jeudi 27 août 2009

Guerre Russie-Géorgie : un an après (deuxième partie)



Par « étranger proche », les Russes entendent en fait l’ensemble des pays du Caucase qui faisaient jadis partie de l’URSS et qui, après des « révolutions colorées » le plus souvent encouragées par l’Occident, se sont, les uns après les autres, affranchis de la tutelle du grand frère soviétique. Passé le temps d’euphorie liée à un semblant de vent démocratique, ces pays (n’est ce pas que c’est le cas de l’Ukraine ?) se rendent maintenant compte que, tout compte fait, leur avenir reste toujours lié à celui de la Russie : en ces temps de crise économique mondiale et d’incertitude, ils ne peuvent rien espérer ni des Etats-Unis ni de l’Europe qui leur avaient pourtant fait miroiter tant de belles choses et de bonheur.
En ne s’en tenant qu’à la Géorgie par exemple, de quelle aide matérielle et financière ce pays peut-il se targuer d’avoir bénéficié de la part de l’Occident ? Peut-on dire Niet, comme disent les Russes ? Non, pas tout à fait. Lors de mes recherches sur Internet, j’ai trouvé un papier de l’Institut français de géostratégie qui est relativement récent puisqu’il date du 29 août 2008 où il est clairement indiqué que l’aide américaine à la Géorgie s’élevait à un milliard de dollars et ce depuis 1992. Ce qui, il faut le reconnaître, n’est pas rien ! En fait, les américains ne donnent rien pour rien. C’est parce que la Géorgie est située dans une région, le sud du Caucase, à potentiel énergétique assez important que les américains s’intéressent à ce pays. Ils pensent le plus logiquement du monde d’ailleurs qu’en y mettant un pied, ils réussiront à s’assurer du contrôle de cette région où les Russes ont nettement perdu de leur influence depuis l’éclatement de l’URSS. Sauf que les Russes, qui ne sont pas dupes, ne se laisseront pas faire facilement. Là, on chasse dans leur pré carré ! Il est donc tout à fait normal qu’ils réagissent de la façon la plus brutale qui soit comme ils l’ont fait lors de la guerre de cinq jours qui les a opposés à la Géorgie.

Par ailleurs, la Géorgie a bénéficié ces dernières années d’une aide en matériel militaire plus ou moins sophistiqué (3) dont des drones provenant pour une grande partie de l’Etat d’Israël. Israël a même envoyé des instructeurs militaires pour former la toute jeune armée de la Géorgie. En fait, c’est pour se rapprocher géographiquement de l’Iran qu’Israël s’implique corps et âme si je puis dire dans les affaires militaires de ce pays qui aspire par ailleurs à intégrer l’OTAN le plutôt possible ; il paraît même que les Israéliens ont établi des bases militaires sur le territoire de la Géorgie qui leur permettraient, le cas échéant, d’intervenir rapidement contre l’Iran sans avoir donc à faire de longues distances et sans avoir à demander l’autorisation de survol par leur aviation de pays qui leur sont plus ou moins hostiles (Syrie, Irak, par exemple). La Géorgie ne se rend peut-être pas compte ou en tous les cas ne semble pas savoir où elle met les pieds, mais cette politique risque de l’impliquer dans un conflit beaucoup plus grave que celui du mois d’août de l’année dernière. Un conflit à dimension plus que régionale où il lui sera beaucoup plus difficile de tirer son épingle du jeu ! L’Iran sait très bien qu’il est dans l’œil du cyclone de l’Occident et que tôt ou tard il sera attaqué. Les avertissements des pays de l’Occident à l’Iran pour que celui-ci mette un terme à son programme nucléaire se font insistants ces derniers temps d’ailleurs ; Rien que cette semaine, lors de leur rencontre à Londres, le premier ministre britannique Gordon Brown et son homologue israélien Benjamin Netanyahu ont réitéré cet avertissement. Et la main tendue de Barack Obama ne le restera pas pour longtemps encore. Les américains se sont donné un délai de six mois avant de pouvoir prendre des décisions et d’agir. L’Iran sait qu’il est actuellement en sursis et que le jour où il devra rendre des comptes à "la communauté internationale" approche à grands pas ; mais il s’entête et continue à produire de l’uranium. De part et d’autre donc, la course contre la montre est engagée. A ce train-là, dans quelques semaines l’on saura quelle alternative a finalement pris le dessus : "le bombardement de l’Iran ou la bombe iranienne".

Une attaque qui proviendrait de la Géorgie servirait plus l’Iran qu’elle ne le desservirait puisque de toute évidence la Russie se trouverait de facto impliquée dans ce conflit qui aurait pris naissance à son "étranger proche".

Guerre Russie-Géorgie : un an après



Rappelez-vous, il y a un an, presque jour pour jour, j’avais écrit un papier sur la guerre Russie-Géorgie. Celui-ci s’intitulait « Guerre et vassalité » et, contre toute attente, a eu un large écho auprès des lecteurs d’Agoravox. En fait, pour être exact, c’était à une analyse géopolitique de ce conflit entre deux pays de l’ex URSS que je m’étais livré sans avoir néanmoins le moindre doute que mon article allait être repris sur « Yahoo actualités ».
J’avoue que, ce jour-là, de joie je jubilais ! Oui, de joie j’exultais. Non pas parce qu’il y a eu cette guerre. Non. La guerre ne me réjouit pas ; quel que soit l’endroit ou elle a lieu, quels que soient les belligérants qui y sont impliqués ou que l’on a délibérément monté les uns contre les autres, la guerre ne m’emballe pas. Pour dire vrai, la guerre, je la déteste et si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas de guerre du tout. Le monde en serait débarrassé. Définitivement débarrassé.

