Le changement de têtes n’a pas concerné que les principaux
partis de l’ex coalition au pouvoir dont je viens de parler ci-dessus. Il a
concerné aussi certaines associations satellites du FLN telles que la puissante
organisation syndicale, l’UGTA, tenue d’une main de fer par un vieux schnock depuis plus de vingt ans maintenant. Après
plusieurs semaines de bras de fer entre les syndicalistes et cet ex patron de
l’UGTA, on pensait que cette dernière
allait renouer réellement avec la
vocation qui devait lui échoir : la défense des intérêts des travailleurs
encartés en son sein. On pensait qu’elle allait renouer avec son rôle de
défenseure acharnée du prolétariat.
Grande fut la déception des travailleurs, notamment ceux de la ZI de Rouïba,
à Alger, qui ont toujours été à l’avant-garde des luttes syndicales en Algérie.
Les évènements d’octobre 1988, pour ceux qui s’en souviennent encore, avaient
d’ailleurs démarré à partir de cette zone pour s’étendre ensuite au reste du
pays.
Le FCE (l’équivalent du MEDEF, en France), principal
bailleur de fonds à la campagne électorale d’Abdelaziz Bouteflika (qui,
finalement, n’a pas eu lieu), a, lui aussi, connu un changement à sa tête après
que son ex patron ait été incarcéré à la fameuse maison d’arrête d’El Harrach
pour avoir tenté de fuir du pays en emportant, tenez-vous bien, 5000 Euros non
déclarés et deux passeports dont un de sa Majesté la reine d’Angleterre. Il a été remplacé par un
transfuge du PT (parti des travailleurs de la pasionaria Louisa Hanoune), élu
avec un score qui dépasse tout entendement.
99, 99%. Qui dit mieux ? Ce score électoral n’a jamais été atteint
par personne même dans les ex pays de l’Est, URSSS comprise, qui étaient connus
par leur totalitarisme pur et dur.
Tous ces changements-là ne sont pas le fait du hasard. Ils ont été soit imposés par la
« rue » algérienne soit par le « système » lui-même dans le
cadre de sa politique de « sauver ce qui peut l’être » en procédant à
des changements de façade. Un simple
rafistolage afin d’apaiser les esprits.
Mais, les algériennes et les algériens ne sont pas assez dupes. Ils
savent très bien que le pouvoir algérien a déjà eu, par le passé, recours à
cette méthode dont la devise, tirée du film
le « Guépard » du
réalisateur italien Visconti, est
« il faut que tout change pour que
rien ne change ».* C’est pour cela d’ailleurs qu’ils n’ont pas
l’intention, du moins pour l’instant, de mettre fin à leur Hirak. Le peuple
ayant décidé de se réapproprier sa souveraineté, il ne reculera devant rien. Le
mur psychologique de la peur est tombé. On
n’a plus rien à craindre : c’est vaincre ou mourir.
Les véritables changements que le peuple attend avec
impatience depuis le 22 février dernier est le départ de tous les
« B » qui étaient à la tête des principales institutions de l’Etat.
Le premier d’entre
eux, n’est autre qu’Abdelaziz Bouteflika, Président de la République pendant
deux décennies, poussé à la porte de sortie le 2 avril 2019 par le vice
ministre de la défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, et ce, dès son retour du CHU de Genève où il venait
de passer plusieurs jours en soins intensifs. L’Histoire retiendra de lui qu’il a été le
pire Président que l’Algérie ait connu. Les mauvaises langues n’hésiteraient pas à dire qu’il s’était, en
quelque sorte, vengé du peuple algérien pour avoir été, à la mort de son mentor
Houari Boumediene, en 1978, poussé à l’exil. A l’époque, il croyait qu’il était
le mieux placé pour succéder, au pouvoir, à Houari Boumediene. A la dernière minute, il avait été écarté par
les militaires. Ceux-ci avaient opté pour le plus vieux d’entre eux ayant le grade le plus élevé : Chadli
Bendjedid.
Après une traversée
du désert de vingt ans, Il fut rappelé par ces mêmes militaires algériens pour
prendre les destinées du pays au sortir d’une décennie de terrorisme ravageur. Une chose essentielle entrait, sans aucun
doute, en ligne de compte de ces militaires : son expérience diplomatique
et son carnet d’adresses, probablement encore bien rempli, qui lui
permettraient, peut-être, de redorer le blason de l’Algérie terni par le
terrorisme islamiste. Et effectivement,
au début de son règne, il bougeait beaucoup, il se rendait souvent à l’étranger
« plaider la cause algérienne », il assistait à des sommets
économiques tels celui de Crans Montana, en Suisse, pour essayer de convaincre
certains investisseurs étrangers de venir s’installer en Algérie. Enfin, il mit fin à la « fitna », à la guerre civile ou
« guerre contre les civils » selon certaines personnes
malintentionnées. Ce qui, avouons-le, n’était pas une mince affaire. Mais, en
réalité, le dossier de cette question de « la réconciliation
nationale » était déjà sur le bureau présidentiel, occupé pendant quelques
années par l’ex Général Liamine Zeroual, avant l’élection d’Abdelaziz
Bouteflika. Autrement dit, il faut bien
reconnaître que c’est bien l’ex Président Zeroual, le seul président algérien à
être élu dans des conditions normales, sans fraude ni trucage des urnes, qui a eu cette l’idée, inspiré en cela de l’exemple de l’Afrique du Sud qui, grâce à
Nelson Mandela, l’ancien et le plus vieux
prisonnier de l’ANC, avait mis fin à l’apartheid.
Hormis ce point positif (que l’on met volontiers sur le
compte d’Abdelaziz Bouteflika) qui a, il est vrai, permis de ramener la paix,
tout son règne a été caractérisé par une gabegie sur tous les plans. Il n’y a
eu ni développement socio-économique comme on voudrait bien nous faire croire
en nous présentant certaines réalisations infrastructurelles comme des « projets du siècle », ni autre chose. Preuve en est que, vingt ans
après sa prise du pouvoir, nous
continuons à dépendre des exportations des hydrocarbures. Nous continuons toujours à
« manger » notre pétrole. Et, le plus malheureux dans l’affaire,
c’est qu’une bonne partie de cette rente, de ces rentrées de recettes en
devises fortes, allaient dans des comptes offshore (et les paradis fiscaux) des
différents responsables politiques qui faisaient partie du clan présidentiel.
Sous son règne, la corruption s’était généralisée à outrance. Et l’oligarchie,
nouvellement créée, s’était tout de suite retrouvée aux commandes
d’institutions politiques de premier ordre, telle l’APN (assemblée populaire
nationale). Voilà pourquoi, dès le départ, le hirak a placé la barre très
haute. Il voulait, il exigeait le départ de tous ces responsables dont les
noms, coïncidence oblige, commencent par la lettre « B ». Le premier B tombé, a eu un effet de dominos
sur les autres.
Le deuxième B dont la tête était mise à prix, n’était autre
que l’ex Président du Conseil Constitutionnel,
Tayeb Belaiz, un proche de l’ex Président, originaire comme Bouteflika,
de la région de Tlemcen. Sous la pression de la rue, celui-ci a fini
par déposer sa démission, au Président intérimaire, Abdelkader Bensalah, le 16
avril 2019.
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