Dans les années 70, j’étais encore collégien et je rêvais de visiter «Oum-Eddounia » et de prendre des photos au pied d’une pyramide. Je me rappelle qu’à l’époque, pour l’enseignement de l’arabe classique, l’Algérie avait ramené à tour de bras des professeurs Egyptiens. Nous n’avions pas le choix puisque cela faisait à peine quelques années que le pays avait recouvert son indépendance et que le peu de gens lettrés dont on disposait ne suffisait pas à prendre en charge les milliers d’enfants algériens qu’il fallait scolariser et donc instruire.
Le système scolaire hérité de l’époque coloniale était décrié par les responsables politiques du parti unique, le FLN, qui voulaient tout arabiser ; ils voulaient le remplacer par un système purement algérien où la primauté devait aller vers l’enseignement de la langue arabe. D’où le recours massif aux enseignants du Moyen-Orient et particulièrement aux Egyptiens.
Les pyramides, considérées, à juste titre d’ailleurs, comme l’une des sept merveilles du monde, me fascinaient. A vrai dire, elles nous fascinaient tous et nous en étions, nous autres collégiens algériens, fiers du seul fait qu’elles se trouvent dans un pays arabe, l’Egypte. Pourtant, leur construction remonte à plus de cinq milles ans. Elles ont été bâties par une civilisation ancienne, la civilisation pharaonique qui n’a rien à voir, ni de près ni de loin, avec nous : les algériens. Nous en étions fiers aussi du fait que, malgré la puissance de ses canons (pour l’époque), Napoléon n’a pu venir à bout des sphinx qui défendaient vaillamment, symboliquement évidemment, les pyramides et toute la vallée du Nil qui s’étend jusqu’au Soudan. C’est lors de sa campagne d’Egypte que Napoléon avait lancé, à l’attention de son armée bien sûr, cette fameuse phrase pour stimuler et pousser à plus de combativité ses soldats : «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècle vous contemplent ».
Ce n’est qu’il ya quelques années que mon rêve fut exaucé.
En 2001, j’eus enfin l’occasion de voir Oum Eddounia. J’eus l’occasion tant rêvée de passer mon réveillon sur le Nil, entre Louxor et Assouan. Une croisière de rêve au cours de laquelle nous avions tant appris sur l’Histoire millénaire des pharaons. La vallée des Rois est, en effet, un musée à ciel ouvert, un grand livre d’Histoire pour qui sait déchiffrer, les hiéroglyphes. Et, le moins qu’on puisse dire c’est que notre guide était spécialiste en la matière et nous le suivions au pas de charge entre les énormes colonnes du temple de Karnak, sur la rive droite du Nil. Nous écoutions de façon quasi religieuse ses explications à tel point que Toutankhamon, Ramsès II et autres Rois ou prêtres religieux nous étaient devenus des personnages familiers. D’autant plus qu’au Musée du Caire, nous avions déjà fait leur connaissance : nous avions vu leurs momies.
En fait, le voyage avait commencé par un séjour de deux jours au Caire. De cette mégapole, de près de vingt millions d’habitants, où l’on étouffe, où l’on suffoque, j’ai gardé de bons et de mauvais souvenirs.
Comme mauvais souvenir, je me rappelle encore de cet atelier de tissage situé à la périphérie de la ville où des fillettes de dix à quinze ans trimaient du matin au soir sans aucune contre partie; sans aucun salaire. «Elles sont en formation », selon leur contre maitre que nous avions rencontré sur les lieux. Mais en réalité il s’agissait ni plus ni moins que d’une exploitation en bonne et due forme de fillette issues de familles pauvres. Des fillettes qui auraient du être à l’école et non dans cet atelier où les conditions d’hygiène et de travail laissaient à désirer. Pourtant, l’UNICEF et toutes les ONG humanitaires condamnent de la façon la plus vigoureuse ces pratiques d’un autre âge. Le travail des enfants est en principe condamné par les nations civilisées. Ce qui, malheureusement, n’était visiblement pas le cas en Egypte, « Misr Oum eddounia ». L’échine pliée, ces fillettes passaient plus de dix heures par jour, chacune devant un métier à tisser traditionnel. C’était scandaleux ! Mais, en tant que touristes pour lesquels cette visite était programmée dans le circuit, que pouvions-nous faire ou dire ?
Un autre mauvais souvenir, c’est ce cimetière, toujours à la périphérie du Caire, où les vivants se disputaient la place aux morts et s’entassaient par familles entières dans ce qui semblait être des caveaux de familles. C’est simple: ici, les vivants ont appris à cohabiter avec les morts et ne semblent nullement dérangés par cette situation anachronique. Notre guide était visiblement gêné de nous montrer toute cette misère et, par politesse, nous nous sommes abstenus de faire le moindre commentaire là-dessus. Nous regardions au travers des vitres du bus dans un silence «de mort » jusqu’à notre arrivée à «Khan el Khalili », ce quartier du vieux Caire où les rues et ruelles sont continuellement bondées d’une foule bigarrée.
Khan el khalili c’est l’équivalent de notre Casbah avec ces nombreuses échoppes d’artisanat et ses nombreux cafés où l’on peut tranquillement déguster un thé et tirer quelques bouffées de narguilé. Mais le plus réputé de ces cafés est sans aucun doute « El fichaoui » où le Nobel de littérature, Naguib Mahfouz, avait coutume de s’y attabler et de prendre des notes sur la société égyptienne, notes qui lui serviront plus tard pour l’écriture de ses romans. Inutile de vous rappeler que, du matin au soir, ce quartier du Caire grouille de monde. La circulation automobile y est tellement dense que ça tourne à l’anarchie. On fait fi du code de la route et on s’engouffre dans le ventre de ce grand bazar par n’importe quelle ruelle, quitte à rouler sur le trottoir en usant à outrance de son klaxon. Automobilistes, piétons et marchands ambulants poussant leurs charrettes se disputent le peu d’espace qui reste. Les policiers affectés à la régulation de la circulation se trouvent la plupart du temps dépassés et laissent donc faire. Ils n’interviennent que lorsque vraiment tout est bloqué ou qu’un accrochage entre deux voitures, par exemple, est signalé. Khan el khalili vit à un rythme infernal et ne connait de répit que tard dans la soirée.
Pas loin du café « El Fichaoui » se trouve la grande mosquée d’El Azhar qui reste une référence en matière d’enseignement de théologie et d’émission de fatwas pour les sunnites du monde entier.
