samedi 25 juillet 2009

Algérie : une initiative qui ambitionne de donner une haute idée de l’Algérie



Faisons un petit rappel historique avant d’entrer dans le vif du sujet.
Il y ’a quelques mois, j’ai eu l’agréable surprise de trouver, dans le journal « El watan », un article ayant pour titre « Le malaise algérien » et signé par un ancien camarade de classe. Inutile de vous dire qu’entre ce camarade et moi, il n’y avait plus de contact depuis au moins une bonne trentaine d’années. Disons depuis le milieu des années 70, lorsque, une fois nos bacs acquis, une fois nos bacs en poches comme nous disions lorsque nous étions potaches, nos routes se sont séparées, l’un ayant opté pour des études de médecine et l’autre pour d’autres études, non moins longues aussi.
Entre temps, cet ami s’était lancé dans la politique et, à un moment donné, il assumait même des responsabilités au sein d’un parti politique né après les évènements dramatiques d’octobre 88, suite à l’ouverture démocratique du régime algérien imposée à Chadli Bendjedid.

Je dois avouer aujourd’hui que, sitôt la lecture de cet article terminée, une sorte de "malaise" m’avait pris et je m’étais senti dans l’obligation de répondre, par tous les moyens, à cet ancien camarade pour lui dire qu’il s’était trompé sur toute la ligne. En effet, dans son article, il mettait en exergue le fait qu’en Algérie il n’y a aucune raison de se plaindre : tout va bien dans le meilleur des mondes.(1) Venant d’un homme politique qui a dû, en plus, sillonner le pays en long et en large lors de campagnes électorales, une telle assertion a de quoi provoquer plus qu’un malaise à celui qui lit l’article en question. Par chance, je suis rédacteur depuis deux ans maintenant de ce média citoyen français (Agoravox) dont la notoriété est bien établie maintenant. Cela ne fait pas de doute. Mon article qui se voulait être une réponse plus ou moins critique au "malaise algérien" y a été publié. Et c’est de cette façon-là que mon camarade qui se connecte régulièrement à Internet lui aussi a eu vent de mon papier et a pu le lire. Evidemment, son premier réflexe a été de me contacter par le biais du dit journal (internet) et c’est ainsi aussi que nous avons pu dissiper le malentendu provoqué par son article et renouer notre amitié.

Qui a dit qu’Internet "est une poubelle" ? Allez, je vous donne tout de suite la réponse : c’est Alain Finkielkraut, philosophe de son état, mais "en fin de carrière" selon un agoravoxien. Après une première rencontre, à Alger, qui fut plus qu’émouvante, nous avions, mon ami et moi, évoqué nos souvenirs respectifs, ceux ayant bien sûr rapport ave nos "années lycée" et particulièrement les profs qui avaient, d’une manière ou d’une autre, exercé une influence certaine sur le choix de nos carrières respectives : je voulais être pilote de ligne, un de mes profs m’a conseillé de faire médecine ; aujourd’hui, après vingt ans de chirurgie derrière moi, je ne regrette pas ce choix. Lui, après des études de "médecine animale" (vétérinaire), il a fait un doctorat en immunologie à Paris. Rentré en Algérie, il voulait investir dans une unité de production de médicaments à usage vétérinaire (notamment des vaccins), on lui a mis les battons dans les roues ; à cause de ses prises de position politiques, semble-il.

En Algérie, on marginalise les cadres et on casse les bonnes volontés. Pourtant, son projet d’investissement, en plus de la création certaine de quelques postes d’emploi (ce qui n’est pas rien par les temps de chômage qui courent), aurait, peut-être, permis à l’Algérie de ne pas s’inquiéter aujourd’hui ni de la grippe aviaire ni de la grippe porcine (je sais que j’exagère un peu là). Je ne m’étale pas trop sur cette question qui explique en partie "la fuite des cerveaux", car ce n’est pas l’objectif premier de cet article, mais, je vous promets d’y revenir ultérieurement. Au cours de cette première rencontre, d’une ou deux heures seulement, car je devais reprendre la route pour rentrer chez moi (loin d’Alger), j’avais, ce n’est qu’après coup que je m’en suis rendu compte d’ailleurs, une logorrhée, une diarrhée verbale pour utiliser un langage de vulgarisation scientifique. Je voulais en quelque sorte, inconsciemment à coup sûr, retracer mon parcours de combattant en un minimum de temps : mes études de médecine à la fac d’Alger, mon mariage, la naissance de mon premier enfant, mon affectation dans un service de chirurgie à l’intérieur du pays, les années de la "décennie rouge" au cours desquelles plus d’une fois j’ai risqué ma vie et celle de mes enfants en empruntant des chemins secondaires pour rentrer chez moi et où les faux barrages étaient presque quotidiennement dressés. En un mot, j’avais monopolisé la parole à tel point que mon ami n’arrivait plus à me suivre. A vrai dire, dans ce monologue, je sautais du coq à l’âne et, emporté dans mon délire, comme un schizophrène qui vient tout juste de sortir de l’asile, je ne lui ai même pas laissé le temps de placer un mot, de m’exposer son projet. Pendant que, lui, il voulait me parler de ses projets pour l’avenir, moi j’évoquais surtout le passé. A la deuxième rencontre quelques jours après, je peux dire que, fort de cette première expérience, j’ai beaucoup plus écouté que parlé ; j’ai beaucoup plus tendu l’oreille qu’ouvert la bouche, ce qui n’a posé aucun problème à mon ami de mon convaincre de l’importance de son projet.

