jeudi 23 mai 2019

Pourquoi ne pas faire confiance "aux trois mousquetaires" ?

Trois personnalités politiques viennent d’adresser un appel  aux tenants du pouvoir actuel pour les exhorter d’annuler l’élection présidentielle du 4 juillet prochain. Il s’agit de Mrs Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour et du Général en retraite Benyalles. Cette initiative, très attendue par le mouvement citoyen, est louable à plus d’un titre. Elle permettra, si vraiment AGS et donc l’état major en tiendra compte et lui donnera une suite favorable dans les plus brefs délais, de faire aboutir les revendications populaires exprimées d’une manière continue, chaque vendredi, depuis le 22 février dernier. Ces revendications, tout à fait légitimes, consistent, bien entendu, à faire table rase de tout le passé, en fait de toute la période de règne de l’ex Président A.Bouteflika, caractérisée par une gabegie sur tous les plans,  et à entamer la construction d’une nouvelle République.  
Ces « trois mousquetaires », pour reprendre l’expression de certaines mauvaise langues qui voient en cette initiative une remise en cause de leurs privilèges, sont tous âgés et ne pourront donc pas prétendre à des hautes fonctions au sein de la prochaine République. De ce point de vue, nous ne pouvons qu’être rassurés. Il n y a aucun risque qu’on nous sortira la fameuse « h’na yamout Kaci » ou si vous préférez ‘j’y suis, je reste ».
Ceci d’une part.
D’autre part, nous pensons honnêtement que ce trio est très bien équilibré et est représentatif de toutes les franges de la société algérienne.
-          Ahmed Taleb Ibrahimi, qui n’est plus à présenter, puisque dans son passé, il avait occupé plusieurs postes ministériels  (du temps de H. Boumediene et de Chadli Bendjedid). Il représente le courant islamiste qui, que l’on veuille ou pas, est une réalité dans notre société.
-          Ali Yahia Abdenour, lui, en tant qu’ancien militant des droits de l’homme, représente tous les démocrates, laïcs, socialistes, communistes (s’il se trouve que ce courant idéologique existe encore dans notre pays).
-          Quant au Général Benyelles, rien qu’à l’évocation de son grade l’on comprend bien qu’il est le représentant de la grande muette, celle qui, par les temps qui courent, occupe beaucoup plus la scène politique que les politiques eux-mêmes.
Une chose est sûre, l’Algérie est dans une situation politique telle, que toutes les initiatives de sortie de la crise sont les bienvenues. Qu’elles émanent de jeunes ou de vieux, nous n’avons pas le droit de faire la fine bouche et de ne pas les prendre au sérieux. D’autant plus que, en ce qui concerne par exemple ces trois personnalités, elles ne seront là que durant une période déterminée : période de transition politique. 

Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.

Du Hirak (3)

