samedi 12 décembre 2009

Camus ! Come on !

Camus ! Come on !

Dans mon dernier article « Nos ancêtres les Gaulois », j'avais brièvement évoqué Albert Camus. Parce que, mort il y a une cinquantaine d'années dans « un stupide accident de voiture », Camus fait en ce moment parler de lui. Pourtant Camus n'a rien demandé à personne. Il n'est pas entré par effraction dans ce débat ; ce débat on l'a voulu. En haut lieu. On l'a imposé en quelque sorte à la société française qui ne sait plus à quel saint se vouer tant les débats auxquels elle est conviée à participer sont nombreux et variés. Elle est belle la liberté d'expression ; elle est belle la démocratie. Mais quand il y a autant de débats à la fois, ça fait cacophonie et ça empêche sérieusement les gens de se concentrer, de faire la différence entre le bon grain et l'ivraie, l'utile et le futile.

Après une journée harassante, je ne suis pas en mesure de trop philosopher sur ces débats qui de toute façon ne se passent pas chez nous, je veux dire en Algérie. Mais, puisqu'on y est, n'est-il pas intéressant que, sous notre ciel aussi, on débâterait sur la seule question qui taraude actuellement l'esprit des algériens à savoir faut-il on non rompre les relations diplomatiques avec l'Egypte ? Je pari à cent contre un que la réponse serait un «oui » massif et franc. N'en rajoutons pas.

Revenons plutôt à Camus.

Ses restes vont certainement être transférés au Panthéon. On n'attend, semble-t-il, que l'aval de ses enfants. Mais, n'est-il pas venu à l'esprit de quelqu'un parmi les partisans de cette « Panthéonisation » que son autre patrie, celle où il est né et où il a grandi, pourrait aussi, un jour, revendiquer ses restes ? N'est-il pas venu à l'esprit de ces gens-là que, puisque de son vivant Camus aimait le soleil et la luminosité d'Alger, il serait préférable que ses restes reposent pour l'éternité dans un petit carré au cimetière de Belcourt qui domine la baie d'Alger ? Ou carrément dans un endroit qui serait aménagé spécialement à cet effet à la basilique « Notre dame » qui surplombe St Eugène et la mer ?

Ne serait-ce que pour narguer nos « frères » Egyptiens qui ont orchestré une campagne de dénigrement vis à vis de notre identité et de notre Histoire, nous devons tout faire pour que Camus retrouve sa terre natale. Nous prouverons ainsi au pays des Pharaons que la terre algérienne a enfanté un prix Nobel de littérature et ce bien avant qu'« Oum Eddounia » n'enfante le sien : Naguib Mahfouz.

Non, amis français, je ne suis pas niqué de la tête (excusez-moi le terme). Je jure sur la tête de Saint Nicolas que je parle le plus sérieusement du monde. Si ça ne tenait qu'à moi, nous nous approprierons les restes de Camus et nous les inhumerons là où je viens de le suggérer. D'autant plus qu'un pas a été déjà fait dans ce sens par les pouvoirs publics : en effet, une stèle lui a déjà été dédié à Tipaza. L'emplacement de cette stèle en ce lieu précis et non pas ailleurs, en face du Mont Chenoua, n'est pas fortuit; il rappelle aux étrangers de passage dans cette ville que Camus a été tellement émerveillé par la nature splendide de la région qu'il lui consacra une œuvre sous le titre de « Noces » à Tipaza.

Comment sais-je que Camus aimait le soleil d'Alger ? D'où m'est venue cette idée (que certains trouveront peut être stupide) que Camus aimait se vautrer sur le sable chaud des plages d'Alger ? Pas besoin d'être critique littéraire ni d'avoir lu toutes les œuvres d'Albert Camus pour deviner tout ça. Il suffit de lire L'étranger pour s'en rendre compte ; les mots « soleil », «luminosité », « plage », « ciel bleu » et d'autres encore reviennent souvent dans la narration que, forcément, on ne peut que conclure à l'attachement de Camus à sa terre natale, à cette terre d'Afrique du Nord où le soleil brille presque toute l'année. En un mot, à l'Algérie. Dans tous ses écrits, Camus parle de soleil. Soleil qui éblouit parfois la vue mais qui éclaire toujours l'âme. Je ne compte pas faire ici une dissertation sur l'Etranger mais une chose est sûre : le choix du nom donné au principal personnage de ce roman a certainement quelque chose à voir avec la douce Algérie. Du temps de la colonie. Il évoque tout aussi bien le meurtre (de l'Arabe), la mer et le soleil : Meursault. On peut cependant faire, ici, le reproche à Camus d'avoir sciemment dénié toute identité à l'Arabe; celui-ci est traité comme une entité abstraite. Comme si l'Arabe n'avait ni personnalité ni famille ni histoire. Mais laissons le soin aux critiques littéraires de décortiquer ce roman et de nous dire pour quelle raison Camus avait fait surgir « l'Arabe » du néant : une sorte de génération spontanée alors que l'Arabe occupait cette terre bien avant le débarquement de la flotte française à sidi ferruch en 1830.