Je disais donc que, ce jour-là, je jubilais. Je jubilais de cette joie certes difficile à décrire, difficile à définir, mais qui envahit certainement tout "agoravoxien" qui se respecte et qui se découvre subitement une âme d’analyste politique alors que sa formation de scientifique, par exemple, ne le prédestinait guère à cette vocation.

Cela dit, revenons maintenant à l’ordre du jour si je puis dire.
Il est utile de rappeler que c’est, en grande partie, grâce au tonitruant président français, Nicolas Sarkozy, qu’un cessez-le-feu a pu être signé entre les deux parties, et que les dommages, de part et d’autre, liés au conflit armé, ont pu être minimisés. La guerre n’a pas duré longtemps (cinq jours) car les forces en présences étaient largement disproportionnées. Le président de la Géorgie, en s’engageant dans ce conflit, comptait certainement sur l’aide des pays occidentaux notamment des américains dont des conseillers militaires étaient, depuis longtemps déjà, sur place ; mais ni l’Europe ni les Etats–Unis n’ont bougé le petit doigt car, en face, on avait affaire non pas à un pays du tiers monde mais à la Russie de Vladimir Poutine ... autrement dit à un ours blessé et qui vient tout juste de sortir d’une longue hibernation.

Ne serait-il pas intéressant, une année après, de revenir sur ce conflit et de voir ce qui a pu changer dans les relations de la Russie avec l’Europe et les Etats-Unis ?
Lors du cette guerre qui, faut-il le rappeler encore ( ?), n’a duré que quelques jours, l’on se rappelle qu’aux Etats-Unis on était en pleine campagne électorale. Il était alors difficile d’avancer un quelconque pronostic quant à l’issue de ces élections tellement la bataille entre les deux camps (Démocrates Républicains) était rude.
Pendant ces quelques jours de conflit, l’administration de Georges W Bush, qui était encore en place, avait d’ailleurs tenu un profil bas ; elle ne pouvait intervenir de manière directe dans ce conflit d’autant plus que, du côté de l’Irak et surtout de l’Afghanistan, l’armée américaine éprouvait des difficultés sérieuses liées principalement au manque de logistique. La guerre dans ces deux pays leur coûte cher et a contribué, indubitablement, à la crise économique et financière qui les a sérieusement secoués ces derniers temps.

En Afghanistan, les Talibans avaient repris du poil de la bête et dressaient de temps en temps des embuscades aux boys toutes aussi meurtrières les unes que les autres. Par ailleurs, l’Iran, qui tenait tant à son "nucléaire" posait un sérieux dilemme aux stratèges américains : les sanctions internationales n’ont pas eu d’effet escompté sur la politique de Téhéran, l’on commençait alors à sérieusement envisager le bombardement de l’Iran pour ne pas avoir à craindre la bombe iranienne. (1) Or, pour obliger l’Iran à renoncer à son programme nucléaire, les sanctions internationales d’ordre économique et commercial ne suffisent pas et les Etats-Unis ont besoin des Russes qui, malgré tout, entretiennent toujours des relations diplomatiques et autres avec ce pays. Ils ne pouvaient donc se permettre ne serait ce que de se fâcher avec les Russes en soutenant la Géorgie dans une entreprise vouée d’emblée à l’échec.

Est-il possible dans ces conditions, même à l’armée la plus puissante du monde, d’être sur plusieurs fronts en même temps ? Il est évident que la réponse est non. Les Russes ont donc profité de cette "fenêtre politique" pour s’engouffrer dans le Caucase et rétablir l’équilibre géostratégique en leur faveur. Qui peut leur reprocher le fait d’avoir agi ainsi ? En réalité, la Russie, même du temps de l’URSS, n’a jamais été un pays à vocation impérialiste comme il est sous entendu ça et là, particulièrement dans certains écrits de la presse française (2). Son intervention militaire contre les troupes de la Géorgie n’avait pour but que de venir en aide aux populations de l’Ossétie du Sud soumises à une répression de la part de Saakachvili pour leurs velléités séparatistes. Cette intervention leur a permis également de montrer au monde occidental que l’armée russe n’était pas du tout "obsolète" et qu’elle pouvait être mobilisée en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Pierre Rousselin (du Figaro) résume bien, dans son blog, la situation actuelle de la Russie "Le Kremlin a étendu sa zone d’influence, infligé une sévère leçon à l’imprudent président Mikhaïl Saakachvili - dont le pays est amputé de 20 % de son territoire -, adressé une mise en garde aux autres États de son «  étranger proche  », dit-il .
A suivre

(1) En fait, il est fait, ici, allusion à la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy : "la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran".
(2) J’ai encore en tête la fameuse phrase du rédacteur en chef de l’express, Christophe Barbier, pour qui tout pays qui se rapproche de la Russie est traité de vassal et tout pays qui se met sous la botte des Etats-Unis n’est qu’ami de l’oncle Sam.

samedi 8 août 2009

L’opinion publique en Algérie : mythe ou réalité



Dans deux contributions au journal « El Watan », parues respectivement le 25 et le 26 juillet, un certain Dr Ahmed Rouadjia a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle de dire tout haut ce que la majorité d’entre nous pense tout bas du système politico judiciaire algérien. Il n’est pas dans notre intention de faire une étude critique de ses écrits mais il est certain qu’un certain nombre de points et d’interrogations soulevés par cet enseignant de l’université de M’sila méritent un large débat au sein de la société civile algérienne ; en tout cas, c’est notre avis.


