Le 12 juin dernier, Mahmoud Ahmedinejad a été réélu à la présidence de la République islamique d’Iran. Peu importe les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette élection. Ce débat ne nous intéresse pas et ne nous regarde pas. Ça ne regarde que les Iraniens eux-mêmes.
Toujours est-il que le malheureux rival d’Ahmedinejad, Mir Hossein Moussavi, qui croyait peut-être ne faire qu’une bouchée du président sortant et remporter ainsi haut la main la victoire, a contesté les résultats de cette élection et a appelé ses électeurs à sortir manifester dans les rues de Téhéran et d’autres villes de l’Iran.
Pendant deux ou trois jours, les rues de Téhéran ont vibré sous les pas des manifestants pour la plupart jeunes et aspirant visiblement à un réel changement de régime, à un peu plus de démocratie et de liberté, ce qui est tout à fait légitime. Sauf que les tenants du véritable pouvoir en Iran, les Mollahs, ne l’entendaient pas de cette oreille. Bien au contraire, ceux-ci estimaient que, malgré ce qui se disait çà et là, il n’y a pas eu fraude massive et que, par conséquent, l’élection d’Ahmedinejad est parfaitement validée. Et qu’il n’y aura point de "révolution verte" en Iran, tant souhaitée par les chancelleries occidentales, du moins celles des pays occidentaux qui entretiennent encore des relations diplomatiques avec l’Iran (notamment la Grande-Bretagne) qui, ne soyons pas dupes, poussaient, même indirectement, les manifestants dans ce sens.
Et ce qui devait arriver arriva.
Gardiens de la Révolution ne se laissèrent pas intimider par ces manifestations de rue et on usé de leur force pour les réprimer. Il y a eu alors, malheureusement, des morts et des blessés parmi les partisans de Moussavi. Parmi ceux-ci, une jeune fille, au nom de Neda, a particulièrement ému le
monde et … particulièrement le Monde Occidental. Elle était jeune. Elle était belle. Et, comme toutes les iraniennes, elle portait le foulard. Sur les images, prises par un téléphone portable, le sang qui coulait de ses narines ajoutait une touche magique sur son visage angélique !Quel drame ! Quel gâchis ! Il n’y a pas de doute, ces images, filmées pourtant par un amateur et qui revenaient en boucle sur les différentes chaînes de télévision et aussi sur les réseaux sociaux tel que face book, ont de quoi ébranler la conscience pas seulement de l’Occident mais de tout homme épris de justice et de liberté. La mort de cette jeune fille restera certainement en travers de la gorge de celui qui a donné l’ordre de tirer sur la foule alors que celle-ci manifestait pacifiquement.
Vérité de Lapalisse, quelques minutes avant sa mort, Neda était encore pleine de vie ; quelques minutes avant qu’une balle ne le lui transperce le corps, Neda, une pancarte à la main, criait à la face du monde son rejet du régime, osons prononcer le mot, totalitaire et non révolutionnaire, des Mollahs et des Pasdarans. Avec ses compagnons de lutte, elle voulait montrer au monde qu’en Iran aussi il y a des hommes et des femmes prêts à mourir pour la défense des principes de la démocratie parmi lesquels des élections libres et honnêtes ; osons simplement croire que la balle qui lui a ôté la vie, à la fleur de l’âge, était une balle perdue et non une balle qui lui était expressément destinée.
Quelques jours après la mort tragique de Neda, une autre femme, musulmane, pour d’autres motifs, connut le même sort… en Allemagne. La bêtise humaine a encore frappé. Elle a encore fait de siennes. Cette femme d’origine égyptienne vivait depuis plusieurs années en Allemagne. Un jour, alors qu’elle jouait dans un parc avec son fils de deux ans, elle a été agressée par un jeune homme, allemand, qui l’a traité, semble-t-il, "d’intégriste" et de "terroriste" pour la simple raison que celle-ci portait le voile. L’affaire avait été alors portée devant la justic
e qui condamna l’homme à une amende de quelques centaines d’Euros. " La peine ayant été jugée trop légère, un appel fut déposé et c’est à la cour d’appel de Dresde que l’affaire devait être rejugée le 1er juillet. C’est là que tout a dégénéré, l’accusé s’est précipité sur Marwa et lui a assené 18 coups de couteau…" (1)Aussi dramatique que puisse paraître cette affaire, la presse occidentale n’en a pas fait ses choux gras ; Marwa est décédée dans la froideur de la salle d’audience d’un tribunal allemand sans que cette presse, si avide pourtant de sensationnel, ne s’émeuve outre mesure !
Marwa est morte en Occident ; dans un pays démocratique ; son tort est qu’elle tenait à son voile, à son islamité.
Neda est passée de vie à trépas en terre d’Islam, dans son pays même, parce qu’elle voulait réclamer plus de liberté, plus de démocratie. Les mauvaises langues diraient "en un mot, elle voulait s’occidentaliser". Bien entendu, cette idée est loin de nous ; elle ne peut être la notre car nous pensons le plus sérieusement du monde que la liberté et la démocratie ne sont pas spécifiques au seul monde occidental.
Là est la différence entre les deux femmes. Là est la différence qui explique la sur médiatisation de la mort de l’une, Neda, et le passage sous silence du trépas de l’autre, Marwa : en agissant ainsi, l’Occident a préféré en quelque sorte jeter un voile pudique sur la mort de celle qui ne voulait pas se dévoiler, celle qui assumait fièrement sa différence. Pour les médias de l’Occident, la mort de Marwa n’est qu’un fait divers parmi tant d’autres. Celle de Neda est éminemment politique. Et l’on est alors en droit de se poser la question concernant cette sur médiatisation. Pourquoi celle-là et non pas l’autre ? Les Hommes ne sont-ils pas tous égaux devant la mort ? Aucune mort ne devrait, à notre humble avis, être plus médiatisée que les autres ; ou alors l’on pourrait comprendre que, par cette médiatisation, il y a une arrière-pensée qui ne dit pas son nom. Dans ce cas précis, l’objectif des médias de l’Occident n"est-il pas d’acculer jusqu’à ces derniers retranchements le régime d’Ahmedinejad qui reste campé sur ses positions en matière de Nucléaire et d’autres questions d’ordre géostratégique malgré les sanctions économiques de la "communauté internationale" ?
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