jeudi 21 mai 2026

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

 

Début des années 90.

Pour des raisons d’ordre social, j’avais délaissé ma carrière hospitalo-universitaire à Alger et préféré être muté à l’hôpital de Bordj Bou Arreridj. La mission médicale d’un pays de l’Est qui y exerçait venait de partir et l’hôpital s’est retrouvé du jour au lendemain sans aucun médecin spécialiste. Un médecin généraliste était affecté au service de chirurgie où il n’y avait... qu’une seule malade présentant une complication post opératoire à type de traumatisme de la voie biliaire principale. Jaune comme un citron (ictérique), elle fut reprise immédiatement, dès notre prise de fonction dans cet hôpital. Je vous épargne des détails de l’intervention chirurgicale, mais elle eut une évolution très favorable. Bien sûr qu’aucun chirurgien n’est à l’abri d’une complication post opératoire, mais selon les informations que nous avons eues, une fois sur place, le niveau de ces chirurgiens laissait à désirer mais il fallait se taire pour ne pas provoquer d’incident diplomatique ! C’était, en tout cas, le langage du directeur de l’hôpital de l’époque. Par ailleurs, les autorités de la ville nous avaient grandement facilité la tâche en mettant à notre disposition des logements “personnalisés” et cessibles à la fin de notre contrat qui était de trois ans.

Nous étions deux chirurgiens issus de la même école et de la même promotion : la CCA du Professeur Mentouri (paix à son âme).

Pour revenir un peu en arrière, c’était d’ailleurs une femme, maître-assistante en chirurgie, originaire de cette région qui nous avait conseillé cet hôpital. Son frère, un homme d’un certain âge, à quelques mois de la retraite, y exerçait en tant qu’économe. Et c’était lui qui nous avait reçu et présenté au directeur de l’hôpital à notre arrivée à Bordj-Bou-Arreridj : sa sœur l’avait prévenu par téléphone pratiquement à l’heure où nous avions pris la route à partir de l’hôpital Mustapha d’Alger. C’était par une belle matinée du mois de novembre. La RN 5 était moins fréquentée à l’époque ou en tout cas il y avait moins de véhicules et moins de “dos d’âne” que de nos jours et les gens pouvaient circuler même de nuit. Le terrorisme et les faux barrages n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Bien que je sois moi-même originaire de l’Est algérien, je ne connaissais pas la route. A vrai dire, même si j’avais fait la route plusieurs fois quand j’étais enfant (il m’arrivait alors, dans les années 70, d’aller passer les vacances au Bled), je le faisais de nuit et par train.

Quant à la ville de Bordj- Bou-Arreridj (qui venait d’être promue chef-lieu de wilaya (préfecture)), elle ne représentait dans mon imaginaire qu’un relais routier où les voyageurs, de nuit comme de jour, s’arrêtaient pour remplir leurs panses de brochettes d’agneaux et autres rognons blancs. En effet qui ne connaît pas ou n’a pas entendu parler d’El Achir ? El Achir est la plaque tournante si j’ose dire de la viande en Algérie. Le village compte plus de boucheries et de restaurants au Km2 que nulle part ailleurs en Algérie ! C’est très simple, sur les deux côtés de la route qui traverse le village, à chaque boucherie succède... une boucherie.

En fait, dès que nous avions signé le PV de notre installation dans cet hôpital, nous nous sommes mis à la tâche, dans le bain si j’ose dire. Entre les interventions pratiquées dans le cadre de l’urgence et celles de la chirurgie dite « froide », c’est-à-dire des malades programmées, nous n’avions pas de répit. Jusqu’à douze à quatorze malades étaient opérés quotidiennement et cela toutes pathologies chirurgicales confondues (biliaire, Kystes hydatiques du foie, pathologie thyroïdienne, etc…). Avec ce rythme infernal, avec ce temps passé au bloc opératoire et à la surveillance post opératoire des malades, il ne me restait pas, personnellement, du temps à consacrer à autre chose et encore moins à la lecture de livres de littérature.

Une décennie s’était écoulée ainsi. Comme dirait un Espagnol : trabajo, trabajo.

Pourquoi je raconte tout cela ? 