L’actualité de ces derniers jours m’impose cependant d’ouvrir une petite parenthèse.
Non pas pour verser dans l’insulte et la diffamation envers le peuple égyptien (que je continuerai, malgré tout, à considérer comme frère) mais pour répondre à je ne sais plus quel journal algérien qui a reproché aux intellectuels algériens de ne s’être pas impliqué dans cette « guerre médiatique » qui, faut-il le rappeler, a été provoquée par les média égyptiens tous supports audiovisuels confondus, notamment leurs chaînes satellitaires. Alors, je dirais tout simplement que, à mon avis et ça ne reste qu’un avis, l’intellectuel, quel qu’il soit, ne réagit pas à chaud. Il doit savoir raison gardée. Il ne doit pas s’emporter, il ne doit pas se laisser influencer par la rue et dire des choses qu’il regrettera peut-être par la suite c’est-à-dire une fois que l’Histoire aura repris son cours normal. Ce que dit l’intellectuel par le biais d’un journal ou de tout autre moyen de communication a certainement plus de portée et plus d’impact sur l’opinion publique que ce que la « rue » provoque comme tapage. Le tapage de la rue est vite oublié mais l’écrit de l’intellectuel est toujours là. On n’oublie pas les prises de position de l’intellectuel et les égyptiens sont pourtant bien avisés en ce qui concerne ce fait puisqu’il y a à peine quelques semaines l’un des leurs, leur ministre de la culture pour ne pas le nommer s’est vu refuser le poste de directeur de l’Unesco pour une phrase antisémite qu’il aurait déclarée il y a quelques années maintenant. Et, compte tenu de ce qui vient d’être dit, nous aurons, nous aussi, beaucoup de choses à reprocher aux artistes, journalistes, hommes de lettres égyptiens qui nous ont insulté, diffamé et train é dans la boue du Nil nos valeurs révolutionnaires. Alors, ne leur donnons pas, à notre tour l’occasion de nous reprocher quoi que ce soit. Laissons mûrir nos réflexions avant de les mettre noir sur blanc dans les journaux ou sur le Net. Ne répondons pas à la violence verbale par la violence verbale mais par des arguments justes et convaincants.
Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer nos frères égyptiens, mais il faut dire que durant les années terribles (de la décennie 9O) vécues par les algériens, les théologiens d’El Azhar n’avaient pas, à ma connaissance, bougé le petit doigt ni émis de fatwa allant dans le sens d’une condamnation de façon claire et nette des actes terroristes commis par les GIA et autres groupes terroristes qui écumaient les maquis algériens. Bien au contraire, nous pouvons considérer aujourd’hui, c’est-à-dire avec le recul nécessaire, que leur silence était complice. En effet, l’adage dit «qui ne dit mot consent ». Et, ce n’est un secret pour personne, que les théologiens d’El Azhar n’avaient à aucun moment lancé un appel, rien qu’un appel, pour dire, par exemple, que le djihad en terre d’Islam, entre musulmans, est nul et non avenu selon les canons de la religion musulmane. Plus que ça et pire que ça, l’analyse à tête reposée, si on la poussait vraiment loin, pourrait même aboutir au fait que la «fitna » qui a conduit le peuple algérien pendant toutes ces années-là à s’entre déchirer, trouverait peut être ses racines dans l’enseignement de « l’arabe classique » que les enseignants égyptiens dont j’ai parlé plus haut nous ont prodigué juste après l’indépendance.
Ce n’est probablement pas parce qu’elle nous voulait du bien que « Oum eddounia », qui vient de montrer sa haine et sa rancœur envers le peuple algérien, nous avait fourbi ses enseignants qui, faut-il le souligner aussi, ne brillaient ni par la qualité de leur enseignement ni par la rigueur de leur méthodologie de travail. Il devient clair maintenant que si, à l’époque, l’Egypte avait tenu à nous aider dans le domaine éducatif et spécialement dans ce domaine-là, ce n’était certainement pas dans un souci de nous « cultiver » ni de nous transmettre les connaissances scientifiques, philosophiques, littéraires qu’elle a soit disant héritées de son ancienne civilisation. Il est permis aujourd’hui de douter de ses intentions passées. Ne tenait-elle pas plutôt à nous inoculer le germe de la discorde de telle sorte que l’Algérie reste toujours embourbée dans ses contradictions internes afin qu’elle, «Oum Eddounia », puisse toujours garder le leadership arabe ? Au vu et au su de ce qui s’est passé au Caire pour un simple match de foot ball, n’est-il pas légitime et logique de se poser ce genre de questions ? Il est temps donc de mettre aussi un terme à ses prétentions. «Oum eddounia » n’est pas le nombril du Monde arabe.
mardi 1 décembre 2009
Le SILA : de la SAFEX à l’OCO

Il y’a deux ans, lors de la tenue du 12e Salon international du livre d’Alger, j’avais écris un article (pour le média citoyen français Agora vox) au titre presque prémonitoire : A quand un SILA à M’Sila ? En quoi ce titre était-il prémonitoire, me direz –vous ? Eh bien, dans mon esprit d’alors, je pensais qu’un tel évènement culturel devrait, telle une caravane culturelle, se déplacer d’une ville à l’autre et ne pas rester cantonner uniquement au niveau d’Alger. Ce n’est, pensais-je naïvement, que de cette façon-là qu’on pourra inculquer à nos concitoyens et particulièrement à nos enfants, à nos écoliers, à nos lycéens et à nos universitaires (qui se trouvent dans le pays profond où il ne se passe rien de culturel tout au long de l’année) le goût de la lecture et de la chose culturelle d’une façon générale. Habituellement, ce SILA se tient à la SAFEX d’Alger comme tous les « Salons » d’ailleurs : automobile, bâtiment, textile …. , et que sais-je encore. Pour cette année, pour des raisons que j’ignore et qui de toute façon ne m’intéressent pas, le SILA a, effectivement, été délocalisé mais toujours à Alger. De la SAFEX, il s’est installé tel le cirque Amar sous un chapiteau à l’OCO, au stade du 5 juillet. L’endroit est peut-être meilleur. Sur les hauteurs d’Alger. Qui dit mieux ? Ainsi, le livre s’est-il rapproché de l’élite, de la crème du pays, de ceux qui n’ont pas besoin que ce livre soit subventionné par l’Etat, de ceux qui peuvent se permettre d’en acquérir par cartons entiers. Quant à l’usage réel qu’ils en font (de ces livres), il est permis d’en douter. Ces livres, iront-ils nourrir et enrichir l’esprit de leurs acquéreurs ou iront-ils garnir leurs bibliothèques ? La question est certes provocatrice mais elle mérite d’être posée.