En quoi consiste son projet, me direz-vous ? Eh bien, comme je l’ai dit au début de cet article, mon ami est un homme politique. Du moins, il l’était. Il était dans l’opposition. Mais, en Algérie, les partis politiques d’opposition n’ont aucune influence sur le cours des évènements. Pour la plupart, ils ne font que de la figuration et on ne se souvient d’eux que lorsqu’il y a des élections. Le pouvoir algérien use toujours de cette tactique pour rendre les élections, quelles qu’elles soient, plus crédibles aux yeux de la population et surtout pour faire taire l’opinion internationale qui trouve, il est vrai, toujours à dire et à redire lorsqu’il est question de l’Algérie. Après une bonne dizaine d’années d’activité politique et de militantisme au sein de son parti, mon ami a dû se rendre à cette évidence et a donc, la mort dans l’âme j’imagine, démissionné. Il a bien fait. Ne dit-on pas que "pour vivre heureux, il faut vivre caché" ? Il est pourtant doué d’un bon sens de raisonnement et d’une bonne vision politique des choses. S’il avait persévéré, il aurait peut-être décroché un poste ministériel ou à la rigueur un siège au Sénat (dans le 1/3 présidentiel) et, croyez-moi, je ne dis pas ça dans le but de flatter son ego ! Ses écrits parlent pour lui. Actuellement, il gère un site web qui porte le nom de "Forum démocratique" et la chose qui lui tient vraiment à cœur est "d’offrir un espace rédactionnel dédié à la réflexion", comme il le mentionne dans son éditorial. Nous ne pouvons que l’encourager dans cette aventure beaucoup plus intellectuelle que politique et éventuellement y participer même modestement. Puisque tel est son vœu.

(1) Du moins c’est ce que j’avais compris au début. Avec le recul, je dois reconnaître que c’était une mauvaise interprétation de ma part. Mais lors d’une correspondance, mon ami m’a explicité encore davantage le fond de sa pensée en disant ceci : " dans le texte visé, je voulais dire que le peuple n’est pas totalement innocent. Que ses gouvernants proviennent de ses entrailles. Que le pouvoir est mû par des déterminismes psychologiques et anthropologiques qu’il partage avec lui", et là, honnêtement, je ne pouvais qu’être sur la même longueur d’onde que lui.

mardi 14 juillet 2009

Neda et Marwa, deux victimes de la bêtise humaine aux statuts différents




Le 12 juin dernier, Mahmoud Ahmedinejad a été réélu à la présidence de la République islamique d’Iran. Peu importe les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette élection. Ce débat ne nous intéresse pas et ne nous regarde pas. Ça ne regarde que les Iraniens eux-mêmes.
Toujours est-il que le malheureux rival d’Ahmedinejad, Mir Hossein Moussavi, qui croyait peut-être ne faire qu’une bouchée du président sortant et remporter ainsi haut la main la victoire, a contesté les résultats de cette élection et a appelé ses électeurs à sortir manifester dans les rues de Téhéran et d’autres villes de l’Iran.
Pendant deux ou trois jours, les rues de Téhéran ont vibré sous les pas des manifestants pour la plupart jeunes et aspirant visiblement à un réel changement de régime, à un peu plus de démocratie et de liberté, ce qui est tout à fait légitime. Sauf que les tenants du véritable pouvoir en Iran, les Mollahs, ne l’entendaient pas de cette oreille. Bien au contraire, ceux-ci estimaient que, malgré ce qui se disait çà et là, il n’y a pas eu fraude massive et que, par conséquent, l’élection d’Ahmedinejad est parfaitement validée. Et qu’il n’y aura point de "révolution verte" en Iran, tant souhaitée par les chancelleries occidentales, du moins celles des pays occidentaux qui entretiennent encore des relations diplomatiques avec l’Iran (notamment la Grande-Bretagne) qui, ne soyons pas dupes, poussaient, même indirectement, les manifestants dans ce sens.

Et ce qui devait arriver arriva.

Gardiens de la Révolution ne se laissèrent pas intimider par ces manifestations de rue et on usé de leur force pour les réprimer. Il y a eu alors, malheureusement, des morts et des blessés parmi les partisans de Moussavi. Parmi ceux-ci, une jeune fille, au nom de Neda, a particulièrement ému le monde et … particulièrement le Monde Occidental. Elle était jeune. Elle était belle. Et, comme toutes les iraniennes, elle portait le foulard. Sur les images, prises par un téléphone portable, le sang qui coulait de ses narines ajoutait une touche magique sur son visage angélique !

Quel drame ! Quel gâchis ! Il n’y a pas de doute, ces images, filmées pourtant par un amateur et qui revenaient en boucle sur les différentes chaînes de télévision et aussi sur les réseaux sociaux tel que face book, ont de quoi ébranler la conscience pas seulement de l’Occident mais de tout homme épris de justice et de liberté. La mort de cette jeune fille restera certainement en travers de la gorge de celui qui a donné l’ordre de tirer sur la foule alors que celle-ci manifestait pacifiquement.

Vérité de Lapalisse, quelques minutes avant sa mort, Neda était encore pleine de vie ; quelques minutes avant qu’une balle ne le lui transperce le corps, Neda, une pancarte à la main, criait à la face du monde son rejet du régime, osons prononcer le mot, totalitaire et non révolutionnaire, des Mollahs et des Pasdarans. Avec ses compagnons de lutte, elle voulait montrer au monde qu’en Iran aussi il y a des hommes et des femmes prêts à mourir pour la défense des principes de la démocratie parmi lesquels des élections libres et honnêtes ; osons simplement croire que la balle qui lui a ôté la vie, à la fleur de l’âge, était une balle perdue et non une balle qui lui était expressément destinée.

Quelques jours après la mort tragique de Neda, une autre femme, musulmane, pour d’autres motifs, connut le même sort… en Allemagne. La bêtise humaine a encore frappé. Elle a encore fait de siennes. Cette femme d’origine égyptienne vivait depuis plusieurs années en Allemagne. Un jour, alors qu’elle jouait dans un parc avec son fils de deux ans, elle a été agressée par un jeune homme, allemand, qui l’a traité, semble-t-il, "d’intégriste" et de "terroriste" pour la simple raison que celle-ci portait le voile. L’affaire avait été alors portée devant la justice qui condamna l’homme à une amende de quelques centaines d’Euros. " La peine ayant été jugée trop légère, un appel fut déposé et c’est à la cour d’appel de Dresde que l’affaire devait être rejugée le 1er juillet. C’est là que tout a dégénéré, l’accusé s’est précipité sur Marwa et lui a assené 18 coups de couteau…" (1)

Aussi dramatique que puisse paraître cette affaire, la presse occidentale n’en a pas fait ses choux gras ; Marwa est décédée dans la froideur de la salle d’audience d’un tribunal allemand sans que cette presse, si avide pourtant de sensationnel, ne s’émeuve outre mesure !