Juste pour dire que dans cette ville de l’intérieur du pays où il n’y avait, à l’époque, ni librairie ni bibliothèque, l’idée de lire n’effleurait même pas notre esprit. Pour tout dire, on ne lisait même pas la presse quotidienne. En fait, littérairement et littéralement parlant, nous étions coupés du monde. Est-ce parce que nous le voulions ? Que non ! Nous n’avions pas le choix. Tout simplement. Nous étions trop occupés ; tout le temps au chevet de nos malades. Je rappelle que durant cette période de service public (un peu plus de 3 ans pour votre interlocuteur), nous n’étions que deux chirurgiens pour une Wilaya de plus de 500.000 âmes et cela sans compter les malades qui, de leur propre chef ou évacués des autres hôpitaux publics des wilayas limitrophes (M’sila et Sétif), affluaient régulièrement chez nous. 

S'ensuit alors une traversée du désert d’ordre culturel qui n’a pris fin qu’au début des années 2000 et le début de l’avènement d’Internet dans les villes et les grandes agglomérations urbaines de l’Algérie profonde. De ce point de vue, Internet a été plus qu’une fenêtre ouverte sur le monde. C’était une bouffée d’oxygène.

L’Internet nous a permis de rompre la routine. Progressivement, on commençait à se familiariser avec cette nouvelle technologie de l’information et de la communication, les NTIC en abréviation. Et, pour l’anecdote, ce mot à une consonnance particulière. Dans le milieu de la jeunesse algérienne quand quelqu’un dit “je suis n’tic”, cela rime avec “ je suis bien”, “je me sens bien dans ma peau”. Et effectivement, avec l’Internet, dans les cybercafés dans un premier temps, ou à domicile ensuite, c’était l’impression de tout un chacun. Du moins de ceux qui s’y intéressaient.    

Rapidement, nous sommes passé de l'écriture au stylo à bille sur papier à l’utilisation des touches sur clavier, les yeux rivés sur l’écran du PC ; Le mien, mon premier PC je veux dire était un Pentium 2 que me disputaient d’ailleurs assez souvent mes enfants pour leurs jeux et autre “travail de recherche” exigés par les instituteurs de l’école ou professeurs du collège (quand c’était l’aîné qui réclamait le PC). Ce n’est que tard, le soir, lorsque les enfants sont déjà au lit que je profite de cette merveille de la technologie. Je surfais alors d’un site à l’autre. Des sites d’informations politiques à des sites de médecine ou parfois de littérature. C’était ainsi pratiquement tous les soirs malgré les remontrances et les remarques, parfois désobligeantes, de ma femme qui trouvait que je passais beaucoup de temps en connexion. Jusqu’au jour où je tombe sur une plateforme algérienne de blogs. De création récente, elle s’appelait “dzblog” et donnait la possibilité à tout le monde d’avoir, gratuitement, son blog, son espace de création artistique ou littéraire. Rappelons qu’à l’époque déjà, la définition que l’on donnait de ce terme d’origine anglo-saxonne est “journal intime que l’on met à la disposition du public”. Du moins, c’est cette définition que j’ai trouvé, personnellement, pertinente et qui, d’une certaine manière, me donnait le courage d’étaler sur la Toile mes pensées sans aucune retenue. J’écrivais, en fait, ce que je pensais. Sans aucun complexe. Cela ne plaisait certainement pas à tous les lecteurs mais, de toute façon, ceux-ci étaient libres de laisser des commentaires ou des critiques acerbes. Je l’acceptais. Je ne passais pas la gomme électronique sur ces commentaires ; il ne me venait pas à l’esprit de jouer le censeur de la pensée. Et encore moins, je ne bloquais personne comme il arrive souvent, de nos jours, sur les réseaux sociaux. A vrai dire, censurer ou bloquer quelqu’un ne m’a jamais traversé l’esprit. Pour moi, Internet a donné la possibilité à tout le monde de s’exprimer, Internet a démocratisé et libéré la parole, il fallait donc respecter cette technologie.

Il est vrai que beaucoup d’intellectuels, parfois de hauts rangs même, ont, à un moment ou à un autre, fustigé cette technologie à cause justement de ce point précis : tout le monde y a accès. Cela ne plaisait pas à Umberto Eco, par exemple, qui avait dit que « « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel ».

Disons, pour résumer ce que je viens de dire concernant cette période des années 2000, que l’avènement de l’Internet à Bordj-Bou-Arreridj fut très bien accueilli, non seulement par votre interlocuteur, mais sans doute par toute la population, majoritairement jeune et ouverte sur la modernité et la technologie, et l’ensemble des médecins en particulier et de tous les intellectuels de la région de façon générale.