Pendant la guerre d'Algérie, Camus avait adopté une position ambiguë vis-à-vis de notre cause. Rappelez-vous de sa fameuse phrase « si j'avais à choisir
entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère ». Par justice, il est clair qu'il entendait la cause algérienne, le combat du peuple algérien pour sa libération du joug colonial qui était, aucun doute là-dessus, tout à fait juste et justifié, et, bien entendu, par « sa mère », il faisait clairement allusion à la France coloniale. Disons-le crument, Camus était pour une Algérie française. De la lutte des indigènes (Arabes) pour leur indépendance, il n'en avait rien à cirer. Mais, nous ne lui en tenons pas rigueur. Il avait choisi son camp : être du côté des partisans de l'Algérie française. Nous avions continué la guerre. L'issue en était heureuse. Pour nous. Malgré les drames et les déchirures de part et d'autre. L'Histoire des peuples est ainsi faite ; de bas et de hauts, d'amour et de répulsion, de guerre et de paix. Cinquante ans après sa mort et presque autant après l'indépendance de l'Algérie, les plaies liées à cette sale guerre ont eu largement le temps de cicatriser, de part et d'autre de ma méditerrané aussi.

Alors, pourquoi voudrait-on aujourd'hui, sous le prétexte que « la patrie lui est reconnaissante », transférer ses cendres dans un lieu froid, sans âme, et où le soleil ne pénètre peut être jamais ?



mardi 1 décembre 2009

Nos ancêtres les Gaulois ?


Les débats qui agitent actuellement la classe politique française (toutes tendances confondues) portent sur deux choses : l’identité nationale, débat proposé par le ministre de l’immigration, Eric Besson et la « panthéonisation » ou non d’Albert Camus.
On a commencé d’abord par cette histoire de « qu’est-ce qu’être français ? » comme si, deux siècles après leur révolution, révolution qui a pourtant enfanté « Les Lumières » et les droits de l’homme, les français ont perdu leur mémoire et sont complètement dans le noir ; ils ne savent plus qui ils sont ni d’où ils viennent.

C’est marrant et c’est triste en même temps. C’est à un véritable problème métaphysique qu’ils sont confrontés nos amis de la rive nord de la Méditerranée. Ne pourrions nous pas leur venir en aide, nous à qui, il n’y a pas longtemps, ils voulaient faire gober par tous les moyens possibles et imaginables que nos ancêtres étaient des Gaulois ? C’est-à-dire les leurs ! Il est vrai que depuis cette très ancienne époque où les Gaulois régnaient en maitres absolus sur la France jusqu’à nos jours, la France a connu une Histoire tumultueuse. Une Histoire faite de guerres avec leurs voisins anglais ou allemands et de colonisation de terres lointaines. Les terres du continent africain en particulier. Et ce sous le prétexte fallacieux d’apporter la civilisation aux peuples autochtones. Beaucoup d’eau et de sang ont coulé sous le pont depuis cette date. Ironie de l’Histoire, la France, durant toute cette période et jusqu’à nos jours, était contrainte d’absorber, d’assimiler, d’intégrer, de donner refuge puisque c’est « une terre d’asile » par excellence à ses anciens colonisés dont une bonne partie d’entre eux avaient servi de chair à canon lors des deux guerres mondiales. N’est ce pas que c’est un juste retour de manivelle ? La France aujourd’hui n’a d’autre choix que d’accepter ce « melting pot ». Elle devrait, en principe, accepter cette simple évidence : est français quiconque a contribué d’une façon ou d’une autre à faire de ce pays ce qu’il est aujourd’hui.
Quant à la deuxième polémique qui fait actuellement rage en France, particulièrement au sein du milieu intellectuel, c’est le sort qui devrait être réservé aux restes, s’il en reste encore, des restes, d’Albert Camus : les laisser pour l’éternité là où le Nobel est enterré ou les mettre dans ce triste Panthéon sur le fronton duquel est écrit « aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Cette initiative est de Nicolas Sarkozy. C’est pour cela qu’elle rencontre autant de réticences. Pourquoi ? Essayons d’expliquer. Mais brièvement car nous n’avons pas l’intention de participer à ces débats ; ils ne nous concernent pas vraiment. Comme vous le savez, Nicolas Sarkozy et le parti politique, l’UMP, qui l’a porté au pouvoir incarnent la droite. Or, Albert Camus, né en Algérie (Annaba) et ayant grandi dans un quartier populaire d’Alger (Belcourt), était un intellectuel plutôt de gauche. Alors ? N’est-il pas aisé d’imaginer que lorsque la droite chasse dans les plates bandes de la gauche c’est louche ? C’est ce que, en gros, on reproche à Nicolas Sarkozy. On lui reproche le fait de faire de la politique politicienne, démagogique, tout en ayant les yeux rivés sur un horizon pas très lointain : une campagne électorale ça se prépare plusieurs mois à l’avance même si on occupe déjà l’Elysée. Il y a même des plumes du monde politico médiatique parisien qui ont proposé, dans la foulée, à Sarkozy de devenir «Camusien». Un retournement de veste, quoi ! Un pas que Nicolas Sarkozy, connu pour son « bling bling » et son affinité avec les milieux de la haute bourgeoisie française, celle qui détient les manettes de la technologie de pointe et des médias, n’est pas près de franchir.
Dieu merci, en ce qui nous concerne, nous les Algériens, nous venons de découvrir la vérité sur nos origines. Ainsi, nos « faux frères » égyptiens, mauvais perdants comme ils sont, viennent-ils, à la suite de leur cinglante défaite en football et sur terrain neutre, de décréter que nous ne descendons pas d’une lignée arabe venue directement de la péninsule du même nom mais d’un peuple « barbare » qui vivait dans des grottes de l’Afrique du Nord et qu’on appelle aujourd’hui le Maghreb. Les français nous ont donc bernés pendant 132 ans en nous racontant des sornettes : que nos ancêtres étaient des Gaulois. C’est une bonne nouvelle. Que dis-je ? Cette nouvelle ne nous chagrine pas. Au contraire, elle nous réjouit. Elle nous met du baume sur le cœur car, hormis la langue et la religion, nous n’avons, effectivement, pas d’autres points communs avec les descendants des Pharaons. Les mesures par des anthropologues de nos périmètres crâniens ou de la longueur de nos fémurs, par exemple, feront certainement ressortir des différences significatives. Notables.
Levi Strauss est mort ; il y a à peine quelques semaines ; à un âge très avancé. Dommage qu’on n’a pas eu l’idée de faire appel à cette sommité en ethnologie, avant sa mort, à l’instar des populations amazoniennes, pour venir étudier quelques spécimens de nos deux populations et nous éclairer ainsi davantage sur la véritable origine des uns et des autres. On n’en serait pas arrivé là. A se chamailler par presse interposée, et à se jeter … la balle. Pour une histoire de balle ! C’est très affligeant comme spectacle. Mais c’est comme ça.