Des contributions de ce genre-là, on en redemande. Notre fierté et notre ego d’algériens trop longtemps interdits de liberté d’expression, ne peuvent qu’être rehaussés dès lors que du fin fond du pays nous viennent des écrits et des idées fluides et claires comme l’eau de roche. Mais il ne faut pas que ça reste… comment dirais-je, euh… Comme une hirondelle qui, seule, ne peut, malheureusement, pas faire le printemps. Ce que je veux dire par là, c’est que des écrits de ce genre-là devraient normalement stimuler la curiosité de tout un chacun, particulièrement de l’élite intellectuelle et amener celle dernière à réagir et à s’impliquer encore plus dans le débat. Car c’est à un large débat que cet universitaire (qui a eu certainement à souffrir de l’incohérence du système judiciaire algérien) nous convie en quelque sorte.

Dans le premier article, il est question de l’opinion publique en Algérie et de son soi-disant influence sur "les décisions du gouvernement".

En Algérie, existe-t-il ou non une "opinion publique" ?, s’interrogeait-il dès le premier paragraphe de son premier article. Oui, dit-il quelques lignes plus loin. Cette affirmation est corroborée par le fait que sans cette "opinion publique", il serait à l’heure actuelle certainement entrain de purger une (lourde ?) peine (1) dans les "geôles d’Alger", pour reprendre le titre d’un livre de l’ex directeur du journal "Le matin", Mohamed Benchicou, qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Pour rappel, ce journaliste a déjà purgé une peine de deux ans à la prison d’El Harrach pour son "Bouteflika, une imposture algérienne". Pourtant, l’on se rappelle bien, à l’époque, "l’opinion publique" représentée essentiellement par les hommes de la presse a remué ciel et terre pour lui éviter le pire, mais le pouvoir est resté de marbre, imperturbable, et, in fine, a eu le dernier mot : l’intrépide journaliste devait payer pour son crime de lèse-majesté. Il le paya. Deux longues années de privation de liberté et au cours desquelles sa santé s’était considérablement dégradée à cause des conditions inhumaines de sa détention. Fermons cette parenthèse.

En fait, cet universitaire n’évoque pas directement son cas personnel mais il cite un certain nombre de journalistes et d’intellectuels algériens qui ont, plusieurs fois, eu maille avec la justice pour des écrits soi-disant diffamants alors que selon l’article 39 de la Constitution " les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garantis au citoyen". Si l’opinion publique, en Algérie, existe, il ne faut cependant pas oublier que le pouvoir politique algérien sait aussi se donner les moyens de sa politique : rendre cette opinion quasiment sans véritable influence sur le cours des évènements. Il peut à tout moment invoquer le délit d’opinion afin de pouvoir sévir en toute légalité. Le risque de tomber sous le coup de la loi du délit d’opinion influe donc de façon négative sur la façon de communiquer et des journalistes et des intellectuels. La plupart du temps, pour ne citer que cet exemple, les articles de presse ne concernent que des informations d’ordre général ou alors ils sont carrément bâclés et n’incitent guère à la réflexion. On a l’impression que le journaliste s’est acquitté de son devoir sans faire l’effort nécessaire pour expliquer au lecteur le pourquoi ou le comment de la "chose" ; l’information est livrée telle qu’elle sans commentaire ni analyse sérieuse et, souvent, c’est au lecteur d’essayer de lire entre les lignes pour en saisir la signification. Mais combien de lecteurs sont-ils capables de lire entre les lignes ? Combien de lecteurs sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire pour pouvoir démêler le vrai du faux, la rumeur de l’information officielle, les banalités de l’essentiel ? Alors dans ce cas, comment l’opinion publique puisse-t-elle se faire une idée, une opinion sur "les prises de décision du gouvernement", par exemple ? Nous ne sommes pas vraiment libres. Je dirais même que c’est consciemment que nous mettons parfois un frein, si j’ose dire, à notre action critique vis-à-vis des institutions étatiques lorsque celles-ci sont défaillantes (et elles le sont presque toujours), car nul ne veut faire face à la machine judiciaire algérienne quand celle-ci se met en branle. C’est volontairement que l’on s’auto censure pour ne pas avoir à faire les frais de Dame justice. L’évocation du mot "justice"’ devrait, en principe, nous amener à parler du second article du Dr Ahmed Rouadjia qui a pour titre "La réforme judiciaire en butte à l’inertie du système politique". Mais, l’article en question étant trop long, nous comptons lui consacrer une critique à part.

A suivre

(1) C’est la confidence même de l’auteur qui nous fait dire cela : " je reviendrai sous peu sur la conduite de nos juges, en particulier à M’sila, que j’ai vu à l’œuvre, et qui ont une étrange lecture des textes de loi, …"

samedi 25 juillet 2009

Algérie : une initiative qui ambitionne de donner une haute idée de l’Algérie



Faisons un petit rappel historique avant d’entrer dans le vif du sujet.
Il y ’a quelques mois, j’ai eu l’agréable surprise de trouver, dans le journal « El watan », un article ayant pour titre « Le malaise algérien » et signé par un ancien camarade de classe. Inutile de vous dire qu’entre ce camarade et moi, il n’y avait plus de contact depuis au moins une bonne trentaine d’années. Disons depuis le milieu des années 70, lorsque, une fois nos bacs acquis, une fois nos bacs en poches comme nous disions lorsque nous étions potaches, nos routes se sont séparées, l’un ayant opté pour des études de médecine et l’autre pour d’autres études, non moins longues aussi.
Entre temps, cet ami s’était lancé dans la politique et, à un moment donné, il assumait même des responsabilités au sein d’un parti politique né après les évènements dramatiques d’octobre 88, suite à l’ouverture démocratique du régime algérien imposée à Chadli Bendjedid.

