mercredi 5 mars 2014
Lettre ouverte aux intellectuels algériens.
Partant de ce principe si simple dans son application, il m’a semblé très utile de m’adresser, par le biais de cette lettre ouverte, à vous, mes chers compatriotes, car je sais pertinemment, qu’ensemble, par nos interventions publiques à travers les médias nationaux et pourquoi pas aussi ( ?) étrangers, nous arriverons facilement à renverser la vapeur et à détourner le cours de l’Histoire de l’Algérie qui s’oriente tout doucement mais inexorablement vers une catastrophe. Jugez-en.
L’Algérie a plus de cinquante ans d’indépendance. Ce n’est peut-être rien à l’échelle de l’Histoire. Mais, faut-il le reconnaître, c’est l’âge adulte pour un peuple qui a eu à mener l’une des plus grandes et des plus glorieuses guerres du siècle passé. C’est même beaucoup pour un peuple qui aspirait, dès l’indépendance acquise, à construire un Etat-nation avec des valeurs démocratiques héritées de son combat libérateur, valeurs démocratiques écrites noir sur blanc par des hommes lucides et intègres de ce pays lors du Congrès de la Soummam. Avec le temps, force est d’admettre que ces valeurs se sont délitées à tel point qu’aujourd’hui, le parti, sous la bannière duquel les Algériens de l’ancienne génération s’étaient regroupés pour mettre dehors l’ancienne puissance coloniale, en vient à porter sévèrement atteinte à l’un des piliers de notre défense nationale, le DRS. Mais, le problème ne s’arrête pas là. Il est vrai que cette sortie médiatique du SG du parti auquel on fait allusion ici a été sévèrement réprimée par des hommes et des femmes qui restent, malgré tout, attachés aux valeurs de Novembre. Cette déclaration inopportune et provocatrice a fait couler beaucoup de salive et beaucoup d’encre. La presse dans sa globalité, publique et privée, en a fait état régulièrement et pendant plusieurs jours de suite. Elle a même fait réagir, au dernier moment peut-être, un peu tardivement selon certains, le premier magistrat du pays, Abdelaziz Bouteflika, par le biais d’un communiqué lu à la télévision nationale. Et comment pourrait-il en être autrement ? L’on sait très bien que l’homme est malade… et bien malade, incapable même de prononcer le moindre mot du fait des séquelles cognitives liées à son AVC du 27 avril de l’année 2013. Et pourtant, et c’est là que le bât blesse, il se trouve que certains partis politiques, pour des raisons d’intérêts personnels propres à leurs chefs (qui font partie du gouvernement actuel), essayent par tous les moyens illégaux de nous convaincre ou plutôt de convaincre certains Algériens naïfs, et probablement sans culture politique, qu’en dehors de Fakhamatouhou, il n’y a point d’hommes en Algérie capables de relever le défi et par conséquent point de salut pour l’Algérie. Cela est grave.
De ce fait, il me semble qu’il est du devoir des intellectuels algériens, qui sont pour un changement politique pacifique en Algérie, d’apporter la contradiction à ces laudateurs, à ces thuriféraires, en expliquant de façon calme et posée qu’en démocratie, la règle principale est l’alternance au pouvoir, qu’il est temps que l’ancienne génération, qu’on n’a, du reste, jamais cessé de remercier pour sa participation à la lutte d’indépendance nationale, est arrivée aujourd’hui à ses limites tant politiques que physiques et biologiques, et qu’elle doit passer le flambeau à la nouvelle génération. Le président actuel lui-même l’avait reconnu, lors de son fameux discours du 8 mai 2012, à Sétif, en disant, texto, en dialecte algérien, «ma génération tab djenanha». Quand un président en arrive à tenir, publiquement, un tel langage, cela veut tout dire. Et cela, bien avant qu’il ne tombe gravement malade. Sa maladie, son handicap physique, sa disparition de la scène politique, hormis quelques séquences vidéo montées avec bricolage et amateurisme et qui, malgré tout, montrent un homme au regard hagard, figé dans la position décrite dans les livres de médecine de «le malade fuit sa paralysie et regarde sa lésion», ne sont pas faits pour arranger les choses. Toujours est-il qu’à cette occasion nous lui réitérons notre vœu sincère de le voir complètement rétabli et nous lui souhaitons longue vie au milieu de ses proches et de sa famille. Mais accepter que le pays soit gouverné pour les prochaines cinq années par un tel homme est un non-sens, je dirai même une insulte à ce peuple qui a vaincu le colonialisme français et le terrorisme islamiste. Beaucoup d’Algériens sérieux et sincères, qu’ils soient au fait de la chose politique ou simple profanes, réclament, aujourd’hui, l’instauration de la 2e République. Que cela soit. Que la 2e République naisse en ce 17 avril 2014 sans forceps et sans césarienne. Sans souffrance et sans effusion de sang.
Abdelaziz Ghedia, membre fondateur de Jil jadid
mercredi 13 février 2013
Essai de déconstruction du mythe de « choc des civilisations » (2)
Mais, sans entrer dans les détails de cette opération clandestine menée par les Etats-Unis (ce qui, du reste, n’est pas l’objectif de cet écrit), disons que celle-ci s’était soldée par un fiasco total. L’on sait que les américains, à l’époque, étaient très allergiques (et le mot n’est pas très fort) à l’idéologie communiste et acceptaient mal le fait que Cuba soit imprégnée de cette idéologie. D’où d’ailleurs cette citation qui fait de Cuba « l’île si proche des Etats-Unis et si loin de Dieu ». Plus d’un demi-siècle après cette affaire, Cuba est toujours idéologiquement très à gauche pour ne pas dire communiste, ce dernier terme ayant, entre temps, perdu de son aura, et les Castro toujours au pouvoir ! Fidel est très âgé et malade, mais Raul est très fidèle. Simple jeu de mots qui dénote d’une situation politique si fréquente sous nos latitudes musulmanes où le pouvoir est parfois légué en héritage (cas de la Syrie où le fils a littéralement remplacé au pied levé son père) mais qui fait fausse note au pays de la salsa. En effet, culturellement parlant, cette pratique de passation de pouvoir n’aurait pas dû avoir lieu dans un pays, Cuba, qui, malgré tout, appartient à l’Occident.