Quelques jours après son retour en Algérie, le Président Abdelaziz Bouteflika dépose sa démission au Conseil Constitutionnel. Comme toujours, depuis qu’il est cloué sur sa chaise roulante, il n’est apparu, à la télévision publique, que durant un laps de temps  dans un accoutrement inhabituel pour un Président de la République : habillé d’une djellaba marocaine, il faisait pitié à voir.  D’où d’ailleurs le slogan crié à tue-tête par les manifestant durant plusieurs jours de  « Bouteflika le marocain, il n’y aura pas de 5e mandat ». Voilà un Président de la République qui aspirait, il n’y a pas si longtemps, au prix Nobel de la paix et qui se retrouve honni et vomi par tout son peuple et à qui, suprême humiliation, l’on dénie même la nationalité algérienne.  La symbolique est très difficile à supporter. Particulièrement par les partisans du 5e mandat qui se faisaient de plus en plus discrets, qui n’occupaient plus la scène politique, de peur d’être, eux aussi, lynchés par la population dont l’engagement politique et l’occupation de l’espace public allait crescendo.  Mais avant de remettre sa démission au Conseil Constitutionnel, le Président A.Bouteflika avait pris le soin de démettre de ses fonctions le Premier Ministre Ahmed Ouyahia, l’homme des sales besognes, « revenu pour la quatrième fois pour diriger son dixième gouvernement » et de le remplacer par le Ministre de l’intérieur, Noureddine Bedoui qui est également très mal vu par les algériens pour avoir maté les mouvements de grève de ces derniers mois et particulièrement celui des médecins-résidents. En fait, si le Président a bel et bien démissionné, ses hommes et ses partisans zélés du 5e mandat sont encore omniprésents. Et il sera difficile de les faire « dégager » tous même si la théorie des dominos commence déjà à faire son œuvre.
Mais, le peuple ne désespère pas pour autant. Il est uni. C'est ce qui compte le plus car l'on sait que l’union crée la force. La carte du régionalisme ne peut plus être brandie par le régime. Cette politique de « diviser pour mieux régner  », souvent utilisée par le passé, (rappelons-nous du « printemps kabyle de 2001 »), ne peut plus avoir cours aujourd’hui. Tous les manifestants sont conscients de cela et n’omettent pas de le rappeler à chaque manifestation. Par ailleurs certains tabous sont tombés à tel point que cela ne fasse plus l'objet de commentaires déplaisants de voir par exemple des femmes défiler en tenue traditionnelle kabyle et portant l’emblème berbère (qui devrait en fait rassembler toute l’Afrique du Nord).
Seule ombre au tableau, c’est l’instrumentalisation de la justice par le vice Ministre de la Défense, Ahmed Gaid Salah. Il s’agit, en fait, d’une sorte de « mani pulite » (mains propres) alors que ce n’est pas du tout le moment. Tout simplement. Cette façon de mettre « la charrue avant les bœufs » si on ose dire, s’apparente plutôt, de notre point de vue, à une chasse aux sorcières. C’est ainsi que l’un des premiers investisseurs algériens, Mr Issad Rebrab, patron du groupe Cevital qui a créé des milliers d’emplois à travers tout le territoire national, se trouve aujourd’hui en prison… Alors que ceux pour lesquels la vox populi a trouvé l’un des meilleurs slogans, « ya serrakine, klitou lebled »* ne semblent pas du tout inquiétés. En fait, le peuple est loin d’être dupe. Il n’est pas sans savoir que tout cela, toute cette mise en scène de mauvais goût, est fait dans l’intention de casser le mouvement citoyen. Mais, la mobilisation populaire de ce 10e vendredi du « Hirak », toujours très importante à travers toutes les wilayas du pays, prouve une chose : le mouvement est incassable et ne peut être dévié de ses objectifs par les tenants du pouvoir actuel. La stratégie du pouvoir qui compte sur l’essoufflement du mouvement se révèle être un fiasco total. 
  • Voleurs, vous avez pillé le pays.

A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.   

dimanche 28 avril 2019

Algérie, du Hirak (2)

La « révolution du sourire » venait de naître. D’emblée, on lança le mot « silmiya », qui veut dire, en français, « pacifique ». On prôna la non-violence, comme le fit jadis le Mahatma Gandhi (dans les années 40 du siècle dernier) pour mettre fin à la présence de la Grande-Bretagne aux Indes. On conseilla aux manifestants de ne pas répondre aux provocations d’où qu’elles viennent ; car l’on savait bien que le pouvoir était capable du pire. Il était capable de réprimer par les forces de l’ordre ou, le cas échéant, en ayant recours à des voyous qu’il enverrait, le moment venu, à la casse et au pillage au niveau de la ville, choses qu’il mettra ensuite sur le compte des manifestants pour disqualifier le mouvement populaire.