Marwa est morte en Occident ; dans un pays démocratique ; son tort est qu’elle tenait à son voile, à son islamité.

Neda est passée de vie à trépas en terre d’Islam, dans son pays même, parce qu’elle voulait réclamer plus de liberté, plus de démocratie. Les mauvaises langues diraient "en un mot, elle voulait s’occidentaliser". Bien entendu, cette idée est loin de nous ; elle ne peut être la notre car nous pensons le plus sérieusement du monde que la liberté et la démocratie ne sont pas spécifiques au seul monde occidental.

Là est la différence entre les deux femmes. Là est la différence qui explique la sur médiatisation de la mort de l’une, Neda, et le passage sous silence du trépas de l’autre, Marwa : en agissant ainsi, l’Occident a préféré en quelque sorte jeter un voile pudique sur la mort de celle qui ne voulait pas se dévoiler, celle qui assumait fièrement sa différence. Pour les médias de l’Occident, la mort de Marwa n’est qu’un fait divers parmi tant d’autres. Celle de Neda est éminemment politique. Et l’on est alors en droit de se poser la question concernant cette sur médiatisation. Pourquoi celle-là et non pas l’autre ? Les Hommes ne sont-ils pas tous égaux devant la mort ? Aucune mort ne devrait, à notre humble avis, être plus médiatisée que les autres ; ou alors l’on pourrait comprendre que, par cette médiatisation, il y a une arrière-pensée qui ne dit pas son nom. Dans ce cas précis, l’objectif des médias de l’Occident n"est-il pas d’acculer jusqu’à ces derniers retranchements le régime d’Ahmedinejad qui reste campé sur ses positions en matière de Nucléaire et d’autres questions d’ordre géostratégique malgré les sanctions économiques de la "communauté internationale" ?



dimanche 12 avril 2009

Le 5 octobre 88 ou la révolution "bolchevique" à l’algérienne

Il est du devoir de chaque syndicaliste, de chaque homme politique des années 80, de chaque intellectuel algérien ayant assisté, de près ou de loin, aux événements dramatiques du 5 octobre 1988 de témoigner et d’apporter ainsi sa contribution, aussi modeste soit-elle, à cet édifice historique qui ne devrait pas sombrer dans l’oubli. Car si on est là à s’exprimer de façon plus ou moins démocratique, c’est principalement grâce à cette journée de "chahut de gamins". C’est ainsi qu’a été qualifié le 5 octobre 1988 par les tenants du pouvoir de l’époque. Mais plus qu’à un "chahut de gamins", force est de reconnaître que nous avions plutôt assisté à une émeute, à une révolte, certes conduite par des enfants et des adolescents, mais il ne faisait pas l’ombre d’un doute que des adultes étaient derrière. Aucun mouvement de foules n’est spontané, la foule, contrairement à un banc de sardine qui zigzague dans les profondeurs de la mer pour échapper à un prédateur, n’obéit pas à son instinct de survie, mais à un chef, même tapi dans l’ombre. Mais qui étaient ces adultes ? Qui étaient le ou les chefs qui avaient poussé des enfants à saccager et à brûler les édifices publics et à s’exposer dès le lendemain aux balles réelles de l’armée qui a été appelée à la rescousse ? Là est toute la question. Vingt ans après, on n’en parle pratiquement plus, on semble avoir fait table rase du passé et aucun des responsables du "parti-Etat" de l’époque, le FLN pour le désigner du doigt, n’a été incriminé de façon claire et nette dans la genèse de cette "révolte de la semoule" comme l’avait qualifiée une certaine presse d’outre-mer. Mais en fait il n’en était rien : les Algériens avaient plutôt faim de démocratie et soif de la liberté d’expression. Et si, dans leur folie de quelques jours, ils s’étaient attaqués aux symboles de l’Etat c’est parce que, à leurs yeux, l’Etat était défaillant sur toute la ligne. Il n’avait pas su gérer la manne pétrolière et la chute du prix du baril de pétrole dans les années 1985-86 avait pratiquement mis l’Algérie en cessation de paiement.

Si d’emblée j’ai annoncé la couleur en disant que "tout syndicaliste" devrait témoigner c’est parce qu’on a trop tendance à sous-estimer ce fait, le problème a commencé en fait au niveau de la zone industrielle de Rouiba, à quelques encablures d’Alger. Rappelez-vous, les travailleurs de cette zone industrielle et particulièrement ceux de la SNVI (Société nationale des véhicules industriels) étaient en grogne ou carrément en grève pour certains d’entre eux et cela à cause bien entendu du pouvoir d’achat qui ne cessait de dégringoler ; et malgré l’activisme des syndicalistes de l’UGTA, la seule organisation syndicale de l’époque, le pouvoir d’alors ne voulait rien céder. Ajoutez à cela le fait que, quelques jours auparavant, le président Chadli Bendjedid, dans un discours à la nation, avait stigmatisé les ouvriers algériens d’une façon générale en donnant comme exemple les ouvriers égyptiens qui ne rechignaient pas à la besogne. Qui ne réclamaient rien. Qui n’avaient pas recours aux grèves. Ceci a été peut-être la goutte qui avait fait déborder le vase. En tout cas, c’est mon analyse personnelle. Et puis, il faut dire aussi que le pouvoir incarné par Chadli Bendjedid avait permis l’émergence d’une classe sociale, minoritaire, qui profitait de tout, qui menait la belle vie au milieu d’un océan de misère. Pour le commun des Algériens, pour le "Ghachi" comme on dit chez nous, ce n’était que pénuries de toute sorte et des chaînes interminables devant les "Galeries algériennes" et les "Souk El fellah" pour, dans les meilleurs des cas, se voir proposer la fameuse "vente concomitante", à savoir un produit de première nécessité tel que l’huile ou le sucre et… une dizaine de lames de rasoir par exemple même si on est imberbe. C’était à prendre ou à laisser. On n’avait pas le choix. C’était la loi du marché d’un dirigisme outrancier ! Mais, vous me diriez que les événements auraient dû dans ce cas commencer à Rouiba et non pas à Bab El Oued. Vrai. Mais Bab El Oued est connu comme le quartier le plus populeux d’Alger et il est toujours à l’avant-garde des… révolutions comme ce fut le cas pendant la guerre d’Algérie. Bab El Oued a donc éternué et c’est toute l’Algérie qui s’est enrhumée !