La fin de la guerre froide ne pouvait donc qu’engendrer, de la part des penseurs et des intellectuels états-uniens une autre conception du monde qui puisse leur permettre de sauvegarder leur hégémonie économique, politique, militaire et culturelle sur le monde. Il fallait donc, coûte que coûte, créer un ennemi. Mais un ennemi qui fasse consensus au sein de l’opinion publique de l’Occident. Et qui, mieux que l’Islam, pourrait faire ce consensus ? L’on comprend donc que S. Huntington, dans le but certainement de ne pas trop froisser le monde musulman, a, pour le besoin de son livre le « choc des civilisations », répertorié plusieurs civilisations susceptibles, dans les prochaines années, d’entrer en conflit avec l’Occident. Mais, c’est le monde musulman qui se taille la part du lion dans ce que, personnellement, je n’hésiterai pas à dire ses « élucubrations ». Pour appuyer sa thèse, S. Huntington revient de façon persistante ou plutôt insistante sur la culture qu’il assimile à civilisation. Or, de notre point de vue, il n’y a aucune ressemblance entre, par exemple, la culture de l’Afghanistan et celle du Maroc, deux pays appartenant à la sphère arabo-musulmane mais se trouvant l’un et l’autre aux extrémités opposées de ce monde. Au Maroc et dans les autres pays maghrébins (Algérie, Tunisie…) qui sont des pays du pourtour méditerranéen, la culture est de type méditerranéen et à même tendance à s’occidentaliser du fait de la proximité de l’Europe, des mouvements de personnes qui se font dans les deux sens à travers cette mer intermédiaire qu’est la méditerranée et, à ne pas négliger aussi, du fait de la réception des programmes de télévisions qui, d’une façon ou d’une autre, influent sur le processus culturel en cours dans les pays sus cités. La culture n’est jamais figée. Dans tous les pays, elle évolue, elle fait du troc en quelque sorte avec son environnement le plus proche en exportant ses modèles et en important d’autres. C’est ainsi qu’il n’est pas du tout étonnant de savoir, par exemple, que sur le plan culinaire, le couscous algérien est très apprécié des français et pourrait devenir, dans un avenir pas très lointain, un plat national français au même titre que la bouillabaisse marseillaise ou le bœuf bourguignon.
C’est surtout pour détendre l’atmosphère que j’ai cité, ici, le couscous. Par expérience, je sais que les français en raffolent, contrairement aux belges qui s’accrochent à leur « frites moules » comme le naufragé à sa bouée de sauvetage ! En revanche, la baguette de pain à la française a été adoptée dans l’ensemble des pays du Maghreb même si, ces derniers temps la galette revient en force dans certains foyers algériens.
Dans le monde musulman, les cultures sont si nombreuses et si différentes les unes des autres que l’Algérien, par exemple, est, culturellement beaucoup plus proche du marseillais que du pachtoune ! Voila pour l’anecdote.
Mais, nous ne devons pas pour autant oublier que la culture ne se résume pas seulement à l’art culinaire. Elle représente aussi les coutumes, le savoir faire, les traditions et tout un tas de choses qui différencient les sociétés humaines les unes des autres. Et sur ce plan-là, il est évident que certaines choses qui sont admises facilement ici, peuvent ne pas l’être ailleurs. Souvent pour une question de morale. L’une des raisons qui fait que les musulmans sont mal vus, mal considérés et parfois même traités d’obsédés sexuels, par exemple, est le maintien, dans les différents « codes de la famille » des pays musulmans, de la polygamie. Cette question revient de façon récurrente dans tous les forums de discussion lorsque l’Islam est évoqué. Pourtant, cette pratique est toujours en vigueur chez les mormons, aux Etats-Unis, le cœur même de l’Occident. Certainement, il ne vient à l’esprit d’aucun occidental de se lier conjugalement et légalement à trois ou quatre femmes en même temps, mais cela ne l’empêcherait pas, le cas échéant, de cumuler le nombre de ses conquêtes et donc de ses concubines. En occident, cela s’appelle « être un Don juan ». Comme si le mot polygamie n’existait pas dans le lexique des différentes langues occidentales. Evidemment, si ce terme est évité, c’est par ce qu’il est choquant et véhicule une connotation péjorative qui ne sied à merveille qu’au musulman. Mais, ce que l’homme occidental ignore peut-être, c’est que, du point de vue de la religion musulmane, les conditions posées aux hommes intéressés par la polygamie sont tellement draconiennes que cela finit, fatalement, par dissuader plus d’un. Cela sans préjuger des conditions matérielles de la vie qui deviennent de plus en plus difficiles. Tout compte fait donc, les adeptes de cette pratique qui, assurément, fait fantasmer beaucoup d’hommes, ne sont pas légion au Maghreb ou ailleurs dans le monde musulman. Et d’ailleurs, avec l’émancipation des femmes qui accèdent de plus en plus aux études universitaires et qui, pour certaines d’entre-elles, activent même dans la société civile et particulièrement dans les mouvements féministes, la polygamie est condamnée à disparaître. Ce n’est qu’une question de temps. La Tunisie, par exemple, a, incontestablement, une longueur d’avance sur les autres pays musulmans puisque, du temps de Habib Bourguiba, la polygamie avait été abrogée du « code de la famille » tunisien. Espérons qu’avec le retour des islamistes ‘Ennahda’ au pouvoir, conséquemment à « la révolution du jasmin », celle-ci ne sera pas de nouveau inscrite dans les tables de la loi. Sans m’attarder encore plus sur la polygamie, disons que chaque culture a ses avantages et ses inconvénients. Mais rien n’est immuable. Tout est susceptible de changer. Avec la volonté des hommes…et des femmes bien sûr.
J’ai peut-être abusé un peu de votre temps en insistant sur certains aspects culturels de l’Occident (mariage pour tous) et des musulmans (polygamie) et cela pour être autant que possible en phase avec S.Huntington qui, lui aussi, ne l’oublions pas, a bâti pratiquement toute sa théorie du « choc des civilisations » sur ces aspects-là. S. Huntington « voyait la planète non comme un assemblage de nations, mais comme un puzzle composé de cultures et de systèmes politiques qui n’en sont pas au même stade d’évolution ».3
Non, expliquer les conflits actuels ou à venir entre les différents peuples uniquement en partant d’une soit disant différence culturelle ne tient pas pour longtemps la route. Le problème est beaucoup plus sérieux et plus grave que ça. Il n’est plus idéologique, certes. Mais, il n’est pas non plus uniquement d’ordre culturel. Le drame des pays musulmans, c’est que, géographiquement, ils sont situés dans une zone qui attire les convoitises de part sa richesse en matières énergétiques (pétrole et gaz).