Ma rencontre avec Albert Camus

 

A la fin de l’année 1984, j’ai terminé mon année d’Internat. A l’examen pour l’accès au Résidanat, je fus reçu. Mon choix s’était porté alors, sans aucune hésitation, sur la chirurgie générale au service CCA du CHU Mustapha dont le patron était le Pr MENTOURI. Dès lors, j’avais mis tous mes livres de littérature dans un placard de la maison familiale pour ne m’occuper que de mes cours d’anatomie et de pathologie. Dans ce placard s’entassaient pêle-mêle, les auteurs français dont Albert Camus et les auteurs russes dont le chef de file était, évidemment, Fiodor Dostoïevski. Tous enfermés dans ce même Goulag pour ainsi dire jusqu’à nouvel ordre. Du moins jusqu’à ce que l’un de mes frères, universitaires ou encore au lycée oseraient les libérer pour les lire et en tirer quelques bénéfices.

 En chirurgie, dès la première année, il fallait être à jour aussi bien sur le plan théorique que pratique. Après les cours magistraux, je continuais à fréquenter, assidument, la bibliothèque de la Fac centrale où je restais parfois jusqu’à une heure tardive du soir. En fait jusqu’à ce que le bibliothécaire se mettait à éteindre et rallumer les lumières pour nous signifier que c’était bien l’heure de la fermeture. Je ramassais alors à la va-vite mes documents, je rangeais l’EMC à son emplacement habituel et je sortais d’un pas pressé de la bibliothèque pour rejoindre les arrêts de bus, en face de la Fac. Je n’avais pas intérêt à trainer à Alger, qui, de toute façon, à cette heure-ci (21h) commençait à se vider de ses visiteurs.  

Les études de médecine et particulièrement dans certaines spécialités médico-chirurgicales ne sont pas de tout repos. Entre le bloc opératoire, la consultation, la visite des malades en compagnie du patron et de tout le staff médical, et les colloques bi-hebdomadaires, on n’avait pas de temps libre à consacrer à autre chose. En fait, le seul “truc” que je pouvais me permettre, c’était de lire la presse quotidienne du soir. Au sein même de l’hôpital Mustapha où j’étais résident, il existait un petit kiosque où je pouvais acheter des journaux et lire un petit peu. Du moins m’informer un petit peu de ce qui se passait, en Algérie et dans le monde, sur le plan politique. En fait, ma philosophie était simple : c’est bien beau d’être chirurgien mais il ne fallait pas s’abrutir en négligeant la vie politique et socio-culturelle du pays. 

C’était pratiquement le moment favori de ma journée ; particulièrement après trois ou quatre heures passées au bloc opératoire. 

Rappelons qu’à l’époque, vers la fin des années 80, l’Algérie venait de vivre les évènements dramatiques du 5 octobre 88, évènements à la suite desquels le pouvoir en place libéralisa la presse et autorisa la création de partis politiques. Nous étions alors sous le règne de feu Chadli Bendjedid. Du jour au lendemain donc une flopée de journaux vit le jour. Cela faisait le bonheur des lecteurs… et de votre interlocuteur dont les éditoriaux du journal “Horizon” ou du “Matin d’Algérie” ne le laissaient pas indifférent. 

Qualifié par certains de “chahut de gamins”, le 5 octobre réussit tout de même à changer quelque peu la donne sur le plan politique. Le pouvoir en place, fut contraint de lâcher du lest en autorisant l’ouverture du champ politique et par conséquent la création “d’associations à caractère politique” et l’émergence d’un presse diversifiée et libre quant au contenu qu’elle proposait aux Algériennes et aux Algériens. Malheureusement, cet intermède d’air frais qui souffla sur l’Algérie ne dura pas longtemps. En effet aux élections législatives de 1992, le parti politique FIS rafla la mise. Il était évident que cela ne devait pas arranger les tenants du véritable pouvoir. Vite fait, les élections sont annulées, le processus électoral est interrompu malgré les injonctions venant d’outre-mer. A vrai dire du président français, François Mitterrand, en personne. Son “Il faut que” est resté d’ailleurs, pendant longtemps, comme une sorte d’ingérence (dans les affaires algériennes) inacceptable pour la majorité des Algériens qui n’admettaient pas que le pays soit gouverné par des islamistes qui, quelques semaines avant cette” victoire électorale” juraient de mettre fin à l’expérience démocratique dès leur arrivée au pouvoir. Pour leur porte-parole, Ali Ben hadj en l’occurrence, la démocratie, qui est un concept occidental, était Kofr et qu’en dehors de la Loi divine, la “Chariâ”, il n’y a rien qui vaille !        

Quittons le domaine politique et revenons à la chose littéraire.