Il y a deux ans, en préambule à mon article, je disais ceci :
« Alors qu’en France le milieu littéraire attend avec impatience le lauréat du prix Goncourt 2007, en Algérie on achève bien les écrivains ! Le Sila (12e Salon international du livre d’Alger), qui se tient actuellement à Alger, à la Safex plus précisément, n’est finalement que de la poudre aux yeux. Selon les comptes rendus de la presse quotidienne, il y a, en fait, beaucoup plus de livres de propagande religieuse que de littérature proprement dite ».
Par « on achève bien les écrivains », je faisais en fait allusion aux déboires qu’avait connues Mohamed Benchicou avec les pouvoirs publics. A sa sortie de prison, il croyait peut-être retrouver une vie normale et reprendre ses occupations habituelles. Que non ! On l’avait toujours à l’œil. On épiait ses moindres faits et gestes.
« Le Sila de cette année a été marqué par un incident très fâcheux qui mérite d’être rapporté aux lecteurs d’Agoravox et à ceux qui s’intéressent, d’une façon ou d’une autre, à l’actualité algérienne. En effet, Les Geôles d’Alger de Mohamed Benchicou, sorti en même temps en France et en Algérie, a été interdit d’exposition. Plus que ça, le stand où celui-ci devait présenter son livre a été fermé, cadenassé, mis sous scellé par le responsable de ce salon de... l’ire ».
« De ce livre de Benchicou, je n’ai lu, personnellement, que quelques extraits que celui-ci a eu la gentillesse de mettre à la disposition des internautes sur le site de son journal Le Matin, lequel journal est interdit de parution depuis plus de deux ans maintenant. Et apparemment toute la trame du récit est tissée autour des conditions qui avaient conduit à son arrestation et à son incarcération à la prison d’El Harrach, plus connue sous le vocable terrifiant de "Quatre hectares". À part cela, il n’y a pas, à mon avis, de quoi fouetter un chat. Rien qui n’est plus du domaine public et ce bien avant que Benchicou ne quitte sa cellule "douillette" d’El Harrach. Alors ? Pourquoi cette interdiction, dictée certainement d’en haut, d’un livre qui ne fait que rapporter des faits connus de tous ? Là est la question ».
« Ce livre de Benchicou est pourtant moins compromettant (pour l’auteur, cela s’entend) que celui écrit il y a quelques années et qui lui a valu d’être incarcéré à la prison d’El Harrach : Bouteflika, une imposture algérienne. Alors, pourquoi l’interdit-on » ?
Mon article se terminait sur cette interrogation. Il n’a pas eu beaucoup de réactions et cela pour une raison bien compréhensible : de l’autre côté de la Méditerranée, il ya peu de gens qui s’intéressent vraiment à nos « Salons » qu’ils soient du livre ou d’autre chose. Je m’adressais à un lectorat qui ne pouvait que se foutre royalement de nos querelles byzantines. Je m’étais trompé de peuple pour paraphraser un leader d’un parti de l’opposition, psychiatre de formation.
Qu’en est-il pour ce 14e Salon ?
En matière de censure et d’atteinte à la liberté d’expression, ce 14e salon ne déroge pas à la règle. Et l’écrivain qui en a fait les frais cette année est Mehdi El Djazairi. Pour son livre « Poutakhine » qui sonne mal à l’oreille. Si je n’avais pas, comme tout un chacun, eu un petit aperçu de son contenu par l’intermédiaire de la presse quotidienne, j’aurais pu croire que, par ce titre apparemment composé, l’auteur voulait nous faire sentir la Vodka : comparer le régime politique algérien au régime de la Russie sous Poutine. Ce qui expliquerait sa censure. Mais non. Rien de tout cela. On aura peut-être l’occasion d’en reparler. Mais, une chose est sûre : un livre censuré fait plus de bruit et par conséquent plus de publicité à son auteur qu’un livre rongé par la poussière à cause d’avoir été trop longtemps exposé dans la vitrine d’une librairie. Même Place Audin, en face de la fac d’Alger.
jeudi 27 août 2009
Guerre Russie-Géorgie : un an après (deuxième partie)

Par « étranger proche », les Russes entendent en fait l’ensemble des pays du Caucase qui faisaient jadis partie de l’URSS et qui, après des « révolutions colorées » le plus souvent encouragées par l’Occident, se sont, les uns après les autres, affranchis de la tutelle du grand frère soviétique. Passé le temps d’euphorie liée à un semblant de vent démocratique, ces pays (n’est ce pas que c’est le cas de l’Ukraine ?) se rendent maintenant compte que, tout compte fait, leur avenir reste toujours lié à celui de la Russie : en ces temps de crise économique mondiale et d’incertitude, ils ne peuvent rien espérer ni des Etats-Unis ni de l’Europe qui leur avaient pourtant fait miroiter tant de belles choses et de bonheur.
En ne s’en tenant qu’à la Géorgie par exemple, de quelle aide matérielle et financière ce pays peut-il se targuer d’avoir bénéficié de la part de l’Occident ? Peut-on dire Niet, comme disent les Russes ? Non, pas tout à fait. Lors de mes recherches sur Internet, j’ai trouvé un papier de l’Institut français de géostratégie qui est relativement récent puisqu’il date du 29 août 2008 où il est clairement indiqué que l’aide américaine à la Géorgie s’élevait à un milliard de dollars et ce depuis 1992. Ce qui, il faut le reconnaître, n’est pas rien ! En fait, les américains ne donnent rien pour rien. C’est parce que la Géorgie est située dans une région, le sud du Caucase, à potentiel énergétique assez important que les américains s’intéressent à ce pays. Ils pensent le plus logiquement du monde d’ailleurs qu’en y mettant un pied, ils réussiront à s’assurer du contrôle de cette région où les Russes ont nettement perdu de leur influence depuis l’éclatement de l’URSS. Sauf que les Russes, qui ne sont pas dupes, ne se laisseront pas faire facilement. Là, on chasse dans leur pré carré ! Il est donc tout à fait normal qu’ils réagissent de la façon la plus brutale qui soit comme ils l’ont fait lors de la guerre de cinq jours qui les a opposés à la Géorgie.