Le nerf de la guerre est l’argent, dit-on.
L’Irak a été envahi par les américains, sous un faux prétexte, (faut-il le rappeler encore ?) pas parce que sa culture (qui est millénaire contrairement à celle des Etats-Unis qui est toute récente) est incompatible avec celle de l’Occident mais parce que son sous sol recèle de gigantesques réserves en pétrole et parce que aussi, du point de vue politique et diplomatique, il faisait partie du « front du refus », ces pays qui s’opposaient à la paix avec Israël. Il était l’un des pays à tenir tête à l’Etat d’Israël et par conséquent à l’oncle Sam et à l’Occident dans tout son ensemble. C’est à se demander comment cette si simple vérité a pu échapper au théoricien du « choc des civilisations » qu’était S. Huntington. Ah, pardon, c’est une erreur de ma part. Le « choc des civilisations » a précédé de quelques années « le choc et l’effroi » !
3- http://www.france24.com/fr/20120917-youtube-le-choc-civilisations
Essai de déconstruction du mythe de « choc des civilisations » (1)
Et, en lisant ces écrits, je n’ai pu m’empêcher de penser que le monde musulman, pour qu’il retrouve sa gloire d’antan et pour qu’il sorte de la nuit et des ténèbres dans lesquelles il végète depuis des siècles maintenant, a plutôt besoin de gens de la trempe de cette dame que de djihadistes tels le sieur Mokhtar Belmokhtar. Cette dame, par ses écrits, contribue, d’une manière ou d’une autre, à la déconstruction du mythe, apparu il ya quelques années d’abord aux Etats-Unis puis il s’est vite répandu en Europe, qui veut qu’en ce début du troisième millénaire, nous allions inévitablement vers un « choc des civilisations ». En ce qui nous concerne, et disons que nous sommes de simples citoyens c’est-à-dire n’ayant aucune autorité en matière d’analyse géopolitique, nous réfutons cette thèse. Et cela pour deux raisons principales.
Primo, les guerres qui sont menées un peu partout dans les pays musulmans par des armées de l’Occident ont-elles vraiment le caractère des croisades selon le sens classique de ce terme ? Personnellement, j’en doute. Sinon, comment expliquer ceci : on a vu, par exemple, qu’en Irak, en 2003, la coalition qui a mis fin au régime irakien de Saddam Hussein, était constituée même de certains pays musulmans (Turquie, Arabie Saoudite, Qatar…). Par ailleurs, dans toutes ces guerres[1] , il faut bien admettre que la géopolitique et l’économie en sont le moteur essentiel. Ce sont elles qui priment sur les considérations religieuses.
On a beau dire qu’à la suite de la chute du mur de Berlin, en 1989, suivie de la dislocation de l’URSS, l’Histoire a pris fin, mais non. Celle-ci a peut-être connu un petit moment de flottement où le seul bloc hégémonique qui continuait à gérer les affaires du monde était représenté par la puissance militaire et économique que sont les Etats-Unis. Elle a eu un moment de bégaiement mais elle a tout de suite repris son cours normal et, finalement, le deuxième bloc qu’est la Russie s’est reconstitué à la faveur de sa courte guerre qui l’a opposé à la Géorgie voisine. A partir de ce moment-là, il est permis de dire que l’ours a repris du poil de la bête pour user d’une métaphore assez connue s’agissant de l’ancienne URSS.. La Russie de Poutine II (on l’appellera ainsi parce qu’après un intermède de cinq ans où la présidence de cet Etat, amputé d’une bonne partie de son territoire de naguère, était assurée par Medvedev, il est revenu au pouvoir) n’a plus l’intention de laisser faire, de rester à l’écart des affaires du monde. Une mention particulière doit être faite, ici, à cet égard. Et c’est le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, Alexie Pouchkov, qui le dit : « La Russie est en train de mettre un terme à sa dépendance de la superpuissance mondiale »2. Autrement dit, la Russie d’aujourd’hui a les moyens tant militaires qu’économiques de reprendre la place qui était la sienne avant la prise du pouvoir par Michail Gorbatchev qui, avec sa politique de Glasnost et de perestroïka ne put qu’entrainer son pays à l’effondrement. Cette période fut d’ailleurs caractérisée par des troubles (manifestations et grèves) et de révolutions colorées, certainement commanditées de l’étranger, dans la plupart des confédérations de l’ex URSS qui se trouvent actuellement autonomes et même, pour certaines d’entre-elles, dans le giron de l’Europe de l’Ouest.
[1] Guerre dont le motif avoué est la lutte contre le terrorisme islamiste et particulièrement « El Q aida » tenue, jusqu’à présent, pour responsable de l’attentat du 11 septembre qui a détruit les tours jumelles de New York. Rappelons-nous que cet attentat a mis le monde entier en émoi à tel point que le slogan du jour qui fut inventé était « nous sommes tous américains »)
2 Voir le site dédefensa.org : http://www.dedefensa.org/article-le... ;
mardi 29 janvier 2013
A Mali(n), malin et demi
Et, nul doute que, dans cette affaire-là, la France a été plus maline que le reste de la « communauté internationale » qui attendait patiemment le feu vert de l’ONU pour se lancer dans une nouvelle guerre aux conséquences imprévisibles.
Il est évident que la France n’agit pas dans cette région du monde qu’est le Sahel uniquement pour venir en aide à un régime malien déliquescent et incapable d’assurer l’intégrité territorial de son pays et la sécurité de ses citoyens. A vrai dire, la France ne fait que défendre ses intérêts dans ce qui est convenu de dire son « pré carré ». C’est de bonne guerre, me diriez-vous. Et, j’en conviens.
La France, quel que soit le régime ou le parti politique (de gauche ou de droite) qui s’empare (de façon démocratique, il est vrai) du pouvoir, a toujours la même attitude et les mêmes visées géostratégiques face à ses anciennes colonies. En un mot, ne faudrait-il pas plutôt dire qu’elle agit dans le cadre de la « françafrique » que d’aucuns parmi les têtes pensantes d’outre-mer veulent nous faire croire qu’elle a disparue ? N’est-on pas en droit de se poser des questions et de penser même que la « françafrique » n’a pas disparue et qu’elle est toujours active ? Ne serait-ce pas plutôt son mode opératoire qui aurait changé de telle sorte à pouvoir s’adapter aux nouveaux concepts tel droit d’ingérence, le droit de porter secours à peuple en danger…etc. ?
