mardi 2 juillet 2019

Le Hirak et la contre-révolution (3)

Se sachant très détestés par le hirak qui ne cesse pas d’appeler à leur dissolution, particulièrement le FLN originel (et non ce néo FLN infesté par des opportunistes de tout bord) considéré à juste titre comme étant un patrimoine de tout le peuple algérien, ces partis n’ont d’autre choix que de faire le dos rond et d’espérer que la bourrasque passe ou de se cramponner au véritable pouvoir : l’institution militaire.


JPEG

Ces partis, acculés jusqu’à leurs derniers retranchements par le peuple, croient, peut-être, avoir trouvé la parade : Le FLN change de SG.
De Mouad Bouchareb, celui-là même qui avait, rappelons-nous, fait déloger l’ex Président de l’APN (qui était pourtant du même bord politique que lui), en procédant carrément à une pose d’un cadenas sur la porte d’entrée de cette auguste institution, on se rabat sur un autre jeune loup aux dents longues. Un ancien trabendiste notoire qui s’est converti à l’industrie électronique.  Chose jamais vue ailleurs. Le monde en est resté sans voix !
Ce parti se trompe lourdement. Il ne suffit pas de changer une tête par une autre tête, même plus sympathique et plus photogénique, pour rester dans la grâce du peuple. Ce parti est bel et bien voué aux gémonies. Il doit disparaître de la scène politique algérienne. Tôt ou tard. Et tôt serait mieux que tard.
Quant au RND, son ex patron, plusieurs fois Premier ministre sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika, est carrément en tôle. Au « Quatre hectares ». Dans une cellule individuelle, où, par le temps caniculaire qui fait actuellement, il doit suer à grande eau, le pauvre. J’allais écrire « cela se passe de tout commentaire », mais, je me suis ravisé. Je me suis dit, dans mon for intérieur, qu’on n’a pas le droit de bouder sa joie. Ce n’est tout de même pas tous les jours qu’on voit des hommes d’Etat, des hommes qui, il n’ya pas si longtemps, décidaient de tout, en Algérie, rejoindre illico presto, sur ordre d’une justice, instrumentalisée ou pas, la grande maison d’arrêt d’El Harrach.
Ahmed Ouyahia, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est connu pour avoir mis, dans les années 1990, quand il était au summum de sa force politique, beaucoup de responsables d’entreprises publiques, en prison. Parfois pour des motifs qui n’en valaient pas vraiment la peine, selon les comptes-rendus de la presse de l’époque. Ce qu’il lui arrive aujourd’hui n’est qu’un simple retour de manivelle. C est, en fait, comme l’histoire de « l’arroseur arrosé ». Et il le mérite amplement. Lui, il n’a pas seulement failli dans la gestion d’une entreprise publique mais il a conduit le pays tout entier à la faillite. Et ce ne sera pas la planche à billets qu’il avait préconisée il y a tout juste une année qui sauvera ce pays de la crise économique dont les effets commencent à se faire déjà sentir. Pourtant, « La banque d’Algérie avait même averti l’exécutif contre les conséquences inflationnistes de cette opération sur l’économie, le pouvoir d’achat et la valeur du dinar » (1).
En fait, dès le départ, on avait compris que l’incarcération de ces hommes d’Etat, réclamée à cor et à cris par les « hirakistes » entrait plutôt dans le cadre d’une politique d’instrumentalisation de la justice mise en place par les hautes autorités du pays, celles qui détiennent actuellement les manettes du pouvoir. Celle-ci consistait à sacrifier quelques têtes pour sauver l’essentiel du système ou ce que l’ex SG du FLN, Ammar Saidani, avait qualifié récemment « d’Etat profond ». Cela fait partie, sans doute, des plans de la contre-révolution. Paris vaut bien une messe, n’est-ce pas ?
Au début du Hirak, en plus des manifestations du vendredi qui drainaient des hommes et des femmes de tous âges et de toutes conditions sociales, on assista à des sorties ou des sit-in, sur leurs lieux de travail même, de toutes les corporations ; médecins dans les CHU ou les hôpitaux régionaux, journalistes au niveau de la place d’Alger dédiée à la « liberté de la presse », Magistrats, juges et avocats au niveau des tribunaux ou au niveau du siège de la haute cour de justice, étudiants au niveau de la Fac centrale d’Alger… L’organisation de cette forme de protesta, pacifique et civilisée, nous mettait du baume sur le cœur et nous étions plein d’espoir quant à l’aboutissement inéluctable du mouvement citoyen vers la chute du régime de Bouteflika et l’instauration, secondairement, d’une 2e République.
Lors d’une de leurs manifestations, les hommes de loi avaient fait des promesses solennelles, la main droite sur le cœur, comme s’ils allaient tenir le serment lié à leur professions respectives, qu’aucun algérien ne serait inquiété ni poursuivi en justice pour des activités politiques en rapport avec le « hirak ». Or, depuis quelques temps, il devient de plus en plus clair, qu’au vu du nombre important de « hirakistes » qui sont arrêtés puis embarqués par les forces de l’ordre et mis ensuite en détention provisoire par les juges, que ces hommes de loi aient trahi leurs promesses et fait fi de tous leurs principes. Ils ont beaucoup plus à faire avec les jeunes manifestants pacifiques qu’avec les vieux voyous en col blanc de la « 3issaba ». Ils n’obéissent plus à leur conscience mais aux injonctions venues d’en haut via les téléphones cellulaires. Il est incontestable que la contre-révolution ait agi à ce niveau-là aussi.

  1. https://www.algerie-eco.com/2019/04/15/planche-a-billet-qui-assumera-les-consequences/

Aucun commentaire:

ONU vs "Board of peace".

  Il est vrai que l’ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n’agit plus d’une manière décisive sur le cours des évèn...