Dans ce texte, j’essaie de rapporter de manière simple, sans tricherie ni mise en scène exagérée, la succion des évènements qui ont fait que « ma rencontre avec Albert Camus » reste une expérience originale. A ma connaissance, jusqu’ici, aucun des auteurs, algérien ou étranger, qui se sont intéressés à l’œuvre d’Albert Camus ou à la vie de celui-ci, n’a procédé de cette façon là. C’est peut-être un peu naïf de ma part, je dois le reconnaître, mais je pense que c’est bien ainsi ; il est des moments ou même des situations où le fait de savoir sortir des sentiers battus est plus qu’intéressant.      

lundi 2 février 2026

ONU vs "Board of peace".

 Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évènements géopolitiques qui secouent, régulièrement, notre planète. Mais, si elle ne fait pas le travail pour lequel elle a été créée au lendemain de la seconde guerre mondiale, si elle n’arrive pas à régler un certain nombre de conflits qui apparaissent ici et là, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie, est-ce parce qu’elle manque de moyens matériels, de volonté politique ou est-ce cela serait-il dû à d’autres parties ?

C’est cette question qu’il faut se poser d’abord avant de dire que l’ONU est obsolète et qu’il faut donc la mettre aux oubliettes de l’histoire. Certes, elle mérite d’être réformée, elle mérite d’être rénovée, elle mérite plus qu’un toilettage ou qu’un simple replâtrage. Il faudrait peut-être revoir son architecture et son fonctionnement de fond en comble et apporter éventuellement les correctifs nécessaires aux failles qu’on aurait découvert.

En réalité, si l’ONU éprouve des difficultés à solutionner certains problèmes, ce n’est pas par manque d’imagination des diplomates et de ses hauts fonctionnaires (qui y siègent) ni par manque de solutions à proposer mais c’est parce que les résolutions qu’elle prend au niveau de son Assemblée générale sont souvent rejetées par le Conseil de sécurité dont les 5 membres permanents qui le composent disposent du véto.

Pas besoin d’être un diplomate chevronné ou issu d’une grande école de politique pour comprendre le fonctionnement de l’ONU. L’ONU fonctionne de façon très simple : les problèmes d’ordre conflictuel sont d’abord posés à l’AG qui essaie de trouver la ou les solutions adéquates qui arrangeraient les parties en conflit et elle les soumet ensuite au Conseil de sécurité et c’est à ce niveau là qu’il y a généralement obstacle. C’est à ce niveau là et seulement à ce niveau là


qu’il y a souvent anguille sous roche : par l’utilisation du véto par l’un ou l’autre de ces membres permanents.

N’entrons pas dans les détails des causes ou des raisons ayant poussé à ce véto. Tant que le monde est constitué de blocs, de grands ensembles, de coalitions ou de tout ce qu’on voudra dire, tant que les idéologies et les intérêts des uns diffèrent de ceux des autres, tant qu’il y a encore et toujours des causes justes à défendre, tant qu’il y a encore des peuples non autonomes ou sous domination d’autres peuples, cela continuera ainsi. Que l’on veuille ou pas. Le véto sera toujours brandi. Le véto est une épée de Damoclès suspendue sur la tête des pays que l’on veut détruire. Ainsi, les problèmes restent-ils toujours pendants. Et les peuples concernés toujours souffrants.

Tout le problème est là, nous semble-t-il. En fait, pour être plus précis et plus direct, il convient de dire que ce n’est pas qu’il nous semble mais c’est l’évidence même. De notre point de vue donc, réformer cette organisation consisterait d’abord à supprimer ce droit de veto. Il faudrait instaurer le système très simple d’«un pays, un vote» aussi bien à l’AG qu’au CONSEIL DE SÉCURITÉ. Tous les pays devraient être égaux aussi bien en devoirs qu’en droit.

Mais de là à songer à remplacer cette organisation, qui rassemble, mine de rien, tous les pays de la planète, par ce que le président américain, Donald Trump, vient d’exposer et peut-être même avec l’idée d’imposer son «Board of peace», c’est courir le risque de voir s’établir la loi de la jungle, la loi du plus fort. Et dans ces conditions, les pays faibles seront des laissés pour compte. Les pays faibles ne seront que du menu fretin pour les requins !

Cette «ONU bis», telle qu’elle est présentée par Donald Trump ne semble pas intéresser grand monde. Et cela pour des raisons très objectives : cela ressemble, dès le départ, à une sorte de club privé où il faut montrer patte blanche pour y entrer. Et au moindre pépin, les «Body guard» interviennent pour vous faire sortir manu militari.