Je dois avouer aujourd’hui que, sitôt la lecture de cet article terminée, une sorte de "malaise" m’avait pris et je m’étais senti dans l’obligation de répondre, par tous les moyens, à cet ancien camarade pour lui dire qu’il s’était trompé sur toute la ligne. En effet, dans son article, il mettait en exergue le fait qu’en Algérie il n’y a aucune raison de se plaindre : tout va bien dans le meilleur des mondes.(1) Venant d’un homme politique qui a dû, en plus, sillonner le pays en long et en large lors de campagnes électorales, une telle assertion a de quoi provoquer plus qu’un malaise à celui qui lit l’article en question. Par chance, je suis rédacteur depuis deux ans maintenant de ce média citoyen français (Agoravox) dont la notoriété est bien établie maintenant. Cela ne fait pas de doute. Mon article qui se voulait être une réponse plus ou moins critique au "malaise algérien" y a été publié. Et c’est de cette façon-là que mon camarade qui se connecte régulièrement à Internet lui aussi a eu vent de mon papier et a pu le lire. Evidemment, son premier réflexe a été de me contacter par le biais du dit journal (internet) et c’est ainsi aussi que nous avons pu dissiper le malentendu provoqué par son article et renouer notre amitié.

Qui a dit qu’Internet "est une poubelle" ? Allez, je vous donne tout de suite la réponse : c’est Alain Finkielkraut, philosophe de son état, mais "en fin de carrière" selon un agoravoxien. Après une première rencontre, à Alger, qui fut plus qu’émouvante, nous avions, mon ami et moi, évoqué nos souvenirs respectifs, ceux ayant bien sûr rapport ave nos "années lycée" et particulièrement les profs qui avaient, d’une manière ou d’une autre, exercé une influence certaine sur le choix de nos carrières respectives : je voulais être pilote de ligne, un de mes profs m’a conseillé de faire médecine ; aujourd’hui, après vingt ans de chirurgie derrière moi, je ne regrette pas ce choix. Lui, après des études de "médecine animale" (vétérinaire), il a fait un doctorat en immunologie à Paris. Rentré en Algérie, il voulait investir dans une unité de production de médicaments à usage vétérinaire (notamment des vaccins), on lui a mis les battons dans les roues ; à cause de ses prises de position politiques, semble-il.

En Algérie, on marginalise les cadres et on casse les bonnes volontés. Pourtant, son projet d’investissement, en plus de la création certaine de quelques postes d’emploi (ce qui n’est pas rien par les temps de chômage qui courent), aurait, peut-être, permis à l’Algérie de ne pas s’inquiéter aujourd’hui ni de la grippe aviaire ni de la grippe porcine (je sais que j’exagère un peu là). Je ne m’étale pas trop sur cette question qui explique en partie "la fuite des cerveaux", car ce n’est pas l’objectif premier de cet article, mais, je vous promets d’y revenir ultérieurement. Au cours de cette première rencontre, d’une ou deux heures seulement, car je devais reprendre la route pour rentrer chez moi (loin d’Alger), j’avais, ce n’est qu’après coup que je m’en suis rendu compte d’ailleurs, une logorrhée, une diarrhée verbale pour utiliser un langage de vulgarisation scientifique. Je voulais en quelque sorte, inconsciemment à coup sûr, retracer mon parcours de combattant en un minimum de temps : mes études de médecine à la fac d’Alger, mon mariage, la naissance de mon premier enfant, mon affectation dans un service de chirurgie à l’intérieur du pays, les années de la "décennie rouge" au cours desquelles plus d’une fois j’ai risqué ma vie et celle de mes enfants en empruntant des chemins secondaires pour rentrer chez moi et où les faux barrages étaient presque quotidiennement dressés. En un mot, j’avais monopolisé la parole à tel point que mon ami n’arrivait plus à me suivre. A vrai dire, dans ce monologue, je sautais du coq à l’âne et, emporté dans mon délire, comme un schizophrène qui vient tout juste de sortir de l’asile, je ne lui ai même pas laissé le temps de placer un mot, de m’exposer son projet. Pendant que, lui, il voulait me parler de ses projets pour l’avenir, moi j’évoquais surtout le passé. A la deuxième rencontre quelques jours après, je peux dire que, fort de cette première expérience, j’ai beaucoup plus écouté que parlé ; j’ai beaucoup plus tendu l’oreille qu’ouvert la bouche, ce qui n’a posé aucun problème à mon ami de mon convaincre de l’importance de son projet.

En quoi consiste son projet, me direz-vous ? Eh bien, comme je l’ai dit au début de cet article, mon ami est un homme politique. Du moins, il l’était. Il était dans l’opposition. Mais, en Algérie, les partis politiques d’opposition n’ont aucune influence sur le cours des évènements. Pour la plupart, ils ne font que de la figuration et on ne se souvient d’eux que lorsqu’il y a des élections. Le pouvoir algérien use toujours de cette tactique pour rendre les élections, quelles qu’elles soient, plus crédibles aux yeux de la population et surtout pour faire taire l’opinion internationale qui trouve, il est vrai, toujours à dire et à redire lorsqu’il est question de l’Algérie. Après une bonne dizaine d’années d’activité politique et de militantisme au sein de son parti, mon ami a dû se rendre à cette évidence et a donc, la mort dans l’âme j’imagine, démissionné. Il a bien fait. Ne dit-on pas que "pour vivre heureux, il faut vivre caché" ? Il est pourtant doué d’un bon sens de raisonnement et d’une bonne vision politique des choses. S’il avait persévéré, il aurait peut-être décroché un poste ministériel ou à la rigueur un siège au Sénat (dans le 1/3 présidentiel) et, croyez-moi, je ne dis pas ça dans le but de flatter son ego ! Ses écrits parlent pour lui. Actuellement, il gère un site web qui porte le nom de "Forum démocratique" et la chose qui lui tient vraiment à cœur est "d’offrir un espace rédactionnel dédié à la réflexion", comme il le mentionne dans son éditorial. Nous ne pouvons que l’encourager dans cette aventure beaucoup plus intellectuelle que politique et éventuellement y participer même modestement. Puisque tel est son vœu.