"Oum eddounia"

Dans les années 70, j’étais encore collégien et je rêvais de visiter «Oum-Eddounia » et de prendre des photos au pied d’une pyramide. Je me rappelle qu’à l’époque, pour l’enseignement de l’arabe classique, l’Algérie avait ramené à tour de bras des professeurs Egyptiens. Nous n’avions pas le choix puisque cela faisait à peine quelques années que le pays avait recouvert son indépendance et que le peu de gens lettrés dont on disposait ne suffisait pas à prendre en charge les milliers d’enfants algériens qu’il fallait scolariser et donc instruire.

Le système scolaire hérité de l’époque coloniale était décrié par les responsables politiques du parti unique, le FLN, qui voulaient tout arabiser ; ils voulaient le remplacer par un système purement algérien où la primauté devait aller vers l’enseignement de la langue arabe. D’où le recours massif aux enseignants du Moyen-Orient et particulièrement aux Egyptiens.
Les pyramides, considérées, à juste titre d’ailleurs, comme l’une des sept merveilles du monde, me fascinaient. A vrai dire, elles nous fascinaient tous et nous en étions, nous autres collégiens algériens, fiers du seul fait qu’elles se trouvent dans un pays arabe, l’Egypte. Pourtant, leur construction remonte à plus de cinq milles ans. Elles ont été bâties par une civilisation ancienne, la civilisation pharaonique qui n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec nous : les algériens. Nous en étions fiers aussi du fait que, malgré la puissance de ses canons (pour l’époque), Napoléon n’a pu venir à bout des sphinx qui défendaient vaillamment, symboliquement évidemment, les pyramides et toute la vallée du Nil qui s’étend jusqu’au Soudan. C’est lors de sa campagne d’Egypte que Napoléon avait lancé, à l’attention de son armée bien sûr, cette fameuse phrase pour stimuler et pousser à plus de combativité ses soldats : «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècle vous contemplent ».
Ce n’est qu’il ya quelques années que mon rêve fut exaucé.
En 2001, j’eus enfin l’occasion de voir Oum Eddounia. J’eus l’occasion tant rêvée de passer mon réveillon sur le Nil, entre Louxor et Assouan. Une croisière de rêve au cours de laquelle nous avions tant appris sur l’Histoire millénaire des pharaons. La vallée des Rois est, en effet, un musée à ciel ouvert, un grand livre d’Histoire pour qui sait déchiffrer, les hiéroglyphes. Et, le moins qu’on puisse dire c’est que notre guide était spécialiste en la matière et nous le suivions au pas de charge entre les énormes colonnes du temple de Karnak, sur la rive droite du Nil. Nous écoutions de façon quasi religieuse ses explications à tel point que Toutankhamon, Ramsès II et autres Rois ou prêtres religieux nous étaient devenus des personnages familiers. D’autant plus qu’au Musée du Caire, nous avions déjà fait leur connaissance : nous avions vu leurs momies.
En fait, le voyage avait commencé par un séjour de deux jours au Caire. De cette mégapole, de près de vingt millions d’habitants, où l’on étouffe, où l’on suffoque, j’ai gardé de bons et de mauvais souvenirs.
Comme mauvais souvenir, je me rappelle encore de cet atelier de tissage situé à la périphérie de la ville où des fillettes de dix à quinze ans trimaient du matin au soir sans aucune contre partie; sans aucun salaire. «Elles sont en formation », selon leur contre maitre que nous avions rencontré sur les lieux. Mais en réalité il s’agissait ni plus ni moins que d’une exploitation en bonne et due forme de fillette issues de familles pauvres. Des fillettes qui auraient du être à l’école et non dans cet atelier où les conditions d’hygiène et de travail laissaient à désirer. Pourtant, l’UNICEF et toutes les ONG humanitaires condamnent de la façon la plus vigoureuse ces pratiques d’un autre âge. Le travail des enfants est en principe condamné par les nations civilisées. Ce qui, malheureusement, n’était visiblement pas le cas en Egypte, « Misr Oum eddounia ». L’échine pliée, ces fillettes passaient plus de dix heures par jour, chacune devant un métier à tisser traditionnel. C’était scandaleux ! Mais, en tant que touristes pour lesquels cette visite était programmée dans le circuit, que pouvions-nous faire ou dire ?
Un autre mauvais souvenir, c’est ce cimetière, toujours à la périphérie du Caire, où les vivants se disputaient la place aux morts et s’entassaient par familles entières dans ce qui semblait être des caveaux de familles. C’est simple: ici, les vivants ont appris à cohabiter avec les morts et ne semblent nullement dérangés par cette situation anachronique. Notre guide était visiblement gêné de nous montrer toute cette misère et, par politesse, nous nous sommes abstenus de faire le moindre commentaire là-dessus. Nous regardions au travers des vitres du bus dans un silence «de mort » jusqu’à notre arrivée à «Khan el Khalili », ce quartier du vieux Caire où les rues et ruelles sont continuellement bondées d’une foule bigarrée.