Dans les années 60, soit immédiatement après les indépendances des pays africains et jusqu’à une date relativement récente, c’était par des putschs militaires (qu’elle encourageait de façon active même) que la France plaçait des hommes qui lui étaient soumis et favorables à la tête de ces Etats. Aujourd’hui, le monde a changé. Le monde appartient à ceux qui agissent vite. A ceux qui dégainent vite. C’est ce qui explique sans doute la célérité de la France à, non pas marquer, puisque de toute les façons l’on sait que son « pré carré » s’étend sur de vastes zones du continent africain, mais surtout à mettre en garde certaines puissances émergentes telle la Chine qui tentent depuis un certain temps déjà, sous divers motifs, de s’approcher du Sahel. Cette idée sera développée un peu plus loin.
Contre les terroristes qui se sont emparé du site gazier d’In Amenas, l’Algérie a aussi agi vite. Espérons qu’elle a bien assimilé la leçon stratégique venue d’outre-mer (le monde appartient à ceux qui agissent vite) et que, chaque fois qu’elle sera confrontée à une crise de ce genre-là, elle ne tergiversera pas ni ne s’encombrera de considérations futiles telles celles émanant de certaines capitales occidentales du genre « l’Algérie aurait dû nous consulter avant de donner l’assaut ».
Dès le début de cette histoire de prise d’otages par un groupe de terroristes affilié à Aqmi, nous avions, en tant que membres d’un parti politique algérien, émis le vœu que les autorités algériennes tant civiles que militaires ne cèdent pas aux pressions de pays dont des citoyens étaient pris en otages dans ce complexe gazier d’In Amenas, au même titre d’ailleurs que leurs collègues algériens. Nous avions émis le vœu que les autorités algériennes ne négocient pas avec les terroristes et qu’elles agissent le plus vite possible pour dénouer cette affaire qui commençait à faire la « Une » de tous les médias du monde, et ce, quel qu’en soit le prix. Pour la bonne raison qu’il s’agissait d’une affaire qui relevait directement de la souveraineté nationale et de la compétence de nos services de sécurité. Ceci d’une part. D’autre part, il faut bien admettre que ce site gazier est d’une importance stratégique vitale pour le pays. En effet 10 pour cent de la production algérienne en hydrocarbures proviennent de ce site. Le risque que les terroristes y mettraient le feu était bien réel. Car n’oublions pas qu’on avait affaire à des « fous de Dieu » qui ne reculent devant rien. Ils sont prêts à tout. Pas seulement à tuer mais aussi à se faire tuer au milieu d’un enchevêtrement de tubes métalliques et de flammes jaillissant jusqu’au ciel. On n’avait pas affaire à des enfants de chœur mais à des djihadistes convaincus, aguerris, bien armés et rêvant par-dessus le marché à des Houris qui les attendraient au paradis.
Trêve de romantisme.
L’heure n’est pas au romantisme et exige de nous que nous revenions à la dure réalité. Et cette réalité, l’Algérie est bien placée pour la connaître, elle qui lutte contre le terrorisme depuis plus de vingt ans maintenant. A chaque chose, malheur est bon, est-on tenté de dire. Car, ce malheur a fait qu’aujourd’hui, les services de sécurité algériens (tous corps confondus) ont acquis une expérience et une expertise, en matière de lutte contre le terrorisme, qui n’existent nulle part ailleurs. Voilà pourquoi, les algériens et les algériennes étaient si optimistes quant à un dénouement sans beaucoup de casse de cette affaire si elle devait être gérée uniquement par l’armée algérienne c’est-à-dire sans l’intervention concomitante de qui que ce soit. Et, effectivement, comme il fallait s’y attendre, le dénouement de cette affaire a été à la hauteur de nos GIS (groupe d’intervention spéciale). Certes, quelques morts sont à déplorer aussi bien parmi les otages algériens qu’étrangers ce qui fait vraiment de la peine, mais quel autre pays aurait mieux fait ? En fait, si dans cette prise d’otages, s’il y a eu mort d’hommes ce n’est nullement une bavure des services de sécurité qui ont agi de façon brutale, à « la russe » pour reprendre l’une des comparaisons dont on a usé et abusé dans certains médias occidentaux mais parce qu’il est évident que certains otages ont été exécutés par leurs ravisseurs lorsque ces derniers avaient compris que la partie était terminée pour eux.
mardi 6 mars 2012
Rôle de l’information (et de la communication) dans un parti politique.

Je me permets de vous donner mon opinion sur le rôle de l’information en général.
Informer quelqu’un, c’est le mettre au courant de quelque chose.
En fait, ce travail d’information, nous l’avions entamé à Jil Jadid, bien avant la création du parti et il n’est pas du tout exagéré de dire, aujourd’hui, que la naissance de Jil Jadid est l’aboutissement logique et heureux de ce travail de communication qui s’est étalé sur pratiquement trois ans. En effet, c’est grâce au site Internet Forum démocratique, dans lequel j’intervenais personnellement de temps à autre, que notre idée, qui n’était au départ qu’un rêve, s’est concrétisée sur le terrain un certain 11 mars 2011. C’est ce jour-là que nous avions posé la première pierre de cet édifice politique qu’il nous faut maintenant consolider et orner d’une réelle démocratie et non pas d’une façade démocratique.
Mais quel est donc le rôle de l’information ?
Tout être humain normalement constitué est doué de cinq sens qui lui permettent d’être tout le temps informé du danger qui peut résulter ou non de son environnement immédiat. L’homme tire donc des informations de ses sens pour son confort, son bien être et parfois même sa survie.
Une société humaine est composée d’un ensemble d’individus qu’une Histoire millénaire, une langue, une culture, un désir de vivre ensemble, en un mot que des intérêts communs réunissent. De ce fait, elle est tout à fait comparable à l’individu. Elle a besoin d’être informée tout le temps du moindre péril qui la guette, elle a besoin de savoir d’où elle vient et où elle va. Et pour cela, elle a forcément recours aux moyens d’information dont elle dispose. Ceux-ci sont nombreux.