(1) Du moins c’est ce que j’avais compris au début. Avec le recul, je dois reconnaître que c’était une mauvaise interprétation de ma part. Mais lors d’une correspondance, mon ami m’a explicité encore davantage le fond de sa pensée en disant ceci : " dans le texte visé, je voulais dire que le peuple n’est pas totalement innocent. Que ses gouvernants proviennent de ses entrailles. Que le pouvoir est mû par des déterminismes psychologiques et anthropologiques qu’il partage avec lui", et là, honnêtement, je ne pouvais qu’être sur la même longueur d’onde que lui.

mardi 14 juillet 2009

Neda et Marwa, deux victimes de la bêtise humaine aux statuts différents




Le 12 juin dernier, Mahmoud Ahmedinejad a été réélu à la présidence de la République islamique d’Iran. Peu importe les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette élection. Ce débat ne nous intéresse pas et ne nous regarde pas. Ça ne regarde que les Iraniens eux-mêmes.
Toujours est-il que le malheureux rival d’Ahmedinejad, Mir Hossein Moussavi, qui croyait peut-être ne faire qu’une bouchée du président sortant et remporter ainsi haut la main la victoire, a contesté les résultats de cette élection et a appelé ses électeurs à sortir manifester dans les rues de Téhéran et d’autres villes de l’Iran.
Pendant deux ou trois jours, les rues de Téhéran ont vibré sous les pas des manifestants pour la plupart jeunes et aspirant visiblement à un réel changement de régime, à un peu plus de démocratie et de liberté, ce qui est tout à fait légitime. Sauf que les tenants du véritable pouvoir en Iran, les Mollahs, ne l’entendaient pas de cette oreille. Bien au contraire, ceux-ci estimaient que, malgré ce qui se disait çà et là, il n’y a pas eu fraude massive et que, par conséquent, l’élection d’Ahmedinejad est parfaitement validée. Et qu’il n’y aura point de "révolution verte" en Iran, tant souhaitée par les chancelleries occidentales, du moins celles des pays occidentaux qui entretiennent encore des relations diplomatiques avec l’Iran (notamment la Grande-Bretagne) qui, ne soyons pas dupes, poussaient, même indirectement, les manifestants dans ce sens.

Et ce qui devait arriver arriva.

Gardiens de la Révolution ne se laissèrent pas intimider par ces manifestations de rue et on usé de leur force pour les réprimer. Il y a eu alors, malheureusement, des morts et des blessés parmi les partisans de Moussavi. Parmi ceux-ci, une jeune fille, au nom de Neda, a particulièrement ému le monde et … particulièrement le Monde Occidental. Elle était jeune. Elle était belle. Et, comme toutes les iraniennes, elle portait le foulard. Sur les images, prises par un téléphone portable, le sang qui coulait de ses narines ajoutait une touche magique sur son visage angélique !

Quel drame ! Quel gâchis ! Il n’y a pas de doute, ces images, filmées pourtant par un amateur et qui revenaient en boucle sur les différentes chaînes de télévision et aussi sur les réseaux sociaux tel que face book, ont de quoi ébranler la conscience pas seulement de l’Occident mais de tout homme épris de justice et de liberté. La mort de cette jeune fille restera certainement en travers de la gorge de celui qui a donné l’ordre de tirer sur la foule alors que celle-ci manifestait pacifiquement.

Vérité de Lapalisse, quelques minutes avant sa mort, Neda était encore pleine de vie ; quelques minutes avant qu’une balle ne le lui transperce le corps, Neda, une pancarte à la main, criait à la face du monde son rejet du régime, osons prononcer le mot, totalitaire et non révolutionnaire, des Mollahs et des Pasdarans. Avec ses compagnons de lutte, elle voulait montrer au monde qu’en Iran aussi il y a des hommes et des femmes prêts à mourir pour la défense des principes de la démocratie parmi lesquels des élections libres et honnêtes ; osons simplement croire que la balle qui lui a ôté la vie, à la fleur de l’âge, était une balle perdue et non une balle qui lui était expressément destinée.

Quelques jours après la mort tragique de Neda, une autre femme, musulmane, pour d’autres motifs, connut le même sort… en Allemagne. La bêtise humaine a encore frappé. Elle a encore fait de siennes. Cette femme d’origine égyptienne vivait depuis plusieurs années en Allemagne. Un jour, alors qu’elle jouait dans un parc avec son fils de deux ans, elle a été agressée par un jeune homme, allemand, qui l’a traité, semble-t-il, "d’intégriste" et de "terroriste" pour la simple raison que celle-ci portait le voile. L’affaire avait été alors portée devant la justice qui condamna l’homme à une amende de quelques centaines d’Euros. " La peine ayant été jugée trop légère, un appel fut déposé et c’est à la cour d’appel de Dresde que l’affaire devait être rejugée le 1er juillet. C’est là que tout a dégénéré, l’accusé s’est précipité sur Marwa et lui a assené 18 coups de couteau…" (1)

Aussi dramatique que puisse paraître cette affaire, la presse occidentale n’en a pas fait ses choux gras ; Marwa est décédée dans la froideur de la salle d’audience d’un tribunal allemand sans que cette presse, si avide pourtant de sensationnel, ne s’émeuve outre mesure !

