lundi 8 juillet 2019

Le hirak et la contre-révolution (4)


Le changement de têtes n’a pas concerné que les principaux partis de l’ex coalition au pouvoir dont je viens de parler ci-dessus. Il a concerné aussi certaines associations satellites du FLN telles que la puissante organisation syndicale, l’UGTA, tenue d’une main de fer par un vieux schnock  depuis plus de vingt ans maintenant. Après plusieurs semaines de bras de fer entre les syndicalistes et cet ex patron de l’UGTA,  on pensait que cette dernière allait renouer réellement avec  la vocation qui devait lui échoir : la défense des intérêts des travailleurs encartés en son sein. On pensait qu’elle allait renouer avec son rôle de défenseure acharnée du prolétariat.  Grande fut la déception des travailleurs, notamment ceux de la ZI de Rouïba, à Alger, qui ont toujours été à l’avant-garde des luttes syndicales en Algérie. Les évènements d’octobre 1988, pour ceux qui s’en souviennent encore, avaient d’ailleurs démarré à partir de cette zone pour s’étendre ensuite au reste du pays.  
Le FCE (l’équivalent du MEDEF, en France), principal bailleur de fonds à la campagne électorale d’Abdelaziz Bouteflika (qui, finalement, n’a pas eu lieu), a, lui aussi, connu un changement à sa tête après que son ex patron ait été incarcéré à la fameuse maison d’arrête d’El Harrach pour avoir tenté de fuir du pays en emportant, tenez-vous bien, 5000 Euros non déclarés et deux passeports dont un de sa Majesté la reine  d’Angleterre. Il a été remplacé par un transfuge du PT (parti des travailleurs de la pasionaria Louisa Hanoune), élu avec un score qui dépasse tout entendement.  99, 99%. Qui dit mieux ? Ce score électoral n’a jamais été atteint par personne même dans les ex pays de l’Est, URSSS comprise, qui étaient connus par leur totalitarisme pur et dur.
Tous ces changements-là ne sont pas le fait du hasard.  Ils ont été soit imposés par la « rue » algérienne soit par le « système » lui-même dans le cadre de sa politique de « sauver ce qui peut l’être » en procédant à des changements de façade.  Un simple rafistolage afin d’apaiser les esprits.  Mais, les algériennes et les algériens ne sont pas assez dupes. Ils savent très bien que le pouvoir algérien a déjà eu, par le passé, recours à cette méthode dont la devise, tirée du film  le « Guépard » du réalisateur italien Visconti,  est « il faut que tout change pour que rien ne change ».* C’est pour cela d’ailleurs qu’ils n’ont pas l’intention, du moins pour l’instant, de mettre fin à leur Hirak. Le peuple ayant décidé de se réapproprier sa souveraineté, il ne reculera devant rien. Le mur psychologique de la peur est tombé.  On n’a plus rien à craindre : c’est vaincre ou mourir.  
Les véritables changements que le peuple attend avec impatience depuis le 22 février dernier est le départ de tous les « B » qui étaient à la tête des principales institutions de l’Etat.
 Le premier d’entre eux, n’est autre qu’Abdelaziz Bouteflika, Président de la République pendant deux décennies, poussé à la porte de sortie le 2 avril 2019 par le vice ministre de la défense nationale, Ahmed Gaïd Salah,  et ce, dès son retour du CHU de Genève où il venait de passer plusieurs jours en soins intensifs.  L’Histoire retiendra de lui qu’il a été le pire Président que l’Algérie ait connu.  Les mauvaises langues  n’hésiteraient pas à dire qu’il s’était, en quelque sorte, vengé du peuple algérien pour avoir été, à la mort de son mentor Houari Boumediene, en 1978, poussé à l’exil. A l’époque, il croyait qu’il était le mieux placé pour succéder, au pouvoir, à Houari Boumediene.  A la dernière minute, il avait été écarté par les militaires. Ceux-ci avaient opté pour le plus vieux d’entre eux  ayant le grade le plus élevé : Chadli Bendjedid. 
 Après une traversée du désert de vingt ans, Il fut rappelé par ces mêmes militaires algériens pour prendre les destinées du pays au sortir d’une décennie de terrorisme ravageur.  Une chose essentielle entrait, sans aucun doute, en ligne de compte de ces militaires : son expérience diplomatique et son carnet d’adresses, probablement encore bien rempli, qui lui permettraient, peut-être, de redorer le blason de l’Algérie terni par le terrorisme islamiste.  Et effectivement, au début de son règne, il bougeait beaucoup, il se rendait souvent à l’étranger « plaider la cause algérienne », il assistait à des sommets économiques tels celui de Crans Montana, en Suisse, pour essayer de convaincre certains investisseurs étrangers de venir s’installer en Algérie.  Enfin, il mit fin à la « fitna », à la guerre civile ou  « guerre contre les civils » selon certaines personnes malintentionnées. Ce qui, avouons-le, n’était pas une mince affaire. Mais, en réalité, le dossier de cette question de « la réconciliation nationale » était déjà sur le bureau présidentiel, occupé pendant quelques années par l’ex Général Liamine Zeroual, avant l’élection d’Abdelaziz Bouteflika.  Autrement dit, il faut bien reconnaître que c’est bien l’ex Président Zeroual, le seul président algérien à être élu dans des conditions normales, sans fraude ni trucage des urnes,  qui a eu cette l’idée, inspiré en cela  de l’exemple de l’Afrique du Sud qui, grâce à Nelson Mandela, l’ancien et le plus vieux  prisonnier de l’ANC, avait mis fin à l’apartheid.
Hormis ce point positif (que l’on met volontiers sur le compte d’Abdelaziz Bouteflika) qui a, il est vrai, permis de ramener la paix, tout son règne a été caractérisé par une gabegie sur tous les plans. Il n’y a eu ni développement socio-économique comme on voudrait bien nous faire croire en nous présentant certaines réalisations infrastructurelles comme des  « projets du siècle », ni  autre chose. Preuve en est que, vingt ans après sa prise du pouvoir,  nous continuons à dépendre des exportations des hydrocarbures.  Nous continuons toujours à « manger » notre pétrole. Et, le plus malheureux dans l’affaire, c’est qu’une bonne partie de cette rente, de ces rentrées de recettes en devises fortes, allaient dans des comptes offshore (et les paradis fiscaux) des différents responsables politiques qui faisaient partie du clan présidentiel. Sous son règne, la corruption s’était généralisée à outrance. Et l’oligarchie, nouvellement créée, s’était tout de suite retrouvée aux commandes d’institutions politiques de premier ordre, telle l’APN (assemblée populaire nationale). Voilà pourquoi, dès le départ, le hirak a placé la barre très haute. Il voulait, il exigeait le départ de tous ces responsables dont les noms, coïncidence oblige, commencent par la lettre « B ».  Le premier B tombé, a eu un effet de dominos sur les autres.
Le deuxième B dont la tête était mise à prix, n’était autre que l’ex Président du Conseil Constitutionnel,  Tayeb Belaiz, un proche de l’ex Président, originaire comme Bouteflika, de la région de Tlemcen.   Sous la pression de la rue, celui-ci a fini par déposer sa démission, au Président intérimaire, Abdelkader Bensalah, le 16 avril 2019.
             

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