· Le bouche à oreille ou ce qu’on appelle communément téléphone arabe, une expression qui sied bien à notre société arabo musulmane de tradition orale. L’inconvénient avec ce moyen d’information (aussi vieux que le monde) est que le sens originel du message à transmettre peut subir des déformations ou être amplifié de façon démesurée.
· La presse écrite qui, pour être vraiment efficace dans la transmission de l’information doit être d’abord plurielle c’est-à-dire représentant les différents courants de pensées de la société.
« Un des rôles fondamentaux des médias c’est donc, comme je le disais, l’information. Mais dans un Etat de droit, auquel aspire Jil Jadid, le rôle des médias c’est également celui de contre pouvoir voire même de garde-fou contre les dérives des dirigeants. Dans certains pays on parle même de quatrième pouvoir après le législatif, l’exécutif et le judiciaire, c’est dire l’importance de l’information
Les médias audio visuels
Le téléphone (fixe ou mobile) qui a connu un essor extraordinaire ces derniers temps en Algérie.
Remarque : le pouvoir algérien, qui redoute une abstention massive lors des élections législatives prochaines, vient de saisir l’importance de ce moyen d’information et commence à l’utiliser à outrance : il envoie des SMS pour inciter les gens à voter le 10 mai prochain.
· Enfin, le cinquième moyen d’information dans lequel nous venons d’entrer de plain-pied c’est celui de l’Internet. La maîtrise de cet outil moderne de l’information et de la communication doit donc être notre objectif prioritaire. Notre parti politique étant encore jeune, il ne peut, du moins à court terme, investir ni dans la presse écrite ni dans l’audio-visuel. C’est donc vers les TIC qu’il faut s’orienter pour prêcher la bonne parole et propager nos idées qui sont des idées nobles et qui, j’en suis certain, trouveront des oreilles attentives parmi nos concitoyens. Preuve en est, depuis le lancement de notre site Jil Jadid, il y’a à peine quelques mois, le nombre d’internautes qui s’y connectent et en progression régulière. Nous en sommes actuellement à plus de 320 000 visiteurs. Et, l’aventure ne fait que commencer ! Le bilan de notre cyber activisme est donc largement positif. C’est encourageant ! De nos jours, le micro ordinateur et les accessoires qui vont avec pour une connexion à la Toile, font partie du décor de presque chaque foyer algérien, du moins dans les villes et les grandes agglomérations urbaines. C’est donc résolument vers une société de l’information que nous nous dirigeons. De ce fait, je ne peux que préconiser à Jil Jadid de continuer sur cette voie pour avoir toujours une longueur d’avance sur les autres partis politiques algériens.
Conclusion.
Il n’y a pas de meilleure conclusion pour terminer que de citer ce vieil adage « qui détient l’information, détient le pouvoir ».
samedi 11 février 2012
Rencontre avec le Dr GHEDIA

Entretien avec le Docteur Abdelaziz Ghédia, membre fondateur du parti, mais aussi en charge de la commission information, ce Jadidien de Bordj Bou Arreridj nous livre ses motivations.
Chirurgien de profession, il occupe une partie de son temps libre à disséquer l’actualité algérienne au travers d’articles publiés à la fois sur Forum Démocratique, le site Jil Jadid mais aussi sur Agora vox. Très attentif à ce qui se passe, il n’hésite pas à provoquer la réflexion et le débat chez les autres.
Kahina Bordji : Qu’est ce qui a motivé votre engagement au sein de Jil Jadid ?
Abdelaziz Ghédia : Avant de répondre à cette question, je suis obligé de faire un petit rappel historique. Soufiane, le coordinateur de notre parti, et moi avions fait le lycée ensemble. C’était au milieu des années 70 à Hussein Dey, au Lycée Thaalibiya. En 1977, nous avions eu notre Bac, il a fait vétérinaire et moi médecine. Ainsi donc nos routes se sont séparées et je l’avais perdu de vue. Ce n’est que bien plus tard, lorsque le pouvoir algérien, mis à mal par les évènements d’octobre 1988, avait, disons, ouvert le champ politique en instituant le multipartisme, que j’ai appris que Soufiane faisait partie d’un parti politique, le PRA. Il en était même secrétaire général. Mais à cette époque-là, je ne m’intéressais pas du tout à la politique. La chirurgie me prenait tout mon temps. Et puis, disons le sans ambages, c’est que dans la décennie 90 l’Algérie a connu des évènements terribles, et il fallait donc se faire tout petit pour pouvoir survivre. Pendant cette période, je pense que beaucoup d’Algériens se sont éloignés, ont pris leur distance vis-à-vis de la politique.
Puis, dans les années 2000, il y a eu Internet. Une bouffée d’oxygène pour tout le monde. J’ai commencé alors à me connecter. A voir ce qui se passait ailleurs, dans le monde. Et, à partir du moment où j’ai senti que je pouvais faire quelque chose, je me suis mis à écrire, d’abord dans un blog. En 2007, je suis passé à un stade supérieur avec mon premier article sur Agoravox, un article qui a fait l’objet de beaucoup de commentaires. Alors là, ça m’a encouragé à aller de l’avant. Je me suis dit « tiens, mes écrits, qui sont pourtant très simples dans leur style littéraire, font réagir les gens, alors pourquoi ne pas continuer ». Et, c’est ainsi que j’ai pu rédiger plus de soixante articles sur Agoravox aussi bien des articles de politiques que de littérature. Par ailleurs, je lis la presse aussi bien algérienne que française. Et, un beau jour, je suis tombé sur un article de Soufiane, sur le journal « El watan », article dans lequel je pensais qu’il essayait d’expliquer que « le désarroi des algériens » n’était pas justifié et qu’il ne devaient, en quelque sorte, pas se plaindre. Bien sûr que je n’étais pas d’accord avec cette analyse de l’état d’esprit des algériens qui sont, malheureusement, encore psychologiquement désemparés et économiquement démunis dans leur ensemble. Mais comme je n’avais aucun contact avec l’auteur de cet article, Soufiane en l’occurrence, j’ai fait une critique en bonne et due forme à cet article et je l’ai posté sur Agoravox. L’article a été tout de suite publié. Quelques jours après, Soufiane a réfuté mon interprétation, clarifié son analyse, publié même son article *« Désarroi » dans agoravox et m’a écrit un mot pour me demander qui j’étais. Il y avait eu incompréhension mais c’est comme cela qu’on a renoué nos liens d’amitié. Il m’a alors proposé d’écrire de temps en temps sur le « Forum démocratique », j’y tenais la rubrique « chronique ».