Par ailleurs, la Géorgie a bénéficié ces dernières années d’une aide en matériel militaire plus ou moins sophistiqué (3) dont des drones provenant pour une grande partie de l’Etat d’Israël. Israël a même envoyé des instructeurs militaires pour former la toute jeune armée de la Géorgie. En fait, c’est pour se rapprocher géographiquement de l’Iran qu’Israël s’implique corps et âme si je puis dire dans les affaires militaires de ce pays qui aspire par ailleurs à intégrer l’OTAN le plutôt possible ; il paraît même que les Israéliens ont établi des bases militaires sur le territoire de la Géorgie qui leur permettraient, le cas échéant, d’intervenir rapidement contre l’Iran sans avoir donc à faire de longues distances et sans avoir à demander l’autorisation de survol par leur aviation de pays qui leur sont plus ou moins hostiles (Syrie, Irak, par exemple). La Géorgie ne se rend peut-être pas compte ou en tous les cas ne semble pas savoir où elle met les pieds, mais cette politique risque de l’impliquer dans un conflit beaucoup plus grave que celui du mois d’août de l’année dernière. Un conflit à dimension plus que régionale où il lui sera beaucoup plus difficile de tirer son épingle du jeu ! L’Iran sait très bien qu’il est dans l’œil du cyclone de l’Occident et que tôt ou tard il sera attaqué. Les avertissements des pays de l’Occident à l’Iran pour que celui-ci mette un terme à son programme nucléaire se font insistants ces derniers temps d’ailleurs ; Rien que cette semaine, lors de leur rencontre à Londres, le premier ministre britannique Gordon Brown et son homologue israélien Benjamin Netanyahu ont réitéré cet avertissement. Et la main tendue de Barack Obama ne le restera pas pour longtemps encore. Les américains se sont donné un délai de six mois avant de pouvoir prendre des décisions et d’agir. L’Iran sait qu’il est actuellement en sursis et que le jour où il devra rendre des comptes à "la communauté internationale" approche à grands pas ; mais il s’entête et continue à produire de l’uranium. De part et d’autre donc, la course contre la montre est engagée. A ce train-là, dans quelques semaines l’on saura quelle alternative a finalement pris le dessus : "le bombardement de l’Iran ou la bombe iranienne".
Une attaque qui proviendrait de la Géorgie servirait plus l’Iran qu’elle ne le desservirait puisque de toute évidence la Russie se trouverait de facto impliquée dans ce conflit qui aurait pris naissance à son "étranger proche".
Guerre Russie-Géorgie : un an après

Rappelez-vous, il y a un an, presque jour pour jour, j’avais écrit un papier sur la guerre Russie-Géorgie. Celui-ci s’intitulait « Guerre et vassalité » et, contre toute attente, a eu un large écho auprès des lecteurs d’Agoravox. En fait, pour être exact, c’était à une analyse géopolitique de ce conflit entre deux pays de l’ex URSS que je m’étais livré sans avoir néanmoins le moindre doute que mon article allait être repris sur « Yahoo actualités ».
J’avoue que, ce jour-là, de joie je jubilais ! Oui, de joie j’exultais. Non pas parce qu’il y a eu cette guerre. Non. La guerre ne me réjouit pas ; quel que soit l’endroit ou elle a lieu, quels que soient les belligérants qui y sont impliqués ou que l’on a délibérément monté les uns contre les autres, la guerre ne m’emballe pas. Pour dire vrai, la guerre, je la déteste et si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait pas de guerre du tout. Le monde en serait débarrassé. Définitivement débarrassé.
Je disais donc que, ce jour-là, je jubilais. Je jubilais de cette joie certes difficile à décrire, difficile à définir, mais qui envahit certainement tout "agoravoxien" qui se respecte et qui se découvre subitement une âme d’analyste politique alors que sa formation de scientifique, par exemple, ne le prédestinait guère à cette vocation.
Cela dit, revenons maintenant à l’ordre du jour si je puis dire.
Il est utile de rappeler que c’est, en grande partie, grâce au tonitruant président français, Nicolas Sarkozy, qu’un cessez-le-feu a pu être signé entre les deux parties, et que les dommages, de part et d’autre, liés au conflit armé, ont pu être minimisés. La guerre n’a pas duré longtemps (cinq jours) car les forces en présences étaient largement disproportionnées. Le président de la Géorgie, en s’engageant dans ce conflit, comptait certainement sur l’aide des pays occidentaux notamment des américains dont des conseillers militaires étaient, depuis longtemps déjà, sur place ; mais ni l’Europe ni les Etats–Unis n’ont bougé le petit doigt car, en face, on avait affaire non pas à un pays du tiers monde mais à la Russie de Vladimir Poutine ... autrement dit à un ours blessé et qui vient tout juste de sortir d’une longue hibernation.
Ne serait-il pas intéressant, une année après, de revenir sur ce conflit et de voir ce qui a pu changer dans les relations de la Russie avec l’Europe et les Etats-Unis ?
Lors du cette guerre qui, faut-il le rappeler encore ( ?), n’a duré que quelques jours, l’on se rappelle qu’aux Etats-Unis on était en pleine campagne électorale. Il était alors difficile d’avancer un quelconque pronostic quant à l’issue de ces élections tellement la bataille entre les deux camps (Démocrates Républicains) était rude.
Pendant ces quelques jours de conflit, l’administration de Georges W Bush, qui était encore en place, avait d’ailleurs tenu un profil bas ; elle ne pouvait intervenir de manière directe dans ce conflit d’autant plus que, du côté de l’Irak et surtout de l’Afghanistan, l’armée américaine éprouvait des difficultés sérieuses liées principalement au manque de logistique. La guerre dans ces deux pays leur coûte cher et a contribué, indubitablement, à la crise économique et financière qui les a sérieusement secoués ces derniers temps.