 C’est ce qui s’était produit d’ailleurs durant deux ou trois vendredis de suite mais sans grandes conséquences sur le mouvement citoyen ni sur la suite des évènements. Les services de sécurité avaient eux-mêmes reconnus que ces casseurs, qui agissaient à visages couverts et pratiquement à la fin des marches, étaient manipulés par des forces occultes, forces occultes représentées par des personnes qui n’avaient pas intérêt à ce qu’il y ait un véritable changement politique en Algérie.
Toujours est-il que, vu l’ampleur de ces manifestations qui drainaient chaque vendredi des millions d’Algériennes et d’Algériens dans toutes les villes d’Algérie, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, le vice Président de la Défense Nationale, Ahmed Gaïd Salah, était, en quelque sorte, mis au pied du mur. Obligé de réagir aux cris de la « rue » contre le 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika et de montrer qu’il était au côté du peuple, il ordonna probablement au Président du Conseil Constitutionnel d’appliquer l’article 102 de la Constitution. Or celui-ci, le Président du Conseil Constitutionnel, a été désigné par le Président Abdelaziz Bouteflika. C était l’un de ses proches et homme de confiance de surcroit. Comment, dans ces conditions, pouvait-il, ce Taib Belaiz puisque c’est de lui qu’il s’agit, répondre à l’injonction de Gaid Salah fut-il vice Président de la Défense, et destituer celui par la grâce duquel il se retrouve à la tête d’une institution étatique de grande importance alors que réglementairement et constitutionnellement il n’en avait aucun droit ? Encore un non respect de la Constitution algérienne qui a été taillée sur mesure, par nos parlementaires indignes, au Président Abdelaziz Bouteflika.
Mais que dit l’article 102 de cette Constitution tant triturée et tant violée par ceux-là même qui l’ont écrit ? Il dit ceci :
« Lorsque le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement. » « Le président du Conseil de la nation assume la charge de chef de l’Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées. »
Or, il était de notoriété publique que le Président Abdelaziz Bouteflika souffrait d’un handicap majeur tant physique que cognitif depuis son AVC de 2013 et que c’est à cette époque-là qu’on aurait dû appliquer cet article 102.
Le Président Abdelaziz Bouteflika était dans un état presque comateux dans un HUG à Genève et ignorait certainement tout ce qui se passait en Algérie. Son rapatriement s’était fait dans des conditions rocambolesques dignes d’une grande réalisation hollywoodienne. Et cela après que les urgences de cet hôpital Genevois furent assaillies d’appels téléphoniques de jeunes algériens à l’humour drolastique.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid. 

Algérie, du Hirak.

Cela fait deux mois, jour pour jour, que le mouvement citoyen, appelé en arabe classique « Hirak » a commencé. La goutte qui avait fait déborder le vase et qui avait fait sortir des millions d’algériens dans la rue c’était la présentation, au niveau du Conseil Constitutionnel, de la candidature de l’ex Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour un 5e mandat présidentiel, par celui qui avait été choisi pour être son directeur de campagne électorale, alors que ce premier était dans un état clinique grave dans une clinique de Genève, en Suisse.

Déjà, là, il y avait un manque de respect à la Loi fondamentale du pays par ceux-là même qui nous disent aujourd’hui qu’il faut rester dans le cadre de la Constitution pour dépasser cette crise politique. Les textes de la Constitution explicitent bien le fait que c’est le candidat à la candidature présidentielle et personne d’autre qui doit remettre son dossier au Conseil constitutionnel. Mais, puisqu’il s’agissait de « Fakhamatouhou », tout le monde avait fermé les yeux, tout le monde s’était fait très petit devant l’ombre d’une candidature fantomatique. Et personne n’avait pensé (à) ni anticipé la réponse populaire qui, telle une rivière en crue, a emporté tout sur son passage. Ceci sans parler de ce convoi de véhicules flambant neuf qui devaient déposer les 5 ou 6 millions de parrainages au profit de ce candidat à sa propre succession, parrainages obtenus en quelques heures par la fraude, évidemment. Mais, nous l’apprendrons quelque jours plus tard, au fait des parrainages, il n’en était rien : la plupart des formulaires étaient vierges ou remplis à la va vite par des personnes fictives… Autrement dit, les soit disant responsables de la campagne électorale de « Fakhamatouhou » et à leur tête l’ex Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, prenaient les algériens et algériennes pour des oies.
Le dernier jour avant la fin du délai du dépôt des candidatures au niveau du Conseil Constitutionnel, on assista à un véritable cirque. Aucun pays au monde n’a eu à vivre, dans son Histoire ancienne ou contemporaine, de tels évènements politiques ; des candidats sulfureux, haut en couleurs, faits de bric et de broc, si je puis utiliser cette expression, se bousculaient au portillon du siège du Conseil Constitutionnel, évènements qui avaient donné de l’Algérie une image de République bananière. Pour celui qui avait un sens aigu de la chose politique, il ne faisait aucun doute que tout cela allait, inévitablement, fatalement, capoter et donner naissance à une sorte de conscience politique populaire que les choses ne devraient plus être comme cela. Il fallait que cette comédie de mauvais goût cessât.
Un appel anonyme via les réseaux sociaux est tombé à pic. Il demandait aux Algérienness et aux Algériens de sortir en masse, le 22 février, pour dire « barakat », ça suffit. Mieux que ça, le mot d’ordre, sur les pages Facebook, était clair et net et ne souffrait d’aucune équivoque : non au 5e mandat de la honte.
Pourtant des hommes intègres et honnêtes avaient déjà, par le passé, appelé à cela. En fait lorsque le Président avait fait son premier épisode d’AVC (accident vasculaire cérébral), des hommes politiques de l’opposition (parmi lesquels votre serviteur) avaient fait savoir, dans les quotidiens nationaux et sur différents canaux de communication, leur rejet du… 4e mandat.
Comme prévu donc, le 22 février 2019, les rues d’Alger et d’autres villes du pays étaient noires de monde. Juste après la prière du vendredi, de partout, les rues déversaient leur flot d’hommes et de femmes drapés de l’emblème national vers les grandes places publiques, place du 1er Mai, la Grande-Poste et Place Maurice Audin, à Alger. Dépassés par ces flots ininterrompus d’Algériens et d’Algériennes épris de liberté, les services de sécurité ne pouvaient que regarder de loin ce spectacle inhabituel, bariolé et bon vivant.
A suivre
Par GHEDIA Aziz, membre fondateur de Jil jadid.