Dès le départ, dès qu’on a commencé à écrire sur le « Forum démocratique », Soufiane m’avait clairement expliqué ses intentions. Le Forum démocratique n’était, en fait, qu’un moyen parmi tant d’autres d’attirer les gens de bonne volonté pour un objectif précis, une finalité simple : la création d’un parti politique. Aujourd’hui c’est chose faite et je suis tout à fait ravi et content de faire partie de ce parti politique qui a pour ambition, dans un proche avenir incha Allah, l’instauration d’un état de droit, d’un Etat véritablement démocratique en Algérie.
KB : Vous écrivez de nombreux articles sur différents sites entre autre Agoravox, média citoyen, pensez-vous que pour les Algériens internet reste le meilleur lieu voire le seul pour se faire une opinion sur la réalité du pays ?
AG : Evidemment, en Algérie, nous sommes encore en retard, en ce qui concerne les technologies de la communication et de l’information, par rapport à nos voisins Maghrébins, par exemple. La pénétration de l’Internet est encore faible dans les foyers algériens et les cybercafés sont souvent bondés de jeunes mais qui s’y connectent pour d’autres motifs. Rares sont les jeunes qui se connectent pour s’informer de ce qui se fait dans le pays en matière de politique, de développement économique, d’avancées ou de recul sur le plan social…etc. Nos jeunes ne sont pas du tout politisés. En fait, pas seulement les jeunes. Il m’arrive, par exemple de discuter avec des amis, médecins, et chaque fois qu’on aborde un sujet politique donné, ils font tout pour fuir la discussion. « Ah, non, moi, la politique ce n’est pas ma tasse de café ! », me dit-on souvent. Il n’ya pas encore de conscience politique chez cette frange de la société algérienne qui représente pourtant l’élite du pays. Tout ce qui intéresse les médecins c’est « l’accumulation du capital » pour reprendre Marx. Un médecin n’a pas trouvé mieux que de me dire que, ce que je viens d’avancer- là, n’est qu’une « demie vérité ». A-t-il raison ou tort ?
Pour répondre plus précisément à votre question : je crois qu’on n’a pas vraiment besoin de l’internet pour « se faire une idée sur la réalité du pays ». Celle-ci s’étale au grand jour et elle n’est pas belle à voir. Nous avons pratiquement atteint le fond et il nous est difficile de nous en sortir si nous ne prenons pas les choses sérieusement en main, dès à présent. C’est la déliquescence totale, la déchéance totale et ceci dans tous les domaines. Prenons l’exemple de la justice. Pourquoi la justice ? Parce que ce domaine est très sensible et on ne peut parler « d’Etat de droit » sans évoquer, ne serait-ce que sommairement, la justice. On a coutume de dire que les verdicts de la justice, par exemple, ne se commentent pas. Très juste. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Mais, ce principe s’applique à une justice indépendante, je veux dire une justice qui n’est pas subordonnée au pouvoir politique. Or, à ma connaissance, en Algérie, ce n’est pas encore le cas. La justice, dans certains cas, quand elle a à juger de grosses affaires de corruption par, exemple, telle que l’affaire Khalifa il y a quelques années, obéit aux ordres qui viennent d’en haut. J’ai cité comme exemple l’affaire Khalifa parce que, on s’en souvient, cette affaire a fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive. Tout le monde en parlait. La justice est du côté du plus fort, du plus nanti, de celui qui a des épaules larges comme on dit. Cinquante ans après l’indépendance, force est d’admettre que les algériens ne sont pas encore égaux en droits et en devoirs.
La santé aussi va mal. C’est mon domaine et je peux en parler à l’aise. Les hôpitaux du secteur public sont devenus des mouroirs à cause des pénuries chroniques de médicaments, de la démission morale des professionnels de la santé qui sont mal considérés. Et pour corser le tout, les mouvements de grève répétés qui touchent ce corps ainsi que celui des enseignants, du primaire et du secondaire. Cette réalité est visible à l’œil nu. Et, il n y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
KB : Vous êtes responsable de la commission information, quel est le rôle de cette commission ?
AG : Selon ma conception des choses, cela doit être un travail collectif qui, s’il est mené à bien et dans les règles de l’art, permettra au parti d’être compétitif. N’oublions pas que nous sommes à la veille d’élections législatives. Le temps presse. Trois mois seulement nous séparent de ce rendez-vous important avec l’Histoire. L’apport et la contribution de tout un chacun sont donc d’une importance cruciale, vitale.
Ayons donc toujours à l’esprit que l’information est un élément clé pour la réussite de notre projet et, éventuellement…. la conquête du pouvoir. Ne dit-on pas d’ailleurs « qui détient l’information, détient le pouvoir » ? C’est donc un honneur et un privilège de faire partie de cette « commission d’information » et nous devons faire tout ce qui est humainement possible pour que ce pouvoir soit entre les mains de notre parti politique. Le Travail d’information qui se fera essentiellement avec les moyens modernes de la communication qui sont à notre disposition tel que notre site internet et les réseaux sociaux (facebook, notamment). Donc, grosso modo, c’est ça le rôle de la commission d’information. Il y a quelques années, on disait que la presse, écrite en autre, représentait le 4ème pouvoir. Or, actuellement, tout le monde s’accorde à dire que l’Internet a supplanté la presse sous son support papier, sauf peut-être le philosophe français Alain Finkielkraut qui s’entête encore à traiter cette merveilleuse invention de poubelle. Internet et les réseaux sociaux ont montré leur efficacité, quand ils sont utilisés de façon intelligente, pour faire tomber des régimes corrompus et tyranniques. Notre but à nous n’est pas de faire tomber qui que ce soit mais de faire connaître notre parti politique. L’Algérie a déjà fait son « printemps arabe » en 1988. Donc ne tombons pas dans le piège de ceux qui veulent nous voir s’entretuer. Nous sommes un parti politique pacifique et nous le resterons. Nous nous sommes engagés en politique pour essayer de redresser la barre de ce bateau ivre qu’est l’Algérie. Nous nous sommes engagés en politique pour essayer d’apporter un plus à l’Algérie. C’est ma conviction intime. Et, je le dis sans fioriture et sans ambages.