En Afghanistan, les Talibans avaient repris du poil de la bête et dressaient de temps en temps des embuscades aux boys toutes aussi meurtrières les unes que les autres. Par ailleurs, l’Iran, qui tenait tant à son "nucléaire" posait un sérieux dilemme aux stratèges américains : les sanctions internationales n’ont pas eu d’effet escompté sur la politique de Téhéran, l’on commençait alors à sérieusement envisager le bombardement de l’Iran pour ne pas avoir à craindre la bombe iranienne. (1) Or, pour obliger l’Iran à renoncer à son programme nucléaire, les sanctions internationales d’ordre économique et commercial ne suffisent pas et les Etats-Unis ont besoin des Russes qui, malgré tout, entretiennent toujours des relations diplomatiques et autres avec ce pays. Ils ne pouvaient donc se permettre ne serait ce que de se fâcher avec les Russes en soutenant la Géorgie dans une entreprise vouée d’emblée à l’échec.
Est-il possible dans ces conditions, même à l’armée la plus puissante du monde, d’être sur plusieurs fronts en même temps ? Il est évident que la réponse est non. Les Russes ont donc profité de cette "fenêtre politique" pour s’engouffrer dans le Caucase et rétablir l’équilibre géostratégique en leur faveur. Qui peut leur reprocher le fait d’avoir agi ainsi ? En réalité, la Russie, même du temps de l’URSS, n’a jamais été un pays à vocation impérialiste comme il est sous entendu ça et là, particulièrement dans certains écrits de la presse française (2). Son intervention militaire contre les troupes de la Géorgie n’avait pour but que de venir en aide aux populations de l’Ossétie du Sud soumises à une répression de la part de Saakachvili pour leurs velléités séparatistes. Cette intervention leur a permis également de montrer au monde occidental que l’armée russe n’était pas du tout "obsolète" et qu’elle pouvait être mobilisée en moins de temps qu’il faut pour le dire.
Pierre Rousselin (du Figaro) résume bien, dans son blog, la situation actuelle de la Russie "Le Kremlin a étendu sa zone d’influence, infligé une sévère leçon à l’imprudent président Mikhaïl Saakachvili - dont le pays est amputé de 20 % de son territoire -, adressé une mise en garde aux autres États de son « étranger proche », dit-il .
A suivre
(1) En fait, il est fait, ici, allusion à la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy : "la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran".
(2) J’ai encore en tête la fameuse phrase du rédacteur en chef de l’express, Christophe Barbier, pour qui tout pays qui se rapproche de la Russie est traité de vassal et tout pays qui se met sous la botte des Etats-Unis n’est qu’ami de l’oncle Sam.
samedi 8 août 2009
L’opinion publique en Algérie : mythe ou réalité

Dans deux contributions au journal « El Watan », parues respectivement le 25 et le 26 juillet, un certain Dr Ahmed Rouadjia a eu le courage et l’honnêteté intellectuelle de dire tout haut ce que la majorité d’entre nous pense tout bas du système politico judiciaire algérien. Il n’est pas dans notre intention de faire une étude critique de ses écrits mais il est certain qu’un certain nombre de points et d’interrogations soulevés par cet enseignant de l’université de M’sila méritent un large débat au sein de la société civile algérienne ; en tout cas, c’est notre avis.
Des contributions de ce genre-là, on en redemande. Notre fierté et notre ego d’algériens trop longtemps interdits de liberté d’expression, ne peuvent qu’être rehaussés dès lors que du fin fond du pays nous viennent des écrits et des idées fluides et claires comme l’eau de roche. Mais il ne faut pas que ça reste… comment dirais-je, euh… Comme une hirondelle qui, seule, ne peut, malheureusement, pas faire le printemps. Ce que je veux dire par là, c’est que des écrits de ce genre-là devraient normalement stimuler la curiosité de tout un chacun, particulièrement de l’élite intellectuelle et amener celle dernière à réagir et à s’impliquer encore plus dans le débat. Car c’est à un large débat que cet universitaire (qui a eu certainement à souffrir de l’incohérence du système judiciaire algérien) nous convie en quelque sorte.
Dans le premier article, il est question de l’opinion publique en Algérie et de son soi-disant influence sur "les décisions du gouvernement".
En Algérie, existe-t-il ou non une "opinion publique" ?, s’interrogeait-il dès le premier paragraphe de son premier article. Oui, dit-il quelques lignes plus loin. Cette affirmation est corroborée par le fait que sans cette "opinion publique", il serait à l’heure actuelle certainement entrain de purger une (lourde ?) peine (1) dans les "geôles d’Alger", pour reprendre le titre d’un livre de l’ex directeur du journal "Le matin", Mohamed Benchicou, qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Pour rappel, ce journaliste a déjà purgé une peine de deux ans à la prison d’El Harrach pour son "Bouteflika, une imposture algérienne". Pourtant, l’on se rappelle bien, à l’époque, "l’opinion publique" représentée essentiellement par les hommes de la presse a remué ciel et terre pour lui éviter le pire, mais le pouvoir est resté de marbre, imperturbable, et, in fine, a eu le dernier mot : l’intrépide journaliste devait payer pour son crime de lèse-majesté. Il le paya. Deux longues années de privation de liberté et au cours desquelles sa santé s’était considérablement dégradée à cause des conditions inhumaines de sa détention. Fermons cette parenthèse.
En fait, cet universitaire n’évoque pas directement son cas personnel mais il cite un certain nombre de journalistes et d’intellectuels algériens qui ont, plusieurs fois, eu maille avec la justice pour des écrits soi-disant diffamants alors que selon l’article 39 de la Constitution " les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garantis au citoyen". Si l’opinion publique, en Algérie, existe, il ne faut cependant pas oublier que le pouvoir politique algérien sait aussi se donner les moyens de sa politique : rendre cette opinion quasiment sans véritable influence sur le cours des évènements. Il peut à tout moment invoquer le délit d’opinion afin de pouvoir sévir en toute légalité. Le risque de tomber sous le coup de la loi du délit d’opinion influe donc de façon négative sur la façon de communiquer et des journalistes et des intellectuels. La plupart du temps, pour ne citer que cet exemple, les articles de presse ne concernent que des informations d’ordre général ou alors ils sont carrément bâclés et n’incitent guère à la réflexion. On a l’impression que le journaliste s’est acquitté de son devoir sans faire l’effort nécessaire pour expliquer au lecteur le pourquoi ou le comment de la "chose" ; l’information est livrée telle qu’elle sans commentaire ni analyse sérieuse et, souvent, c’est au lecteur d’essayer de lire entre les lignes pour en saisir la signification. Mais combien de lecteurs sont-ils capables de lire entre les lignes ? Combien de lecteurs sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire pour pouvoir démêler le vrai du faux, la rumeur de l’information officielle, les banalités de l’essentiel ? Alors dans ce cas, comment l’opinion publique puisse-t-elle se faire une idée, une opinion sur "les prises de décision du gouvernement", par exemple ? Nous ne sommes pas vraiment libres. Je dirais même que c’est consciemment que nous mettons parfois un frein, si j’ose dire, à notre action critique vis-à-vis des institutions étatiques lorsque celles-ci sont défaillantes (et elles le sont presque toujours), car nul ne veut faire face à la machine judiciaire algérienne quand celle-ci se met en branle. C’est volontairement que l’on s’auto censure pour ne pas avoir à faire les frais de Dame justice. L’évocation du mot "justice"’ devrait, en principe, nous amener à parler du second article du Dr Ahmed Rouadjia qui a pour titre "La réforme judiciaire en butte à l’inertie du système politique". Mais, l’article en question étant trop long, nous comptons lui consacrer une critique à part.