Mon témoignage.

Le soir du 4 octobre, j’étais à l’hôpital Mustapha.
Je n’étais pas de garde ce jour-là, mais j’ai été retenu par un ami qui était, lui, de garde au Pavillon des urgences. Et, après l’avoir aidé à opérer une appendicite, j’ai décidé de rentrer chez moi à Ain Benian (ex-Guyot ville). Il était presque minuit et ma Renault 5 avait un problème d’éclairage, l’un des H4 était grillé et je n’avais même pas songé à le remplacer puisqu’il m’arrivait rarement de circuler la nuit. A cette heure-ci de la nuit, la circulation à Alger était fluide et je n’avais aucun mal à distinguer le moindre obstacle à plus de 100 m de distance puisque sur tout l’itinéraire que j’emprunte habituellement l’éclairage public est assuré : le front de mer. Tout était calme et rien ne présageait qu’à quelques kilomètres de là se jouait un drame qui laissera l’Algérie KO pour de longues années. En effet, arrivé du côté de la place des Martyrs, une odeur particulière commençait à chatouiller mes narines et plus j’avançais et plus l’odeur devenait insupportable. Il a fallu que je lève la vitre de ma portière pour atténuer un tant soit peu cette odeur. Puis ce fut carrément de la fumée qui se répandait sur tout Alger. Là, j’avais deviné qu’il ne pouvait s’agir que de bombes lacrymogènes utilisées par la police pour disperser la foule. Mais quelle foule, à cette heure-ci ? Et pour quelle raison ? Un match de football entre les deux frères ennemis de Bab El Oued qui aurait mal tourné ? Mais il n’y avait pas de match ce jour-là. Du moins à ma connaissance. Mais, du côté de Padovani, à la vue des policiers qui couraient dans tous les sens, les choses se précisèrent davantage pour moi : aucun doute, il s’agissait belle et bien d’une manifestation pas du tout pacifique et réprimée à coups de bombes lacrymogènes. N’étant pas de la partie, j’ai pu franchir allègrement Bab El Oued en me faufilant avec ma Renault 5 brinquebalante entre des pneus et divers objets qui brûlaient sur la chaussée. Le lendemain matin, à Ain Benian, des groupes de jeunes, çà et là, plus ou moins abasourdis par ce qui venait de se passer, discutaient de l’événement et chacun y allait de son explication. La nouvelle de l’embrasement de Bab El Oued s’était répandue, la nuit même, comme une traînée de poudre même si, officiellement, il y avait un black-out total sur l’information. L’après-midi de ce 5 octobre, nous devions, ma femme et moi, nous rendre à une fête de mariage d’une cousine qui habitait à El Harrach. Sachant qu’à Bab El Oued la situation était à l’émeute et la route certainement barricadée par les uns (les émeutiers) ou les autres (les policiers), j’avais décidé de prendre l’autoroute, la rocade Sud, même si ça faisait tout un détour. Ma femme était parée de tous ses bijoux ; je ne l’avais pas mise au courant de ce qui s’est passé la veille à Bab El Oued.
En fait, j’étais loin d’imaginer que la situation allait dégénérer au point que l’intervention de l’armée soit nécessaire et au point que celle-ci use de balles réelles. Qui aurait, en effet, imaginé que l’ALN, celle qui quelques années auparavant avait libéré le peuple algérien du joug colonial, allait être utilisée pour réprimer dans le sang une manifestation d’enfants et d’adolescents ? Alors que cette tâche, c’est-à-dire le maintien de l’ordre public, incombe normalement à la police, celle-ci, pour des raisons qui restent encore inexpliquées et donc obscures, s’est, dès le lendemain, retirée de tout Alger et a laissé faire. En fait, elle était dépassée par l’ampleur des événements car, dès le lendemain, c’est-à-dire le 5 octobre précisément, d’autres jeunes des quartiers d’Alger avaient en quelque sorte pris le relais. Et ils s’adonnaient à cœur joie à tout ce qui symbolisait l’Etat : sièges du parti FLN, ministères, mairies, véhicules des sociétés nationales ou administrations publiques donc de l’Etat et non ceux des particuliers. C’est ainsi que, sur ma route, sur l’autoroute, j’ai pu voir, sans aucune exagération des dizaines de véhicules incendiés par les manifestants.
A suivre

samedi 7 février 2009

Les raisons du "malaise algérien" (2).

"Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible mais pour un citoyen inutile. » Thucydide (v. 460 - apr. 395 av. J.-C.)
C’est par cette citation, tirée de l’article "Troisième contre-choc pétrolier : Que fait l’Algérie ?" de Chems eddine Chitour, que je trouve admirablement belle et toujours d’actualité, que je reprends mon stylo de… pourrais-je dire de pèlerin ( ?) pour expliciter encore davantage les raisons du malaise algérien.
A mon sens, le "malaise algérien" est avant tout d’ordre politique ; Financierement, l’Algérie se porte bien. Le mérite de cette embellie financière revient à notre sous sol saharien qui regorge de gaz et de pétrole ; et même si le pétrole est à son plus bas niveau depuis quelques semaines déjà, l’on nous rassure que le pays, du fait des réserves en dollars qu’il a déjà engrangé, peut tenir cinq ans sans avoir recours ni au FMI ni à la banque mondiale ; Tant mieux ! Le hic cependant c’est que cette durée où l’on pourrait être tout à fait insouciant et à l’aise du point de vue pécuniaire est, à chaque fois, revue à la baisse ; Elle était estimée par certains économistes, au moment ou l’on commençait à parler de la crise économique mondiale, à cinq ans. Mais depuis, elle ne cesse de se réduire comme peau de chagrin à chaque baisse du prix du baril de l’or noir. Elle ne pourrait, selon les économistes les plus chevronnés et les plus communicants en la matière, excéder les trois ans. Mais il est vrai qu’en matière de prévisions économiques nul n’est infaillible. Pour preuve, aux Etats-Unis personne n’a vu la crise venir jusqu’au jour où les banques se sont mises à mettre la clé sous le paillasson les unes après les autres ! Bref ne nous égarons pas trop dans le labyrinthe de l’économie et parlons plutôt de ce qui ne va pas en Algérie.
C’est, à mon sens, surtout dans le domaine politique que les choses se sont véritablement gâchées depuis que l’éventualité d’un troisième mandat au profit de l’actuel président de la République a commencé à faire son chemin au milieu d’une certaine classe politique.
Genèse de l’affaire :
Après plusieurs mois de faux suspens, délibérément entretenu, le verdict est tombé tel un couperet : la constitution est amendée par "une majorité écrasante" de députés ce qui permettra au président Abdelaziz Bouteflika de se présenter pour un troisième mandat. Mais le problème n’est pas là. Il est dans la façon dont se sont déroulés les évènements : initialement, il était question que l’amendement de cette Constitution devait se faire par voie référendaire : autrement dit, au peuple souverain de décider du changement ou non de celle-ci ; mais, le pouvoir a fait traîner les choses et s’est rabattu au dernier moment sur le Parlement dont il s’était déjà assuré de la fidélité. Et comment, après une augmentation salariale des députés qui frise l’indécence ? Tout cela au moment même ou des pans entiers de la société algérienne crient famine ! Au moment même où des corporations entières de fonctionnaires se mettent en grève pour attirer pour la énième fois l’attention des pouvoirs publics sur leur condition sociale, sur la dégringolade de leur pouvoir d’achat, sur…., sur, ….., la liste est encore longue. Et quelle est la réponse du pouvoir à ces grévistes ? Le pouvoir ne veut ni n’entends s’asseoir à la table de négociations, il menace plutôt de recourir à des ponctions sur les salaires de ceux qui n’ont que ce moyen extrême pour se faire entendre.
En fait, l’amendement de la constitution par les deux chambres réunies en ce jour du 12 novembre ne constitue nullement une surprise. Ces deux chambres nous ont habitués au fait qu’elles ne sont, à proprement parler, que des chambres d’enregistrement et le résultat était donc connu d’avance. A-t-on déjà vu des députés faire de l’opposition à un pouvoir qui leur assure plus que ce qu’ils pouvaient espérer ? Mais ne tirons pas à boulets rouges sur les députés ; les députés font le travail pour lequel ils sont grassement rémunérés : lever le bras au moment du vote et rien qu’au moment du vote pour signifier à leur employeur, le pouvoir en place, qu’ils sont d’accord sur le fond et sur la forme sur tout ce qu’il leur propose. Ils ne savent pas dire "Non", nos députés ; le "Non" ne fait pas partie de leur vocabulaire ; de leur lexique : à l’APN, on ne défend pas ses idées et, éventuellement, l’orientation politique du parti auquel on adhère, mais sa croûte et son lot de terrain à bâtir, dans les endroits les plus huppés de la capitale, de préférence. C’est, en fait, ces choses-là, des choses beaucoup plus terre à terre qui animent nos députés et qui guident leurs pensées ou plutôt leurs actions ; car lever le bras est un mouvement, une action et non une pensée. Ça n’exige qu’un petit effort musculaire, le temps que le décompte de bras levés pour le "Oui", par celui haut perché, le président de l’assemblée, soit fini. Seuls 22 députés, appartenant au parti RCD du Dr Said SAADI, n’ont pas levé leurs bras, nous dit-on. Mais ils sont restés muets comme des carpes car il leur était interdit de s’exprimer et d’exprimer leur ras le bol devant le viol caractérisé des prérogatives du député, lequel député se trouve ainsi réduit à un moins que rien aux yeux de celui qui l’a mandaté : l’électeur. Car, si un député ne peut pas s’exprimer à l’APN et ne peut pas débattre d’une question aussi cruciale que celle de l’amendement de la Constitution, où pourra-t-il le faire ? A suivre

vendredi 19 décembre 2008

Les raisons du "malaise algérien"