Marwa est morte en Occident ; dans un pays démocratique ; son tort est qu’elle tenait à son voile, à son islamité.

Neda est passée de vie à trépas en terre d’Islam, dans son pays même, parce qu’elle voulait réclamer plus de liberté, plus de démocratie. Les mauvaises langues diraient "en un mot, elle voulait s’occidentaliser". Bien entendu, cette idée est loin de nous ; elle ne peut être la notre car nous pensons le plus sérieusement du monde que la liberté et la démocratie ne sont pas spécifiques au seul monde occidental.

Là est la différence entre les deux femmes. Là est la différence qui explique la sur médiatisation de la mort de l’une, Neda, et le passage sous silence du trépas de l’autre, Marwa : en agissant ainsi, l’Occident a préféré en quelque sorte jeter un voile pudique sur la mort de celle qui ne voulait pas se dévoiler, celle qui assumait fièrement sa différence. Pour les médias de l’Occident, la mort de Marwa n’est qu’un fait divers parmi tant d’autres. Celle de Neda est éminemment politique. Et l’on est alors en droit de se poser la question concernant cette sur médiatisation. Pourquoi celle-là et non pas l’autre ? Les Hommes ne sont-ils pas tous égaux devant la mort ? Aucune mort ne devrait, à notre humble avis, être plus médiatisée que les autres ; ou alors l’on pourrait comprendre que, par cette médiatisation, il y a une arrière-pensée qui ne dit pas son nom. Dans ce cas précis, l’objectif des médias de l’Occident n"est-il pas d’acculer jusqu’à ces derniers retranchements le régime d’Ahmedinejad qui reste campé sur ses positions en matière de Nucléaire et d’autres questions d’ordre géostratégique malgré les sanctions économiques de la "communauté internationale" ?



dimanche 12 avril 2009

Le 5 octobre 88 ou la révolution "bolchevique" à l’algérienne

Il est du devoir de chaque syndicaliste, de chaque homme politique des années 80, de chaque intellectuel algérien ayant assisté, de près ou de loin, aux événements dramatiques du 5 octobre 1988 de témoigner et d’apporter ainsi sa contribution, aussi modeste soit-elle, à cet édifice historique qui ne devrait pas sombrer dans l’oubli. Car si on est là à s’exprimer de façon plus ou moins démocratique, c’est principalement grâce à cette journée de "chahut de gamins". C’est ainsi qu’a été qualifié le 5 octobre 1988 par les tenants du pouvoir de l’époque. Mais plus qu’à un "chahut de gamins", force est de reconnaître que nous avions plutôt assisté à une émeute, à une révolte, certes conduite par des enfants et des adolescents, mais il ne faisait pas l’ombre d’un doute que des adultes étaient derrière. Aucun mouvement de foules n’est spontané, la foule, contrairement à un banc de sardine qui zigzague dans les profondeurs de la mer pour échapper à un prédateur, n’obéit pas à son instinct de survie, mais à un chef, même tapi dans l’ombre. Mais qui étaient ces adultes ? Qui étaient le ou les chefs qui avaient poussé des enfants à saccager et à brûler les édifices publics et à s’exposer dès le lendemain aux balles réelles de l’armée qui a été appelée à la rescousse ? Là est toute la question. Vingt ans après, on n’en parle pratiquement plus, on semble avoir fait table rase du passé et aucun des responsables du "parti-Etat" de l’époque, le FLN pour le désigner du doigt, n’a été incriminé de façon claire et nette dans la genèse de cette "révolte de la semoule" comme l’avait qualifiée une certaine presse d’outre-mer. Mais en fait il n’en était rien : les Algériens avaient plutôt faim de démocratie et soif de la liberté d’expression. Et si, dans leur folie de quelques jours, ils s’étaient attaqués aux symboles de l’Etat c’est parce que, à leurs yeux, l’Etat était défaillant sur toute la ligne. Il n’avait pas su gérer la manne pétrolière et la chute du prix du baril de pétrole dans les années 1985-86 avait pratiquement mis l’Algérie en cessation de paiement.