Un Hadith dont j’ai oublié la formulation exacte en arabe dit, en substance, ceci : que celui qui voit le mal doit intervenir pour le changer, ne serait-ce que par la parole. Or, l’Algérie va mal. C’est notre « devoir d’agir ».
KB : Quel regard portez-vous sur l’Algérie d’aujourd’hui ?
AG : Un regard ambivalent. Triste et mélancolique avec, cependant, une lueur d’espoir qui perce de temps en temps. Triste et mélancolique parce que je pense, comme la majorité de mes compatriotes d’ailleurs, que l’Algérie aurait pu mieux faire sur tous les plans. Malheureusement, sous l’euphorie de l’indépendance, après une guerre dévastatrice qui a duré plus de sept ans, nous nous sommes crus un peuple de « moadjizate », un peuple capable de miracles et nous nous sommes endormis sur les lauriers. Le réveil a été brutal et violent en même temps. En octobre 1988, lorsque sous l’effet conjugué de la mal gouvernance du pays par le FLN et la crise économique des deux ou trois années qui ont précédé cette date (chute du prix du baril de pétrole), le pays s’était trouvé presque en faillite (comme c’est le cas actuellement en Grèce, par exemple). Je passe volontairement sur ce qui s’est passé par la suite. C’était tellement dramatique qu’il vaut mieux ne pas remuer le couteau dans la plaie. Aujourd’hui, il est plus que nécessaire de prendre conscience du fait que les miracles ne tombent pas du ciel. Il n y a que le travail qui paye et qui engendre les miracles. De toutes sortes. Il faut donc penser sérieusement à remettre les Algériens au travail et le plus vite possible. L’atout que l’on a aujourd’hui, c’est que la situation s’est nettement améliorée sur le plan sécuritaire, les caisses de l’Etat sont bien pleines et il faut donc savoir utiliser de façon rationnelle cette manne et, troisièmement ,il y a apparemment un début d’ ouverture politique conséquemment au « printemps arabe ». Donc, si je devais résumer ce que je viens de dire là, je dirais que l’espoir commence à pointer à l’horizon. En tous les cas, il faut espérer. Car l’espoir fait vivre.
KB : Pour finir, quelques mots sur le feu vert du Ministère de l’Intérieur pour la tenue du congrès ?
AG : Comme tous nos membres fondateurs et nos adhérents, je suis très content que nous ayons pu avoir le sésame pour faire de la politique en toute légalité en si peu de temps. Bon, c’est vrai qu’on n’a pas encore l’agrément définitif et qu’il ne faut, par conséquent, pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais c’est un grand pas vers la légalité qu’on vient de faire. Je tiens donc à remercier le Ministre de l’intérieur DOK comme l’appelle la presse nationale de nous avoir autorisés à organiser notre congrès constitutif. Après, on verra.
• « Désarroi », Soufiane Djilali, Agoravox : http://www.agoravox.fr/actualites/i...
lundi 5 décembre 2011
L’analphabète et l’Internet.
Notre génération, celle qui a fréquenté l'école juste après l'indépendance, celle qui n'a pas fait l'école buissonnière, se souvient certainement de ceci : « je me souviens, comme si cela datait d'hier de mon entrée à l'école ». Oui, bien sûr, vous l'avez deviné sans peine. C'était dans le livre, le fils du pauvre, de Mouloud Feraoun. Comme vous le savez aussi, Mouloud Feraoun a écrit ce livre à une époque où les algériens, qui étaient considérés comme indigènes par la France coloniale d'alors, étaient, dans leur majorité, analphabètes. A l'exception de quelques enfants de Caïds et de Bachaghas, le nombre de ceux qui fréquentaient l'école publique et laïque pouvait peut-être se compter sur les doigts d'une seule main dans un village comme Ain Benian de nos jours, par exemple. La France n'avait aucun intérêt à instruire et à éduquer les petits enfants arabes. Elles les voulaient, ces enfants qui deviendraient, plus tard, des citoyens de seconde zone, incultes pour être taillables et corvéables à merci. Elles les voulaient ignorants et sans conscience ni maturité politiques pour ne pas pouvoir remettre en cause l'ordre établi et pour servir éventuellement de chair à canon sur les différents fronts où elle risquait de s'embourber. Mais, comme le dit le bon sens populaire « à trop tirer sur la corde, elle finit par se casser », et le peuple algérien, ayant pris conscience de sa misérable condition humaine, s'était, enfin, soulevé comme un seul homme un certain premier novembre. La suite de l'histoire est connue de tout un chacun : le divorce entre la France coloniale et ses colonisés ne s'est pas fait à l'amiable mais dans le fracas des armes, l'effusion de sang et le versement des larmes.
Ceci en guise d'introduction au sujet.
Le sujet d'aujourd'hui est d'importance capitale et me tient vraiment a cœur, d'autant plus qu'avec un ami, il y a moins d'une semaine, nous avions abordé la question sans vraiment aller au fond du problème. Il porte sur l'analphabétisme.
Ce sujet doit donc être traité avec sérieux. Le prendre à la légère me fait courir le risque d'être pris moi-même pour analphabète. J'en suis conscient. Alors, pour une fois, je laisse de côté ma propension à vouloir faire dans la dérision et le non politiquement correct et, quitte à passer des heures et des heures en face de mon écran d'ordinateur, je vais voir ce que le Net pourrait m'apprendre à ce sujet. Un clic sur Google et voilà que Wikipedia me donne la définition : « l'analphabétisme est l'incapacité de lire et d'écrire ». Simple comme définition. Vous ne trouvez pas ? Mais, je vous avoue que c'est cette définition que j'avais en tête. Mais, « cette notion a évolué au cours du temps », ne manque pas de préciser encore Wikipedia. C'est ce que je pensais aussi. Ouf ! Ça me rassure ! Je sais lire, je sais écrire et taper sur le clavier et j'ai pratiquement les mêmes définitions que ce que donne Wikipedia de ce mot, «analphabétisme ». Autrement dit, je viens de découvrir une facette de ma personnalité en usant du fameux énoncé de Socrate qui dit « connais-toi par toi-même » ! Il est vrai que ce n'est pas la « loi de la gravitation » que je viens de découvrir, ce n'est pas non plus le fil à couper le beurre ni l'eau tiède qui figurent parmi mes découvertes sensationnelles mais si j'exulte et jubile à ce point-là, c'est parce qu'il s'agit d'une facette de ma personnalité. Et la personnalité, ça a de l'importance, messieurs ! Trêve de plaisanterie.