A suivre
(1) C’est la confidence même de l’auteur qui nous fait dire cela : " je reviendrai sous peu sur la conduite de nos juges, en particulier à M’sila, que j’ai vu à l’œuvre, et qui ont une étrange lecture des textes de loi, …"
Dans le premier article, il est question de l’opinion publique en Algérie et de son soi-disant influence sur "les décisions du gouvernement".
En Algérie, existe-t-il ou non une "opinion publique" ?, s’interrogeait-il dès le premier paragraphe de son premier article. Oui, dit-il quelques lignes plus loin. Cette affirmation est corroborée par le fait que sans cette "opinion publique", il serait à l’heure actuelle certainement entrain de purger une (lourde ?) peine (1) dans les "geôles d’Alger", pour reprendre le titre d’un livre de l’ex directeur du journal "Le matin", Mohamed Benchicou, qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie. Pour rappel, ce journaliste a déjà purgé une peine de deux ans à la prison d’El Harrach pour son "Bouteflika, une imposture algérienne". Pourtant, l’on se rappelle bien, à l’époque, "l’opinion publique" représentée essentiellement par les hommes de la presse a remué ciel et terre pour lui éviter le pire, mais le pouvoir est resté de marbre, imperturbable, et, in fine, a eu le dernier mot : l’intrépide journaliste devait payer pour son crime de lèse-majesté. Il le paya. Deux longues années de privation de liberté et au cours desquelles sa santé s’était considérablement dégradée à cause des conditions inhumaines de sa détention. Fermons cette parenthèse.
En fait, cet universitaire n’évoque pas directement son cas personnel mais il cite un certain nombre de journalistes et d’intellectuels algériens qui ont, plusieurs fois, eu maille avec la justice pour des écrits soi-disant diffamants alors que selon l’article 39 de la Constitution " les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garantis au citoyen". Si l’opinion publique, en Algérie, existe, il ne faut cependant pas oublier que le pouvoir politique algérien sait aussi se donner les moyens de sa politique : rendre cette opinion quasiment sans véritable influence sur le cours des évènements. Il peut à tout moment invoquer le délit d’opinion afin de pouvoir sévir en toute légalité. Le risque de tomber sous le coup de la loi du délit d’opinion influe donc de façon négative sur la façon de communiquer et des journalistes et des intellectuels. La plupart du temps, pour ne citer que cet exemple, les articles de presse ne concernent que des informations d’ordre général ou alors ils sont carrément bâclés et n’incitent guère à la réflexion. On a l’impression que le journaliste s’est acquitté de son devoir sans faire l’effort nécessaire pour expliquer au lecteur le pourquoi ou le comment de la "chose" ; l’information est livrée telle qu’elle sans commentaire ni analyse sérieuse et, souvent, c’est au lecteur d’essayer de lire entre les lignes pour en saisir la signification. Mais combien de lecteurs sont-ils capables de lire entre les lignes ? Combien de lecteurs sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire pour pouvoir démêler le vrai du faux, la rumeur de l’information officielle, les banalités de l’essentiel ? Alors dans ce cas, comment l’opinion publique puisse-t-elle se faire une idée, une opinion sur "les prises de décision du gouvernement", par exemple ? Nous ne sommes pas vraiment libres. Je dirais même que c’est consciemment que nous mettons parfois un frein, si j’ose dire, à notre action critique vis-à-vis des institutions étatiques lorsque celles-ci sont défaillantes (et elles le sont presque toujours), car nul ne veut faire face à la machine judiciaire algérienne quand celle-ci se met en branle. C’est volontairement que l’on s’auto censure pour ne pas avoir à faire les frais de Dame justice. L’évocation du mot "justice"’ devrait, en principe, nous amener à parler du second article du Dr Ahmed Rouadjia qui a pour titre "La réforme judiciaire en butte à l’inertie du système politique". Mais, l’article en question étant trop long, nous comptons lui consacrer une critique à part.
A suivre
(1) C’est la confidence même de l’auteur qui nous fait dire cela : " je reviendrai sous peu sur la conduite de nos juges, en particulier à M’sila, que j’ai vu à l’œuvre, et qui ont une étrange lecture des textes de loi, …"
samedi 25 juillet 2009
Algérie : une initiative qui ambitionne de donner une haute idée de l’Algérie

Faisons un petit rappel historique avant d’entrer dans le vif du sujet.
Il y ’a quelques mois, j’ai eu l’agréable surprise de trouver, dans le journal « El watan », un article ayant pour titre « Le malaise algérien » et signé par un ancien camarade de classe. Inutile de vous dire qu’entre ce camarade et moi, il n’y avait plus de contact depuis au moins une bonne trentaine d’années. Disons depuis le milieu des années 70, lorsque, une fois nos bacs acquis, une fois nos bacs en poches comme nous disions lorsque nous étions potaches, nos routes se sont séparées, l’un ayant opté pour des études de médecine et l’autre pour d’autres études, non moins longues aussi.
Entre temps, cet ami s’était lancé dans la politique et, à un moment donné, il assumait même des responsabilités au sein d’un parti politique né après les évènements dramatiques d’octobre 88, suite à l’ouverture démocratique du régime algérien imposée à Chadli Bendjedid.