Khan el khalili c’est l’équivalent de notre Casbah avec ces nombreuses échoppes d’artisanat et ses nombreux cafés où l’on peut tranquillement déguster un thé et tirer quelques bouffées de narguilé. Mais le plus réputé de ces cafés est sans aucun doute « El fichaoui » où le Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, avait coutume de s’y attabler et de prendre des notes sur la société égyptienne, notes qui lui serviront plus tard pour l’écriture de ses romans. Inutile de vous rappeler que, du matin au soir, ce quartier du Caire grouille de monde. La circulation automobile y est tellement dense que ça tourne à l’anarchie. On fait fi du code de la route et on s’engouffre dans le ventre de ce grand bazar par n’importe quelle ruelle, quitte à rouler sur le trottoir en usant à outrance de son klaxon. Automobilistes, piétons et marchands ambulants poussant leurs charrettes se disputent le peu d’espace qui reste. Les policiers affectés à la régulation de la circulation se trouvent la plupart du temps dépassés et laissent donc faire. Ils n’interviennent que lorsque vraiment tout est bloqué ou qu’un accrochage entre deux voitures, par exemple, est signalé. Khan el khalili vit à un rythme infernal et ne connait de répit que tard dans la soirée.
Pas loin du café « El Fichaoui » se trouve la grande mosquée d’El Azhar qui reste une référence en matière d’enseignement de théologie et d’émission de fatwas pour les sunnites du monde entier.
L’actualité de ces derniers jours m’impose cependant d’ouvrir une petite parenthèse.
Non pas pour verser dans l’insulte et la diffamation envers le peuple égyptien (que je continuerai, malgré tout, à considérer comme frère) mais pour répondre à je ne sais plus quel journal algérien qui a reproché aux intellectuels algériens de ne s’être pas impliqué dans cette « guerre médiatique » qui, faut-il le rappeler, a été provoquée par les média égyptiens tous supports audiovisuels confondus, notamment leurs chaînes satellitaires. Alors, je dirais tout simplement que, à mon avis et ça ne reste qu’un avis, l’intellectuel, quel qu’il soit, ne réagit pas à chaud. Il doit savoir raison gardée. Il ne doit pas s’emporter, il ne doit pas se laisser influencer par la rue et dire des choses qu’il regrettera peut-être par la suite c’est-à-dire une fois que l’Histoire aura repris son cours normal. Ce que dit l’intellectuel par le biais d’un journal ou de tout autre moyen de communication a certainement plus de portée et plus d’impact sur l’opinion publique que ce que la « rue » provoque comme tapage. Le tapage de la rue est vite oublié mais l’écrit de l’intellectuel est toujours là. On n’oublie pas les prises de position de l’intellectuel et les égyptiens sont pourtant bien avisés en ce qui concerne ce fait puisqu’il y a à peine quelques semaines l’un des leurs, leur ministre de la culture pour ne pas le nommer s’est vu refuser le poste de directeur de l’Unesco pour une phrase antisémite qu’il aurait déclarée il y a quelques années maintenant. Et, compte tenu de ce qui vient d’être dit, nous aurons, nous aussi, beaucoup de choses à reprocher aux artistes, journalistes, hommes de lettres égyptiens qui nous ont insulté, diffamé et train é dans la boue du Nil nos valeurs révolutionnaires. Alors, ne leur donnons pas, à notre tour l’occasion de nous reprocher quoi que ce soit. Laissons mûrir nos réflexions avant de les mettre noir sur blanc dans les journaux ou sur le Net. Ne répondons pas à la violence verbale par la violence verbale mais par des arguments justes et convaincants.
Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer nos frères égyptiens, mais il faut dire que durant les années terribles (de la décennie 9O) vécues par les algériens, les théologiens d’El Azhar n’avaient pas, à ma connaissance, bougé le petit doigt ni émis de fatwa allant dans le sens d’une condamnation de façon claire et nette des actes terroristes commis par les GIA et autres groupes terroristes qui écumaient les maquis algériens. Bien au contraire, nous pouvons considérer aujourd’hui, c’est-à-dire avec le recul nécessaire, que leur silence était complice. En effet, l’adage dit «qui ne dit mot consent ». Et, ce n’est un secret pour personne, que les théologiens d’El Azhar n’avaient à aucun moment lancé un appel, rien qu’un appel, pour dire, par exemple, que le djihad en terre d’Islam, entre musulmans, est nul et non avenu selon les canons de la religion musulmane. Plus que ça et pire que ça, l’analyse à tête reposée, si on la poussait vraiment loin, pourrait même aboutir au fait que la «fitna » qui a conduit le peuple algérien pendant toutes ces années-là à s’entre déchirer, trouverait peut être ses racines dans l’enseignement de « l’arabe classique » que les enseignants égyptiens dont j’ai parlé plus haut nous ont prodigué juste après l’indépendance.
Ce n’est probablement pas parce qu’elle nous voulait du bien que « Oum eddounia », qui vient de montrer sa haine et sa rancœur envers le peuple algérien, nous avait fourbi ses enseignants qui, faut-il le souligner aussi, ne brillaient ni par la qualité de leur enseignement ni par la rigueur de leur méthodologie de travail. Il devient clair maintenant que si, à l’époque, l’Egypte avait tenu à nous aider dans le domaine éducatif et spécialement dans ce domaine-là, ce n’était certainement pas dans un souci de nous « cultiver » ni de nous transmettre les connaissances scientifiques, philosophiques, littéraires qu’elle a soit disant héritées de son ancienne civilisation. Il est permis aujourd’hui de douter de ses intentions passées. Ne tenait-elle pas plutôt à nous inoculer le germe de la discorde de telle sorte que l’Algérie reste toujours embourbée dans ses contradictions internes afin qu’elle, «Oum Eddounia », puisse toujours garder le leadership arabe ? Au vu et au su de ce qui s’est passé au Caire pour un simple match de foot ball, n’est-il pas légitime et logique de se poser ce genre de questions ? Il est temps donc de mettre aussi un terme à ses prétentions. «Oum eddounia » n’est pas le nombril du Monde arabe.