Enfin, pour terminer il est logique de penser et de dire qu’un clone ne pourra jamais remplacer la copie originale même si celle-ci, du fait de l’épreuve du temps passé, soit quelque peu jaunie.

jeudi 22 janvier 2026

Le discours de Donald Trump au Forum de Davos

 Les commentateurs politiques rapportent que le discours de Donald Trump, ce 21 janvier 2026, au Forum mondial de Davos, n’a pratiquement ni tête ni queue. En fait, si on devait utiliser une métaphore pour décrire ce discours, l’on pourrait dire que le président américain, lors de ce long discours, sautait du coq à l’âne. Un discours improvisé où il a été beaucoup plus question de son désir de s’emparer du Groenland. D’une manière ou d’une autre. De gré ou de force.

Évidemment, il n’a pas été jusqu’à utiliser ces termes, mais c’est ce qui ressort, en filigrane, de son discours axé principalement sur cette question.

Pourquoi ce grand iceberg qui, jusqu’ici, relève de la souveraineté du Danemark intéresse-t-il à ce point Donald Trump ? Pour en faire un lieu de villégiatures aux richissimes Américains et autres Émiratis à l’instar de son projet de riviera à Gaza ? Que non !

Mais, une petite digression avant de répondre à la question.

Il semblerait que, suite à la réaction des premiers concernés à savoir les Palestiniens, et devant la levée de boucliers de certaines ONG et de certains intellectuels de bonne conscience, ce dernier projet soit tombé à l’eau. En tous les cas, son promoteur n’en parle plus.

En fait, la réponse à la question est toute simple.

Sous la calotte glaciaire de cet énorme iceberg, d’énormes ressources naturelles en pétrole, gaz et autres terres rares s’y trouveraient. Sauf que leur exploitation, de l’avis des experts en la matière, ne serait pas si facile que cela. Seule une puissance économique, une puissance qui détient les pétrodollars en abondance et une technologie avancée en matière d’extraction de minerais dans des conditions météorologiques épouvantables pourrait peut-être le faire. Donald Trump qui aime les risques et qui ne parle et ne jure que de/par l’argent voudrait tenter sa chance. S’il réussissait à faire cela, l’Amérique lui serait reconnaissante et son buste serait gravé sur le mont Rushmore aux cotés des pères fondateurs des États-Unis. Et ce serait plus honorifique, même à titre posthume, qu’une médaille en or délivrée par le comité du prix Nobel de la paix. Et, de toute façon, cette médaille est déjà dans son bureau, à la Maison-Blanche. Son récipiendaire, la Vénézuélienne Machado, la lui a concédée, en guise de reconnaissance et de remerciement pour avoir mis fin au «régime» de Nicolas Maduro. Ce qui est pourtant contraire au règlement de l’auguste institution norvégienne.

Mais est-ce que c’est la seule préoccupation de Donald Trump quant à l’envie de faire main basse sur un territoire dont la population tient énormément à son indépendance, à son mode de vie autarcique et sa culture ancestrale ?

Évidemment que non !

La principale raison de tout ce tapage médiatique, de toutes les menaces proférées contre certains pays européens qui s’y opposent ou qui font juste semblant de manifester leur opposition à ce projet de Trump est d’ordre géostratégique. En effet, ce «bout de glace» occupe un endroit stratégique pour la navigation entre les continents eurasiatique et américain. L’occuper, c’est, à coup sûr, couper l’herbe sous le pied d’autres nations qui le convoitent aussi : Russie et Chine.

Une chose est sûre : ce discours, tant attendu, acte d’une manière on ne peut plus claire l’éclatement du monde occidental. Les Américains ont longtemps berné les Européens avec leur concept de «Choc des civilisations» et voilà que maintenant, pour des raisons bassement matérielles, ils leur tournent le dos pour ne pas dire qu’ils se retournent carrément contre eux.



lundi 20 octobre 2025

Le prix Nobel a-t-il encore de la valeur ?