Je dois avouer aujourd’hui que, sitôt la lecture de cet article terminée, une sorte de "malaise" m’avait pris et je m’étais senti dans l’obligation de répondre, par tous les moyens, à cet ancien camarade pour lui dire qu’il s’était trompé sur toute la ligne. En effet, dans son article, il mettait en exergue le fait qu’en Algérie il n’y a aucune raison de se plaindre : tout va bien dans le meilleur des mondes.(1) Venant d’un homme politique qui a dû, en plus, sillonner le pays en long et en large lors de campagnes électorales, une telle assertion a de quoi provoquer plus qu’un malaise à celui qui lit l’article en question. Par chance, je suis rédacteur depuis deux ans maintenant de ce média citoyen français (Agoravox) dont la notoriété est bien établie maintenant. Cela ne fait pas de doute. Mon article qui se voulait être une réponse plus ou moins critique au "malaise algérien" y a été publié. Et c’est de cette façon-là que mon camarade qui se connecte régulièrement à Internet lui aussi a eu vent de mon papier et a pu le lire. Evidemment, son premier réflexe a été de me contacter par le biais du dit journal (internet) et c’est ainsi aussi que nous avons pu dissiper le malentendu provoqué par son article et renouer notre amitié.
Qui a dit qu’Internet "est une poubelle" ? Allez, je vous donne tout de suite la réponse : c’est Alain Finkielkraut, philosophe de son état, mais "en fin de carrière" selon un agoravoxien. Après une première rencontre, à Alger, qui fut plus qu’émouvante, nous avions, mon ami et moi, évoqué nos souvenirs respectifs, ceux ayant bien sûr rapport ave nos "années lycée" et particulièrement les profs qui avaient, d’une manière ou d’une autre, exercé une influence certaine sur le choix de nos carrières respectives : je voulais être pilote de ligne, un de mes profs m’a conseillé de faire médecine ; aujourd’hui, après vingt ans de chirurgie derrière moi, je ne regrette pas ce choix. Lui, après des études de "médecine animale" (vétérinaire), il a fait un doctorat en immunologie à Paris. Rentré en Algérie, il voulait investir dans une unité de production de médicaments à usage vétérinaire (notamment des vaccins), on lui a mis les battons dans les roues ; à cause de ses prises de position politiques, semble-il.
En Algérie, on marginalise les cadres et on casse les bonnes volontés. Pourtant, son projet d’investissement, en plus de la création certaine de quelques postes d’emploi (ce qui n’est pas rien par les temps de chômage qui courent), aurait, peut-être, permis à l’Algérie de ne pas s’inquiéter aujourd’hui ni de la grippe aviaire ni de la grippe porcine (je sais que j’exagère un peu là). Je ne m’étale pas trop sur cette question qui explique en partie "la fuite des cerveaux", car ce n’est pas l’objectif premier de cet article, mais, je vous promets d’y revenir ultérieurement. Au cours de cette première rencontre, d’une ou deux heures seulement, car je devais reprendre la route pour rentrer chez moi (loin d’Alger), j’avais, ce n’est qu’après coup que je m’en suis rendu compte d’ailleurs, une logorrhée, une diarrhée verbale pour utiliser un langage de vulgarisation scientifique. Je voulais en quelque sorte, inconsciemment à coup sûr, retracer mon parcours de combattant en un minimum de temps : mes études de médecine à la fac d’Alger, mon mariage, la naissance de mon premier enfant, mon affectation dans un service de chirurgie à l’intérieur du pays, les années de la "décennie rouge" au cours desquelles plus d’une fois j’ai risqué ma vie et celle de mes enfants en empruntant des chemins secondaires pour rentrer chez moi et où les faux barrages étaient presque quotidiennement dressés. En un mot, j’avais monopolisé la parole à tel point que mon ami n’arrivait plus à me suivre. A vrai dire, dans ce monologue, je sautais du coq à l’âne et, emporté dans mon délire, comme un schizophrène qui vient tout juste de sortir de l’asile, je ne lui ai même pas laissé le temps de placer un mot, de m’exposer son projet. Pendant que, lui, il voulait me parler de ses projets pour l’avenir, moi j’évoquais surtout le passé. A la deuxième rencontre quelques jours après, je peux dire que, fort de cette première expérience, j’ai beaucoup plus écouté que parlé ; j’ai beaucoup plus tendu l’oreille qu’ouvert la bouche, ce qui n’a posé aucun problème à mon ami de mon convaincre de l’importance de son projet.
En quoi consiste son projet, me direz-vous ? Eh bien, comme je l’ai dit au début de cet article, mon ami est un homme politique. Du moins, il l’était. Il était dans l’opposition. Mais, en Algérie, les partis politiques d’opposition n’ont aucune influence sur le cours des évènements. Pour la plupart, ils ne font que de la figuration et on ne se souvient d’eux que lorsqu’il y a des élections. Le pouvoir algérien use toujours de cette tactique pour rendre les élections, quelles qu’elles soient, plus crédibles aux yeux de la population et surtout pour faire taire l’opinion internationale qui trouve, il est vrai, toujours à dire et à redire lorsqu’il est question de l’Algérie. Après une bonne dizaine d’années d’activité politique et de militantisme au sein de son parti, mon ami a dû se rendre à cette évidence et a donc, la mort dans l’âme j’imagine, démissionné. Il a bien fait. Ne dit-on pas que "pour vivre heureux, il faut vivre caché" ? Il est pourtant doué d’un bon sens de raisonnement et d’une bonne vision politique des choses. S’il avait persévéré, il aurait peut-être décroché un poste ministériel ou à la rigueur un siège au Sénat (dans le 1/3 présidentiel) et, croyez-moi, je ne dis pas ça dans le but de flatter son ego ! Ses écrits parlent pour lui. Actuellement, il gère un site web qui porte le nom de "Forum démocratique" et la chose qui lui tient vraiment à cœur est "d’offrir un espace rédactionnel dédié à la réflexion", comme il le mentionne dans son éditorial. Nous ne pouvons que l’encourager dans cette aventure beaucoup plus intellectuelle que politique et éventuellement y participer même modestement. Puisque tel est son vœu.
(1) Du moins c’est ce que j’avais compris au début. Avec le recul, je dois reconnaître que c’était une mauvaise interprétation de ma part. Mais lors d’une correspondance, mon ami m’a explicité encore davantage le fond de sa pensée en disant ceci : " dans le texte visé, je voulais dire que le peuple n’est pas totalement innocent. Que ses gouvernants proviennent de ses entrailles. Que le pouvoir est mû par des déterminismes psychologiques et anthropologiques qu’il partage avec lui", et là, honnêtement, je ne pouvais qu’être sur la même longueur d’onde que lui.
mardi 14 juillet 2009
Neda et Marwa, deux victimes de la bêtise humaine aux statuts différents
Le 12 juin dernier, Mahmoud Ahmedinejad a été réélu à la présidence de la République islamique d’Iran. Peu importe les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette élection. Ce débat ne nous intéresse pas et ne nous regarde pas. Ça ne regarde que les Iraniens eux-mêmes.