Le SILA : de la SAFEX à l’OCO


Il y’a deux ans, lors de la tenue du 12e Salon international du livre d’Alger, j’avais écris un article (pour le média citoyen français Agora vox) au titre presque prémonitoire : A quand un SILA à M’Sila ? En quoi ce titre était-il prémonitoire, me direz –vous ? Eh bien, dans mon esprit d’alors, je pensais qu’un tel évènement culturel devrait, telle une caravane culturelle, se déplacer d’une ville à l’autre et ne pas rester cantonner uniquement au niveau d’Alger. Ce n’est, pensais-je naïvement, que de cette façon-là qu’on pourra inculquer à nos concitoyens et particulièrement à nos enfants, à nos écoliers, à nos lycéens et à nos universitaires (qui se trouvent dans le pays profond où il ne se passe rien de culturel tout au long de l’année) le goût de la lecture et de la chose culturelle d’une façon générale. Habituellement, ce SILA se tient à la SAFEX d’Alger comme tous les « Salons » d’ailleurs : automobile, bâtiment, textile …. , et que sais-je encore. Pour cette année, pour des raisons que j’ignore et qui de toute façon ne m’intéressent pas, le SILA a, effectivement, été délocalisé mais toujours à Alger. De la SAFEX, il s’est installé tel le cirque Amar sous un chapiteau à l’OCO, au stade du 5 juillet. L’endroit est peut-être meilleur. Sur les hauteurs d’Alger. Qui dit mieux ? Ainsi, le livre s’est-il rapproché de l’élite, de la crème du pays, de ceux qui n’ont pas besoin que ce livre soit subventionné par l’Etat, de ceux qui peuvent se permettre d’en acquérir par cartons entiers. Quant à l’usage réel qu’ils en font (de ces livres), il est permis d’en douter. Ces livres, iront-ils nourrir et enrichir l’esprit de leurs acquéreurs ou iront-ils garnir leurs bibliothèques ? La question est certes provocatrice mais elle mérite d’être posée.
Il y a deux ans, en préambule à mon article, je disais ceci :
« Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains ! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, beaucoup plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite ».
Par « on achève bien les écrivains », je faisais en fait allusion aux déboires qu’avait connues Mohamed Benchicou avec les pouvoirs publics. A sa sortie de prison, il croyait peut-être retrouver une vie normale et reprendre ses occupations habituelles. Que non ! On l’avait toujours à l’œil. On épiait ses moindres faits et gestes.
« Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire ».
« De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, lequel journal est interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". À part cela, il n’y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question ».
« Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on » ?
Mon article se terminait sur cette interrogation. Il n’a pas eu beaucoup de réactions et cela pour une raison bien compréhensible : de l’autre côté de la Méditerranée, il ya peu de gens qui s’intéressent vraiment à nos « Salons » qu’ils soient du livre ou d’autre chose. Je m’adressais à un lectorat qui ne pouvait que se foutre royalement de nos querelles byzantines. Je m’étais trompé de peuple pour paraphraser un leader d’un parti de l’opposition, psychiatre de formation.
Qu’en est-il pour ce 14e Salon ?
En matière de censure et d’atteinte à la liberté d’expression, ce 14e salon ne déroge pas à la règle. Et l’écrivain qui en a fait les frais cette année est Mehdi El Djazairi. Pour son livre « Poutakhine » qui sonne mal à l’oreille. Si je n’avais pas, comme tout un chacun, eu un petit aperçu de son contenu par l’intermédiaire de la presse quotidienne, j’aurais pu croire que, par ce titre apparemment composé, l’auteur voulait nous faire sentir la Vodka : comparer le régime politique algérien au régime de la Russie sous Poutine. Ce qui expliquerait sa censure. Mais non. Rien de tout cela. On aura peut-être l’occasion d’en reparler. Mais, une chose est sûre : un livre censuré fait plus de bruit et par conséquent plus de publicité à son auteur qu’un livre rongé par la poussière à cause d’avoir été trop longtemps exposé dans la vitrine d’une librairie. Même Place Audin, en face de la fac d’Alger.

