
Faisons un petit rappel historique avant d’entrer dans le vif du sujet.
Il y ’a quelques mois, j’ai eu l’agréable surprise de trouver, dans le journal « El watan », un article ayant pour titre « Le malaise algérien » et signé par un ancien camarade de classe. Inutile de vous dire qu’entre ce camarade et moi, il n’y avait plus de contact depuis au moins une bonne trentaine d’années. Disons depuis le milieu des années 70, lorsque, une fois nos bacs acquis, une fois nos bacs en poches comme nous disions lorsque nous étions potaches, nos routes se sont séparées, l’un ayant opté pour des études de médecine et l’autre pour d’autres études, non moins longues aussi.
Entre temps, cet ami s’était lancé dans la politique et, à un moment donné, il assumait même des responsabilités au sein d’un parti politique né après les évènements dramatiques d’octobre 88, suite à l’ouverture démocratique du régime algérien imposée à Chadli Bendjedid.
Je dois avouer aujourd’hui que, sitôt la lecture de cet article terminée, une sorte de "malaise" m’avait pris et je m’étais senti dans l’obligation de répondre, par tous les moyens, à cet ancien camarade pour lui dire qu’il s’était trompé sur toute la ligne. En effet, dans son article, il mettait en exergue le fait qu’en Algérie il n’y a aucune raison de se plaindre : tout va bien dans le meilleur des mondes.(1) Venant d’un homme politique qui a dû, en plus, sillonner le pays en long et en large lors de campagnes électorales, une telle assertion a de quoi provoquer plus qu’un malaise à celui qui lit l’article en question. Par chance, je suis rédacteur depuis deux ans maintenant de ce média citoyen français (Agoravox) dont la notoriété est bien établie maintenant. Cela ne fait pas de doute. Mon article qui se voulait être une réponse plus ou moins critique au "malaise algérien" y a été publié. Et c’est de cette façon-là que mon camarade qui se connecte régulièrement à Internet lui aussi a eu vent de mon papier et a pu le lire. Evidemment, son premier réflexe a été de me contacter par le biais du dit journal (internet) et c’est ainsi aussi que nous avons pu dissiper le malentendu provoqué par son article et renouer notre amitié.
Qui a dit qu’Internet "est une poubelle" ? Allez, je vous donne tout de suite la réponse : c’est Alain Finkielkraut, philosophe de son état, mais "en fin de carrière" selon un agoravoxien. Après une première rencontre, à Alger, qui fut plus qu’émouvante, nous avions, mon ami et moi, évoqué nos souvenirs respectifs, ceux ayant bien sûr rapport ave nos "années lycée" et particulièrement les profs qui avaient, d’une manière ou d’une autre, exercé une influence certaine sur le choix de nos carrières respectives : je voulais être pilote de ligne, un de mes profs m’a conseillé de faire médecine ; aujourd’hui, après vingt ans de chirurgie derrière moi, je ne regrette pas ce choix. Lui, après des études de "médecine animale" (vétérinaire), il a fait un doctorat en immunologie à Paris. Rentré en Algérie, il voulait investir dans une unité de production de médicaments à usage vétérinaire (notamment des vaccins), on lui a mis les battons dans les roues ; à cause de ses prises de position politiques, semble-il.
En Algérie, on marginalise les cadres et on casse les bonnes volontés. Pourtant, son projet d’investissement, en plus de la création certaine de quelques postes d’emploi (ce qui n’est pas rien par les temps de chômage qui courent), aurait, peut-être, permis à l’Algérie de ne pas s’inquiéter aujourd’hui ni de la grippe aviaire ni de la grippe porcine (je sais que j’exagère un peu là). Je ne m’étale pas trop sur cette question qui explique en partie "la fuite des cerveaux", car ce n’est pas l’objectif premier de cet article, mais, je vous promets d’y revenir ultérieurement. Au cours de cette première rencontre, d’une ou deux heures seulement, car je devais reprendre la route pour rentrer chez moi (loin d’Alger), j’avais, ce n’est qu’après coup que je m’en suis rendu compte d’ailleurs, une logorrhée, une diarrhée verbale pour utiliser un langage de vulgarisation scientifique. Je voulais en quelque sorte, inconsciemment à coup sûr, retracer mon parcours de combattant en un minimum de temps : mes études de médecine à la fac d’Alger, mon mariage, la naissance de mon premier enfant, mon affectation dans un service de chirurgie à l’intérieur du pays, les années de la "décennie rouge" au cours desquelles plus d’une fois j’ai risqué ma vie et celle de mes enfants en empruntant des chemins secondaires pour rentrer chez moi et où les faux barrages étaient presque quotidiennement dressés. En un mot, j’avais monopolisé la parole à tel point que mon ami n’arrivait plus à me suivre. A vrai dire, dans ce monologue, je sautais du coq à l’âne et, emporté dans mon délire, comme un schizophrène qui vient tout juste de sortir de l’asile, je ne lui ai même pas laissé le temps de placer un mot, de m’exposer son projet. Pendant que, lui, il voulait me parler de ses projets pour l’avenir, moi j’évoquais surtout le passé. A la deuxième rencontre quelques jours après, je peux dire que, fort de cette première expérience, j’ai beaucoup plus écouté que parlé ; j’ai beaucoup plus tendu l’oreille qu’ouvert la bouche, ce qui n’a posé aucun problème à mon ami de mon convaincre de l’importance de son projet.
En quoi consiste son projet, me direz-vous ? Eh bien, comme je l’ai dit au début de cet article, mon ami est un homme politique. Du moins, il l’était. Il était dans l’opposition. Mais, en Algérie, les partis politiques d’opposition n’ont aucune influence sur le cours des évènements. Pour la plupart, ils ne font que de la figuration et on ne se souvient d’eux que lorsqu’il y a des élections. Le pouvoir algérien use toujours de cette tactique pour rendre les élections, quelles qu’elles soient, plus crédibles aux yeux de la population et surtout pour faire taire l’opinion internationale qui trouve, il est vrai, toujours à dire et à redire lorsqu’il est question de l’Algérie. Après une bonne dizaine d’années d’activité politique et de militantisme au sein de son parti, mon ami a dû se rendre à cette évidence et a donc, la mort dans l’âme j’imagine, démissionné. Il a bien fait. Ne dit-on pas que "pour vivre heureux, il faut vivre caché" ? Il est pourtant doué d’un bon sens de raisonnement et d’une bonne vision politique des choses. S’il avait persévéré, il aurait peut-être décroché un poste ministériel ou à la rigueur un siège au Sénat (dans le 1/3 présidentiel) et, croyez-moi, je ne dis pas ça dans le but de flatter son ego ! Ses écrits parlent pour lui. Actuellement, il gère un site web qui porte le nom de "Forum démocratique" et la chose qui lui tient vraiment à cœur est "d’offrir un espace rédactionnel dédié à la réflexion", comme il le mentionne dans son éditorial. Nous ne pouvons que l’encourager dans cette aventure beaucoup plus intellectuelle que politique et éventuellement y participer même modestement. Puisque tel est son vœu.
(1) Du moins c’est ce que j’avais compris au début. Avec le recul, je dois reconnaître que c’était une mauvaise interprétation de ma part. Mais lors d’une correspondance, mon ami m’a explicité encore davantage le fond de sa pensée en disant ceci : " dans le texte visé, je voulais dire que le peuple n’est pas totalement innocent. Que ses gouvernants proviennent de ses entrailles. Que le pouvoir est mû par des déterminismes psychologiques et anthropologiques qu’il partage avec lui", et là, honnêtement, je ne pouvais qu’être sur la même longueur d’onde que lui.
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