Toujours est-il que le malheureux rival d’Ahmedinejad, Mir Hossein Moussavi, qui croyait peut-être ne faire qu’une bouchée du président sortant et remporter ainsi haut la main la victoire, a contesté les résultats de cette élection et a appelé ses électeurs à sortir manifester dans les rues de Téhéran et d’autres villes de l’Iran.
Pendant deux ou trois jours, les rues de Téhéran ont vibré sous les pas des manifestants pour la plupart jeunes et aspirant visiblement à un réel changement de régime, à un peu plus de démocratie et de liberté, ce qui est tout à fait légitime. Sauf que les tenants du véritable pouvoir en Iran, les Mollahs, ne l’entendaient pas de cette oreille. Bien au contraire, ceux-ci estimaient que, malgré ce qui se disait çà et là, il n’y a pas eu fraude massive et que, par conséquent, l’élection d’Ahmedinejad est parfaitement validée. Et qu’il n’y aura point de "révolution verte" en Iran, tant souhaitée par les chancelleries occidentales, du moins celles des pays occidentaux qui entretiennent encore des relations diplomatiques avec l’Iran (notamment la Grande-Bretagne) qui, ne soyons pas dupes, poussaient, même indirectement, les manifestants dans ce sens.
Et ce qui devait arriver arriva.
Gardiens de la Révolution ne se laissèrent pas intimider par ces manifestations de rue et on usé de leur force pour les réprimer. Il y a eu alors, malheureusement, des morts et des blessés parmi les partisans de Moussavi. Parmi ceux-ci, une jeune fille, au nom de Neda, a particulièrement ému le
monde et … particulièrement le Monde Occidental. Elle était jeune. Elle était belle. Et, comme toutes les iraniennes, elle portait le foulard. Sur les images, prises par un téléphone portable, le sang qui coulait de ses narines ajoutait une touche magique sur son visage angélique !Quel drame ! Quel gâchis ! Il n’y a pas de doute, ces images, filmées pourtant par un amateur et qui revenaient en boucle sur les différentes chaînes de télévision et aussi sur les réseaux sociaux tel que face book, ont de quoi ébranler la conscience pas seulement de l’Occident mais de tout homme épris de justice et de liberté. La mort de cette jeune fille restera certainement en travers de la gorge de celui qui a donné l’ordre de tirer sur la foule alors que celle-ci manifestait pacifiquement.
Vérité de Lapalisse, quelques minutes avant sa mort, Neda était encore pleine de vie ; quelques minutes avant qu’une balle ne le lui transperce le corps, Neda, une pancarte à la main, criait à la face du monde son rejet du régime, osons prononcer le mot, totalitaire et non révolutionnaire, des Mollahs et des Pasdarans. Avec ses compagnons de lutte, elle voulait montrer au monde qu’en Iran aussi il y a des hommes et des femmes prêts à mourir pour la défense des principes de la démocratie parmi lesquels des élections libres et honnêtes ; osons simplement croire que la balle qui lui a ôté la vie, à la fleur de l’âge, était une balle perdue et non une balle qui lui était expressément destinée.
Quelques jours après la mort tragique de Neda, une autre femme, musulmane, pour d’autres motifs, connut le même sort… en Allemagne. La bêtise humaine a encore frappé. Elle a encore fait de siennes. Cette femme d’origine égyptienne vivait depuis plusieurs années en Allemagne. Un jour, alors qu’elle jouait dans un parc avec son fils de deux ans, elle a été agressée par un jeune homme, allemand, qui l’a traité, semble-t-il, "d’intégriste" et de "terroriste" pour la simple raison que celle-ci portait le voile. L’affaire avait été alors portée devant la justic
e qui condamna l’homme à une amende de quelques centaines d’Euros. " La peine ayant été jugée trop légère, un appel fut déposé et c’est à la cour d’appel de Dresde que l’affaire devait être rejugée le 1er juillet. C’est là que tout a dégénéré, l’accusé s’est précipité sur Marwa et lui a assené 18 coups de couteau…" (1)Aussi dramatique que puisse paraître cette affaire, la presse occidentale n’en a pas fait ses choux gras ; Marwa est décédée dans la froideur de la salle d’audience d’un tribunal allemand sans que cette presse, si avide pourtant de sensationnel, ne s’émeuve outre mesure !
Marwa est morte en Occident ; dans un pays démocratique ; son tort est qu’elle tenait à son voile, à son islamité.
Neda est passée de vie à trépas en terre d’Islam, dans son pays même, parce qu’elle voulait réclamer plus de liberté, plus de démocratie. Les mauvaises langues diraient "en un mot, elle voulait s’occidentaliser". Bien entendu, cette idée est loin de nous ; elle ne peut être la notre car nous pensons le plus sérieusement du monde que la liberté et la démocratie ne sont pas spécifiques au seul monde occidental.
Là est la différence entre les deux femmes. Là est la différence qui explique la sur médiatisation de la mort de l’une, Neda, et le passage sous silence du trépas de l’autre, Marwa : en agissant ainsi, l’Occident a préféré en quelque sorte jeter un voile pudique sur la mort de celle qui ne voulait pas se dévoiler, celle qui assumait fièrement sa différence. Pour les médias de l’Occident, la mort de Marwa n’est qu’un fait divers parmi tant d’autres. Celle de Neda est éminemment politique. Et l’on est alors en droit de se poser la question concernant cette sur médiatisation. Pourquoi celle-là et non pas l’autre ? Les Hommes ne sont-ils pas tous égaux devant la mort ? Aucune mort ne devrait, à notre humble avis, être plus médiatisée que les autres ; ou alors l’on pourrait comprendre que, par cette médiatisation, il y a une arrière-pensée qui ne dit pas son nom. Dans ce cas précis, l’objectif des médias de l’Occident n"est-il pas d’acculer jusqu’à ces derniers retranchements le régime d’Ahmedinejad qui reste campé sur ses positions en matière de Nucléaire et d’autres questions d’ordre géostratégique malgré les sanctions économiques de la "communauté internationale" ?
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