jeudi 27 août 2009

Guerre Russie-Géorgie : un an après (deuxième partie)



Par « étranger proche », les Russes entendent en fait l’ensemble des pays du Caucase qui faisaient jadis partie de l’URSS et qui, après des « révolutions colorées » le plus souvent encouragées par l’Occident, se sont, les uns après les autres, affranchis de la tutelle du grand frère soviétique. Passé le temps d’euphorie liée à un semblant de vent démocratique, ces pays (n’est ce pas que c’est le cas de l’Ukraine ?) se rendent maintenant compte que, tout compte fait, leur avenir reste toujours lié à celui de la Russie : en ces temps de crise économique mondiale et d’incertitude, ils ne peuvent rien espérer ni des Etats-Unis ni de l’Europe qui leur avaient pourtant fait miroiter tant de belles choses et de bonheur.
En ne s’en tenant qu’à la Géorgie par exemple, de quelle aide matérielle et financière ce pays peut-il se targuer d’avoir bénéficié de la part de l’Occident ? Peut-on dire Niet, comme disent les Russes ? Non, pas tout à fait. Lors de mes recherches sur Internet, j’ai trouvé un papier de l’Institut français de géostratégie qui est relativement récent puisqu’il date du 29 août 2008 où il est clairement indiqué que l’aide américaine à la Géorgie s’élevait à un milliard de dollars et ce depuis 1992. Ce qui, il faut le reconnaître, n’est pas rien ! En fait, les américains ne donnent rien pour rien. C’est parce que la Géorgie est située dans une région, le sud du Caucase, à potentiel énergétique assez important que les américains s’intéressent à ce pays. Ils pensent le plus logiquement du monde d’ailleurs qu’en y mettant un pied, ils réussiront à s’assurer du contrôle de cette région où les Russes ont nettement perdu de leur influence depuis l’éclatement de l’URSS. Sauf que les Russes, qui ne sont pas dupes, ne se laisseront pas faire facilement. Là, on chasse dans leur pré carré ! Il est donc tout à fait normal qu’ils réagissent de la façon la plus brutale qui soit comme ils l’ont fait lors de la guerre de cinq jours qui les a opposés à la Géorgie.

Par ailleurs, la Géorgie a bénéficié ces dernières années d’une aide en matériel militaire plus ou moins sophistiqué (3) dont des drones provenant pour une grande partie de l’Etat d’Israël. Israël a même envoyé des instructeurs militaires pour former la toute jeune armée de la Géorgie. En fait, c’est pour se rapprocher géographiquement de l’Iran qu’Israël s’implique corps et âme si je puis dire dans les affaires militaires de ce pays qui aspire par ailleurs à intégrer l’OTAN le plutôt possible ; il paraît même que les Israéliens ont établi des bases militaires sur le territoire de la Géorgie qui leur permettraient, le cas échéant, d’intervenir rapidement contre l’Iran sans avoir donc à faire de longues distances et sans avoir à demander l’autorisation de survol par leur aviation de pays qui leur sont plus ou moins hostiles (Syrie, Irak, par exemple). La Géorgie ne se rend peut-être pas compte ou en tous les cas ne semble pas savoir où elle met les pieds, mais cette politique risque de l’impliquer dans un conflit beaucoup plus grave que celui du mois d’août de l’année dernière. Un conflit à dimension plus que régionale où il lui sera beaucoup plus difficile de tirer son épingle du jeu ! L’Iran sait très bien qu’il est dans l’œil du cyclone de l’Occident et que tôt ou tard il sera attaqué. Les avertissements des pays de l’Occident à l’Iran pour que celui-ci mette un terme à son programme nucléaire se font insistants ces derniers temps d’ailleurs ; Rien que cette semaine, lors de leur rencontre à Londres, le premier ministre britannique Gordon Brown et son homologue israélien Benjamin Netanyahu ont réitéré cet avertissement. Et la main tendue de Barack Obama ne le restera pas pour longtemps encore. Les américains se sont donné un délai de six mois avant de pouvoir prendre des décisions et d’agir. L’Iran sait qu’il est actuellement en sursis et que le jour où il devra rendre des comptes à "la communauté internationale" approche à grands pas ; mais il s’entête et continue à produire de l’uranium. De part et d’autre donc, la course contre la montre est engagée. A ce train-là, dans quelques semaines l’on saura quelle alternative a finalement pris le dessus : "le bombardement de l’Iran ou la bombe iranienne".

Une attaque qui proviendrait de la Géorgie servirait plus l’Iran qu’elle ne le desservirait puisque de toute évidence la Russie se trouverait de facto impliquée dans ce conflit qui aurait pris naissance à son "étranger proche".