Sur la page 2 du Quotidien d’Oran du samedi 6 décembre 08, l’article qui a attiré mon attention portait le titre de "Malaise algérien" ; il a attiré mon attention pour deux raisons : D’abord le nom de l’auteur de l’article ne m’était pas inconnu et il m’a rappelé de vieux souvenirs qui remontent au milieu des années 70, années pendant lesquelles nous avions, l’auteur et votre serviteur, fréquenté la même classe au lycée "Thaâlibiya" d’Hussein Dey.
Il m’a rappelé aussi et surtout ces fameuses réflexions politiques auxquelles notre prof de français, une française de la région parisienne si mes souvenirs sont encore bons, nous initiait. Elle nous initiait aux débats politiques parce que tout simplement le contexte de l’époque s’y prêtait bien : en Algérie, on s’apprêtait alors à voter la charte nationale de 1976 et des débats politiques étaient organisés ça et là, pas seulement dans les salons feutrés d’Alger, mais certainement à travers tout le territoire national, même dans les endroits les plus reculés et les plus enclavés des hauts plateaux et de la steppe et cela pour soit disant apporter d’éventuelles modifications à certains articles de cette charte et ainsi l’enrichir avant qu’elle ne soit adoptée par un vote populaire.
Pendant plusieurs jours, la démocratie en Algérie n’était pas un vain mot. Elle régnait en maîtresse des lieux d’Est en Ouest et les gens pouvaient dire tout et n’importe quoi. Tout cela sous l’œil amusé et vigilant de feu Houari Boumedienne qui en tirait une certaine fierté.
La philosophie de notre professeur de français s’insérait justement dans ce cadre-là : il n’était nullement question pour elle de s’immiscer dans le débat politique algéro algérien mais elle tenait plutôt, par ces discussions hors cours si j’ose dire, à ce que les jeunes têtes brunes que nous étions sachent appréhender la chose politique et tenir un langage politique plus ou moins cohérent. Parmi les élèves qui s’intéressaient à ces joutes oratoires si je peux encore m’exprimer ainsi, deux têtes émergeaient particulièrement du lot ; elles émergeaient du lot par leur clairvoyance, leur esprit de synthèse et leur façon de s’exprimer et donc d’exprimer leurs opinions. Il s’agit de l’auteur de l’article dont il est question ici, Soufiane Djilali, et d’un autre élève dont j’ai oublié le nom. Normal, cela remonte à plus de trente ans maintenant.
L’UNIQUE, la télévision algérienne, nous montrait d’ailleurs, chaque soir au journal de 20h, des travailleurs sur le lieu même de leur travail ou des paysans dans les fermes agricoles, les uns fiers d’avoir relevé, dans cette charte, une anomalie concernant notre "socialisme spécifique", par exemple, les autres vantant les mérites ou au contraire dénonçant l’insuffisance de tel ou tel article. Particulièrement ceux relatifs au rapport de l’Etat à la religion, par exemple. Cette question, si on fait un petit effort de se rappeler, avait fait couler beaucoup de salive et d’encre, plus que celle relative aux racines historiques des algériens car, en ces années-là, il était encore tabou d’évoquer de façon officielle la composante Amazighe de la personnalité du peuple algérien. Il était de facto interdit à quiconque d’établir une "archéologie mentale à notre société" ; ce qui, entre parenthèse, expliquerait donc selon Djilali tous nos déboires actuels. En tout cas, je me rappelle encore d’une chose : tout le monde à cette occasion-là, lettré ou illettré, s’autoproclamait politicien, juriste, et que sais-je encore ; A Alger, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il régnait, du moins pendant cette campagne électorale, une certaine effervescence politique et un certain optimisme en un avenir radieux. Le contenu de la charte nationale avait fait naître d’immenses espoirs au sein de la "paysannerie" et de la "classe prolétarienne". Mais, au fil du temps, tout ceci s’avéra être de la poudre aux yeux.
Ni la charte nationale ni la Constitution, la première de l’Algérie indépendante, votée quelques semaines plus tard, ne changèrent la vie de la masse prolétarienne. Celle-ci continuant de trimer comme par le passé sans pouvoir accéder à une "vie meilleure", slogan de celui qui succédera à feu Houari Boumediene. En Algérie, on change de Constitution pratiquement à chaque changement de président mais, au fond, le régime ne change pas : on prend toujours les mêmes et on recommence ; pourtant cette politique qui consiste à vouloir faire du neuf avec du vieux n’a jamais prouvé son efficacité. Et, de ce fait, elle a été maintes fois dénoncée, notamment par les jeunes qui veulent eux aussi accéder à des postes de responsabilité que ce soit au niveau des institutions politiques ou dans d’autres domaines. Malheureusement, ceux qui se réclament de "la famille révolutionnaire", ceux qui pensent détenir "la légitimité historique" ne l’entendent pas de cette oreille et continuent à s’agripper de toutes leurs forces sur leurs sièges ; Niet, nous disent-ils. Et "ce niet" contribue indiscutablement à entretenir "le malaise" dont parle notre ami au sein d’une jeunesse qui ne sait plus à quel saint se vouer ni vers quel procédé se tourner pour pouvoir prendre ses destinées en main.
Deuxièmement, et c’est surtout ce point-là qui m’a vraiment incité à écrire cet article, c’est ce que Soufiane Djilali a écrit d’entrée de jeu, si j’ose dire. Je le reprends ici texto : " En ce début du XXIe siècle, la société algérienne est en proie à un malaise profond, sans cause évidente". Evidemment, ça saute aux yeux, c’est ce "sans cause évidente" que je n’ai pas, personnellement, du tout apprécié. Pour la simple et bonne raison qu’il est loin, très loin même, de refléter la réalité. Il n y a pas de malaise sans cause évidente ; bien au contraire, les causes de ce "malaise algérien" sont si nombreuses et si variées qu’il est impossible de les énumérer toutes. Et la question que je me suis tout de suite posé, bien avant d’avoir terminé la lecture de cet article est la suivante : comment se fait-il qu’un esprit aussi brillant que celui de cet ancien camarade de classe n’arrive-t-il pas à voir ou à cerner la multitude de causes qui ont engendré plus qu’un simple malaise au sein de la société algérienne ?
Il ne faut pas se voiler la face, en Algérie il y a mille et une choses pouvant expliquer ce malaise. Et la responsabilité de ce malaise incombe, nul doute là-dessus, aux hommes politiques qui ont eu, jusqu’au jour d’aujourd’hui, la charge de gouverner ce pays. Pour preuve : les dernières chamailleries par presse interposée entre l’ancien président de la République, Chadli Ben Djedid et l’ex chef de l’état major Khaled Nezar à propos de "qui a fait quoi" pendant la révolution algérienne ne fait que renforcer ce malaise.

dimanche 26 octobre 2008

Crise économique conjoncturelle ou faillite du capitalisme ?