Il rêvait du prix Nobel de la paix. Et il était sûr de lui, sûr de l’avoir, ce prix. C’est raté ! Peut-être l’année prochaine… Ou en posthume ? Car, le gars est déjà âgé et commence à avoir des soucis de santé. 
De qui s’agit-il, pourraient me rétorquer les gens qui ne sont pas en phase avec l’actualité politique du monde ? Pourtant, c’est très facile à deviner : le président des Etats-Unis, Donald Trump. 
Mais, n’étant personnellement ni politicien ni spécialiste en géopolitique, je me pose une question bête : comment pourrait-on lui discerner ce prix alors qu’il serait, peut-être, tout autant responsable que Benjamin Netanyahou dans le génocide du peuple palestinien (de Gaza) ? Il se targue d’avoir arrêté des guerres alors qu’en réalité ce serait lui qui entretiendrait le brasier en fournissant des armes aux belligérants. Du moins aux Ukrainiens et aux Israéliens. Pour ces derniers, en sus du soutien diplomatique inconditionnel au sein du Conseil de sécurité de l’ONU avec l’usage systématique du véto.
Deuxième question qui me vient encore à l’esprit : qu’a-t-il fait de bien depuis qu’il occupe la Maison-Blanche pour mériter le prix Nobel de la paix ? Il dit avoir mis fin à de nombreuses guerres et autres conflits à travers le monde. En tous les cas, les vraies guerres, celles qui durent depuis au moins deux ans et qui ont fait des milliers de morts, sont toujours actives. Que ce soit en Ukraine ou à Gaza, les canons tonnent toujours. Et les hommes meurent tous les jours. Et les armes en provenance du pays de l’Oncle Sam ou de l’OTAN (qui est toujours sous domination du même Oncle Sam) ne sont un secret pour personne. 
Autre question qui n’est pas de moindre importance : est-il venu à Charm El-Cheikh, en Egypte, pour signer la paix entre Israéliens et Palestiniens ou pour faire la promotion des armes fabriquées par le complexe militaro-industriel américain ? Habituellement, dans ses discours, il est toujours question de ventes d’armes, d’argent, de bénéfices. Tout ce qui intéresse Donald Trump est comment gagner plus d’argent et, de ce point de vue, on pourrait être indulgent envers lui et compréhensif car il est bien connu que «le nerf de la guerre, c’est l’argent».

En 2018, notre ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar, lors d’une conférence de presse, avait dit que «l’Algérie n’a pas besoin de prix Nobel». Il avait alors provoqué une polémique. Plus que ça, pendant plusieurs jours, il fut l’objet de risée et de moqueries de beaucoup de gens sur les réseaux sociaux. En effet, il est bien connu que c’est surtout dans l’anonymat de ces réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, que les langues se délient et que la critique soit la plus véhémente. En fait, notre ministre avait soulevé le cas du Nobel en sciences et en technologies. Pas celui de la Paix. Pour lui, l’Université algérienne était au top, elle formait des cadres d’excellente facture dans tous les domaines et qu’elle n’avait donc rien à prouver. C’était ça, en gros, le sens de sa plaidoirie, si j’ose dire. 

Aujourd’hui, avec l’attribution de ce prix Nobel à Maria Corina Machado, une opposante au régime de Nicolas Maduro (Venezuela), on ne peut qu’être tout à fait d’accord avec les propos de notre ministre. D’ailleurs, en apprenant cette nouvelle, Donald Trump lui-même a fait le reproche au comité d’avoir fait «passer la politique avant la paix». 

Effectivement, un prix Nobel de la paix ou de toute autre discipline récompensée par cette auguste institution n’a, de nos jours, presqu’aucune valeur, sachant pertinemment que l’attribution relève beaucoup plus de considérations politiciennes que de la valeur intrinsèque de l’auteur qui en est l’heureux lauréat.

samedi 11 octobre 2025

L'Occident, a-t-il encore une once de courage ?