Guerre Russie-Géorgie : un an après



Rappelez-vous, il y a un an, presque jour pour jour, j’avais écrit un papier sur la guerre Russie-Géorgie. Celui-ci s’intitulait « Guerre et vassalité » et, contre toute attente, a eu un large écho auprès des lecteurs d’Agoravox. En fait, pour être exact, c’était à une analyse géopolitique de ce conflit entre deux pays de l’ex URSS que je m’étais livré sans avoir néanmoins le moindre doute que mon article allait être repris sur « Yahoo actualités ».
J’avoue que, ce jour-là, de joie je jubilais ! Oui, de joie j’exultais. Non pas parce qu’il y a eu cette guerre. Non. La guerre ne me réjouit pas ; quel que soit l’endroit ou elle a lieu, quels que soient les belligérants qui y sont impliqués ou que l’on a délibérément monté les uns contre les autres, la guerre ne m’emballe pas. Pour dire vrai, la guerre, je la déteste et si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas de guerre du tout. Le monde en serait débarrassé. Définitivement débarrassé.

Je disais donc que, ce jour-là, je jubilais. Je jubilais de cette joie certes difficile à décrire, difficile à définir, mais qui envahit certainement tout "agoravoxien" qui se respecte et qui se découvre subitement une âme d’analyste politique alors que sa formation de scientifique, par exemple, ne le prédestinait guère à cette vocation.

Cela dit, revenons maintenant à l’ordre du jour si je puis dire.
Il est utile de rappeler que c’est, en grande partie, grâce au tonitruant président français, Nicolas Sarkozy, qu’un cessez-le-feu a pu être signé entre les deux parties, et que les dommages, de part et d’autre, liés au conflit armé, ont pu être minimisés. La guerre n’a pas duré longtemps (cinq jours) car les forces en présences étaient largement disproportionnées. Le président de la Géorgie, en s’engageant dans ce conflit, comptait certainement sur l’aide des pays occidentaux notamment des américains dont des conseillers militaires étaient, depuis longtemps déjà, sur place ; mais ni l’Europe ni les Etats–Unis n’ont bougé le petit doigt car, en face, on avait affaire non pas à un pays du tiers monde mais à la Russie de Vladimir Poutine ... autrement dit à un ours blessé et qui vient tout juste de sortir d’une longue hibernation.

Ne serait-il pas intéressant, une année après, de revenir sur ce conflit et de voir ce qui a pu changer dans les relations de la Russie avec l’Europe et les Etats-Unis ?
Lors du cette guerre qui, faut-il le rappeler encore ( ?), n’a duré que quelques jours, l’on se rappelle qu’aux Etats-Unis on était en pleine campagne électorale. Il était alors difficile d’avancer un quelconque pronostic quant à l’issue de ces élections tellement la bataille entre les deux camps (Démocrates Républicains) était rude.
Pendant ces quelques jours de conflit, l’administration de Georges W Bush, qui était encore en place, avait d’ailleurs tenu un profil bas ; elle ne pouvait intervenir de manière directe dans ce conflit d’autant plus que, du côté de l’Irak et surtout de l’Afghanistan, l’armée américaine éprouvait des difficultés sérieuses liées principalement au manque de logistique. La guerre dans ces deux pays leur coûte cher et a contribué, indubitablement, à la crise économique et financière qui les a sérieusement secoués ces derniers temps.

En Afghanistan, les Talibans avaient repris du poil de la bête et dressaient de temps en temps des embuscades aux boys toutes aussi meurtrières les unes que les autres. Par ailleurs, l’Iran, qui tenait tant à son "nucléaire" posait un sérieux dilemme aux stratèges américains : les sanctions internationales n’ont pas eu d’effet escompté sur la politique de Téhéran, l’on commençait alors à sérieusement envisager le bombardement de l’Iran pour ne pas avoir à craindre la bombe iranienne. (1) Or, pour obliger l’Iran à renoncer à son programme nucléaire, les sanctions internationales d’ordre économique et commercial ne suffisent pas et les Etats-Unis ont besoin des Russes qui, malgré tout, entretiennent toujours des relations diplomatiques et autres avec ce pays. Ils ne pouvaient donc se permettre ne serait ce que de se fâcher avec les Russes en soutenant la Géorgie dans une entreprise vouée d’emblée à l’échec.

Est-il possible dans ces conditions, même à l’armée la plus puissante du monde, d’être sur plusieurs fronts en même temps ? Il est évident que la réponse est non. Les Russes ont donc profité de cette "fenêtre politique" pour s’engouffrer dans le Caucase et rétablir l’équilibre géostratégique en leur faveur. Qui peut leur reprocher le fait d’avoir agi ainsi ? En réalité, la Russie, même du temps de l’URSS, n’a jamais été un pays à vocation impérialiste comme il est sous entendu ça et là, particulièrement dans certains écrits de la presse française (2). Son intervention militaire contre les troupes de la Géorgie n’avait pour but que de venir en aide aux populations de l’Ossétie du Sud soumises à une répression de la part de Saakachvili pour leurs velléités séparatistes. Cette intervention leur a permis également de montrer au monde occidental que l’armée russe n’était pas du tout "obsolète" et qu’elle pouvait être mobilisée en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Pierre Rousselin (du Figaro) résume bien, dans son blog, la situation actuelle de la Russie "Le Kremlin a étendu sa zone d’influence, infligé une sévère leçon à l’imprudent président Mikhaïl Saakachvili - dont le pays est amputé de 20 % de son territoire -, adressé une mise en garde aux autres États de son «  étranger proche  », dit-il .
A suivre

(1) En fait, il est fait, ici, allusion à la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy : "la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran".
(2) J’ai encore en tête la fameuse phrase du rédacteur en chef de l’express, Christophe Barbier, pour qui tout pays qui se rapproche de la Russie est traité de vassal et tout pays qui se met sous la botte des Etats-Unis n’est qu’ami de l’oncle Sam.

samedi 8 août 2009

L’opinion publique en Algérie : mythe ou réalité



Dans deux contributions au journal « El Watan », parues respectivement le 25 et le 26 juillet, un certain Dr Ahmed Rouadjia a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle de dire tout haut ce que la majorité d’entre nous pense tout bas du système politico judiciaire algérien. Il n’est pas dans notre intention de faire une étude critique de ses écrits mais il est certain qu’un certain nombre de points et d’interrogations soulevés par cet enseignant de l’université de M’sila méritent un large débat au sein de la société civile algérienne ; en tout cas, c’est notre avis.