mercredi 20 février 2019

Gare à celui qui allumera la mèche !


 « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile ».
 Cette sentence est de Thucydide, un historien Grec né en -460.
Mais, elle semble faire actuellement des émules en Algérie sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. En effet, en ces temps d’incertitude et de lendemains qui déchantent, nos compatriotes s’impliquent de façon massive dans le domaine politique. Celui-ci n’est plus l’apanage des seuls partis politiques.  Nos concitoyens se sentent tous concernés par les problèmes de la cité. En fait, de la République devrais-je dire. Car, en ce moment, la République est entrain de vaciller comme elle ne l’a jamais fait auparavant. Alors, dans ce cas, comment ne pas se mêler de politique, comment garder son sang froid et rester passif devant ce qui se trame contre l’Algérie (en tant que Nation) par ceux-là mêmes qui sont depuis longtemps au pouvoir et qui veulent s’y maintenir encore qu’elles qu’en soient les conséquences ? Qu’on l’admette ou pas, c’est dans ces conditions-là que se présente le 5e mandat. Ce n’est pas seulement un mandat de trop mais c’est aussi, c’est surtout, un mandat de tous les dangers et tous les périls. Les algériens et les algériennes en sont maintenant conscients, disons matures politiquement. Et cette prise de conscience fait qu’ils ne peuvent plus rester à l’écart des évènements. Ils ne peuvent plus et ne veulent plus rester de simples observateurs passifs. Ils semblent, enfin, décidés à prendre leur destin en main. C’est une bonne chose. Il faudra seulement qu’ils gardent leur sang froid et ne tombent dans le piège qui leur sera peut-être tendu par les sbires et les «  balataguias » du pouvoir. Quel piège me diriez-vous ? Le piège est de sortir du cadre pacifique de ces manifestations de rue. Le piège est de répondre aux provocations des soit disant militants du FLN (et autres partis qui soutiennent le président-candidat) qui a, à son tour, appelé à une contremarche le même jour. 
Telle qu’elle se présente la situation aujourd’hui, l’on peut dire, sans risque d’être contredit, que celle-ci est vraiment explosive.  
Gare à celui qui allumera la mèche !
Aujourd’hui, les jeunes algériennes et algériens attendent plutôt, de la vieille génération, celle qui a fait le 1er Novembre, qu’elle leur remette le flambeau pour continuer à éclairer toute l’Algérie. Or, et il est malheureux de le dire ici, celle-ci a manqué à sa parole. Le « tab djenana » prononcé un certain jour de mai de l’année 2012 ne semble avoir provoqué aucun effet sur  elle. Aucun déclic. Ce n’était donc que  des paroles en l’air. Du vent. Décidemment, l’amour du « koursi » est plus fort que celui de la patrie.  Pour faire court, voilà mon dernier message sur les réseaux sociaux : « Nous sommes fatigués d'écrire et de dire non au 5e mandat. Notre dernier mot est "que Dieu protège l'Algérie".
    

mercredi 21 novembre 2018

Gramsci y perd le nord.