Dans les années 70, lycéens, nous nous racontions l'histoire de l'élève qui a eu la meilleure note en philo. Il s'agissait alors de disserter sur " qu'est-ce que le courage" ? Hanté par sa feuille restée blanche jusqu' au moment où l'enseignant commençait à ramasser les copies, l'élève eut, comme une révélation, une idée géniale. Il griffonna alors à la hâte la phrase suivante : " le courage est de rendre la feuille blanche". Quelques jours plus tard, à la séance de philo, c'était la remise des notes. Le cœur battant la chamade, l’élève attendait la sienne. Elle tardait à venir alors que celles de ses camarades de classe, bien plus studieux que lui, étaient tout juste moyennes. Logiquement donc il s'attendait à un zéro bien rond avec en sus brimades de l'enseignement et les moqueries et les rires sarcastiques de ses camarades. Mais, contre toute attente, sa copie ne fut remise qu’en dernier, et c'était à des félicitations de l’enseignant qu'il eût droit. Car, au lieu de se cantonner à théoriser ce concept comme l'avaient fait ses camarades, il l'avait mis carrément en pratique démontrant ainsi, à son corps défendant, que l'enseignement de la philo ne vaut rien du tout si cette matière n'incite pas l'homme à passer, le cas échéant, à l'action. En effet, il est des moments dans la vie ou théorie et pratique doivent aller de pair. L'une sans l'autre ne vaut rien du tout. L'histoire nous apprend d'ailleurs que, dans la lutte des peuples pour leur indépendance, des révolutionnaires africains (Nelson Mandela, par exemple) ou de l'Amérique latine (Che Guevara) ont eu recours à cette philosophie : de la théorie à la pratique, des discours politiques enflammés à la lutte armée. Il en était de même lors de la guerre d’Algérie. Sans l’engagement sur le terrain de la lutte armée des hommes tels que Abbane Ramdane et Krim Belkacem, qui étaient considérés comme les théoriciens de la révolution algérienne, celle-ci n’aurait pas abouti à l’indépendance. Cette histoire était-elle vraie ou fausse ? Nul ne le savait à l’époque. En tous les cas, elle l’avait l’air d’être véridique et non mythique. Et l’enseignant avait-il raison de noter largement cet élève qui, apparemment, au vu du manque flagrant de son inspiration, séchait allègrement les cours de cette matière ? L’enseignant a du certainement agir en son âme et conscience. Rien ne le forçait à donner une bonne note si rien ne le justifiait. Dans notre classe de scientifiques, beaucoup d’élèves boudaient le cours de philosophie. On estimait que c’était une perte de temps et qu’il fallait plutôt s’occuper beaucoup plus de la physique et des mathématiques dont les coefficients de notation étaient élevés. Mais, une fois le bac obtenu, une fois les études médicales entamées, personnellement, je me suis rendu compte qu’en fait, comme ne cessait de répéter l’enseignant « la philosophie est la mère de toutes les sciences ». De cela, je me rends compte plus aujourd’hui qu’hier et encore plus qu’avant-hier… Rien n’est plus intéressant et remarquable que la philosophie qui, au lieu de se contenter de concepts théoriques, recommande plutôt à l’être, à l’homme, de prendre la voix de l’action. D’entreprendre des actions. Aujourd'hui quand on parle de courage concernant certains hommes politiques ou certains pays qui osent critiquer, du bout des lèvres, l'Etat d'Israël, la moindre des choses qu'on puisse dire est que c'est insuffisant. Largement insuffisant au vu de ce qui se passe à Gaza. Il faudrait penser aussi à passer à l'action en sanctionnant cet État et en l'isolant plus qu'il ne l'est déjà. Si l’enseignant de philo évoqué ci-dessus était encore de ce monde, il donnerait de très mauvaises notes à ces hommes politiques ou à ces pays pour avoir manqué à leur devoir de mettre fin, aussi vite que possible, à l’opération génocidaire menée par Israël à Gaza. La politique sans conscience est une ruine de l’âme. A l’origine, cette sentence concernait la science mais, j’ai pris mes aises de l’extrapoler sur la politique. Car de nos jours, la politique s’est emparée de tous les domaines, y compris de la science. En effet, n’a-t-on pas vu qu’au moment de la crise de Covid-19, il y a à peine quelques années, que la gestion de celle-ci s’était faite, urgemment et contre tout bon sens, toute logique, par les politiques et non par les médecins ? En arabe classique, il y a un aphorisme qui dit, en substance, ceci : si la gestion de telle ou telle chose est laissée à celui qui n’est pas de droit, l’heure est grave. Ma traduction manque peut-être de pertinence mais, grosso modo, l’esprit et la lettre de cet aphorisme ont été respectés autant que faire se peut. Vladimir Lénine avait dit « il y a des décennies où rien ne se passe, et il y a des semaines ou des années se produisent ». C’est cette impression que dégage actuellement l’actualité internationale. Que ce soit en Ukraine, au Proche-Orient et en particulier à Gaza ou plus proche de nous, en France, il se passe des choses tellement terribles que cela risquerait de mettre le monde sens dessus dessous. En fait, le monde, à la minute même où je rédige cette note, n’est pas très loin d’une fin apocalyptique. Est-ce trop pessimiste de dire cela ? Est-ce exagéré d’annoncer de telles prédictions ? Une certaine frange de la population française se trouve actuellement très contrariée par le fait que leur président, Emmanuel Macron en l’occurrence, reconnaisse, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU, à New-York, un Etat palestinien. Il est tout à fait facile, à ceux qui suivent la politique internationale de comprendre à quelle frange de la société française je fais allusion. Dans ma dernière « lettre au peuple français », c’est sciemment que j’ai opté pour un ton mesuré, un ton calme et dépourvu de tout enthousiasme en rapport avec la question palestinienne, pour éviter les interprétations erronées et le risque d’être taxé d’antisémite. Je me suis permis, néanmoins, de conseiller aux mécontents français contre cette décision diplomatique d’essuyer les verres, peut-être enduits de poussière, de leurs montures et d’essayer de voir les choses autrement. Car, à bien y réfléchir, cette reconnaissance profite beaucoup plus à Israël qu’à l’hypothétique Etat palestinien dont les frontières restent à établir : celle d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale ou d’autres frontières à redessiner, ensemble, Israéliens et Palestiniens, dans cette forme de gruyère que sont devenus les territoires palestiniens ? Il est clair que cela, ce bornage des frontières je veux dire, ne va pas être facile et ne manquera pas de soulever de nombreuses contestations des uns et des autres. Cela, en supposant, bien sûr, qu’Israël accepte cette solution à deux Etats, ce qui est loin d’être acquis. La communauté internationale qui s’est exprimé en ce jour du 22 septembre 2025, en faveur de la création de l’Etat palestinien, est donc, d’ores et déjà appelée à prendre ses responsabilités et à veiller à ce qu’il n’y ait pas d’emblée de litige frontalier. Bref, on n’en est pas encore là. C’est ma naïveté politique qui me fait écrire de telles choses, je crois. Onirisme, quand tu me tiens ! Aziz GHEDIA