Des contributions de ce genre-là, on en redemande. Notre fierté et notre ego d’algériens trop longtemps interdits de liberté d’expression, ne peuvent qu’être rehaussés dès lors que du fin fond du pays nous viennent des écrits et des idées fluides et claires comme l’eau de roche. Mais il ne faut pas que ça reste… comment dirais-je, euh… Comme une hirondelle qui, seule, ne peut, malheureusement, pas faire le printemps. Ce que je veux dire par là, c’est que des écrits de ce genre-là devraient normalement stimuler la curiosité de tout un chacun, particulièrement de l’élite intellectuelle et amener celle dernière à réagir et à s’impliquer encore plus dans le débat. Car c’est à un large débat que cet universitaire (qui a eu certainement à souffrir de l’incohérence du système judiciaire algérien) nous convie en quelque sorte.

Dans le premier article, il est question de l’opinion publique en Algérie et de son soi-disant influence sur "les décisions du gouvernement".

En Algérie, existe-t-il ou non une "opinion publique" ?, s’interrogeait-il dès le premier paragraphe de son premier article. Oui, dit-il quelques lignes plus loin. Cette affirmation est corroborée par le fait que sans cette "opinion publique", il serait à l’heure actuelle certainement entrain de purger une (lourde ?) peine (1) dans les "geôles d’Alger", pour reprendre le titre d’un livre de l’ex directeur du journal "Le matin", Mohamed Benchicou, qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Pour rappel, ce journaliste a déjà purgé une peine de deux ans à la prison d’El Harrach pour son "Bouteflika, une imposture algérienne". Pourtant, l’on se rappelle bien, à l’époque, "l’opinion publique" représentée essentiellement par les hommes de la presse a remué ciel et terre pour lui éviter le pire, mais le pouvoir est resté de marbre, imperturbable, et, in fine, a eu le dernier mot : l’intrépide journaliste devait payer pour son crime de lèse-majesté. Il le paya. Deux longues années de privation de liberté et au cours desquelles sa santé s’était considérablement dégradée à cause des conditions inhumaines de sa détention. Fermons cette parenthèse.

En fait, cet universitaire n’évoque pas directement son cas personnel mais il cite un certain nombre de journalistes et d’intellectuels algériens qui ont, plusieurs fois, eu maille avec la justice pour des écrits soi-disant diffamants alors que selon l’article 39 de la Constitution " les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garantis au citoyen". Si l’opinion publique, en Algérie, existe, il ne faut cependant pas oublier que le pouvoir politique algérien sait aussi se donner les moyens de sa politique : rendre cette opinion quasiment sans véritable influence sur le cours des évènements. Il peut à tout moment invoquer le délit d’opinion afin de pouvoir sévir en toute légalité. Le risque de tomber sous le coup de la loi du délit d’opinion influe donc de façon négative sur la façon de communiquer et des journalistes et des intellectuels. La plupart du temps, pour ne citer que cet exemple, les articles de presse ne concernent que des informations d’ordre général ou alors ils sont carrément bâclés et n’incitent guère à la réflexion. On a l’impression que le journaliste s’est acquitté de son devoir sans faire l’effort nécessaire pour expliquer au lecteur le pourquoi ou le comment de la "chose" ; l’information est livrée telle qu’elle sans commentaire ni analyse sérieuse et, souvent, c’est au lecteur d’essayer de lire entre les lignes pour en saisir la signification. Mais combien de lecteurs sont-ils capables de lire entre les lignes ? Combien de lecteurs sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire pour pouvoir démêler le vrai du faux, la rumeur de l’information officielle, les banalités de l’essentiel ? Alors dans ce cas, comment l’opinion publique puisse-t-elle se faire une idée, une opinion sur "les prises de décision du gouvernement", par exemple ? Nous ne sommes pas vraiment libres. Je dirais même que c’est consciemment que nous mettons parfois un frein, si j’ose dire, à notre action critique vis-à-vis des institutions étatiques lorsque celles-ci sont défaillantes (et elles le sont presque toujours), car nul ne veut faire face à la machine judiciaire algérienne quand celle-ci se met en branle. C’est volontairement que l’on s’auto censure pour ne pas avoir à faire les frais de Dame justice. L’évocation du mot "justice"’ devrait, en principe, nous amener à parler du second article du Dr Ahmed Rouadjia qui a pour titre "La réforme judiciaire en butte à l’inertie du système politique". Mais, l’article en question étant trop long, nous comptons lui consacrer une critique à part.

A suivre

(1) C’est la confidence même de l’auteur qui nous fait dire cela : " je reviendrai sous peu sur la conduite de nos juges, en particulier à M’sila, que j’ai vu à l’œuvre, et qui ont une étrange lecture des textes de loi, …"

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...