dans les mouvements féministes, la polygamie est condamnée à disparaître. Ce n’est qu’une question de temps. La Tunisie, par exemple, a, incontestablement, une longueur d’avance sur les autres pays musulmans puisque, du temps de Habib Bourguiba, la polygamie avait été abrogée du « code de la famille » tunisien. Espérons qu’avec le retour des islamistes ‘Ennahda’ au pouvoir, conséquemment à « la révolution du jasmin », celle-ci ne sera pas de nouveau inscrite dans les tables de la loi. Sans m’attarder encore plus sur la polygamie, disons que chaque culture a ses avantages et ses inconvénients. Mais rien n’est immuable. Tout est susceptible de changer. Avec la volonté des hommes…et des femmes bien sûr.
Chaque peuple, chaque société humaine prend de la culture des autres ce qui l’arrange et jette dans le caniveau ce qui ne correspond pas à sa conception de la vie. Ainsi, les interactions culturelles sont toujours à l’œuvre, toujours en cours. Mais, je répète encore, ce qui est valable et acceptable sous certains cieux peut provoquer des réticences si ce n’est un rejet pur et simple ailleurs même au sein de pays appartenant à la même sphère culturelle. Et là, il me vient à l’esprit la question qui fait jaser actuellement beaucoup de français et de françaises : le mariage pour tous ! Quelle trouvaille ! Cette question a été débattue de long en large même au niveau du parlement français. Mais, entre nous, cette question méritait-elle vraiment un débat au parlement ? Loin de moi l’idée de donner des leçons à l’Occident (et la France en fait partie), mais avec une telle loi, si elle venait à être promulguée par les « sages », c’est le déclin garanti de l’une des civilisations occidentales. Ce paradigme occidental, si on peut appeler ça paradigme, est démographiquement improductif et moralement condamnable. Le législateur français ne devrait pas, à notre sens, sous prétexte de respecter les libertés individuelles, tomber dans ce piège.
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J’ai peut-être abusé un peu de votre temps en insistant sur certains aspects culturels de l’Occident (mariage pour tous) et des musulmans (polygamie) et cela pour être autant que possible en phase avec S.Huntington qui, lui aussi, ne l’oublions pas, a bâti pratiquement toute sa théorie du « choc des civilisations » sur ces aspects-là. S. Huntington « voyait la planète non comme un assemblage de nations, mais comme un puzzle composé de cultures et de systèmes politiques qui n’en sont pas au même stade d’évolution ».3
Non, expliquer les conflits actuels ou à venir entre les différents peuples uniquement en partant d’une soit disant différence culturelle ne tient pas pour longtemps la route. Le problème est beaucoup plus sérieux et plus grave que ça. Il n’est plus idéologique, certes. Mais, il n’est pas non plus uniquement d’ordre culturel. Le drame des pays musulmans, c’est que, géographiquement, ils sont situés dans une zone qui attire les convoitises de part sa richesse en matières énergétiques (pétrole et gaz).
Le nerf de la guerre est l’argent, dit-on.
L’Irak a été envahi par les américains, sous un faux prétexte, (faut-il le rappeler encore ?) pas parce que sa culture (qui est millénaire contrairement à celle des Etats-Unis qui est toute récente) est incompatible avec celle de l’Occident mais parce que son sous sol recèle de gigantesques réserves en pétrole et parce que aussi, du point de vue politique et diplomatique, il faisait partie du « front du refus », ces pays qui s’opposaient à la paix avec Israël. Il était l’un des pays à tenir tête à l’Etat d’Israël et par conséquent à l’oncle Sam et à l’Occident dans tout son ensemble. C’est à se demander comment cette si simple vérité a pu échapper au théoricien du « choc des civilisations » qu’était S. Huntington. Ah, pardon, c’est une erreur de ma part. Le « choc des civilisations » a précédé de quelques années « le choc et l’effroi » !
3- http://www.france24.com/fr/20120917-youtube-le-choc-civilisations

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...