Peut-on dire qu’en Algérie, ces derniers jours, les évènements politiques se sont accélérés ?   En effet, Il y a à peine quelques jours, c’était une crise parlementaire, voulue et entretenue par le SG du FLN, qui s’est soldée, après plusieurs jours de suspens, par le limogeage, sans aucune forme de procès, du président du perchoir, Saïd Bouhadja. Tout s’était fait dans l’illégalité la plus totale. On alla même jusqu’à cadenasser l’entrée principale de cette institution républicaine pour en déclarer ensuite la vacance de la présidence.
Puis, comme l’histoire de « l’arroseur arrosé », c’est au tour d’Ould Abbes, l’ex patron du FLN, de faire les frais de son arrogance et de ses sorties médiatiques très embarrassantes pour les véritables tenants du pouvoir. Sans préavis, on le somma de remettre le tablier. C’est, en quelque sorte, une ironie du sort : tu subis ce que tu as fais subir à autrui, selon la fameuse sentence arabe.  Mais, pour que la « chose » ne soit pas considérée par « le peuple d’en bas » comme telle, les véritables décideurs ont pris des gants de velours ; et ils ont pris le soin de maquiller cela en faisant croire que le sieur Ould Abbes souffre de problèmes cardiaques et que son médecin traitant, d’ici et non d’une quelconque privée à Paris ou à Genève, l’a conseillé  de prendre quelques jours de repos, le guerrier s’étant trop dépensé... pour la promotion d’un hypothétique 5ème mandat. Plus même que durant la guerre d’Algérie  pendant laquelle, selon les dires de certains anciens Moudjahidine qui l’avaient connu, il s’était beaucoup plus planqué que guerroyé.
Aux dernières nouvelles d’ailleurs, il semblerait que celui-ci continue de gérer la « boite » à partir de chez lui.
Cela ne se passe comme ça qu’en Algérie.
 Les vieux ne veulent pas lâcher prise. Ils ne veulent pas s’en aller. Même malades, ils essayent de se déplacer du lit à la fenêtre pour avoir toujours un œil sur ce qui se passe dehors. A quand du lit à la mise en bière ? Et de la mise en bière au cimetière, pourraient, peut-être me rétorquer les mauvaises langues ? Cette réflexion n’est pas mienne. Elle m’a été soufflée par une curieuse qui s’est mise derrière moi pour lire ce que j’écris. 
Toujours est-il que les vieux, ceux qui nous gouvernent, sont tenaces. On dit qu’ils sont tarés mais ils ne le sont pas. Ils sont intelligents, et, qualité suprême, ils possèdent toutes leurs facultés physiques et mentales, les certificats médicaux de nos médecins assermentés et  inscrits au tableau du Conseil de l’ordre faisant foi.
 Et les jeunes hésitent, cependant, à s’impliquer. A s’engager. Politiquement. D’ou la crise permanente. Le statu quo. La fausse stabilité qui, malgré tout, le pouvoir le sait, nous devrions plutôt dire les vieux le savent puisque ce sont eux le pouvoir, ne risque pas d’emporter les fondements de la République. La république restera bien droite dans ses bottes et contredira la thèse, presque centenaire, d’Antonio Gramsci, un enfant de la botte italienne.      
A quelques mois de la présidentielle d’avril 2019, les pièces du puzzle, en effet, commencent à se mettre en place.  Toutes les personnes susceptibles d’entraver la marche vers le 5ème mandat de l’actuel président de la République sont liquidées de façon méthodique ou, pour rester dans le registre du FLN, de façon scientifique. On les dégomme, purement et simplement, même si pendant longtemps, ils avaient fait partie du clan présidentiel. C’était peut-être le cas de l’ex président du parlement. C’est peut-être aussi le cas  d’Ould Abbes mais pour des raisons différentes. Lui, c’est beaucoup plus à cause des déclarations qui frisent parfois le ridicule qu’il fait régulièrement aux médias. Quant au problème des Généraux qui ont été incarcérés pour « corruption, trafic d’influence et enrichissement illicite » puis libérés sur ordre du président, cela reste un mystère total.
Les partis politiques au pouvoir mettent les bouchées doubles à l’approche de l’échéance électorale. Réunion après réunion, ils peaufinent leur plan. Tout semble réglé comme du papier à musique. Tout en sachant que Abdelaziz Bouteflika est dans un état de santé catastrophique et qu’il lui est pratiquement, physiquement et cognitivement, impossible de briguer un autre mandat, ils s’entêtent à le présenter comme étant la seule solution, la seule alternative pour l’Algérie. L’opposition, quant à elle, est inexistante. Elle n’ose même plus faire de commentaire tant l’épée de Damoclès pèse sur sa tête. Tout cela dans un pays qui se dit démocratique.