Je vous avoue que, malgré les nombreux papiers que j’ai lus, ça et là, sur la question, je n’arrive pas à comprendre cette histoire de faillites en cascade de banques aux Etats-Unis, la première puissance économique de la planète. Et comment pourrais-je comprendre si "L’Amérique n’a toujours pas complètement compris pourquoi le toit de Wall Street lui est tombé sur la tête, comme l’a clairement indiqué George W. Bush dans les entretiens de Camp David" ? (1)
Il y a beaucoup d’écrits concernant cette crise.
Même sur Agoravox, force est de reconnaître qu’il y a eu des papiers d’excellente facture qui ont abordé la question sous tous ses angles. Franchement, on s’y perd ; on ne comprend plus qui a tort et qui a raison, qui procède à une bonne analyse du phénomène et qui se perd dans des conjectures purement spéculatives.
Depuis plus d’un mois maintenant, toute la presse écrite et audiovisuelle lui consacre de larges pans dans ses colonnes ou dans ses tranches horaires de grande écoute ou de grand audimat. Mais tous les avis convergent vers un même point : c’est la faillite du système capitaliste, nous dit-on. Un pan de l’Histoire de l’humanité qui s’écroule ? On n’en est pas encore certain ; seul l’avenir nous le dira. Toujours est-il qu’une certitude s’impose : il n’est dans l’intérêt de personne ni d’aucun pays que ce système s’écroule comme s’est écroulé, dans un vacarme étourdissant provoqué par la chute du mur de Berlin, le système communiste.
Il faut dire que cette crise qui a eu comme point de départ les "subprimes" est le sujet par excellence qui accapare les pensées et les énergies de tout un chacun, du trader à l’économiste et du journaliste à l’homme politique ; c’est le sujet qui a éclipsé les situations de conflits interminables en Irak et en Afghanistan et même, dans une moindre mesure, les élections présidentielles américaines qui auront lieu dans quelques jours. L’Amérique est assommée par ce désastre financier, je n’utilise pas, en ce qui me concerne, le terme "économique", parce que, de mon point de vue, il y a une différence nette entre cette perte, par certaines banques américaines, de sommes faramineuses en dollars sonnants et trébuchants et l’économie de ce pays qui, malgré tout, continue à se porter bien ; Ne faisons donc pas d’amalgame. La faillite de quelques banques même s’il s’agit des plus riches banques des Etats-Unis ne veut pas dire forcément faillite de tout le système. Je doute qu’on soit déjà en pleine récession économique, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, comme ce fut le cas en 1929. Pour rappel, en 1929, les banquiers et les hommes d’affaires à l’origine de la banqueroute d’alors avaient eu, comme l’a déjà fait remarquer quelqu’un sur ce site, la "décence de se jeter par les fenêtres". Car le désastre était si grand qu’il avait jeté des millions d’américains sur les routes à la recherche d’un hypothétique emploi ou d’un toit. Et la moralité des gens (donc des banquiers) était telle qu’il ne leur restait que cette extrême solution pour sauver la face en quelque sorte. Enfin, les choses ne s’étaient certainement pas passées ainsi, mais c’est une façon de parler. Autres temps, autres mœurs ; Aujourd’hui, les banquiers qui ont mis leurs banques en faillite, ont plutôt bénéficié de "parachutes dorés". Ils ne se sont pas jetés par les fenêtres. Tant mieux pour eux, sommes-nous tentés de dire. Et ceux par qui la crise est arrivée, les insolvables qui avaient souscrit aux "subprimes", c’est-à-dire ceux à qui les banques ont prêté de l’argent pour l’acquisition d’un bien immobilier et qui ne peuvent s’acquitter de leurs dettes sont, au pire des cas, sommés d’aller occuper des logements sociaux, de moindre confort cela va de soi, mais sans aucune forme de procès. Ils n’ont de comptes à rendre à personne. Cela fait partie du rêve américain. Et puis, de toute façon, ce sont les autres contribuables qui payeront pour eux. Et d’où croyez-vous qu’Henry Paulson va puiser les 700 milliards de dollars pour appliquer son plan de sauvetage et renflouer donc les banques américaines défaillantes ?
A propos "des parachutes dorés", je tiens à vous faire cette confidence : c’est la seule chose que j’ai vraiment comprise dans tout ce charabia de mots que les banquiers et les économistes savent si bien manipuler pour justifier leurs déboires et se faire pardonner par les épargnants naïfs que nous sommes. Et c’est pratiquement aussi la seule chose qu’il m’est difficile d’admettre ; C’est paradoxal mais c’est comme ça. Je comprends mais je n’admets pas : parce que tout simplement cela va contre le bon sens. Et c’est peut-être ça aussi qui fait qu’on parle de plus en plus de manque d’éthique et de moralité dans le système financier international tel qu’il est actuellement. Pour schématiser, je vous fais cadeau de cette métaphore en rapport avec ma profession de chirurgien : par ma négligence coupable, je tue la malade (la banque) qui m’a été confiée pour une intervention chirurgicale et je réclamerais ensuite au mari (l’Etat) ou aux enfants (les citoyens) de la dite malade plus, mais alors vraiment plus, que mes honoraires habituelles ! Qui pourra admettre ce fait ? Qui n’appellera pas à mon lynchage pur et simple ? Et, pourrais-je, après cela, avoir le culot d’aller passer mes vacances dans un 5 étoiles dans une île du pacifique ?
Un seul homme politique, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, a eu le courage de marteler à plusieurs reprises qu’il fallait sanctionner les coupables. Mais ira-t-il jusqu’à s’impliquer lui-même dans l’application de ces sanctions au cas où des banques bien françaises connaîtraient le sort peu enviable de leurs consœurs américaines, pour rester dans le jargon médical ? Il ne le fera pas. Mais, reconnaissons lui quand même le mérite d’avoir largement contribué par ses réunions incessantes avec le G4, le G8, ou W Bush à la déflation de cette crise. Passé le temps de réflexion (une dizaine de jours selon un auteur d’Agora Vox), il est passé à l’action. Il est vrai qu’on parle déjà de faillite du système capitaliste dans son ensemble et de la nécessité de corriger ses tares pour ne pas dire de le réformer de fond en comble ; mais la question qui, tôt ou tard, va se poser est par quel système faudra t-il le remplacer ? Le plan B n’existe malheureusement pas. Ne devrait-on pas alors se contenter de replâtrages tout en espérant que les choses vont d’elles-mêmes rentrer dans l’ordre ? Je connais au moins une personne, mais beaucoup plus morale que physique, qui doit se réjouir dans sa tombe : Marx !