Si d’emblée j’ai annoncé la couleur en disant que "tout syndicaliste" devrait témoigner c’est parce qu’on a trop tendance à sous-estimer ce fait, le problème a commencé en fait au niveau de la zone industrielle de Rouiba, à quelques encablures d’Alger. Rappelez-vous, les travailleurs de cette zone industrielle et particulièrement ceux de la SNVI (Société nationale des véhicules industriels) étaient en grogne ou carrément en grève pour certains d’entre eux et cela à cause bien entendu du pouvoir d’achat qui ne cessait de dégringoler ; et malgré l’activisme des syndicalistes de l’UGTA, la seule organisation syndicale de l’époque, le pouvoir d’alors ne voulait rien céder. Ajoutez à cela le fait que, quelques jours auparavant, le président Chadli Bendjedid, dans un discours à la nation, avait stigmatisé les ouvriers algériens d’une façon générale en donnant comme exemple les ouvriers égyptiens qui ne rechignaient pas à la besogne. Qui ne réclamaient rien. Qui n’avaient pas recours aux grèves. Ceci a été peut-être la goutte qui avait fait déborder le vase. En tout cas, c’est mon analyse personnelle. Et puis, il faut dire aussi que le pouvoir incarné par Chadli Bendjedid avait permis l’émergence d’une classe sociale, minoritaire, qui profitait de tout, qui menait la belle vie au milieu d’un océan de misère. Pour le commun des Algériens, pour le "Ghachi" comme on dit chez nous, ce n’était que pénuries de toute sorte et des chaînes interminables devant les "Galeries algériennes" et les "Souk El fellah" pour, dans les meilleurs des cas, se voir proposer la fameuse "vente concomitante", à savoir un produit de première nécessité tel que l’huile ou le sucre et… une dizaine de lames de rasoir par exemple même si on est imberbe. C’était à prendre ou à laisser. On n’avait pas le choix. C’était la loi du marché d’un dirigisme outrancier ! Mais, vous me diriez que les événements auraient dû dans ce cas commencer à Rouiba et non pas à Bab El Oued. Vrai. Mais Bab El Oued est connu comme le quartier le plus populeux d’Alger et il est toujours à l’avant-garde des… révolutions comme ce fut le cas pendant la guerre d’Algérie. Bab El Oued a donc éternué et c’est toute l’Algérie qui s’est enrhumée !

Mon témoignage.

Le soir du 4 octobre, j’étais à l’hôpital Mustapha.
Je n’étais pas de garde ce jour-là, mais j’ai été retenu par un ami qui était, lui, de garde au Pavillon des urgences. Et, après l’avoir aidé à opérer une appendicite, j’ai décidé de rentrer chez moi à Ain Benian (ex-Guyot ville). Il était presque minuit et ma Renault 5 avait un problème d’éclairage, l’un des H4 était grillé et je n’avais même pas songé à le remplacer puisqu’il m’arrivait rarement de circuler la nuit. A cette heure-ci de la nuit, la circulation à Alger était fluide et je n’avais aucun mal à distinguer le moindre obstacle à plus de 100 m de distance puisque sur tout l’itinéraire que j’emprunte habituellement l’éclairage public est assuré : le front de mer. Tout était calme et rien ne présageait qu’à quelques kilomètres de là se jouait un drame qui laissera l’Algérie KO pour de longues années. En effet, arrivé du côté de la place des Martyrs, une odeur particulière commençait à chatouiller mes narines et plus j’avançais et plus l’odeur devenait insupportable. Il a fallu que je lève la vitre de ma portière pour atténuer un tant soit peu cette odeur. Puis ce fut carrément de la fumée qui se répandait sur tout Alger. Là, j’avais deviné qu’il ne pouvait s’agir que de bombes lacrymogènes utilisées par la police pour disperser la foule. Mais quelle foule, à cette heure-ci ? Et pour quelle raison ? Un match de football entre les deux frères ennemis de Bab El Oued qui aurait mal tourné ? Mais il n’y avait pas de match ce jour-là. Du moins à ma connaissance. Mais, du côté de Padovani, à la vue des policiers qui couraient dans tous les sens, les choses se précisèrent davantage pour moi : aucun doute, il s’agissait belle et bien d’une manifestation pas du tout pacifique et réprimée à coups de bombes lacrymogènes. N’étant pas de la partie, j’ai pu franchir allègrement Bab El Oued en me faufilant avec ma Renault 5 brinquebalante entre des pneus et divers objets qui brûlaient sur la chaussée. Le lendemain matin, à Ain Benian, des groupes de jeunes, çà et là, plus ou moins abasourdis par ce qui venait de se passer, discutaient de l’événement et chacun y allait de son explication. La nouvelle de l’embrasement de Bab El Oued s’était répandue, la nuit même, comme une traînée de poudre même si, officiellement, il y avait un black-out total sur l’information. L’après-midi de ce 5 octobre, nous devions, ma femme et moi, nous rendre à une fête de mariage d’une cousine qui habitait à El Harrach. Sachant qu’à Bab El Oued la situation était à l’émeute et la route certainement barricadée par les uns (les émeutiers) ou les autres (les policiers), j’avais décidé de prendre l’autoroute, la rocade Sud, même si ça faisait tout un détour. Ma femme était parée de tous ses bijoux ; je ne l’avais pas mise au courant de ce qui s’est passé la veille à Bab El Oued.
En fait, j’étais loin d’imaginer que la situation allait dégénérer au point que l’intervention de l’armée soit nécessaire et au point que celle-ci use de balles réelles. Qui aurait, en effet, imaginé que l’ALN, celle qui quelques années auparavant avait libéré le peuple algérien du joug colonial, allait être utilisée pour réprimer dans le sang une manifestation d’enfants et d’adolescents ? Alors que cette tâche, c’est-à-dire le maintien de l’ordre public, incombe normalement à la police, celle-ci, pour des raisons qui restent encore inexpliquées et donc obscures, s’est, dès le lendemain, retirée de tout Alger et a laissé faire. En fait, elle était dépassée par l’ampleur des événements car, dès le lendemain, c’est-à-dire le 5 octobre précisément, d’autres jeunes des quartiers d’Alger avaient en quelque sorte pris le relais. Et ils s’adonnaient à cœur joie à tout ce qui symbolisait l’Etat : sièges du parti FLN, ministères, mairies, véhicules des sociétés nationales ou administrations publiques donc de l’Etat et non ceux des particuliers. C’est ainsi que, sur ma route, sur l’autoroute, j’ai pu voir, sans aucune exagération des dizaines de véhicules incendiés par les manifestants.
A suivre

samedi 7 février 2009

Les raisons du "malaise algérien" (2).

"Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible mais pour un citoyen inutile. » Thucydide (v. 460 - apr. 395 av. J.-C.)
C’est par cette citation, tirée de l’article "Troisième contre-choc pétrolier : Que fait l’Algérie ?" de Chems eddine Chitour, que je trouve admirablement belle et toujours d’actualité, que je reprends mon stylo de… pourrais-je dire de pèlerin ( ?) pour expliciter encore davantage les raisons du malaise algérien.
A mon sens, le "malaise algérien" est avant tout d’ordre politique ; Financierement, l’Algérie se porte bien. Le mérite de cette embellie financière revient à notre sous sol saharien qui regorge de gaz et de pétrole ; et même si le pétrole est à son plus bas niveau depuis quelques semaines déjà, l’on nous rassure que le pays, du fait des réserves en dollars qu’il a déjà engrangé, peut tenir cinq ans sans avoir recours ni au FMI ni à la banque mondiale ; Tant mieux ! Le hic cependant c’est que cette durée où l’on pourrait être tout à fait insouciant et à l’aise du point de vue pécuniaire est, à chaque fois, revue à la baisse ; Elle était estimée par certains économistes, au moment ou l’on commençait à parler de la crise économique mondiale, à cinq ans. Mais depuis, elle ne cesse de se réduire comme peau de chagrin à chaque baisse du prix du baril de l’or noir. Elle ne pourrait, selon les économistes les plus chevronnés et les plus communicants en la matière, excéder les trois ans. Mais il est vrai qu’en matière de prévisions économiques nul n’est infaillible. Pour preuve, aux Etats-Unis personne n’a vu la crise venir jusqu’au jour où les banques se sont mises à mettre la clé sous le paillasson les unes après les autres ! Bref ne nous égarons pas trop dans le labyrinthe de l’économie et parlons plutôt de ce qui ne va pas en Algérie.
C’est, à mon sens, surtout dans le domaine politique que les choses se sont véritablement gâchées depuis que l’éventualité d’un troisième mandat au profit de l’actuel président de la République a commencé à faire son chemin au milieu d’une certaine classe politique.
Genèse de l’affaire :
Après plusieurs mois de faux suspens, délibérément entretenu, le verdict est tombé tel un couperet : la constitution est amendée par "une majorité écrasante" de députés ce qui permettra au président Abdelaziz Bouteflika de se présenter pour un troisième mandat. Mais le problème n’est pas là. Il est dans la façon dont se sont déroulés les évènements : initialement, il était question que l’amendement de cette Constitution devait se faire par voie référendaire : autrement dit, au peuple souverain de décider du changement ou non de celle-ci ; mais, le pouvoir a fait traîner les choses et s’est rabattu au dernier moment sur le Parlement dont il s’était déjà assuré de la fidélité. Et comment, après une augmentation salariale des députés qui frise l’indécence ? Tout cela au moment même ou des pans entiers de la société algérienne crient famine ! Au moment même où des corporations entières de fonctionnaires se mettent en grève pour attirer pour la énième fois l’attention des pouvoirs publics sur leur condition sociale, sur la dégringolade de leur pouvoir d’achat, sur…., sur, ….., la liste est encore longue. Et quelle est la réponse du pouvoir à ces grévistes ? Le pouvoir ne veut ni n’entends s’asseoir à la table de négociations, il menace plutôt de recourir à des ponctions sur les salaires de ceux qui n’ont que ce moyen extrême pour se faire entendre.
En fait, l’amendement de la constitution par les deux chambres réunies en ce jour du 12 novembre ne constitue nullement une surprise. Ces deux chambres nous ont habitués au fait qu’elles ne sont, à proprement parler, que des chambres d’enregistrement et le résultat était donc connu d’avance. A-t-on déjà vu des députés faire de l’opposition à un pouvoir qui leur assure plus que ce qu’ils pouvaient espérer ? Mais ne tirons pas à boulets rouges sur les députés ; les députés font le travail pour lequel ils sont grassement rémunérés : lever le bras au moment du vote et rien qu’au moment du vote pour signifier à leur employeur, le pouvoir en place, qu’ils sont d’accord sur le fond et sur la forme sur tout ce qu’il leur propose. Ils ne savent pas dire "Non", nos députés ; le "Non" ne fait pas partie de leur vocabulaire ; de leur lexique : à l’APN, on ne défend pas ses idées et, éventuellement, l’orientation politique du parti auquel on adhère, mais sa croûte et son lot de terrain à bâtir, dans les endroits les plus huppés de la capitale, de préférence. C’est, en fait, ces choses-là, des choses beaucoup plus terre à terre qui animent nos députés et qui guident leurs pensées ou plutôt leurs actions ; car lever le bras est un mouvement, une action et non une pensée. Ça n’exige qu’un petit effort musculaire, le temps que le décompte de bras levés pour le "Oui", par celui haut perché, le président de l’assemblée, soit fini. Seuls 22 députés, appartenant au parti RCD du Dr Said SAADI, n’ont pas levé leurs bras, nous dit-on. Mais ils sont restés muets comme des carpes car il leur était interdit de s’exprimer et d’exprimer leur ras le bol devant le viol caractérisé des prérogatives du député, lequel député se trouve ainsi réduit à un moins que rien aux yeux de celui qui l’a mandaté : l’électeur. Car, si un député ne peut pas s’exprimer à l’APN et ne peut pas débattre d’une question aussi cruciale que celle de l’amendement de la Constitution, où pourra-t-il le faire ? A suivre

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...