De la crise de l'APN

 Ce qui est vraiment désolant dans cette histoire de l’APN, c’est l’absence quasi-totale de réaction des hommes (et des femmes) politiques toutes tendances confondues – qu’ils soient représentés ou non au Parlement – et surtout des intellectuels, organiques ou libres. A notre connaissance, ces derniers ne se sont pas, jusqu’ici, exprimés sur cette grave dérive de la majorité parlementaire. Ils gardent un silence inquiétant. Sont-ils tétanisés par ces événements ou ont-ils délibérément opté pour le choix de ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas ? En fait, cette histoire de l’APN concerne tout le monde. Elle nous regarde tous car nous sommes le peuple et c’est grâce à nos voix que ces députés y siègent et délibèrent. Elle n’est pas uniquement inter ou intra parlementaire comme essaient de nous le faire croire certains députés qui font partie des frondeurs.
Nous constatons, jour après jour, depuis presque trois semaines maintenant, une atteinte grave à cette institution de la République par ceux-là même qui sont, en principe, garants des lois et donc de l’ordre et la discipline et nous ne réagissons pas. Nous pensons qu’il est temps que ceux, parmi l’élite intellectuelle qui ont quelque chose à dire, quelque conseil à donner aux uns et aux autres, aux députés frondeurs et au président de l’APN, de se manifester sur la scène politique par des écrits, des débats, des interviews… Nos députés semblent ignorer les lois qui régissent le fonctionnement de l’APN. Ils cherchent par tous les moyens, même illégaux, à destituer, à faire démissionner leur président alors que celui-ci maintient mordicus (et il a raison) qu’il ne s’en ira… qu’en cas d’injonction du président de la République lui-même. D’où l’impasse. D’où la crise. Mais, en fait, cette crise est systémique et tôt ou tard elle aura des répercussions sur les autres institutions de l’Etat si rien n’est fait dès maintenant pour la juguler ou, du moins, la contenir.
Régulièrement, nous lisons la presse algérienne. Chaque matin que Dieu fait, nous attendons que celle-ci nous apporte des nouvelles allant dans le sens du dénouement heureux de cette gravissime affaire. Chaque matin, nous attendons que certains de nos intellectuels interviennent dans cette presse pour nous éclairer sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Mais, à part les comptes rendus des journalistes qui suivent de près ou de loin ce qui se passe au boulevard Zighoud-Youcef, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Rien qui puisse étancher notre soif de savoir, rien qui puisse satisfaire notre curiosité. Et plus le temps passe, plus l’inquiétude s’empare de nos esprits de citoyens lambda.
La vox populi avait souligné, dès le départ, que toute cette affaire était montée de toute pièce pour qu’elle aboutisse, in fine, à la dissolution de l’APN et donc au prolongement de l’actuel mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika. Mais peut-on faire confiance à la vox populi ? Peut-on prendre pour des analyses sérieuses ce que dit «l’homme de la rue» ?
Et, devant la ténacité du président de l’APN, les «députés» cadenassent l’APN. Du jamais vu en Algérie ou ailleurs. Comment peut-on définir ce comportement ?
Assurément, nous avons, là, affaire à des «baltaguia». De quel droit ces membres du FLN, du RND et d’autre partis suiveurs, cadenassent-ils une institution républicaine, même si celle-ci ne joue pas, par ailleurs, son rôle comme il se doit ? Qu’ils aillent, au point où ils en sont, cadenasser le palais d’El-Mouradia, le palais du gouvernement et toutes les autres institutions de la République !
Nous réitérons à cette occasion notre appel à Saïd Bouhadja, le président incontesté et incontestable de l’APN, de résister à ces opposants qui ne défendent, en fait, que leurs privilèges.
Et comme cela ne suffisait pas, les frondeurs, manipulés par des marionnettistes, passent à la vitesse supérieure : ils réunissent un bureau fantoche et prennent la décision de se débarrasser de leur président avec une facilité déconcertante. L’affaire est conclue en deux temps trois mouvements, pensent-ils.
Cette décision des «députés» qui se sont réunis sans la présence du président de l’APN est nulle et non avenue. Par ailleurs, le poste de président de l’APN n’a jamais été vacant puisque celui-ci est empêché de force de rejoindre son bureau (l’entrée de l’APN étant cadenassée). Dans tous les cas, c’est une première dans les annales des démocraties parlementaires. Quoiqu’en Algérie, avec ce genre de «représentants», on ne peut pas vraiment parler de démocratie.
A. G.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...