(1) Le Figaro du 20 octobre 2008. Débat : La victoire de l’Europe.

vendredi 24 octobre 2008

Nicolas Sarkozy et le "positivisme"

Rassurez-vous, malgré le titre qui peut paraître accrocheur, le contenu de cet article n’a rien à voir avec la philosophie positiviste d’Auguste Comte. C’est ce qui justifie d’ailleurs la mise entre guillemets du mot positivisme. Il ne faut pas que la confusion s’empare des esprits, je ne suis pas, là, en train d’étudier le "positivisme", cette doctrine philosophique du XVIIIe siècle qui est de toute façon largement délaissée de nos jours. Cette idée de faire un parallèle entre cette ancienne doctrine philosophique et les discours politiques de Nicolas Sarkozy où, chaque fois que l’occasion se présente à lui, il use du mot "positive" en l’associant à d’autres mots en rapport avec le contexte politique qui l’a amené à s’exprimer est farfelue, je le reconnais. Mais, je doute fort bien que le livre de chevet de Nicolas Sarkozy ne soit pas "cours de philosophie positive" d’Auguste Comte.

Jugez-en.

Discrimination, il y a quelques années, laïcité récemment lors de la visite, en France, du pape Benoît XVI. Mais ce dernier concept c’est-à-dire la laïcité à laquelle le président Nicolas Sarkozy a pris le soin d’ajouter le mot, tant répété ici, "positive", a été largement critiqué aussi bien par les hommes politiques que par les profanes et ceci démontre une chose : les Français dans leur ensemble sont encore intimement attachés à la loi de 1905 qui avait séparé le religieux du politique et ils n’entendent pas revenir là-dessus. C’est une bonne chose car l’irruption de la religion dans le champ politique, on sait ce que ça donne. Nous en parlons en connaissance de cause car, ici, en Algérie, on en a fait l’expérience amère et rien ne dit que le bout du tunnel est à quelques mètres seulement. Mais ceci est une autre histoire et nous comptons lui réserver un article un de ces jours.
Laïcité positive.
Je n’ai pas de commentaire particulier à faire là-dessus si ce n’est que je suis entièrement d’accord avec la remarque de François Hollande à savoir "qu"il n’y a pas de laïcité positive ou de laïcité négative ; il y a une laïcité tout court".
Discrimination positive.
Bien que cette expression remonte à bien longtemps maintenant, elle est réapparue dans le discours politique français lors de la révolte de la banlieue parisienne de 2005. Souvenons-nous en, à cette époque-là Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur et il en avait usé et abusé jusqu’à la corde. Mais que désigne-t-elle au juste cette expression ? Selon Wikipédia, "c’est un ensemble de mesures visant à favoriser certaines personnes appartenant à des catégories dont des membres subiraient ou auraient subi des discriminations systématiques". Or, en France, terre d’asile et d’accueil jusqu’à une date relativement récente où il ne fait plus bon d’être immigré au teint basané, surtout au teint basané, les catégories dont il est fait mention ici ne manquent pas. Elles ont pignon sur rue, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire au sens propre et au sens figuré à tel point que parfois certains représentants de ces catégories, les sans-papiers pour les désigner nommément, n’hésitent pas, pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leur sort, à occuper des espaces publics tel le restaurant "La Tour d’Argent" à Paris, par exemple.
La France, toutes couches sociales et toutes tendances politiques confondues, devrait, à mon avis, s’enorgueillir d’avoir un président qui ne relativise pas et encore moins qui ne "négativise" pas, ou si vous préférez qui ne "moinsse" pas pour utiliser un néologisme en vogue en ce moment sur Agoravox, un président, Nicolas Sarkozy en l’occurrence, qui ne voit que du positif en toute chose. C’est une chance inouïe pour la France que d’avoir un tel président et elle devrait par conséquent (et encore à mon humble avis) la saisir, cette chance je veux dire, au lieu de s’insurger contre les propos qu’il tient et contre les concepts qu’il crée. Puis-je encore ajouter ceci pour compléter ce tableau ? La France ne devrait pas non plus se comporter comme ce fameux paysan qui, lors du dernier salon de l’agriculture de Paris, toute honte bue, a carrément refusé de serrer la main à Nicolas Sarkozy le poussant ainsi à réagir agressivement par cette formule lapidaire : casse-toi pauvre con ! Or, ce que l’on constate sur les différents blogs par exemple, notamment sur certains écrits d’Agoravox, n’est guère positif. En effet, c’est plus qu’à une critique de la politique de Nicolas Sarkozy que les auteurs s’adonnent, mais parfois à une atteinte en règle à sa personne même, et cela sous le prétexte de la liberté d’expression. Chose qui devrait en principe être inadmissible pour ne pas dire carrément condamnable. Je sais que le culte de la personnalité est incompatible avec la démocratie, il n’existe encore que dans certains pays du tiers-monde ou dans certains pays totalitaires. Et que dire du "baisemain", cette pratique encore répandue dans certains royaumes ?
Dans les sociétés traditionnellement démocratiques, tout ceci ne vient à l’esprit de personne et tant mieux qu’il en soit ainsi, mais de là à traîner dans la boue le premier magistrat du pays c’est purement de l’inconscience, de la folie furieuse même. Que ceux qui se sentent visés et qui pensent que je suis en train de leur donner des conseils à la noix de coco veuillent bien excuser mon audace. Oui, je dis bien mon audace car il fallait oser ! Et "l’immigration choisie" ne peut-elle pas être assimilée, elle aussi, à une "immigration positive" ? Laissons le soin aux lecteurs de répondre à cette question.

Ma rencontre avec Albert Camus (suite)

  Par ailleurs, au niveau de certains stands, on organisait des séances de dédicaces avec les auteurs concernés. Aussi bien Algériens qu’étr...