samedi 17 août 2024

Ukraine : à propos de la contre-offensive

Alors contre-offensive ukrainienne ou pas ? Malgré le manque d’informations à ce sujet, des Ukrainiens eux-mêmes qui ont opté pour la stratégie du silence, l’on sait, de la part des médias occidentaux, que celle-ci a bel et bien débuté, officiellement, le 4 juin, Une date précise. C’est important pour l’histoire. Celle qui sera écrite par les vainqueurs. Une chose est cependant sure, c’est que, sur le terrain médiatique, cette guerre se joue presque à couteaux tirés aussi. A tel point qu’on n’y comprend plus rien. Qui dit la vérité et qui ment ? On ne le saura peut-être jamais. Car, comme il est bien connu, la première victime en temps de guerre, c’est bien la vérité. Cette citation est ancienne. A qui l’attribue-t-on ? Aucune idée pour l’instant, il va falloir peut-être que je fasse appel à notre ami commun ; google. Mais, ce n’est pas l’une de mes priorités pour l’instant. Pour l’instant, je suis vraiment inquiet quant à la tournure que risquerait de prendre cette guerre. Il est vrai que je suis loin du théâtre des opérations et me tenant toujours à ma neutralité mais, comme la majorité du reste du monde, il faut dire que la situation actuelle à de quoi inquiéter. D’autant plus que mes sources d’information (françaises en particulier) sont, à longueur de journée, en effervescence, comme si cette guerre les concernait au premier chef. La contre-offensive ukrainienne dont on attendait beaucoup, n’a, apparemment, pas porté ses fruits. Et cela est dû principalement aux armements très obsolètes, vétustes, qui tombent souvent en panne, livrés par l’OTAN et ses coalisés. Alors, on parle d’une « pause » dans la contre-offensive ce qui permettrait aux FAU de revoir leurs plans et d’ajuster éventuellement leur tactique. De l’autre côté du front, les Russes, eux, ne semblent pas du tout pressés. Ils prennent tout leur temps, attendant que les Ukrainiens veuillent bien se présenter au « hachoir à viande ». En fait, ils savent que le temps joue pour eux. Il est clair que le temps joue en leur faveur. Car plus le conflit dure et plus les Ukrainiens et ceux qui les aident inconditionnellement commencent à s’affoler, à perdre espoir quant à l’issue de cette guerre et seront donc amenés, par la force des choses, à jeter l’éponge. Les Russes jouent maintenant sur l’aspect psychologique des choses. En effet, la guerre ne peut être gagnée que par celui qui a un mental fort, une résilience inébranlable devant l’adversité. Sur ce plan-là, les Russes n’ont rien à démontrer. Ils sont taillés dans le marbre. Voilà, résumé, ce qu’on a compris et ce qu’on peut dire après plusieurs jours de suivi de cette guerre sur les chaines de télévisions occidentales.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...