Revenons aux choses sérieuses.
En Algérie, sommes- nous encore analphabètes ? Unilingue ou bilingue ? Il n'est peut-être pas facile de répondre, en quelques lignes, à ces questions-là mais cela vaut la peine quand même d'essayer. Alors, commençons par le début.
Dès l'indépendance de l'Algérie, le pays a ouvert les portes de ses écoles à tous les enfants algériens. Sans distinction de sexe ni de condition socio économiques. La race, je n'en parle pas car que nous appartenons tous à la même espèce : l'espèce humaine ou si vous préférez l'Homo sapiens, l'Homme qui détient le savoir. L'école pour tous et tous à l'école aurait dû être inscrit au fronton de chaque institution scolaire, de chaque lycée et de chaque université comme l'a été, pendant longtemps, le slogan creux et vide de sens de « par le peuple et pour le peuple ».
Prodiguer l'enseignement à de milliers d'enfants n'était pas une simple sinécure. Le personnel enseignant et d'encadrement d'origine algérienne manquait cruellement. On fit alors appel aux pays frères, ceux qui nous avaient bien soutenus durant notre guerre de libération. C'est ainsi qu'on vît débarquer d'Egypte ou de certains autres pays du Moyen-Orient des enseignants ne disposant, pour la plupart d'entre-eux, d'aucun diplôme sérieux en matière d'enseignement de la langue arabe. Les mauvaises langues diraient même qu'on nous avait refilé des cordonniers et des apprentis coiffeurs. D'où, d'ailleurs, l'expression populaire d' « apprendre la coiffure sur la tête des orphelins » qui était très en vogue à l'époque Quant à l'enseignants du français et des matières scientifiques, il était assuré par QUELQUES algériens ou par des français, le plus souvent volontaires et n'ayant probablement rien à voir, ni de près ni de loin, avec ce qui s'est passé durant la guerre d'Algérie, ou par ceux qui venaient dans le cadre de leur … service militaire. On les appelait les coopérants techniques. Ils étaient reconnaissables au fameux CT sur les plaques d'immatriculation de leur 4RL ou de leur 2cv. Mais, malgré tout, le niveau scolaire était appréciable et les élèves qui arrivaient au secondaire pouvaient se targuer de bien maîtriser la langue de Molière et de jongler avec les équations à trois inconnues ou les fonctions trigonométriques. Quant à la poésie d'Al Mutanabbi ou d'Abou Nouas, rares étaient les élèves qui lui accordaient vraiment de l'importance. En Algérie, de toute façon, cette forme de littérature n'a jamais nourri son homme. Point barre. Je n'ai pas à m'étendre là-dessus.
Je n'ai pas encore répondu à la question de départ. Nous autres algériens, sommes-nous instruits, cultivés, lettrés ou analphabètes ? N'a-t-on pas l'habitude d'entendre les gens, non satisfaits du rendement de leurs enfants à l'école, dire que l'école algérienne est entrain de former des analphabètes bilingues ? Et cette notion « d'analphabète bilingue » est récente. Elle date, en fait, du début des années 70, années au cours desquelles les pouvoirs publics avaient abandonné « le butin de guerre » qui était la langue française pour se lancer dans une arabisation à outrance de pratiquement tous les paliers du système éducatif. Résultats catastrophiques et tant décriés actuellement : nos élèves ne maîtrisent ni l'arabe ni le français. Et ce handicap majeur les poursuit, fatalement, même à l'université. Du moins, il poursuit ceux qui ont la chance de décrocher leur bac à la fin du cycle secondaire.
En ne tenant compte que de la première définition de l'analphabétisme, il est clair que dans un pays o ù, chaque matin, des cohortes d'enfants et de jeunes prennent le chemin de l'école, l'analphabétisme est une denrée rare chez nous. Apparemment tout le monde sait lire et écrire. Mais est-ce suffisant ? Nous avons vu tout à l'heure que la notion d'analphabétisme évolue au cours du temps. Toujours selon Wikipedia, la définition qu'en donne l'UNESCO en 1958 n'est plus la même que celle de 1978, par exemple. Dans cette dernière définition, il n'est plus question que du simple fait de ne pas savoir lire et écrire. « Une personne est analphabète du point de vue fonctionnel si elle ne peut se livrer à toutes les activités qui requièrent l'alphabétisme aux fins d'un fonctionnement efficace de son groupe ou de sa communauté et aussi pour lui permettre de continuer d'utiliser la lecture, l'écriture et le calcul pour son propre développement et celui de la communauté. »
Or, avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, la ligne de démarcation de l'analphabétisme a dû certainement bouger. Dans ces conditions, est-il exagéré de dire que toute personne qui ne maîtrise pas suffisamment l'outil informatique est analphabète ? De notre point de vue non. Ce n'est pas du tout exagéré. Et nous espérons que le temps nous donnera raison. Les NTIC s'imposent de plus en plus dans la vie de tous les jours. Du retrait d'un chèque bancaire ou de la location d'un véhicule jusqu'à la e-Révolution qui s'est produite dans le monde arabe. A quand la prochaine réunion de l'UNESCO qui se penchera sur ce problème ? Mon ami m'a même suggéré de réfléchir sérieusement à la question et de proposer un néologisme pour désigner l'analphabète du XXIIème siècle.
A coup sûr, ce néologisme, qui n'a peut-être pas encore été inventé, sera constitué pour une grande part à partir de mots comme numérique, cybernétique ou autre Google, des mots qui sont connus par tous ceux qui se connectent quotidiennement sur la toile. En y ajoutant bien sûr le préfixe « a » au début du mot en question, de préférence sous forme d'arobase (@), de telle sorte que le résultat soit ainsi : @numérique ou @cybernétique par exemple ! Décidemment votre serviteur est incorrigible ! J'avais promis au début de cet article de faire dans le politiquement correct et de prendre les choses au sérieux et voilà que je commence à me prendre pour un académicien, un immortel de la langue de Voltaire. Chassez le naturel, il revient au galop, dit l'adage.
Mon premier blog sur Internet remonte au début de 2005. Il s'intitulait « Le scalpel et la plume ».
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